Les Climats

Anna de Noailles · Chapitre 42 sur 46

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Les Climats

La Langueur des Voyages

L

Le matinal plaisir du soleil dans l’herbage,

Dessinant des ruisseaux d’intangible cristal;

Les cieux d’été, plus chauds qu’un sensuel visage Opprimé de désir, altéré d’idéal;

Le hameau romantique au creux d’un roc stérile; Des jardins de dattiers, épais ainsi qu’un toit;

L’arrivée, au matin, dans d’étrangères villes,

Où, soudain, l’on se sent libéré comme une île Que bat de tous côtés un flot discret et coi;

Le bitumeux parfum d’une rade en Hollande,

Le bruit de forge en feu des vaisseaux roux et noirs Que la noble denrée exotique achalande;

Enfin, surtout, l’odeur et la couleur des soirs,

Ont, pour le voyageur que le désir oppresse

Et que guide un mystique et rêveur désespoir, L’insistante langueur qui prélude aux caresses...