Les filles de Folignazzaro

Exbrayat · Chapitre 2 sur 5

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Les filles de Folignazzaro

{1}

« Ça suffit, Agnese ! Tu déconsidères la famille ! Tu n'épouseras jamais

Amedeo Rossatti et dès aujourd'hui, je demande la publication des bans de ton mariage avec Eusebio Talamani ! »

Sur cette promesse définitive, don Isidoro tourna les talons et remonta

dans sa chambre pour achever sa toilette, tandis que Donna Desiderata, mêlant ses plaintes à celles de sa fille, donnait à croire aux passants que toute une meute hurlait à la mort chez les Agostini.

 

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De caractère heureux — surtout depuis la mort de sa femme —,

Timoleone Rizzotto remerciait chaque matin la Providence d'avoir fait de lui un maréchal de carabiniers et plus encore à Folignazzaro, son village natal où, en dépit des règlements, et grâce à des appuis politiques, il avait été nommé au lendemain de la guerre. Timoleone était un gros homme court sur pattes et qui chaque année changeait de ceinturon pour en prendre un plus grand. Il devait à cet embonpoint l'horreur des mouvements inutiles, des hâtes excessives et des émotions violentes. Il professait, avec une lippe gourmande, qu'aucun événement au monde ne saurait le distraire

d'une busecca {1} bien réussie et qu'il ne voyait pas ce qu'il pouvait y avoir

de plus important dans cette vallée de larmes qu'une « polenta e osei {2}»

ou la dégustation paisible de panettoni {3} moelleux. Fier de son expérience, il proclamait à qui voulait l'entendre qu'il était impossible de boire quelque chose de plus joyeux que le grumello, ce petit vin rouge possédant le goût des fraises dont il a la couleur. Tant qu'elle vécut, Donna Maria Rizzotto parvint à maintenir l'appétit de son mari dans des limites raisonnables. Lorsqu'elle rendit son âme pieuse au Créateur, Timoleone versa quelques larmes convenables, mais poussa un soupir de délivrance, conscient qu'il allait pouvoir manger à sa faim. Mettant les bouchées doubles pour rattraper le temps perdu, il était devenu rapidement une sorte de masse boudinée par son uniforme. Sortir lui devenait un supplice et il aspirait aux paresseuses douceurs de la retraite.