Lettre Au Père

Frank Kafka · Chapitre 2 sur 2 · partie 2/3

Pages du PDF

Lettre Au Père

Chapitre 1

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 3 parties.

 

– 23 – ma démission en déclarant au directeur, ce qui n' était pas tout à fait vrai sans être tout à fait un mensonge, que je ne pouvais pas supporter cette habitude de crier qui, d'ailleurs, ne m'avait jamais touché directement ; c'était là pour moi un point trop douloureusement sensible dès l'origine), mais étant enfant, les autres maisons de commerce ne m'intéressaient pas. Toi, en revanche, je te voyais et t'entendais crier, pester, déchaîner ta rage avec une violence qui, à ce que je croyais alors, devait être sans pareille dans le monde entier. Et ceci valait non seulement pour les injures, mais aussi pour la tyrannie que tu montrais d'autre part. Ainsi tu jetais d'un coup brutal au bas du comptoir les marchandises que tu ne voulais pas voir mêlées à d'autres, seul le caractère irréfléchi de ta fureur te donnait quelque ex-cuse, ce qui obligeait le commis à les ramasser. Ou bien, inva-riablement, tu disais en parlant d'un commis tuberculeux : « Qu'il crève donc, ce chien malade ! » Tu appelais tes employés des « ennemis payés » c'est bien du reste ce qu'ils étaient, mais avant même qu'ils le fussent devenus, tu m'avais semblé être leur «ennemi payant», C'est là aussi qu'une grande leçon me fut donnée : j'appris que tu pouvais être injuste ; en ce qui me concernait, je ne l'aurais pas remarqué de sitôt, trop de culpabi-lité s'était amassée en moi, qui te donnait raison. Mais selon mon opinion enfantine, opinion qui fut un peu, mais point tel-lement, corrigée plus tard, les gens du magasin étaient des étrangers qui travaillaient pour nous et qui, en échange, étaient réduits à vivre dans la peur perpétuelle que tu leur inspirais. Ici, naturellement, j'exagérais parce que j'admettais sans plus que tu produisais sur les gens un effet aussi terrible que sur moi. S'il en avait été ainsi, ils n'auraient vraiment pas pu vivre. Dans la mesure où il s'agissait d'adultes ayant pour la plupart des nerfs à toute épreuve, ils n'avaient aucune peine à se débarrasser de telles injures, et la chose, en fin de compte, te faisait plus de mal qu'à eux. Mais cela me rendit le magasin insupportable, il me rappelait trop ma propre situation à ton égard : comme homme d'affaires, tu étais en effet, abstraction faite de tes intérêts

 

– 24 – d'employeur et même de ton caractère despotique, si supérieur à tous ceux qui ont jamais été formés par toi que rien de ce qu'ils réalisaient ne pouvait te satisfaire, il fallait bien que, d'une manière analogue, tu fusses à jamais insatisfait de moi.

C'est pourquoi j'appartenais nécessairement au parti du personnel, auquel je me rattachais d'ailleurs de toute façon en raison de mon caractère craintif qui, en soi déjà, m'empêchait de comprendre qu'on put traiter les gens de la sorte et m'inspi-rait le désir de réconcilier le personnel lequel, à mon sens, de-vait être effroyablement irrité avec toi et, ne fût-ce que dans l'in-térêt de ma propre sécurité, avec toute notre famille. Pour y parvenir, il ne me suffisait pas d'avoir à l'égard du personnel une conduite ordinaire et convenable, je ne pouvais même pas me contenter d'être modeste, il me fallait bien plutôt être hum-ble, non seulement être le premier à saluer, mais encore faire en sorte qu'on ne me rendit pas mon salut. Et même si, en bas, la personne sans importance que j'étais leur avait léché les pieds, cela n'aurait pas encore suffi à les payer des coups que toi, le maître, tu leur assenais d'en haut. Cette situation, qui était alors la mienne quand j'approchais autrui, eut des répercussions qui, dépassant le cadre du magasin, se prolongèrent dans l'avenir (il y a quelque chose d'analogue, encore qu'en moins dangereux et moins profondément ancré que chez moi, dans la prédilection d'Ottla pour la fréquentation des gens pauvres, dans son habi-tude, qui te fâche tellement, de rechercher la compagnie des bonnes, etc.). Pour finir, le magasin me fit presque peur ; en tout cas, il ne me concernait déjà plus depuis longtemps à l'épo-que où le lycée vint m'en écarter encore davantage. Il me parais-sait d'ailleurs beaucoup trop dispendieux pour les ressources dont je disposais, puisque, à t'entendre, il épuisait même les tiennes. De mon aversion pour ton commerce, donc pour ton œuvre, aversion dont tu ne laissais certes pas de souffrir beau-coup, tu as encore essayé de tirer quelque chose de flatteur pour toi par la suite, en affirmant, ce qui aujourd'hui m'émeut et me

 

– 25 – fait honte, que si je n'avais pas le sens des affaires, j'avais en revanche des idées plus élevées en tête, etc. L'explication que tu t'extorquais ainsi fit naturellement grand plaisir à ma mère, et moi-même, pris que j'étais dans ma détresse et ma vanité, je me laissai influencer par elle. Mais si ces « idées élevées » avaient vraiment été la seule ou la principale cause de mon éloignement pour le magasin, elles auraient dû s'exprimer autrement qu'en me permettant un abordage définitif dans les parages d'une ta-ble de bureaucrate, après m'avoir laisse nager, paisible et crain-tif, dans les eaux du lycée et des études de droit.

Si je voulais te fuir, il me fallait aussi fuir la famille et même ma mère. Certes, on pouvait toujours se réfugier auprès d'elle, mais Ce n'était encore que par rapport à toi. Elle t'aimait trop et t'était trop fidèlement dévouée pour pouvoir à la longue repré-senter une puissance spirituelle indépendante dans le combat mené par l'enfant. L'enfant le sentait d'ailleurs avec un instinct sûr, puisqu'en vieillissant, en effet, maman s'attacha encore plus étroitement à toi. Tandis que pour ce qui la touchait elle-même, elle préservait toujours son indépendance dans les limites les plus précises et le faisait avec grâce et tact, sans jamais te bles-ser de façon grave, elle se mit, surtout dans le cas d'ailleurs dif-ficile d'Ottla, à accepter les yeux fermés, moins avec l'intelli-gence qu'avec le cœur et de plus en plus totalement au cours des années, ta manière de juger et de condamner tes enfants. Sans doute convient-il de ne pas oublier combien la situation de ma-man dans la famille était douloureuse et exténuante. Elle peinait au magasin et à la maison, elle souffrait doublement de toutes les maladies de la famille, mais ce qui couronnait le tout, c'étaient les souffrances que lui valait sa position intermédiaire entre toi et nous. Tu as toujours été aimant et plein d'égards pour elle mais, à ce point de vue, tu l'as aussi peu ménagée que nous l'avons fait nous-mêmes. Brutalement, toi de ton côté, nous du nôtre, nous l'avons martelée de coups. C'était un déri-vatif, nous ne pensions pas à mal, nous ne pensions qu'au com-

 

– 26 – bat que nous avions à livrer, toi contre nous, nous contre toi, et notre rage se déchargeait sur maman. La façon dont tu la tour-mentais à cause de nous sans en être le moins du monde res-ponsable bien entendu, n'était assurément pas une contribution utile à notre éducation. Elle justifiait même en apparence notre conduite à son égard qui, sans cela, eût été injustifiable. Que n'a-t-elle pas souffert, tant par nous à cause de toi que par toi à cause de nous, sans compter les cas où tu avais raison parce qu'elle nous gâtait, encore que ces « gâteries» pussent n'avoir été bien souvent qu'une contre-manifestation silencieuse et in-consciente contre ton système. Il va sans dire que maman n'au-rait pu supporter tout cela si elle n'en avait puisé la force dans son amour pour nous tous et dans le bonheur né de cet amour.

Mes sœurs ne me suivaient qu'en partie. La plus heureuse dans ses rapports avec toi était Valli. Étant de nous tous la plus proche de maman, elle se soumettait à toi d'une manière analo-gue à la sienne, sans beaucoup de peine ni de dommages. Mais comme elle te rappelait maman, précisément, tu la supportais aussi avec plus de gentillesse, bien qu'elle possédât peu d'élé-ments Kafka. Peut-être était-ce justement ce qui te convenait : là où il n'y avait aucun trait Kafka, personne, pas même toi, ne pouvait rien exiger de tel tu n'avais pas non plus comme chez nous autres le sentiment qu'ici quelque chose allait se perdre, qu'il fallait sauver de force. Au reste, il se peut que tu n'aies ja-mais spécialement aimé l'élément Kafka en tant qu'il s'expri-mait chez les femmes. Tes rapports avec Valli seraient même devenus plus affectueux si nous ne les avions troublés de notre côté.

Elli est l'unique exemple d'une évasion hors de ton cercle ayant presque complètement réussi. C'est d'elle que je l'aurais le moins attendu dans son enfance. Car c'était vraiment une en-fant engourdie, lasse, craintive, chagrine, exagérément humble,

 

– 27 – méchante, paresseuse, gourmande, avare ; c'est à peine si je pouvais la regarder, quant à lui adresser la parole, cela m'était impossible tant elle me rappelait ce que j'étais moi-même, tant sa manière de subir la contrainte de notre éducation commune était semblable à la mienne. Son avarice surtout m'était odieuse, parce que la mienne était si possible plus grande encore. L'ava-rice, en effet, est l'un des signes les plus sûrement révélateurs d'une profonde détresse ; tout était si précaire pour moi que je ne possédais effectivement que ce que j'avais déjà dans les mains ou dans la bouche ou ce qui, tout au moins, était en che-min pour y parvenir. Comme Elli se trouvait dans la même si-tuation que moi, c'était justement cela qu'elle avait le plus envie de me prendre. Mais tout a changé quand elle a quitté la maison pour se marier et avoir des enfants ― très jeune, c'est le point important ― elle est alors devenue gaie, insouciante, coura-geuse, généreuse, désintéressée, pleine d'espoir. Il est presque incroyable que tu n'aies pas du tout remarqué ce changement, en tout cas, tu ne l'apprécies pas comme il le mérite, tant tu es aveuglé par ta rancune contre elle, rancune qui existe depuis toujours et qui, au fond, n'a pas changé ; la seule différence c'est qu'elle est devenue moins actuelle du fait qu'Elli n'habite plus chez nous, que ton amour pour Félix et ton attachement pour Karl lui ont, en outre, fait perdre de son importance. Il n'y a plus guère que Gerti qui en supporte parfois les conséquences.

C'est à peine si j'ose parler d'Ottla ; je sais qu'en le faisant, je risque de compromettre l'effet que j'attends de cette lettre. Dans les circonstances habituelles, c'est-à-dire quand elle n'est pas spécialement en difficulté ou exposée à un danger, tu n'éprou-ves pour elle que de la haine. Tu me l'as avoué toi-même ; selon toi, c'est à dessein qu'elle te fait constamment souffrir et provo-que ta colère, et tandis que tu souffres par sa faute, elle est sou-lagée et satisfaite. Une espèce de démon, donc. Pour que tu puisses la méconnaître à ce point, il faut que la distance qui vous sépare soit immense, encore plus grande qu'entre toi et

 

– 28 – moi. Elle est si loin de toi que tu ne la vois plus, tu mets un fan-tôme à l'endroit où tu t'attends à la voir. Je t'accorde qu'avec elle, ta tâche était particulièrement difficile. Moi-même, je ne vois pas tout à fait clair dans ce cas très compliqué ; quoi qu'il en soit, elle se présentait comme une espèce de Löwy pourvue des meilleures armes Kafka. Entre toi et moi, il n'y avait pas de lutte réelle ; j'étais bientôt à bout de forces ; le seul résultat était ma fuite, mon amertume, ma tristesse, mon combat intérieur. Mais vous deux, vous étiez toujours en position de combat, tou-jours alertes et pleins de force. Spectacle aussi désespérant que grandiose. Tout au début, il est certain que vous avez dû être très proches l'un de l'autre, car aujourd'hui encore, Ottla est peut-être, de nous quatre, l'image la plus pure de ton mariage avec maman et des forces qui s'y sont trouvées réunies. J'ignore ce qui a pu vous priver de l'harmonie qui fait le bonheur d'un père et d'un enfant, mais je suis tenté de croire que l'évolution d'Ottla a été semblable à la mienne. D'un côté, la tyrannie de ta nature, de l'autre, l'entêtement des Löwy, leur sensibilité, leur sentiment de l'injustice, leur inquiétude, et tout cela, soutenu par la conscience que vous aviez de posséder la force des Kafka. Sans doute l'ai-je influencée moi aussi, mais moins de mon pro-pre mouvement que du simple fait de mon existence. D'ailleurs, en tant que dernière venue, elle est entrée dans un rapport de forces déjà établi et a pu se former un jugement elle-même à partir de l'abondant matériel préparé. Je vais même jusqu'à penser qu'au fond elle a été indécise pendant un certain temps, ne sachant pas si elle devait se jeter dans tes bras ou dans ceux de tes ennemis, à cette époque c'est manifestement toi qui as laissé passer l'occasion favorable mais, si cela avait été possible, vous auriez formé un couple d'une splendide harmonie. Il est vrai que dans ce cas, j'aurais perdu un allié, mais j'aurais été amplement dédommagé en vous voyant unis et d'autre part, ayant au moins un enfant te donnant pleine satisfaction, tu au-rais éprouvé un immense bonheur qui t'aurait sensiblement changé à mon égard, et dans un sens favorable. Il est vrai qu'au-

 

– 29 – jourd'hui, tout cela n'est plus qu'un rêve. Ottla a perdu tout contact avec toi, il lui faut chercher son chemin seule, comme moi, et ce qu'elle a de plus que moi en fait d'assurance, de confiance en soi, de santé et d'absence de scrupules, la rend d'autant plus méchante et plus perfide que moi à tes yeux. Je le comprends ; vue par toi, elle ne peut être autrement. Elle est d'ailleurs elle-même en état de se voir comme tu la vois, de res-sentir ta souffrance et d'en être, sinon désespérée, le désespoir est mon affaire, du moins très triste. En contradiction apparente avec cela, tu nous vois souvent chuchoter et rire ensemble, tu nous entends parfois parler de toi. Tu as alors l'impression que nous sommes des conspirateurs éhontés. Singuliers conspira-teurs ! Tu es depuis toujours, bien sûr, le thème principal de nos conversations comme de nos pensées, mais si nous nous réunis-sons, ce n'est vraiment pas pour ourdir quelque chose contre toi, c'est pour appliquer tous nos efforts à débattre ensemble dans tous les détails, en l'envisageant sous tous les angles et dans toutes les occasions ; en ayant recours aux plaisanteries, au sérieux, à l'amour, à l'obstination, à la colère, à la haine, au dévouement, au sentiment de culpabilité, à débattre de près et de loin, avec toutes les forces de la tête et du cœur, ce terrible procès qui est en suspens entre toi et nous et dans lequel tu pré-tends sans cesse être juge, alors que, pour l'essentiel du moins (ici, je laisse la porte ouverte à toutes les erreurs que, naturel-lement, il peut m'arriver de commettre), tu y es partie, avec au-tant de faiblesse et d'aveuglement que nous.

Un exemple de ton éducation pédagogique ― exemple ins-tructif dans le contexte général ― est fourni par Irma. D'une part, c'était bien une étrangère, elle avait atteint l'âge adulte quand elle est venue travailler chez toi et elle avait surtout af-faire à toi en tant que chef, elle ne fut donc livrée à ton influence qu'en partie et à un âge où l'on est déjà capable de résistance ; mais d'autre part, elle était aussi ta proche parente, elle respec-tait en toi le frère de son père et tu avais sur elle bien plus que la

 

– 30 – simple autorité d'un chef. Et pourtant, si capable qu'elle fût en dépit de sa fragilité, si intelligente, laborieuse, modeste, digne de confiance, désintéressée et fidèle, elle ne s'est pas montrée très bonne employée pour toi, et cela, bien qu'elle t'aimât comme oncle et t'admirât comme chef, bien qu'elle eût fait ses preuves dans d'autres emplois, tant auparavant que plus tard. En effet, poussée à bout aussi par nous, cela va sans dire, sa po-sition vis-à-vis de toi était presque celle de l'un de tes enfants, et ta nature impérieuse avait sur elle un ascendant si fort qu'elle manifesta (uniquement envers toi d'ailleurs, et, je l'espère, sans en souffrir aussi profondément que si elle avait été ton propre enfant) une certaine propension aux oublis, à la négligence, à l'humour macabre et même, dans la mesure où elle en était ca-pable, au défi, propension qui, selon moi, ne doit rien au fait qu'elle était de santé délicate, qu'elle n'avait pas une vie très heureuse et portait la charge d'un foyer désolant. Ce que je ju-geais riche en applications dans tes relations avec elle, tu l'as résumé dans une phrase devenue classique pour nous, une phrase presque sacrilège, mais qui justement fournit une bonne preuve en faveur de ton innocence dans ta façon de traiter les gens : « La défunte m'a laissé pas mal de cochonnerie. »

Je pourrais décrire encore d'autres sphères où les gens su-bissaient ton influence tout en luttant contre elle, mais là déjà, je toucherais à l'incertain et il me faudrait construire ; en outre, tu es depuis toujours d'autant plus aimable, conciliant, poli, plein d'égards, compatissant (j'entends : même extérieurement) que tu t'éloignes du magasin et de la maison, tout à fait comme un autocrate qui, une fois franchies les frontières de son pays, n'a plus aucune raison de continuer à se montrer tyrannique et peut en toute bonhomie se commettre avec les gens les plus humbles. De fait, sur les photos de groupe prises à Franzensbad, par exemple, tu apparais toujours, au milieu de compagnons petits et maussades, aussi grand, aussi jovial qu'un roi en voyage. De cela certes, même les enfants auraient pu tirer profit,

 

– 31 – mais il aurait fallu qu'ils fussent capables de le comprendre dès l'enfance, ce qui était impossible, et pour ce qui est de moi, par exemple ; il n'aurait pas fallu qu'on me permît de loger cons-tamment, ainsi que je l'ai vraiment fait, dans le cercle de ton influence qui se trouvait être pour ainsi dire le plus intérieur, le plus rigide, le plus propre à m'étrangler.

Par là, je n'ai pas seulement perdu le sens de la famille, ce sens, je l'avais au contraire, encore qu'il fût surtout négatif et dût servir à me détacher de toi intérieurement (entreprise qui, bien entendu, reste à jamais inachevée). Plus encore si possible, ce sont mes rapports avec les gens du dehors qui en ont souffert. Tu es absolument dans l'erreur en croyant que je fais tout pour les autres par amour et par loyauté, tandis que je ne fais rien pour toi ni pour la famille, du fait de mon indifférence et de ma perfidie. Je te le répète pour la dixième fois : il est probable que je serais devenu un être sauvage et timide, même sans cela, mais pour aller de ce point à celui où je suis réellement parvenu, il y a encore un long chemin sombre à parcourir (jusqu'ici, j'ai passé relativement peu de choses sous silence dans cette lettre, mais maintenant et plus tard, il me faudra taire ce que, devant toi et devant moi, il m'est encore trop difficile d'avouer. Je dis cela afin que tu n'attribues pas à l'absence de preuves le flou qui pourrait, ça et là, troubler l'image d'ensemble ; des preuves, il en existe au contraire qui pourraient donner à l'image une cru-dité insupportable. Ici, il est difficile de trouver un moyen terme). Il me suffit d'ailleurs de rappeler des choses révolues : par ta faute, j'avais perdu toute confiance en moi, j'avais gagné en échange un infini sentiment de culpabilité (en souvenir de cette infinité, j'ai écrit fort justement un jour au sujet de quel-qu’un : « Il craint que la honte ne lui survive »). Je ne pouvais pas me transformer subitement quand je rencontrais d'autres personnes ; en face d'elles, j'étais pris d'un sentiment de culpa-bilité plus profond encore, puisque, ainsi que je l'ai déjà dit, je me devais de réparer envers elles les torts que tu leur avais cau-

 

– 32 – sés au magasin et dont j'étais en partie responsable. En outre, tu avais quelque chose à reprocher, que le reproche fût exprimé ouvertement ou tenu secret, à toute personne avec laquelle j'étais lié, j'étais donc encore obligé de lui en demander pardon. La méfiance que tu cherchais à m'inculquer, tant au magasin qu'à la maison, contre la plupart des gens (nomme-moi une seule personne ayant eu quelque importance pour moi dans mon enfance que tu n'aurais pas, au moins une fois, critiquée jusqu'à la réduire à néant) et qui, chose remarquable, ne te pe-sait pas le moins du monde (tu étais bien assez fort pour la sup-porter, du reste ce n'était peut-être rien d'autre pour toi que l'emblème du despote) cette méfiance qui, à mes yeux de petit garçon, ne se trouvait confirmée nulle part puisque je ne voyais partout que des êtres parfaits et inaccessibles, s'est transformée en défiance de moi-même et en peur perpétuelle des autres. Ce n'était donc assurément pas dans mes relations avec autrui que je pouvais me délivrer de toi en général. Si tu t'y es trompé, c'est peut-être parce qu'en réalité tu ignorais tout de mes fréquenta-tions et que, dans ta méfiance et ta jalousie (ai-je donc nié que tu m'aimes ?), tu supposais que je devais me dédommager ail-leurs de ce que je perdais dans ma vie de famille, puisqu'il était impossible que j'eusse la même vie au-dehors. À cet égard, du reste, c'est justement étant enfant que je puisais une espèce de consolation dans ma défiance de moi-même. Je me disais : « Tu dois exagérer, tu fais ce que fait toujours la jeunesse, tu ressens par trop la moindre vétille comme si c'était une grandiose ex-ception. » Mais cette consolation, je l'ai presque perdue plus tard, quand mes vues sur le monde se sont élargies.

Je me suis tout aussi peu délivré de toi dans le judaïsme. Là pourtant, la délivrance eût été concevable en soi, plus même, il eût été concevable que nous nous fussions retrouvés tous deux dans le judaïsme ou même que nous en fussions sortis unis. Mais que m'as-tu transmis en fait de judaïsme ! Au long des an-nées, il m'a inspiré à peu près trois attitudes.

 

– 33 –

Enfant, j'étais d'accord avec toi pour me reprocher de ne pas aller assez souvent à la synagogue, de ne pas jeûner, etc. Par là, ce n'était pas à moi, mais à toi que je croyais faire tort, et j'étais envahi par la conscience de ma faute qui, de toute façon, était toujours prête à surgir.

Plus tard, adolescent, je ne comprenais pas que toi, avec le fantôme de judaïsme dont tu disposais, tu pusses me reprocher de ne pas faire d'efforts (j'aurais dû en faire, ne serait-ce que par respect, disais-tu) pour développer quelque chose de tout aussi fantomatique. Car pour ce que je pouvais en voir, c'était vrai-ment une bagatelle, une plaisanterie, pas même une plaisante-rie. Tu allais au temple environ quatre fois par an, tu y étais, à tout le moins, plus proche des indifférents que des convaincus, tu t'acquittais patiemment de la prière comme on accomplit une formalité et tu m'as bien souvent rempli de stupéfaction en me montrant dans ton livre le passage qu'on était en train de lire ; pour le reste, une fois que j'étais à l'intérieur ― c'était là le prin-cipal ― je pouvais me fourrer où bon me semblait. Je passais donc à bâiller et à rêvasser ces heures interminables (je ne me suis autant ennuyé, je crois, que plus tard, pendant les leçons de danse) et j'essayais de tirer le plus de plaisir possible des quel-ques petites diversions qui s'offraient, comme l'ouverture de l'arche d'alliance, laquelle me rappelait toujours ces baraques de tir, à la foire, où l'on voyait également une boîte s'ouvrir quand on faisait mouche, sauf que c'était toujours quelque chose d'amusant qui sortait, alors qu'ici, ce n'était jamais que les mê-mes vieilles poupées sans tête. Du reste, j'y ai bien souvent aussi connu la peur, et non seulement, comme on pouvait s'y atten-dre, à cause du grand nombre de gens avec lesquels on entrait en contact, mais parce que tu avais dit un jour en passant que je pourrais, moi aussi, être appelé à la Thora. J'en ai tremblé de peur pendant des années. Mais à part cela, rien ne venait trou-bler sérieusement mon ennui, si ce n'est la Bar-Mitzvah qui, ne

 

– 34 – demandant qu'un ridicule effort de mémoire, n'aboutissait qu'à un ridicule succès d'examen, ou encore les petits événements sans importance qui te concernaient ― ainsi, par exemple, le moment où tu étais appelé à la Thora et où tu te tirais à ton honneur de cette épreuve à mon sens exclusivement mondaine ― ou bien encore la Fête des Morts, quand tu restais au temple pour assister à la cérémonie et qu'on me renvoyait ― ce qui, sans doute en raison de mon exclusion et de mon manque de tout intérêt profond pour ce qui se passait là, m'a donné pen-dant des années le sentiment à peine conscient qu'il devait s'agir d'une chose indécente. S'il en allait ainsi au temple, c'était, si possible, encore plus lamentable à la maison ; on se bornait à fêter la première soirée du Seder qui, il est vrai, sous l'influence des enfants grandissants (mais pourquoi devais-tu te soumettre à cette influence ? parce que tu l'avais provoquée), dégénéra de plus en plus en une véritable comédie accompagnée de fous ri-res. Tel était donc le matériel constituant la foi qui m'a été transmise, matériel à quoi s'ajoutait tout au plus ta main tendue désignant les « fils du millionnaire Fuchs », qui accompa-gnaient leur père à la synagogue. Je ne voyais pas ce qu'on pou-vait faire de mieux avec un pareil matériel que de s'en libérer au plus vite ; cette libération, justement, me semblait être le plus pieux des actes.

Plus tard, cependant, je vis les choses sous un autre jour et je compris pourquoi tu étais en droit de croire, là comme ail-leurs, que je te trahissais avec méchanceté. Tu avais effective-ment rapporté un peu de judaïsme de cette sorte de ghetto rural dont tu étais issu ; c'était bien peu et ce peu a encore diminué sous l'influence de la ville et de l'armée, mais quoi qu'il en soit, tes impressions et tes souvenirs de jeunesse étaient tout juste suffisants pour te permettre une espèce de vie juive et ceci d'au-tant plus que, descendant d'une race vigoureuse et ne risquant guère pour ta part d' être ébranlé par les scrupules religieux quand ils ne se mêlaient pas par trop à des considérations socia-

 

– 35 – les, tu n'avais pas grand besoin d'un appui de ce genre. Au fond, la loi qui gouvernait ta vie consistait à croire en la vérité absolue des opinions d'une certaine classe juive, ce qui revient à dire, puisque ces opinions faisaient partie de ta personne, à croire en toi-même. Même cela comportait encore une bonne part de ju-daïsme, mais vis-à-vis de l'enfant, c'était trop peu pour être transmis, ton judaïsme s'épuisait complètement tandis que tu le remettais entre mes mains. Il y avait là en partie des impres-sions de jeunesse impossibles à transmettre, en partie ta ma-nière d'être, que je redoutais. Il était impossible de faire com-prendre à un enfant observant tout avec l'excès d'acuité né de la peur que les quelques balivernes que tu accomplissais au nom du judaïsme, avec une indifférence proportionnée à leur futilité, pouvaient avoir un sens plus élevé. Pour toi, elles avaient la va-leur de petits souvenirs d'une époque révolue et c'est pour cela que tu voulais me les proposer mais, comme tu ne croyais pas toi-même à leur valeur propre, tu ne pouvais le faire que par la persuasion ou la menace ; d'une part, cela ne pouvait mener à rien, et d'autre part, comme tu n'avais pas la moindre idée de la faiblesse de ta position, cela devait nécessairement t'exaspérer contre moi, si obstiné en apparence.

Mais tout ceci n'est pas un phénomène isolé, la situation était à peu près la même pour une grande partie de cette géné-ration juive qui se trouvait à un stade de transition du fait qu'elle avait quitté la campagne, ou l'on était encore relative-ment pieux, pour aller s'établir dans les villes ; la transition se fit toute seule, mais elle mit dans nos rapports, qui ne man-quaient certes pas d'arêtes tranchantes, une acuité supplémen-taire passablement douloureuse. Pour te défendre, tu peux évi-demment te croire innocent sur ce point comme sur les autres, ainsi que je le fais moi-même ; mais pourquoi ne pas expliquer cette innocence par ta nature et par les conjonctures de ton époque, au lieu de l'expliquer par les seules circonstances exté-rieures et de dire, par exemple, que tu as eu bien trop de travail

 

– 36 – et de tracas dans ta vie pour consacrer du temps à de sembla-bles préoccupations. C'est ainsi que tu te plais à transformer ton innocence, qui est indubitable, en reproches injustes contre les autres. C'est là un raisonnement qu'il est toujours très facile de réfuter, ici comme ailleurs. Ce dont il s'agissait, ce n'était pas de donner un enseignement quelconque à tes enfants, mais de leur montrer une vie exemplaire ; si ton judaïsme avait été plus fort, ton exemple aurait été aussi plus coercitif, et ceci, bien entendu et une fois de plus, n'est nullement un reproche, ce n'est qu'une défense contre tes reproches. Récemment, tu as lu les souvenirs de jeunesse de Franklin. C'est vraiment à dessein que je te les ai donnés à lire, non pas, comme tu l'as remarqué ironiquement, à cause d'un court passage concernant le régime végétarien, mais en raison des rapports de l'auteur avec son père, tels qu'ils sont décrits, et en raison des rapports de l'auteur avec son fils, tels qu'ils s'expriment d'eux-mêmes dans ces souvenirs écrits à l'in-tention du fils. Ici, je ne tiens pas à relever certains détails.

Après coup, ma conception de ton judaïsme s'est trouvée confirmée dans une certaine mesure par ton comportement au cours de ces dernières années, quand il te parut que je m'inté-ressais plus qu'avant aux questions juives. Comme tu montres de l'aversion pour toutes les choses dont je m'occupe et, surtout, pour ma manière de m'en occuper, tu ne manquas pas non plus d'en montrer ici. Mais sans s'arrêter à cela, on aurait pu s'atten-dre à ce que tu fisses une petite exception sur ce point. Car dans ce cas, c'était bien un judaïsme issu de ton judaïsme qui s'agitait pour naître, et avec lui, la possibilité de nouveaux rapports entre nous. Je ne nie pas que si tu avais montré de l'intérêt pour ces choses, elles n'eussent pu par là même me devenir suspectes. Je ne songe pas un instant à me prétendre meilleur que toi à cet égard. Mais je n'eus même pas à en faire la preuve. Par mon en-tremise, le judaïsme te devint odieux, tu jugeas les écrits juifs illisibles, ils te « dégoûtèrent ». Cela pouvait signifier que tu affirmais obstinément la vérité du judaïsme que tu m'avais

 

– 37 – montré dans mon enfance, rien n'existant au-delà. Cependant, il n'était guère concevable que tu pusses t'entêter à le dire. Ce « dégoût » (abstraction faite de ce qu'il n'était pas d'abord dirigé contre le judaïsme, mais contre ma personne), ce dégoût ne pouvait donc signifier que ceci : tu reconnaissais inconsciem-ment la faiblesse de ton judaïsme et de mon éducation juive, tu ne voulais à aucun prix qu'elle te fût rappelée, et à tous les sou-venirs de ce genre tu répondais par une haine ouverte. Tu exa-gérais d'ailleurs beaucoup en faisant, négativement, tant de cas de mon judaïsme tout neuf ; d'abord il était gros de ta malédic-tion et ensuite les relations avec autrui jouaient un rôle décisif dans son évolution, dans mon cas donc, un rôle mortel.

Tu as touché plus juste en concevant de l'aversion pour mon activité littéraire, ainsi que pour tout ce qui s'y rattachait et dont tu ne savais rien. Là, je m'étais effectivement éloigné de toi tout seul sur un bout de chemin, encore que ce fût un peu à la ma-nière du ver qui, le derrière écrasé par un pied, s'aide du devant de son corps pour se dégager et se traîner à l'écart. J'étais en quelque façon hors d'atteinte, je recommençais à respirer. Ex-ceptionnellement, la répugnance que tu ne manquas pas de montrer d'emblée, pour mon activité littéraire comme pour le reste, me fut agréable. Ma vanité, mon ambition avaient certes à souffrir de l'accueil, devenu célèbre parmi nous, que tu faisais à mes livres : « Pose-le sur la table de nuit !» (Lorsqu’il arrivait un livre, en effet, tu jouais généralement aux cartes), mais au fond je m'en trouvais bien, non seulement à cause de mon attitude de revendication méchante, non seulement parce que je me ré-jouissais de voir ma conception de nos rapports une fois de plus confirmée, mais aussi, tout à fait spontanément, parce que cette formule me paraissait signifier à peu près : « Maintenant tu es libre !» Bien entendu, c'était là une illusion, je n'étais pas, ou dans le meilleur des cas, pas encore libre. Dans mes livres, il s'agissait de toi, je ne faisais que m'y plaindre de ce dont je ne pouvais me plaindre sur ta poitrine. C'était un adieu que je te

 

– 38 – disais, un adieu intentionnellement traîné en longueur, mais qui, s'il m'était imposé par toi, avait lieu dans un sens déterminé par moi. Mais comme tout cela était peu de choses ! Si cela vaut la peine d'en parler, c'est uniquement parce que cela s'est passé dans ma vie ― ailleurs, il n 'y aurait rien à en retenir ― et aussi parce que ce qui a été pressentiment dans mon enfance, espoir plus tard et plus tard encore bien souvent désespoir, a régné sur toute ma vie et si l'on veut, une fois de plus en empruntant ton visage, m'a dicté mes quelques petites décisions.

Ainsi, le choix d'une profession. Avec les vues larges et même la patience que tu avais dans cet ordre d'idées, tu m'as laissé entièrement libre. Il est vrai qu'en cela, tu te conformais aussi au comportement général (déterminant pour toi) de la petite bourgeoisie juive à l'égard de ses fils, ou que, pour le moins, tu adoptais les jugements de valeur ayant cours dans cette classe sociale. La décision fut encore influencée, en défini-tive, par l'une de tes erreurs habituelles sur ma personne. De tout temps, en effet, ton orgueil paternel, ton ignorance de mon existence véritable et certaines déductions que tu tirais de la fragilité de ma santé, t'ont amené à me croire particulièrement travailleur. Étant enfant, selon toi je n'ai pas cessé d'étudier et, plus tard, je n'ai pas cessé d'écrire. Or, ceci est bien loin d'être exact. En exagérant beaucoup moins, on pourrait dire au contraire que je n'ai guère étudié, et rien appris du tout ; il n'y a vraiment rien d'extraordinaire à ce que, avec une mémoire moyenne et une intelligence qui n'était pas des plus médiocres, il me soit resté quelques bribes de ce que j'ai appris tout au long de ces années. Quoi qu'il en soit, comparée à ma dépense de temps et d'argent au milieu d'une vie paisible et extérieurement sans soucis, comparée surtout au savoir de presque tous les gens que je connais, la somme de mes connaissances, et surtout de ce qui en fait la base, est absolument pitoyable. C'est pitoya-ble, mais compréhensible pour moi. Depuis que je suis en me-sure de penser, l'affirmation de mon existence spirituelle m'a

 

– 39 – donné des soucis tellement graves que tout le reste m'a été in-différent. Chez nous, les lycéens juifs tombent facilement dans la bizarrerie, on trouve parmi eux les types les plus invraisem-blables, mais cette indifférence qui était la mienne, cette indiffé-rence froide, à peine déguisée, inaltérable, brutalement contente d'elle-même, qui, chez un enfant déjà suffisamment fantasque en soi ― mais froidement fantasque ― se condamnait elle-même à l'impuissance et allait jusqu'au ridicule, je ne l'ai plus jamais rencontrée nulle part ; il faut bien dire aussi que dans mon cas, elle était l'unique protection possible contre un délabrement nerveux provoqué par l'angoisse et le sentiment de culpabilité. Absorbé, je ne l'étais que par mon inquiétude au sujet de ma propre personne, mais cette inquiétude affectait les formes les plus diverses. Par exemple, je m'inquiétais de ma santé ; cela a commencé de façon anodine, j'étais pris ça et là d'une légère crainte à propos de troubles digestifs, de la perte de quelques cheveux, d'une déviation de la colonne vertébrale, et ainsi de suite ; puis cela s'aggrava suivant d'innombrables de-grés, pour finir par une vraie maladie. Mais comme je n'étais sûr de rien, comme j'attendais de chaque instant une nouvelle confirmation de mon existence, comme il n'y avait rien qui fût en ma possession réelle, incontestable, exclusive et déterminée par moi seul sans équivoque, comme j'étais, en somme, un fils déshérité, je me pris à douter aussi de ce qui m'était le plus pro-che, de mon propre corps ; je poussai tout en hauteur, mais je ne sus que faire de mon corps, la charge était trop lourde, mon dos se voûta ; j'osai à peine bouger, encore moins faire de la gymnastique, je restai faible ; j'admirais comme une merveille ce dont je disposais encore, ma bonne digestion, par exemple ; c'était suffisant pour la perdre, et c'est ainsi que le chemin de l'hypocondrie se trouva libre, jusqu'au moment où, épuisé par l'effort surhumain que m'imposait ma volonté de me marier, je me mis à cracher le sang, résultat qu'on peut sans doute attri-buer pour une bonne part à mon logement du palais Schönborn et que je peux mentionner dans cette lettre, puisque, si j'ai tenu

Continuer : partie 3 sur 3