L'Illustration, No. 3669, 21 Juin 1913
La Vie des Tissus Conservée
Cet édifice, qui rappelle si curieusement les «sky-scrapers» américains--nous en avons, tout récemment encore, montré quelques-uns pour illustrer les pages de M. Pierre Loti, sur New-York--fut conçu et dessiné, voilà plus de trois siècles, par un architecte savoyard, Jacques Perret, de Chambéry, le précurseur assurément des hardis constructeurs d'outre-Atlantique. Dans un ouvrage paru en 1601, il a donné le plan d'ensemble de ce «grand et excellent pavillon dans lequel pourraient loger cinq cents personnes à leur aise». Le bâtiment mesure 26 toises de long (50 mètres 45 cent.) sur 22 toises de large (46 mètres 65 cent.). Dans l'épaisseur des murailles, qui n'ont pas moins de 2 toises (3 mètres 98 cent,), «sont petits escaliers, cabinets et privés depuis le bas jusques en haut; par ce moyen, ajoute l'ingénieux architecte, il n'y a rien de vide ou de perdu».
Avec ses onze étages et le petit pavillon bâti sur le toit en terrasse du corps central, l'édifice devait atteindre environ 110 mètres. Certes, nous sommes loin encore des immeubles géants de New-York, hauts de 150 ou 200 mètres, dont nous avons reproduit naguère, dans notre numéro du 3 août 1912, l'impressionnant aspect. Mais il faut reconnaître, dans le «grand et excellent pavillon» de Jacques Perret, l'ancêtre des «sky-scrapers» d'aujourd'hui: les Américains devaient réaliser, trois cents ans plus tard, l'audacieuse idée conçue par un Français.
Dr Carrel. M. Georges Clemenceau. Dr Pozzi.
La conférence du docteur Alexis Carrel à l'hôpital Broca.--Phot.
L. Mayer.
LA VIE DES TISSUS CONSERVÉE
Lundi dernier, à l'hôpital Broca, dans l'amphithéâtre du docteur Pozzi, le docteur Alexis Carrel, devant une affluence énorme, a exposé les résultats de ses merveilleuses recherches sur la vie des tissus conservée et transférée. Le public connaît déjà, par les comptes rendus des séances de l'Académie de médecine, les impressionnantes découvertes que l'on doit, dans le domaine de la physiologie expérimentale, au docteur Alexis Carrel qui, après avoir été attaché comme prosecteur à la Faculté de médecine de Lyon, est maintenant fixé, depuis plusieurs années, à New-York où il poursuit ses admirables travaux à l'Institut de recherches scientifiques créé par M. Rockefeller. Le docteur Carrel est l'homme qui enlève une cuisse tout entière, un rein, ou tout autre organe à un animal et qui lui en rajuste un autre emprunté à un de ses congénères. Il a, dans sa conférence, expose comment il réussissait à conserver des cellules, des tissus, des organes entiers même maintenus vivants pendant des semaines, une fois séparés du corps, et il a expliqué les applications pratiques qui pouvaient être faites au point de vue de la greffe humaine. Ajoutons qu'une ovation enthousiaste fut faite au jeune savant par ses auditeurs, au premier rang desquels on remarquait, vêtu du même sarrau d'hôpital que les étudiants, M. Clemenceau toujours curieux des progrès de la science médicale.