L'Illustration, No. 3263, 9 Septembre 1905
Les Avatars de Jean Gallay
Ceux-ci ont raison, et il me semble que les libres penseurs viennent de créer là un précédent inquiétant. Car, s'il est spirituel, de la part des hommes sans religion, d'ériger devant une église l'effigie d'un «incroyant», il ne le serait pas moins, de la part des protestants, d'élever demain un monument à Calvin devant la fenêtre du Louvre d'où leurs coreligionnaires furent fusillés par Charles IX et peut-être aussi qu'un beau bronze allégorique, installé devant l'Arc de triomphe--une évocation, je suppose, des horreurs de la Guerre--ne serait point pour déplaire aux pacifistes. La discussion à coups de statues... Il ne nous manque que cela pour égayer nos trottoirs! S .
LES AVATARS DE JEAN GALLAY
Gallay
Instantané sur lequel figure l'escroc Jean Gallay dirigeant un service d'ordre alors qu'il était adjoint au commissaire spécial à Caen.
Un de nos abonnés nous communique obligeamment une photographie qui fut prise au moment où Jean Gallay, adjoint au commissaire spécial à Caen, avait, dans les circonstances solennelles, la haute direction de la force armée chargée des services d'ordre, et commandait à la maréchaussée. Au moment où l'escroc fameux va réapparaître en compagnie des gendarmes,--mais dans une attitude combien différente!--l'image ne manque pas d'un certain piquant.
NOTRE SUPPLÉMENT: LA MER
LES ILES SCILLY
Nous publions avec ce numéro une gravure hors texte: la Mer, faisant pendant à celle que nous avons donnée il y a quinze jours: la Montagne.
La photographie reproduite a été prise, en pleine tempête, sur les côtes sauvages des îles Scilly. Fureur des flots, nuées d'écume... le spectacle est grandiose et dépasse toutes les descriptions. Elles seraient superflues et nos lecteurs préféreront trouver ici quelques renseignements sur les îles Scilly ou Sorlingues, fort peu connues, quoique situées à 200 kilomètres seulement des côtes du Finistère.
Ce sont de terribles récifs, redoutés des navigateurs, qui commandent l'entrée du canal Saint-Georges et de la mer d'Irlande. Long de 10 kilomètres, large de 5, ce minuscule archipel comprend deux cents îlots, dont cinq seulement sont habités. Leur population ne dépasse pas 1.850 âmes. Sainte-Mary est la capitale.
Pendant de longs siècles, les Celtes qui vécurent sur ces îlots ne furent que des écumeurs de mer. Mais, grâce à l'intelligence pratique du propriétaire de ces îles, M. Augustus Smith, depuis trente ans, cette terre de désolation et de sauvagerie s'est transformée.
Dans une récente conférence à la Société de Géographie, M. Lardeur a fait connaître comment, tirant profit des avantages du climat, heureusement modifié par une petite branche du Gulf-Stream qui baigne les côtes des Scilly, région où il pleut beaucoup, mais où il gèle rarement, M. A. Smith en a fait un jardin fleuri, un parc aux essences tropicales, et il a métamorphosé ces vieux écumeurs de mer en d'honnêtes horticulteurs.
Il y a cinquante ans, M. A. Smith eut l'idée de tenter dans son domaine de l'île de Tresco--une des Scilly--la culture des fleurs. Cet essai ayant été rémunérateur, il engagea ses fermiers à l'imiter. Mais ils refusèrent. Usant alors de toute son autorité, il divisa le sol en fermes de 10 à 30 acres et contraignit les habitants à se livrer à la culture des narcisses. Au bout de vingt ans, il avait triomphé de toutes les résistances.