L'Illustration, No. 3263, 9 Septembre 1905
La Statue du Chevalier de la Barre
Actuellement, de janvier à la fin d'avril, toutes les pentes des collines orientées vers le sud, tous les fonds des vallons se couvrent de narcisses, de giroflées et d'anémones; et chaque jour un vapeur transporte à Penzance jusqu'à 35 tonnes de fleurs coupées, qui se vendent, à Londres, de 4 à 12 francs la caisse, selon le mois.
Comme le grand ennemi des fleurs, aux Scilly, est le vent, les Scilloniens ont divisé leurs terres en tout petits carrés, protégés de tous côtés et pour ainsi dire capitonnés de haies compactes de véroniques et d'esclonias. C'est dans ces casiers, avec son sarcloir, que vit le Scillonien.
Dès que la cueillette des fleurs est faite, il remue et sarcle sans cesse son minuscule jardin, range les oignons de narcisse dans un coin et, dans un autre, de petites boîtes de sapin faites pour protéger chaque fleur au moindre soupçon de gelée.
La libre pensée devant le Sacré-Coeur: M. Le Grandais prononçant son discours au pied de la statue du chevalier de La Barre.
On peut errer de jardin en jardin, en suivant les sentiers, sous de véritables portes de verdure, et, partout, l'accueil le plus empressé est réservé au visiteur par l'ancien marin devenu commerçant avisé.
Telles sont maintenant ces terres battues par les flots qui les tiennent à l'écart du monde habitable et où se cachent, sous une enceinte de noirs brisants, des coins de vrai paradis.
LA STATUE DU CHEVALIER DE LA BARRE
A l'occasion d'un congrès de «libres penseurs» réuni à Paris, on a tenu à inaugurer--l'oeuvre définitive n'étant pas prête--la maquette d'une statue de l'infortuné chevalier de La Barre, condamné pour impiété par le tribunal d'Abbeville et supplicié dans cette ville le 1er juillet 1766.