Marta Miller T2 : Un meurtre à la pointe
Chapitre 5
— Est-ce que ça vous dérangerait de marcher un peu avant d’aller chercher Lizzie au pub ?
J’observai Luke du coin de l’œil. Il n’avait plus l’air en colère, mais profondément abattu. J’aurais aimé trouver les mots pour le réconforter.
— On pourrait discuter de l’affaire, ajoutai-je.
Le coin de ses lèvres se retroussa.
— Alors vous l’acceptez ?
Je lui rendis son sourire.
— Vous ne m’avez pas vraiment laissé le choix face aux Butler.
J’étais tentée de lui demander d’élaborer les insinuations de Freddie concernant son père, mais il n’apprécierait sans doute pas que je l’interroge sur sa famille. Je pouvais le comprendre – mes parents m’avaient appris à ne jamais ébruiter ce qui se passait chez nous. D’ailleurs, même entre sœurs, Ruby et moi parlions rarement d’eux et de notre enfance.
Il fit la grimace.
— C’est vrai, excusez-moi. Comme vous l’avez certainement remarqué, j’ai eu de plus en plus de mal à cacher mon exaspération. Freddie et moi sommes tous les deux pasteurs. Doris et lui avaient beau souhaiter un enfant de tout cœur, leur responsabilité première était envers Helen. À mon sens, ils l’ont abandonnée et ont sûrement contribué à sa mort.
Même si je ne pouvais pas le contredire, jamais je n’aurais imaginé l’entendre s’exprimer si durement envers ses amis. Depuis qu’il avait accepté le poste de pasteur de Westleham, il s’était montré pondéré, empathique, d’humeur constante et capable de voir les deux côtés d’un problème. Au vu de sa réaction, les agissements des Butler avaient dû le toucher personnellement.
— Après ce que je viens d’entendre, je ne peux qu’être de votre côté. Un jour, cette petite devra savoir ce qui est arrivé à sa mère.
— Sauf qu’à ses yeux, c’est Doris, sa mère, objecta-t-il.
— Eh bien, quoi qu’il en soit, on va mener l’enquête pour elle. Même si elle risque de ne jamais découvrir les conclusions de nos recherches.
— Qui est le principal suspect, selon vous ?
Parvenus au bout de l’allée du presbytère, nous bifurquâmes à droite et parcourûmes la ruelle comme nous l’avions fait ce matin-là, avant la foire et l’incident qui avait confirmé le mauvais pressentiment de Luke.
— J’aimerais en savoir plus sur le patron du pub. Je me demande ce qu’Helen pouvait bien lui vouloir.
— Rien ne nous dit qu’elle est vraiment allée lui parler, souligna-t-il. C’est le boucher qui l’a affirmé. Et s’il était amoureux d’elle ? Ça expliquerait qu’il se soit mis dans une telle colère quand il l’a surprise en fâcheuse posture avec Kenneth.
— Vous marquez un point. Il aurait pu raconter à son assistant qu’elle avait de nombreux admirateurs. Il était peut-être si contrarié à l’idée de ne pas être le seul homme dans sa vie qu’il l’a tuée dans un accès de jalousie.
— Ou bien c’est le médecin qui l’a tuée, pour les mêmes raisons.
— Son comportement était très étrange. Il ne m’a pas semblé digne d’un professionnel.
— Vous croyez qu’il a pu avoir une aventure avec Helen ?
— Oh, mais certainement, confirmai-je avant de jeter un regard au coin de la rue où nous avions surpris la jeune fille. Je le soupçonne d’ailleurs d’être l’inconnu qu’on a aperçu ce matin avec elle.
Luke haussa les épaules.
— Tout ce qu’on peut dire à son sujet, c’est qu’il faisait environ ma taille. Impossible de lui donner un âge. Cela dit, à cause de son chapeau, il est peu probable qu’il s’agisse de Kenneth.
— C’est un peu maigre, vous ne trouvez pas ? fis-je, perplexe. Il faut à tout prix identifier cet homme et découvrir si Helen avait l’argent sur elle au moment de sa mort.
— Est-ce qu’elle avait un sac à main ?
Je fis non de la tête.
— Il était peut-être caché sous elle, mais j’en doute.
— Les jeunes filles de son âge sortent-elles souvent sans sac à main ?
— Non. D’ailleurs, elle en avait un ce matin, on l’a vue y ranger l’argent. Je suis sûre qu’elle n’allait nulle part sans sa brosse à cheveux, son rouge à lèvres et son poudrier.
Luke se massa le menton.
— Hum. Alors, son sac a disparu.
— On a pu le lui prendre parce qu’il contenait l’argent, ou pour une tout autre raison. Il renfermait peut-être une preuve que l’assassin souhaitait dissimuler.
— On aurait dû demander aux Butler de nous laisser fouiller sa chambre avant que la police ne s’en charge.
— Ben n’aimerait pas qu’on s’immisce dans son enquête, fis-je remarquer, dubitative.
— On ne fait que rendre service. C’est différent.
— Je ne suis pas sûre qu’il voie les choses sous cet angle, arguai-je avant de freiner net pour m’emparer du bras de Luke. Allons-y maintenant. On en profitera pour demander à Doris quel sac à main sa nièce portait. Je n’ai pas fait attention ce matin.
— Oui, allons-y.
Sous son regard pénétrant, je sentis mes orteils se recroqueviller et une nuée de papillons batifoler dans mon ventre.
— Je n’aurais pas dû vous forcer la main, mais je ne le regrette pas, reprit-il. Je ne voudrais personne d’autre à mes côtés pour mener l’enquête.
Je restai sans voix, le souffle coupé. Je me contentai de hocher la tête et de me tourner vers le presbytère.
*
— Vous revoilà déjà, constata Edith Davies, une moue méprisante sur les lèvres.
— On aimerait poser une question à Mme Butler.
— Entrez, dans ce cas, grommela-t-elle avant d’aller la chercher.
Quelques instants plus tard, Doris nous rejoignit dans le vestibule. Je notai que, cette fois, personne ne nous invita à passer au salon. Compte tenu du froid qui régnait désormais entre Luke et Freddie, la suite de notre séjour chez les Butler semblait compromise. Je ne nous imaginais pas dîner à leur table dans une telle tension.
J’adressai à Doris le sourire le plus aimable dont j’étais capable.
— Pardonnez-nous de vous déranger à nouveau. On s’est rendu compte qu’il n’y a pas de meilleur point de départ pour notre enquête que chez vous. Seriez-vous d’accord pour qu’on inspecte la chambre d’Helen ?
Elle arqua un sourcil, croisa les bras sur sa poitrine frêle et nous lança un regard méfiant.
— Qu’espérez-vous y trouver ?
— Des indices, répondis-je, évasive.
— Au fond, je n’y vois pas d’objection, admit-elle en laissant retomber ses bras avant de se rendre au pied de l’escalier. Suivez-moi.
— Où est Janet ?
— Elle dort dans les bras de Freddie, nous informa-t-elle d’une voix qui suintait la fierté. Il fait un père formidable.
— Comme c’est touchant, marmonna Luke.
Il me fit signe de monter à la suite de Doris, qui ouvrit sans ménagement une porte située à l’arrière de la bâtisse.
— Voilà la chambre où dormait Helen.
Je trouvais qu’il était encore tôt pour qu’elle se soit habituée à parler de sa nièce au passé, mais je n’étais pas experte en matière de deuil. Je n’avais jamais perdu qui que ce soit avant Stan – et encore, j’ignorais s’il était perdu ou s’il revendiquait simplement son droit à ne pas rentrer à la maison.
Doris s’effaça pour nous laisser entrer dans la minuscule chambre.
— Est-ce que c’est la chambre qu’Helen occupait étant enfant ?
— Bien sûr que non, répondit-elle comme s’il s’agissait d’une question ridicule. Elle dormait dans la chambre voisine de la nôtre. On y a installé Janet, depuis. Quand Helen est revenue à Winteringham, on lui a proposé celle-ci.
Elle était à peine plus grande qu’un vulgaire débarras. Pour tout ameublement, elle comptait un lit étroit et une commode sur laquelle était disposé un attirail de maquillage. Je me demandai quelle somme les Butler avaient donnée à leur nièce et comment elle l’avait dépensée.
Une idée me vint subitement. J’étais étonnée de ne pas y avoir pensé plus tôt.
— Helen est-elle revenue à Winteringham parce qu’elle n’avait plus d’argent ?
Le rouge monta aux joues de Doris, qui détourna le regard.
— Elle n’a pas réussi à trouver de travail. Ce n’était pas une surprise : elle n’avait ni qualifications ni expérience.
Je ne connaissais que trop bien la situation qu’avait dû vivre la pauvre Helen, à la seule exception qu’aucun de mes proches n’était disposé à me donner de l’argent. Il fallait admettre que je n’avais rien de valeur qui soit susceptible de les intéresser – Helen, elle, avait un bébé que son oncle et sa tante convoitaient.
— Vous vous attendiez à ce qu’elle utilise une partie de l’argent pour financer une formation, non ? C’est ce que vous disiez tout à l’heure.
— On avait de grands espoirs pour son avenir, affirma religieusement Doris. Avant qu’elle ne tombe enceinte, le monde lui appartenait. Malheureusement, elle n’a pas profité des chances qu’on lui avait offertes.
— Combien de temps est-elle partie ?
— Un peu plus de quatre mois.
— Savez-vous où elle est allée pendant ce temps ?
— Non, répondit-elle avant de croiser de nouveau les bras. Ce sera tout ? Il faut que je redescende au cas où Freddie et Janet auraient besoin de moi.
— Lui avez-vous demandé où elle logeait ? s’enquit Luke d’une voix douce.
— Non, répliqua Doris.
Sur ces mots, elle tourna les talons et descendit l’escalier.
— Je vais regarder sous le lit, annonça-t-il. Vous, fouillez les tiroirs. Je ne me permettrais pas de mettre mon nez dans les affaires d’une dame.
À vrai dire, l’idée ne me ravissait pas non plus. Je trouvais cela indécent – d’autant plus quand la personne en question était décédée.
Luke tira de sous le lit une valise usée et l’ouvrit.
— Vide.
— N’oubliez pas les poches intérieures, recommandai-je. Elle y a peut-être laissé quelque chose.
Mal à l’aise, j’inspectai à tâtons le tiroir du haut qui, sans surprise, contenait les dessous d’Helen. Elle aurait pu y cacher un journal intime, mais je n’y trouvai que des vêtements.
Luke referma la malle avant de la remettre à sa place.
— Rien. Si je soulève le matelas, pouvez-vous regarder en dessous ?
Il s’exécuta et j’étudiai le sommier.
— Je ne vois rien.
Le pasteur s’accroupit.
— Où est-ce qu’une jeune fille comme Helen cacherait une importante somme d’argent ?
Je haussai une épaule, résignée.
— Je n’ai pas mené la même jeunesse qu’elle. On devrait peut-être demander son avis à Ruby. Elle serait plus à même de nous renseigner.
— Cherchons encore quelques minutes, décréta-t-il avant de s’emparer de l’oreiller pour en fouiller la taie tandis que j’ouvrais le tiroir suivant. Quand on retournera au Railway Inn, on ferait mieux de demander à M. Williams s’il lui reste deux chambres libres. Je n’ai plus très envie de loger ici, après ce qui s’est passé.
Je l’observai avant de répondre.
— À cause de la tension entre Freddie et vous, pour laisser vos amis faire leur deuil ou parce que vous les soupçonnez d’être coupables ?
Il jeta un regard à la porte comme pour vérifier que nous étions seuls.
— Les trois. Freddie a beau être mon plus vieil ami, personne n’a de meilleur mobile que lui.
— Ce n’est pas lui qui a donné l’argent à Helen, signalai-je. Il est trop petit pour être l’homme qu’on a vu avec elle.
— Doris n’a pas dit qu’Helen était revenue demander de l’argent, mais, si ça se trouve, elle en recevait à la fois de son oncle et sa tante et de l’inconnu de ce matin.
— Appelons un chat un chat. Même si le terme paraît grossier, il s’agit de chantage, n’est-ce pas ? Vous le pensez comme moi.
— Je me demande ce qu’elle avait en tête, fit le pasteur, songeur. Que comptait-elle faire avec la somme qu’on lui a remise ce matin ?
Je secouai la tête, abattue.
— C’est malheureux, tout de même. Quelques heures plus tôt, elle avait encore des projets. Elle ne les réalisera jamais. Quel gâchis…
— Oui, je suis bien d’accord. Le pire, dans tout ça, c’est que ses proches n’ont exprimé aucun regret.
Je frémis.
— Filons d’ici dès que j’aurai fini de fouiller ces quelques tiroirs. Vous avez vu juste ce matin, à propos de ce village. Quelque chose ne tourne pas rond, ici.
Après une rapide inspection des derniers effets personnels de la jeune fille, je me remis sur pied et nous quittâmes la chambre en prenant soin de fermer la porte derrière nous.
Lorsque nous parvînmes au rez-de-chaussée, Freddie sortit du salon.
— Alors, avez-vous trouvé ce que vous cherchiez ?
— Pas encore, répondis-je.
— On retourne au pub, l’informa Luke. Il nous semble plus convenable de coucher là-bas pour respecter votre deuil.
Freddie ouvrit la bouche comme s’il s’apprêtait à protester, puis hocha lentement la tête.
— Je vois. C’est sans doute pour le mieux.
Face à son regard triste, j’éprouvai pour lui une certaine pitié. Il n’avait pas agi de manière très honorable, mais, au fond, peut-être cherchait-il simplement à rendre sa femme heureuse.
— Merci de nous avoir reçus, ajoutai-je.
— Mais au fait, reprit-il, étonné, je croyais qu’on vous hébergeait parce que le pub refusait d’accueillir votre chienne.
Il avait raison, mais je n’avais aucune envie de passer une nuit de plus au presbytère.
— Compte tenu des circonstances, il acceptera peut-être de faire une entorse à son règlement.
Malgré son air sceptique, il hocha la tête.
— C’est très prévenant de votre part. En effet, un peu de calme nous ferait du bien pour pleurer la perte de notre nièce.
— Qu’elle repose en paix, murmura Luke.
— Oui, bredouilla Freddie.
Son air penaud en disait long : il s’était enfin aperçu qu’il aurait dû exprimer ses regrets plus tôt.
— Je vais prier pour vous.
Sur ces mots, Luke quitta son ami pour aller ouvrir la porte d’entrée. Il avait le dos si raide que je craignais de voir ses épaules céder sous la tension.
*
Nous regagnâmes le Railway Inn sans un mot. Je cherchai désespérément quelques paroles à dire à Luke, mais je rejetai chacune de mes idées, insatisfaite. De toute manière, il ne semblait pas dérangé par le silence.
Au bar, il demanda s’il était possible de s’entretenir en privé avec le patron. Après un bref échange avec un de ses employés, l’intéressé nous conduisit dans un coin retiré de la salle.
— Qu’est-ce que je peux faire pour vous, révérend ? s’enquit-il, aimable.
— C’est un peu délicat. Vous êtes sans doute au courant du drame qui a frappé la famille Butler.
Robert Williams baissa les yeux pour contempler la table.
— Oui, j’ai appris la nouvelle. Une si charmante jeune fille… C’est affreux, ce qui lui est arrivé.
— Vous comprenez sûrement qu’il serait déplacé pour nous de rester chez les Butler pendant cette période de deuil…
Un rire rauque échappa au patron.
— De deuil ? Ils n’attendaient que ça, de se débarrasser de cette pauvre gosse !
— Il me semble qu’elle a vécu quelques années chez eux, fit remarquer Luke. Vous êtes sans doute un peu dur.
— Quand le pasteur est rentré de la guerre, ils ont essayé de la renvoyer à Londres, mais Helen n’avait pas envie de partir. Et je la comprends ! Qui voudrait vivre dans une ville sale, surpeuplée et détruite par les bombardements quand on peut choisir la campagne ?
Je trouvai curieux qu’un homme de près de quarante ans en sache autant sur une jeune fille qui aurait pu être sa fille.
— Oui, on se le demande, répondit Luke.
— Quoi qu’il en soit, ils ont fini par trouver le moyen de la chasser. Elle était bouleversée à l’idée de quitter le village.
— Vous ne savez pas où elle est allée, je suppose ?
Consciente que Luke se refuserait à mentir, j’ajoutai :
— Si on avait une idée plus précise de l’endroit où elle séjournait et avec qui, on découvrirait peut-être pourquoi on l’a assassinée.
— J’ai bien peur de ne pas pouvoir vous aider sur ce point-là.
Il eut un mouvement de la tête presque imperceptible et porta le regard environ un mètre au-dessus de mon crâne – deux signes évidents qu’il mentait.
— Vous lui avez beaucoup parlé lorsqu’elle est revenue à Winteringham ? questionna Luke.
— Moi ? s’étonna-t-il en se désignant du pouce. Pourquoi est-ce que j’aurais approché cette gamine ?
— Vous m’avez donné l’impression d’être touché par sa situation, fit valoir Luke. J’ai pensé qu’elle s’était peut-être confiée à vous.
— Enfin, ce n’était qu’une môme ! rétorqua Robert, hostile. Pourquoi m’aurait-elle raconté ses secrets ?
— Parce que tu avais une liaison avec elle, voilà ce que je crois, moi ! intervint une voix cinglante.
Le patron se prit la tête entre les mains.
— Winifred… Je te croyais sortie.
— Je m’en doute, répliqua la femme. De toute façon, tu n’as jamais été très doué pour me cacher tes manigances.
Luke se leva et tendit la main à la nouvelle venue.
— Je m’excuse de vous avoir contrariée avec cette conversation. Je suis Luke Walker, le pasteur de Westleham. Vous devez être madame Williams.
— Enchantée, répondit-elle avant d’observer son mari. Je croyais que cette histoire sordide était derrière nous.
— C’est le cas, ma chérie, affirma son époux, la mine abattue. Je t’ai juré que c’était du passé et je n’ai pas menti.
Pourtant, j’avais entendu de mes propres oreilles le boucher informer Doris qu’il avait surpris Helen en plein échange de messes basses avec le patron du bar. Naturellement, ni Luke ni moi ne mettrions sa parole en doute devant sa femme.
— À l’origine, on était venus demander à votre mari s’il était possible de réserver deux chambres, dit Luke à l’adresse de Winifred. On logeait au presbytère, mais, compte tenu de la situation, on préfère chercher une autre solution.
L’épouse du patron m’étudia.
— C’est n’est pas vous, la dame de Westleham qui a un chien ? demanda-t-elle en prononçant le dernier mot comme s’il s’agissait de la bête la plus répugnante qui soit. Les animaux sont interdits dans notre établissement.
Ce n’était pas le moment de l’informer que Lizzie dormait depuis deux bonnes heures sous une des tables de sa taverne.
— C’est bien dommage.
— On pourrait faire une exception, à condition que vous payiez un supplément, suggéra Robert.
Sachant que Lizzie n’avait besoin ni de lit ni de petit-déjeuner, je trouvai l’idée injuste, mais Ruby et moi avions besoin d’un hébergement. Je n’avais prévu aucun budget pour financer mon séjour à Winteringham et encore moins pour le « supplément » que le patron me demandait à présent.
Luke sentit mon malaise.
— Est-ce vraiment nécessaire ? Mme Miller était l’invitée d’honneur de la foire agricole. Vous n’allez tout de même pas lui demander de payer plus cher alors que c’est sa chienne qui a découvert le corps d’Helen Kennedy, si ?
En entendant les faits présentés sous cet angle, je me sentis très fière de Lizzie. Il était inutile de préciser qu’elle s’était assise dans l’herbe et qu’elle avait refusé catégoriquement de s’approcher du fond du chapiteau.
Mme Williams, elle, ne sembla pas impressionnée pour deux sous.
— On n’a jamais autorisé les chiens au Railway Inn et, tant que j’y vivrai, ça ne changera pas.
Robert eut la présence d’esprit de ne pas contester.
— Tout est dit. Navré, mais on ne peut rien faire pour vous.
Avec une réticence manifeste, il nous laissa seuls en compagnie de sa femme pour regagner le bar. Elle prit place sur la chaise qu’il avait libérée.
— Bien. Je crois que des explications s’imposent.
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