Mémoires de Frédérique Sophie Wilhelmine de Prusse, margrave de Bareith. Tome 1
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Ce chapitre est long, il est donc découpé en 3 parties.
Je n’ai jamais tant souffert que pendant le temps de son indisposition.
Les chaleurs étaient excessives et aussi fortes qu’elles peuvent l’être en Italie. La chambre où le roi étoit couché, étoit toute fermée et il y avoit un feu terrible. Toute jeune que j’étois, il falloit que j’y restasse tout le jour; on m’avoit placée à côté de la cheminée, j’étois comme une personne qui a la fièvre, chaude, et mon sang étoit dans un tel mouvement que les yeux me sortoient presque de la tête. J’étois si échauffée que je ne pouvois dormir. Le sabbat que je faisois la nuit réveilloit Madame de Kamken. Celle-ci pour me tranquilliser, me donnoit des pseaumes à apprendre, et lorsque je voulois lui représenter que ma tête n’étoit pas assez rassise pour cela, elle me grondoit, et alloit dire à la reine, que je n’avois point de crainte de Dieu. Autre mercuriale que j’avois à essuyer. Je succombai enfin à toutes ces fatigues et à tous ces désagrémens et tombai malade à mon tour de la dyssenterie. Ma fidèle Mermann en avertit d’abord la reine qui n’en voulut rien croire, et quoique je fusse déjà assez mal, elle me contraignit de sortir, et ne voulut ajouter foi à ces avis que lorsque je fus à l’extrémité.
On me transporta mourante à Berlin. La Letti vint me recevoir au haut de l’escalier. Ah Madame, me dit-elle, vous voilà. Souffrez-vous beaucoup?
Êtes-vous bien malade? Au moins il faut vous ménager, car votre frère vient d’expirer ce matin, et je crois que votre soeur ne passera pas le jour. Ces belles nouvelles m’affligèrent beaucoup, mais j’étois si accablée que je n’y fus pas aussi sensible que je l’aurois été dans tout autre temps. Je fus à l’extrémité pendant huit jours. Sur la fin du neuvième mon mal commença à diminuer, mais je ne me rétablis que très-lentement. Le roi et ma soeur se remirent plutôt que moi. Les mauvaises façons de la Letti reculèrent ma guérison. Elle ne faisoit que me maltraiter le jour et m’empêchoit de dormir la nuit, car elle ronfloit comme un soldat.
Cependant la reine revint à Berlin, et quoique je fusse encore fort foible, elle me fit ordonner de sortir. Elle me fit très-bon accueil, mais elle regarda à peine la Letti. Cette fille outrée de se voir méprisée s’en vengeoit sur moi. Les coups de poing et de pied étoient mon pain quotidien; il n’y avoit point d’invectives dont elle ne se servît contre la reine, elle l’appeloit ordinairement la grande ânesse.
Tout le train de cette princesse avoit son sobriquet aussi bien qu’elle.
Madame de Kamken étoit la grosse vache, Mademoiselle de Sonsfeld la sotte bête, et ainsi du reste. Telle étoit l’excellente morale qu’elle m’apprenoit. Je me fâchois et me chagrinois si fort que la bile m’entra enfin dans le sang, et que je pris la jaunisse huit jours après ma sortie. Je la gardai deux mois et je ne me remis de cette maladie que pour en reprendre une autre infiniment plus dangereuse. Elle commença par une fièvre chaude qui devint deux jours après pourprée. J’etois dans un délire continuel, et mon mal augmenta si fort le cinquième jour, que l’on ne me donna plus que quelques heures à vivre. Le roi et la reine firent céder le soin de leur conservation à leur tendresse pour moi. Ils vinrent l’un et l’autre à minuit me visiter, et me trouvèrent sans connoissance. On m’a dit depuis que rien n’égaloit leur désespoir. Ils me donnèrent leur bénédiction en versant mille larmes et on ne les arracha que par force d’auprès de mon lit. J’étois tombée dans une espèce de léthargie. Les soins que l’on prit à m’en faire revenir et la bonté de mon tempérament me rappelèrent à la vie, ma fièvre diminua vers le matin et je fus hors de danger deux jours après. Plût au ciel qu’on m’eût laissée quitter en paix le monde, j’aurois été bien heureuse. Mais j’étois réservée à endurer un tissu de fatalités, comme le prophète Suédois me l’avoit pronostiqué. Dès que je fus un peu en état de parler, le roi vint chez moi. Il fut si charmé de me voir hors de péril, qu’il m’ordonna de lui demander une grâce. Je veux vous faire plaisir, me dit-il, je vous accorderai tout ce que vous voudrez. J’avois de l’ambition, j’étois fâchée de me voir encore traitée comme un enfant, je me déterminai d’abord et le suppliai de me traiter dorénavant comme une grande personne et de me faire quitter la robe d’enfant. Il rit beaucoup de mon idée. Eh bien, dit-il, vous serez satisfaite et je vous promets que vous ne paroîtrez plus en robe. Je n’ai jamais eu de joie plus vive.
Je faillis à en prendre une rechute et on eut beaucoup de peine à modérer mes premiers mouvemens. Qu’on est heureux dans cet âge. La moindre bagatelle nous amuse et nous réjouit. Cependant le roi me tint parole, et malgré les obstacles que la reine y mit il lui ordonna absolument de me mettre en manteau. Je ne pus sortir de ma chambre que l’année 1720. Je goûtois une félicité parfaite d’avoir quitté la robe d’enfant. Je me mettois devant mon miroir à me contempler et je ne me croyois pas indifférente avec mon nouvel habillement. J’étudiois tous mes gestes et ma démarche pour avoir l’air d’une grande personne; en un mot, j’étois très-contente de ma petite figure. Je descendis d’un air triomphant chez la reine où je m’attendois à être très-bien reçue. J’y étois venue comme un César et m’en retournai comme un Pompée. Du plus loin que la reine me vit elle se mit à crier. Ah mon Dieu, comme elle est faite, voilà en vérité une jolie petite figure, elle ressemble à une naine comme deux gouttes d’eau. Je demeurai stupéfiée, ma petite vanité se trouvoit bien rabattue, et le dépit m’en fit venir les larmes aux yeux. Dans le fond la reine n’avoit pas tort si elle s’en étoit tenue à cette petite pique qu’elle m’avoit donnée, mais elle me gronda d’importance de m’être adressée au roi pour lui demander des grâces.
Elle me dit qu’elle ne vouloit point cela, qu’elle m’avoit ordonné de m’attacher uniquement à elle, et que si jamais je m’adressois au roi pour quoi que ce fût, elle me promettoit toute son indignation. Je m’excusai le mieux que je pus et lui fis tant de soumissions qu’enfin elle me pardonna.
J’ai jusqu’à présent assez fait connoître le caractère emporté de la Letti, mais je ne puis omettre d’en insérer une circonstance qui quoique puérile en entraîna d’autres après elle. Il y avoit devant les fenêtres de ma chambre une galerie découverte de bois qui faisoit la communication des deux ailes du château. Cette galerie étoit toujours remplie d’immondices, ce qui causoit une puanteur insupportable dans mes appartemens. La négligence d’Eversmann, concierge du château, en étoit cause. Cet homme étoit le favori du roi, qui avoit toujours le malheur de n’en avoir que de malhonnêtes. Celui-ci étoit un vrai suppôt de satan, qui ne se plaisoit qu’à faire du mal et qui étoit mêlé dans toutes les cabales et intrigues qui se faisoient. La Letti l’avoit fait prier plusieurs fois de faire nettoyer cette galerie sans qu’il s’en fût mis en peine. La patience de cette fille lui échappa enfin, elle l’envoya chercher un matin, et débuta par lui chanter pouille. Il lui répliqua ils se disputèrent enfin tant et tant, qu’ils se seroient pris tous deux par les oreilles, si heureusement pour eux Madame de Roukoul ne fût survenue, qui les sépara. Eversmann jura de s’en venger, et en trouva l’occasion dès le lendemain. Il dit au roi que la Letti ne donnoit aucun soin à mon éducation, qu’elle étoit la maîtresse du colonel Forcade et de Mr. Fourneret, avec lesquels elle étoit enfermée tout le jour, que je n’apprenois plus rien et que pour prouver, que ce qu’il disoit étoit vrai le roi n’avoit qu’à m’examiner.
Le rapport d’Eversmann étoit vrai en tout point, mais la Letti étoit innocente de ce qui regardoit le dernier article. J’avois été six mois malade ce qui m’avoit fort reculée, et depuis que j’étois rétablie je n’avois pu recommencer mes études, ayant toujours été chez la reine, où je me rendois dès les dix heures du matin pour ne me retirer qu’à onze du soir. Le roi qui voulut approfondir la vérité me fit un jour plusieurs questions sur ma religion. Je me tirai fort bien d’affaire et le satisfis sur tous les articles qu’il me demanda, mais il n’en fut pas de même des dix commandemens qu’il voulut me faire réciter. Je m’embrouillai et ne pus jamais les dire, ce qui le mit dans une si violente colère que peu s’en fallut qu’il ne me donnât des coups. Mon pauvre précepteur en paya les pots cassés. Dès le lendemain il fut chassé. La Letti ne fut pas non plus épargnée. Le roi ordonna à la reine de lui donner une bonne réprimande et de lui défendre sous peine de sa disgrâce de ne plus voir d’hommes chez elle, pas même des ecclésiastiques. La reine obéit avec joie et fut charmée de trouver ce prétexte de la mortifier. Celle-ci s’excusa le mieux qu’elle put. Elle se plaignit de moi, disant que je n’avois ni égard ni considération pour elle, que je faisois le rebours de tout ce qu’elle me disoit, et que n’étant presque plus autour de moi, elle ne pouvoit pas être responsable de ma conduite. La reine me maltraita beaucoup et se servit d’expressions si dures qu’elle me mit au désespoir. Toute jeune que j’étois cela me fit beaucoup d’impression. Quoi! disois-je en moi-même, un manque de mémoire mérite-t-il tant de reproches? J’ai désobéi à la Letti, il est vrai, je n’ai plus voulu lui servir de rapporteuse, elle n’a pu tirer de moi les secrets que la reine m’avoit confiés, j’ai obéi en tout aux ordres de cette princesse, cependant elle m’en fait un crime aujourd’hui. J’ai enduré tous les chagrins imaginables pour l’amour d’elle, j’ai été meurtrie de coups et voilà la récompense qu’elle m’en donne.
Je maudissois un moment après ma bonté pour la Letti. Il ne tenoit qu’à moi de me plaindre à la reine de ses mauvais traitemens et j’avoue que je restai quelque temps en suspens si je trahirois la reine ou cette fille. Mais ma bonté de coeur me fit surmonter ces pensées vindicatives, et je résolus de me taire. Toute ma façon de vivre fut changée, mes leçons commençoient à huit heures du matin, et duroient jusqu’à huit heures du soir, je n’avois d’intervalle que les heures du dîner et du souper qui se passoient encore en réprimandes, que la reine me faisoit.
Lorsque j’étois de retour dans ma chambre, la Letti recommençoit les siennes. La rage où elle étoit, de n’oser voir personne chez elle, retomboit sur moi. Il n’y avoit guère de jours, qu’elle n’exerçât la force de ses redoutables poignets sur mon pauvre corps. Je pleurois toute la nuit, j’étois dans un désespoir continuel, je n’avois pas un moment de récréation, et je devenois toute hébétée. Ma vivacité avoit disparu, et en un mot j’étois méconnoissable de corps et d’esprit.
Je menai cette vie pendant six mois, au bout desquels nous allâmes à Vousterhausen.
Je commençois à y rentrer en faveur auprès de la reine, et par conséquent d’avoir un peu plus de repos, elle me témoignoit même de la confiance, et me faisoit part de toutes ses idées. Avant que de retourner à Berlin, elle me dit un jour: je vous ai conté tous les chagrins que j’ai eus jusqu’à présent, mais je ne vous ai fait connoître que la moindre partie de ceux qui y ont donné lieu, je veux vous les nommer et je vous défends, sous peine de la vie, de parler, ni d’avoir aucun commerce avec ces gens là. Faites-leur la révérence, et c’est tout ce qui leur faut. En même temps elle me nomma les trois quarts de Berlin qui étoient, disoit-elle, ses ennemis, je ne veux pas non plus, ajouta-t-elle, que vous me compromettiez. Si on vous demande d’où vient que vous ne parliez pas à ces gens-là, répondez, que vous avez vos raisons pour cela.
J’obéis ponctuellement aux ordres de la reine, et m’attirai tout le monde à dos. Cependant la Letti commençoit à s’ennuyer de la gêne où elle vivoit. Les défenses du roi l’avoient mise hors d’état de continuer ses intrigues d’amour et d’état, le crédit du prince d’Anhalt étoit fort baissé, depuis l’aventure de la Blaspil, ce qui privoit cette fille des gratifications qu’elle recevoit sans cesse de ce prince. Il ne faisoit plus mention de mon mariage avec le Margrave de Schwed. Tout cela engagea la Letti à s’adresser à sa protectrice, Milady Arlington, pour la prier de s’intéresser en sa faveur auprès de la reine, et de lui faire obtenir le titre de gouvernante auprès de moi, et les prérogatives attachées à cette charge, la conjurant en cas de refus, de lui procurer ce poste auprès des princesses d’Angleterre.
Milady lui écrivit une lettre qu’elle put produire à la reine. Elle contenoit de grandes promesses pour son établissement en Angleterre, elle y faisoit une énumeration des bonnes qualités de la Letti, et la plaignoit de ce qu’elles étoient si mal reconnues à Berlin, qu’elle devoit demander des distinctions et des récompenses de ses soins pour moi, et que si on les lui refusoit, elle lui conseilloit de demander son congé et de se rendre dans un pays, où on savoit mieux rendre justice au mérite. Tout ceci n’étoit qu’une feinte pour déterminer la reine à lui accorder ce qu’elle demandoit. La Letti envoya la lettre de Milady à la reine, elle y en joignoit une de sa main des plus impertinentes. Elle vouloit, disoit-elle, être satisfaite ou avoir son congé. La reine se trouva fort embarrassée, ayant des ménagemens à garder avec cette fille, pour ne pas désobliger la protectrice qui l’avoit recommandée, et qui étoit toute puissante sur l’esprit du roi d’Angleterre. Elle employa donc plusieurs personnes pour la détourner de ce dessein, mais inutilement. Elle m’en parla enfin aussi, et je fus dans la dernière surprise, la Letti m’ayant fait un mystère de cette démarche. La reine me questionna beaucoup sur ses manières d’agir avec moi. Je ne répondis qu’en faisant ses éloges et suppliai pour l’amour de Dieu cette princesse de ne point montrer la lettre de la Letti au roi comme elle en avoit le dessein, jusqu’à ce que je lui eusse parlé. Si vous pouvez lui faire changer de sentiment, me dit la reine, d’ici à demain j’y consens, mais passé ce terme, il ne sera plus temps qu’elle se rétracte. Dès que je fus dans ma chambre, j’en parlai à cette fille. Mes pleurs, mes prières et les caresses que je lui fis, l’attendrirent, ou plutôt elle fut bien aise de trouver un honnête prétexte de ce dédire. Elle écrivit donc une seconde lettre à la reine, dans laquelle elle la supplioit de ne point faire mention de la première au roi.
Les choses en restèrent-là pour cette fois. La tendresse que je lui avois fait voir dans cette occasion, me procura quinze jours de repos, mais elle ne recula que pour mieux sauter. Je souffris avec elle pendant six mois les martyres du purgatoire. Ma bonne Mermann qui me voyoit tous les jours déchirer de coups, vouloit en avertir la reine, mais je l’en empêchai toujours. Pour comble de méchanceté cette mégère me lava le visage d’une certaine eau qu’elle avoit fait venir exprès d’Angleterre, et qui étoit si forte, qu’elle rongeoit la peau. En moins de huit jours, je devins toute couperosée, et mes yeux étoient rouges comme du sang. La Mermann voyant l’effet terrible que cette eau m’avoit fait pour m’en être lavée deux fois, prit la bouteille qu’elle jeta par la fenêtre sans quoi mes yeux et mon teint auroient été ruinés pour jamais.
Le commencement de l’année 1721 fut aussi malheureux pour moi que la précédente. Mon martyre continuoit toujours. La Letti vouloit se venger des refus que la reine lui avoit donnés, et comme elle étoit fermement résolue de me quitter, elle vouloit me laisser quelques souvenirs qui me fissent penser à elle. Je crois que si elle avoit pu me casser bras ou jambe, elle l’auroit fait, mais la crainte d’être découverte l’en empêcha. Elle faisoit donc ce qu’elle pouvoit pour me gâter le visage, elle me donnoit des coups de poing sur le nez que j’en saignois quelque fois comme un boeuf.
Pendant ce temps une autre réponse à une seconde lettre qu’elle avoit écrite à Milady d’Arlington arriva. Cette dame lui mandoit qu’elle n’avoit qu’à venir en Angleterre, où elle lui offroit sa protection et qu’elle se faisoit fort de lui procurer une pension. La Letti réitéra donc la demande de son congé à la reine; la lettre qu’elle lui écrivit étoit plus insolente que la première. Je vois bien, lui disoit-elle, que V. M. n’est point d’humeur à m’accorder les prérogatives que je prétends. Ma résolution est prise. Je la supplie de m’accorder ma démission. Je vais quitter un pays barbare, où je n’ai trouvé ni esprit ni bon sens, pour finir mes jours dans un climat heureux, où le mérite est récompensé, et où le souverain ne s’attache pas à distinguer des Gredins d’officiers, comme c’est l’usage ici, et à mépriser les gens d’esprit. Madame de Roukoul étoit présente, lorsque la reine reçut cette lettre. Cette princesse lui en fit part, elle ne se possédoit pas de colère. Eh, mon Dieu, lui dit cette dame, laissez aller cette créature, c’est le plus grand bonheur qui puisse arriver à la princesse. Cette pauvre enfant souffre des martyres, et je crains qu’on ne vous la porte un beau jour avec les reins cassés, car elle est battue comme plâtre, et court risque d’être estropiée tous les jours. La Mermann pourra en instruire V. M. mieux que personne. La reine surprise envoya donc chercher ma bonne nourrice. Celle-ci lui confirma tout ce que Madame de Roukoul venoit de lui dire, ajoutant qu’elle n’avoit osé l’en avertir plutôt, la Letti l’ayant intimidée par le grand crédit, qu’elle s’étoit vanté avoir auprès de la reine, et par les menaces qu’elle lui avoit faites de la faire chasser. La reine ne balança donc plus de donner la lettre en question au roi. Le prince en fut si outré qu’il auroit envoyé dans son premier mouvement la Letti à Spandau, si la reine ne l’avoit empêché. Cette princesse se trouvoit embarrassée sur le choix de la personne à laquelle elle vouloit me confier; elle proposa cependant deux dames au roi (j’ai toujours ignoré qui elles étoient), mais ce prince les refusa l’une et l’autre, et nomma Mademoiselle de Sonsfeld pour occuper ce poste. Je ne puis assez reconnoître ce bienfait de mon père.
Mademoiselle de Sonsfeld est d’une très-illustre maison alliée à tout ce qu’il y a de grand dans l’empire, ses ayeux se sont distingués par leurs services, et par les grandes charges qu’ils ont occupées. Une plume plus élevée que la mienne ne pourroit qu’ébaucher foiblement son portrait.
Son caractère se fera connoître dans le cours de ces mémoires. Il peut passer pour unique, c’est un composé de vertus et de sentimens, beaucoup d’esprit, de fermeté, de générosité accompagnent en elle des manières charmantes. Une politesse noble lui attire du respect et de la confiance, elle joint à tous ces avantages une figure très-aimable qu’elle a conservée jusqu’à un âge avancé. Elle avoit été dame d’honneur auprès de la reine Charlotte, ma grand’mère, et possédoit la même charge dans la maison de la reine, ma mère. N’ayant jamais voulu se marier, elle avoit refusé des partis très-brillants. Elle avoit 40 ans lorsqu’elle fut placée auprès de moi. Je l’aime et je la respecte comme ma mère, elle est encore auprès de moi, et selon les apparences il n’y aura que la mort qui nous séparera.
La reine ne pouvoit la souffrir, elle disputa longtemps avec le roi, mais enfin elle fut obligée de céder, ne pouvant lui alléguer des raisons valables contre ce choix. Je fus informée de tout ceci par mon frère, qui fut présent à cette conversation, la reine m’en ayant fait un mystère. Elle fut fort étonnée en rentrant dans son appartement de me trouver toute en larmes. Ah! ah! me dit-elle, je vois bien que votre frère a jasé et que vous savez de quoi il est question. Vous êtes bien sotte de vous affliger, n’êtes-vous pas encore rassasiée de coups. Je la suppliai de vouloir révoquer la disgrâce de la Letti, mais elle me répondit que je devois prendre mon parti, et que la chose n’étoit plus à redresser. Mademoiselle de Sonsfeld qu’elle avoit envoyé chercher entra dans ce moment, elle la prit d’une main et moi de l’autre, et nous conduisit chez le roi.
Ce prince lui dit beaucoup de choses obligeantes et lui annonça enfin l’emploi qu’il vouloit lui donner. Elle répondit avec respect au roi, le suppliant de la dispenser d’accepter cette charge, s’excusant sur son incapacité. Le roi s’y prit de toutes les façons, et ce ne fut qu’à force de menaces qu’elle accepta enfin ces offres, il lui donna un rang et lui promit toutes sortes d’avantages, tant pour elle que pour sa famille. Elle fut installée comme ma gouvernante le troisième jour des fêtes de pâques. Je fus extrêmement touchée du malheur de la Letti, sa démission lui fut donnée d’une façon bien rude. Le roi lui fit dire par la reine que s’il avoit suivi son penchant, il l’auroit envoyée à Spandau, qu’elle ne devoit plus avoir le courage de se montrer en sa présence, et qu’il lui donnoit huit jours pour quitter la cour et sortir de son pays. Je fit ce que je pus pour la consoler et pour lui témoigner mon amitié.
Je n’avois pas grand’chose en ce temps-là, cependant je lui donnai en pierreries, bijoux et argenterie pour la valeur de cinq mille écus, sans ce qu’elle reçut de la reine. Elle eut malgré cela la méchanceté de me dépouiller généralement de tout, et le lendemain de son départ je n’avois pas un habit à mettre, cette fille ayant tout emporté. La reine fut obligée de me renipper de pied en cap. Je m’accoutumai bientôt à ma nouvelle domination. Madame de Sonsfeld commença par étudier mon humeur et mon caractère. Elle remarqua que j’étois d’une timidité extrême, je tremblois quand elle étoit sérieuse, je n’avois pas le coeur de dire deux mots de suite sans hésiter. Elle représenta à la reine qu’il falloit tâcher de me dissiper et me traiter avec beaucoup de douceur pour me rassurer; que j’étois fort docile et qu’avec le point d’honneur elle me feroit faire ce qu’elle voudroit. La reine la laissa entièrement maîtresse de mon éducation. Elle raisonnoit tous les jours avec moi de choses indifférentes, et tâchoit de m’inspirer des sentimens, en prenant occasion de ce qui ce passoit. Je m’appliquai à la lecture qui devint bientôt mon occupation favorite. L’émulation qu’elle me donnoit me faisoit prendre goût à mes autres études. J’apprenois l’Anglois, l’Italien, l’histoire, la géographie, la philosophie et la musique. Je fis des progrès étonnants en peu de temps. J’étois si acharnée à apprendre qu’on étoit obligé de modérer ma trop grande avidité. Je passai ainsi deux ans et comme je n’écris que les faits qui en vaillent la peine, je passe à l’année 1722. Elle commença d’abord par de nouvelles traverses pour moi. Mais comme dorénavant la cour d’Angleterre aura une grande part dans ces mémoires, il est juste que j’en donne une idée. Le roi de la grande Bretagne étoit un prince qui se piquoit d’avoir des sentimens, mais par malheur pour lui il ne s’étoit jamais appliqué à approfondir ce qu’il falloit pour cela. Bien des vertus poussées à l’extrême deviennent des vices. Il étoit dans ce cas-là. Il affectoit une fermeté qui dégéneroit en rudesse, une tranquillité qu’on pouvoit appeler indolence. Sa générosité ne s’étendoit que sur ses favoris et ses maîtresses, dont il se laissoit gouverner, le reste du genre humain en étoit exclu. Depuis son avancement à la couronne il étoit devenu d’une hauteur insupportable. Deux qualités le rendoient estimable, c’étoit son équité et sa justice, il n’étoit point méchant et se piquoit de constance envers ceux auxquels il vouloit du bien. Son abord étoit froid, il parloit peu et n’aimoit qu’à entendre dire des niaiseries.
La comtesse Schoulenbourg, alors duchesse de Kendell et princesse d’Eberstein, étoit sa maîtresse, ou plutôt il l’avoit épousée de la main gauche. Elle étoit du nombre de ces personnes qui sont si bonnes, que pour ainsi dire elles ne sont bonnes à rien. Elle n’avoit ni vices ni vertus, et toute son étude ne consistoit qu’à conserver sa faveur et à empêcher que quelque autre ne la débusquât.
La princesse de Galles avoit infiniment d’esprit, beaucoup de savoir, de lecture et une grande capacité pour les affaires. Elle s’attira tous les coeurs au commencement de son arrivée en Angleterre. Ses manières étaient gracieuses, elle étoit affable, mais elle n’eut pas le bonheur de se conserver l’amour des peuples, et l’on trouva moyen d’approfondir son caractère, qui ne répondoit pas à son extérieur. Elle étoit impérieuse, fausse, et ambitieuse. On l’a toujours comparée à Agrippine, elle auroit pu s’écrier comme cette impératrice: que tout périsse pourvu que je régne.
Le prince, son époux n’avait pas plus de génie que le roi son père, il étoit vif, emporté, hautain et d’une avarice impardonnable.
Milady d’Arlington qui tenoit le second rang, étoit fille naturelle de feu l’électeur d’Hannovre et d’une comtesse de Platen. On peut dire d’elle avec vérité qu’elle avoit de l’esprit comme un diable, car il étoit entièrement tourné au mal. Elle étoit vicieuse, intrigante et aussi ambitieuse que celles dont je viens de faire le portrait. Ces trois femmes gouvernoient tour à tour le roi, quoiqu’elles vécussent en grande mésintelligence entre elles. Leurs sentimens étoient réunis en un point, qui étoit qu’elles ne vouloient pas que le jeune duc de Glocestre épousât une princesse d’une grande maison, et qu’elles en souhaitoient une, qui n’eût pas un grand génie, afin de rester les maîtresses du gouvernement.
Milady Arlington qui avoit ses vues particulières, dépêcha Mademoiselle de Pelnitz à Berlin. Cette fille avoit été dame d’honneur et favorite de la reine Charlotte, ma grand’-mère; elle s’étoit retirée à Hannovre après la mort de cette princesse; où elle vivoit d’une pension que le roi d’Angleterre lui avoit accordée. Son esprit étoit aussi mauvais que celui de Milady, elle étoit aussi intrigante qu’elle, sa langue venimeuse n’épargnoit personne; on ne lui remarquoit que trois petits défauts, elle aimoit le jeu, les hommes et le vin. La reine, ma mère la connoissoit depuis très-longtemps. Comme elle étoit informée que Mademoiselle de Pelnitz avoit beaucoup de crédit à la cour d’Hannovre, elle la reçut le mieux du monde. Me l’ayant ensuite présentée: voici une de mes anciennes amies, me dit-elle, avec laquelle vous serez bien aise de faire connoissance. Je la saluai et lui fis un compliment fort obligeant sur ce que la reine venoit de dire. Elle me regarda quelque temps depuis les pieds jusqu’à la tête, puis se tournant vers la reine, ah mon Dieu! lui dit-elle, Madame, que la princesse a mauvais air, quelle taille et quelle grâce pour une jeune personne, et comme la voilà attifée! La reine fut un peu décontenancée de ce début, auquel elle ne s’attendoit pas. Il est vrai, lui dit-elle, qu’elle pourroit avoir meilleur air. Mais sa taille est droite et se dégagera quand elle aura fini son cru. Si vous lui parlez cependant, vous verrez qu’elle n’est pas tout à fait composée de matière. La Pelnitz commença donc à s’entretenir avec moi, mais d’une façon ironique en me faisant des questions qui auroient été bonnes pour un enfant de quatre ans. J’en fus si piquée que je ne daignois plus lui répondre. Elle saisit cette occasion pour insinuer à la reine que j’étois capricieuse et hautaine, et que je l’avois regardée du haut en bas. Cela m’attira de très-aigres réprimandes qui durèrent tant que cette fille fut à Berlin. Elle me cherchoit noise sur tout. On parloit un jour de mémoire. La reine lui dit que je l’avois angélique. La Pelnitz fit un sourire malin qui signifioit que cela n’étoit pas. La reine fâchée lui proposa de me mettre à l’épreuve pariant, que j’apprendrois 150 vers par coeur dans une heure. Eh bien, dit la Pelnitz, qu’elle essaye un peu la mémoire locale, et je veux bien gager qu’elle ne retiendra pas ce que je lui écrirai. La reine voulut soutenir ce qu’elle avoit avancé et m’envoya chercher. M’ayant tirée à part, elle me dit qu’elle me pardonneroit tout le passé, si je lui faisois gagner sa gageure. Je ne savois ce que c’étoit que la mémoire locale, n’en ayant jamais entendu parler. La Pelnitz écrivit ce que je devois apprendre. C’étoient cinquante noms baroques qu’elle avoit inventés et qui étoient tous numérotés, elle me les lut deux fois me nommant toujours les numéros, après quoi je fus obligée de les dire de suite par coeur. Je réussis très-bien à la première épreuve, mais elle en voulut une seconde et me les demanda l’un parmi l’autre, ne me nommant que le numéro. Je réussis encore à son grand dépit. Je n’ai jamais fait un plus grand effort de mémoire, cependant elle ne put se vaincre et ne daigna pas m’en applaudir. La reine ne comprenoit rien à ce procédé et en étoit très-piquée quoiqu’elle ne le témoignât pas. Mademoiselle de Pelnitz nous délivra enfin de son insupportable critique et retourna à Hannovre. Peu après son départ Mademoiselle de Brunow, soeur de Madame de Kamken, vint aussi à Berlin. Elle avoit été dame d’honneur de l’électrice Sophie d’Hannovre, ma bisayeule et elle faisoit encore son séjour à cette cour où elle avoit une pension. C’étoit une bonne créature, mais sotte comme un panier. Elle s’informa beaucoup de moi à sa soeur; comme cette dame étoit fort de mes amies elle lui fit mes éloges plus que je ne le méritois. La Brunow parut surprise du rapport de Madame de Kamken. Entre soeurs, lui dit-elle, on peut parler plus librement que vous ne faites, et ne pas cacher des choses qui sont publiques, car nous sommes fort bien informés à Hannovre de ce qui regarde la princesse, nous savons qu’elle est contre-faite, qu’elle est laide à faire peur, qu’elle est méchante et hautaine, et qu’en un mot c’est un petit monstre qu’on devroit souhaiter n’avoir jamais été au monde. Madame de Kamken se fâcha et disputa très-vivement avec sa soeur, et pour la détromper de ses préjuges, elle la mena chez la reine où j’étois. On eut bien de la peine à lui persuader que c’étoit moi qu’elle voyoit. Mais on ne put la convaincre que j’étois droite qu’en me faisant déshabiller en sa présence. Plusieurs femmes de Hannovre furent envoyées à diverses reprises à Berlin pour m’examiner. J’étois obligée de passer en revue devant elles et de leur montrer mon dos pour leur prouver que je n’étois pas bossue. J’enrageois de tout cela, et pour comble de malheur la reine s’étoit entêtée de me rendre plus menue que je n’étois. Elle faisoit serrer mon corps de jupe au point que j’en devenois toute noire et que cela m’ôtoit la respiration. Les soins de Madame de Sonsfeld avoient racommodé mon teint, j’étois assez passable, si la reine ne m’avoit gâtée en me faisant serrer si fort. Toute cette année se passa ainsi.
Comme il n’y eut rien de fort intéressant je passe à l’année 1723.
Le roi d’Angleterre arriva au printemps à Hannovre, la duchesse de Kendell et Milady Arlington furent de sa suite, et la Letti y accompagna la dernière de ces dames. Elle ne vivoit uniquement que de ses bonnes grâces, et d’une pension qu’elle lui avoit fait obtenir du roi. Le roi, mon père, qui n’avoit alors en vue que mon mariage avec le duc de Glocestre, se rendit peu après l’arrivée de ce prince à Hannovre. Il y fut reçu avec toutes les démonstrations de joie et de tendresse imaginables, et retourna très-content de son séjour à Berlin.
La reine partit peu-après son retour, chargée d’instructions secrètes pour le roi son père, et de conclure une alliance offensive et défensive entre ces deux monarques dont le sceau devoit être le mariage de mon frère et le mien. Elle ne trouva point les heureuses dispositions dont elle s’étoit flattée. Le roi d’Angleterre acquiesça à toutes les propositions hors à celle de mon mariage, s’excusant sur ce qu’il ne pouvoit entrer en aucun engagement sans avoir consulté les inclinations du prince, son petit-fils, et sans savoir si nos humeurs et nos caractères se conviendroient. La reine au désespoir et ne sachant comment se tirer d’embarras, eut recours à la duchesse de Kendell. Elle se plaignit amèrement à cette dame de la réponse du roi, et fit tous ses efforts pour la mettre dans ses intérêts. À force de caresses et d’instances elle parvint enfin à faire parler la duchesse. Elle avoua à la reine que l’éloignement du roi pour mon mariage provenoit des impressions malignes qu’on lui avoit données sur mon sujet; que la Letti avoit fait un portrait de moi tel qu’il le falloit pour dégoûter tout homme de se marier; qu’elle m’avoit dépeinte d’une laideur, et d’une difformité extrême que les éloges qu’elle avoit faits de mon caractère s’accordoient parfaitement avec ceux de ma figure; qu’elle m’avoit représentée si méchante et si colérique, que cela me causoit le mal caduc plusieurs fois par jour de pure rage. Jugez vous-même, Madame, continuoit la duchesse, après de pareils rapports qui ont encore été confirmés par Mademoiselle de Pelnitz, si le roi votre père peut consentir à ce mariage. La reine qui ne pouvoit cacher son indignation, lui conta tout le procédé de la Letti envers moi, et les raisons qu’elle avoit eues de s’en défaire, elle lui allégua toutes les personnes qui avoient été envoyées de Hannovre à Berlin, et s’en rapporta à leur témoignage. Enfin on démontra si bien à la duchesse la fausseté de tous ces bruits, qu’on la persuada entièrement du contraire. Cette dame, amie intime de Milord Townshend, alors premier secrétaire d’état, résolut de finir seule cette affaire afin qu’on lui en eût toute l’obligation. Mais sentant bien qu’elle auroit beaucoup de peine à effacer de l’esprit du roi les préjugés qu’on lui avoit inspirés contre moi, elle conseilla à la reine de persuader à ce prince d’aller faire un tour à Berlin afin qu’il pût se détromper par ses propres yeux des calomnies qu’on avoit débitées sur mon compte. La reine sut si bien ménager l’esprit du roi, et fut si bien secondée par la duchesse, qu’il se rendit à ses désirs, et fixa son voyage pour le mois d’Octobre. Cette princesse retourna triomphante à Berlin, et y fut reçue le mieux du monde par le roi son époux. Il est inconcevable quelle joie la venue du roi d’Angleterre causa par tout le pays, et quelle satisfaction le roi en ressentoit. Il n’y eut que moi qui n’y participai pas, car j’étois maltraitée depuis le matin jusqu’au soir. A tout ce que je faisois la reine ne manquoit pas de dire: ces manières ne seront pas du goût de mon neveu, il faut vous régler dès à présent à son humeur, car vos façons ne lui plairont pas.
Ces réprimandes que j’essuyois vingt fois par jour, ne flattoient guère mon petit amour propre. J’ai eu de tout temps le malheur de faire beaucoup de réflexions, je dis le malheur, car en effet on approfondit quelquefois trop les choses et on en découvre de très-chagrinantes. Il est bon de réfléchir sur soi-même. Mais on seroit beaucoup plus heureux si on tâchoit d’écarter toute pensée fâcheuse. C’est un mal physique, mais un bien moral, et quoique ce bien moral me soit quelquefois fort à charge, je le trouve cependant utile pour le bien de la conduite. Mais en me déchaînant contre le trop de réflexions, je sens que j’en fais, qui n’appartiennent point au fil de mon histoire. Je reviens à celles que je faisois sur le procédé de la reine. Qu’il est dur pour moi, disois-je souvent à ma gouvernante, de me voir toujours reprendre d’une façon si singulière par la reine. Je sens que j’ai des défauts, j’ambitionne de m’en corriger, mais c’est par l’envie que j’ai d’acquérir l’estime et l’approbation de tout le monde. Faut-il m’encourager par d’autres motifs que par le point d’honneur, et pourquoi me parler toujours du duc de Glocestre et des soins que je dois me donner pour lui plaire un jour? Il me semble que je le vaux bien, et qui sait s’il sera de mon goût, et si je pourrai vivre heureuse avec lui?
Pourquoi toutes ces avances avant le mariage? Je suis fille d’un roi, et ce n’est pas un si grand honneur pour moi d’épouser ce prince. Je ne me sens aucun penchant pour lui, et tout ce que la reine me dit journellement me donne plus d’éloignement que d’empressement à l’épouser. Madame de Sonsfeld ne savoit que me répondre. Mon raisonnement étoit trop juste pour le condamner. J’étois naturellement timide, et ces gronderies perpétuelles ne me donnoient pas de la hardiesse. Elle fit des représentations à la reine, mais elles ne servirent de rien.