Mes Objectifs gays
12.✔ Te retrouver en plein dilemme amical
12.
✔ TE RETROUVER EN PLEIN
DILEMME AMICAL
L’inconvénient d’avoir passé un week-end aussi épique, plein de beaux gosses et de picotements électriques, c’était que j’allais devoir en parler à Lu. En temps normal, j’aurais été ravi de lui annoncer qu’Albert m’avait proposé un rencard et que Tony m’avait invité à la soirée des Lambda Chi. Mais cette fois, j’avais le pressentiment que la fin de l’histoire ne lui plairait pas du tout. Parce que le lundi, alors qu’Albert et moi continuions à communiquer en morse du coude tout en vendant des billets, je réalisai que je ne voulais pas renoncer à notre bal de rentrée. Surtout après la façon dont Albert m’avait regardé quand on avait fixé une heure pour notre premier rencard le samedi suivant, soit le lendemain de la soirée lors de laquelle Tony aurait peut-être envie de m’embrasser – ou pas. J’avais l’impression d’être sur le point de pénétrer au paradis gay, et retourner à Riverton alors que j’étais si bien lancé, ça aurait été comme faire demi-tour devant l’entrée. Je savais que Lu comptait sur moi étant donné qu’elle traversait une mauvaise passe avec Chip, mais j’avais le droit de me trouver un petit ami, moi aussi. Quelqu’un avec qui j’aurais envie de passer le plus de temps possible, comme elle et Chip pendant l’été. Après tout, c’était elle qui avait la première mis un terme à notre duo gagnant du concours de costumes. Peut-être que si je les aidais à se rabibocher, Lu n’aurait plus besoin de moi comme roue de secours.
Cet après-midi-là, tout en rentrant chez moi après la réunion de l’AQH, je dressai la liste de tous les arguments grâce auxquels je justifierais mon absence au bal country.
JE CHOISIS LE BAL DE RENTRÉE
PARCE QUE…
1. J’ai rencontré deux garçons qui changent tout mon corps en
centrale électrique. (Réfléchir à l’argument énergie durable,
rapport au réchauffement climatique. Ou peut-être que ça
ferait trop ?)
2. Lu m’a planté pour y aller avec Chip, et je n’ai pas râlé. (Donc,
elle devait me rendre la pareille.)
3. Je n’avais encore jamais dansé avec un garçon ; ce serait ma
première occasion. (Et si Albert m’invitait, il voudrait aller au
bal de rentrée de notre lycée, pas à un bal country plein
d’inconnus à des centaines de kilomètres de Seattle.)
Je savais que Lu comprendrait. Obligé. Chacun de nous avait toujours respecté les choix de l’autre, même quand ils ne lui plaisaient pas.
Mon pouce hésitait au-dessus du bouton d’appel quand une notification s’afficha sur mon écran. En troisième, j’avais créé une alerte Google quand Lu avait intégré le journal du lycée. J’étais prévenu chaque fois que son nom apparaissait en ligne, ce qui me permettait de lire ses articles dès leur parution. En temps normal, ça me remplissait de fierté que ma meilleure amie ait déjà commencé à réaliser ses rêves. Mais pour une fois, je n’éprouvais que des picotements d’appréhension.
C’EST LE PIED ! PASSE LA MAIN
Par Lu Fuhrman
Après vingt-trois ans d’activité, le bar à ongles local C’Est Le Pied ! ferme définitivement ses portes. La propriétaire, Leslie Lovett, évoque la chute de l’activité.
« Nous avons perdu beaucoup de clientes depuis l’ouverture de Nailed It à Deer Park, explique-t-elle. Je suis trop vieille et je n’arrive plus à suivre. »
Nailed It a ouvert l’an dernier. Ses équipements modernes et les espressos offerts avec toute prestation ont su séduire les anciennes clientes de C’Est Le Pied !
« Et ils ont, genre, mille teintes de vernis différentes, déclare Monica Delancey, élève de terminale au lycée de Riverton. Il n’y a vraiment pas photo. »
Carol Fuhrman, l’unique esthéticienne de C’Est Le Pied !, est disponible pour des manucures et des pédicures à domicile. Vous pouvez la contacter par mail : CarolVousFaitLesOngles@gmail.com.
Lu ne faisait jamais d’humour dans ses articles. Elle disait toujours que la seule chose qui comptait, c’était l’intégrité journalistique. Pour pondre un titre comme « C’Est Le Pied ! passe la main », elle ne devait vraiment pas être dans son état normal.
Ce qui me semblait parfaitement compréhensible. Je l’appelai aussitôt.
« Tu as lu mon article, c’est ça ? » Comme d’habitude, elle allait droit au but.
« Qu’est-ce que tu vas faire, Lu ?
— Plus d’heures au resto. Quoi d’autre ? Ma vie, maintenant, c’est me parfumer à la graisse de burger. »
Et voilà, elle recommençait à faire de l’humour. Ce n’était pas bon signe du tout.
« Et ta tante ? Elle pourrait peut-être se faire embaucher chez Nailed It ? » Je me raccrochais aux branches, mais je ne pouvais pas faire autrement que chercher des solutions.
« On n’a plus de voiture, tu te souviens ? »
Crotte. Ça se présentait mal. Vraiment, vraiment mal.
« Mais qui sait. Je pourrai peut-être trouver un vieux tacot avec le fric du concours de costumes », ajouta Lu.
Mes picotements d’appréhension se changèrent en coups de poignard. Lu avait besoin de remporter le concours pour se sortir de cette panade. Avec un peu de chance, Chip faisait son boulot de petit ami et la soutenait en attendant.
« Et Chip, il gère comment ?
— Il a rompu avec moi. Ce week-end.
— OhmonDieu, Lu. Pourquoi tu ne m’as rien dit ? »
Elle garda le silence. À l’autre bout du fil, je n’entendais que les bruits de fond du resto : le mixeur à milkshake réglé sur la puissance maximum, l’ouverture de la caisse enregistreuse, Derrick qui gueulait : « Numéro 8, votre Belly Buster est prêt ! » À Riverton, la vie suivait son cours normal, sauf pour Lu. Le sort semblait s’acharner sur elle, encore plus que sur moi qui étais pourtant le seul élève gay de notre lycée. Au moins, je l’avais, elle. Mais aujourd’hui, elle devait affronter cette épreuve seule. Elle n’avait plus personne pour la soutenir : ni moi, ni Chip. En fin de compte, je n’allais peut-être pas choisir le bal de rentrée.
Lu soupira. « Bon, j’arrête de bloquer sur le négatif. Et le premier truc positif que je vois, c’est que, du coup, on pourra aller au bal country ensemble. Tu as trouvé de bonnes idées de costumes ? »
J’avais été si occupé à penser aux garçons que je n’avais même pas cherché. Mais je pouvais m’y mettre en attendant de prendre une décision au sujet de la Bataille des Bals.
« Oui, oui, ne t’en fais pas », répondis-je vaguement.
Je trouverais forcément quelque chose. Il le fallait.
« D’accord. Je dois retourner au boulot. On se parle plus tard. Je t’aime.
— Je t’aime aussi, Lu. »
Je ne mentais pas. Lu était ma personne préférée au monde. Mais alors que je raccrochais, je n’étais pas certain que ce soit suffisant. Oui, je voulais trouver une solution, avoir une idée de costumes géniale pour que Lu remporte l’argent du prix et que notre relation redevienne comme avant sa rencontre avec Chip, mais je n’étais pas sûr que ce soit possible. Parce que même si je tenais à elle, je tenais aussi à mes rêves et mes espoirs de la to-do list gay. Je ne pensais pas pouvoir y renoncer en dépit du fait que ma meilleure amie avait besoin de moi. D’un autre côté, si je faisais passer ma to-do list gay avant elle, j’étais certain d’une chose :
Ça lui briserait le cœur.
Le lendemain, je dus courir jusqu’à l’IMS pour arriver avant le début du cours. Après une nuit passée à réfléchir aux différentes
p p
manières de résoudre mon dilemme, je n’avais toujours pas trouvé de solution – ni entendu le réveil. J’avais brièvement envisagé d’inviter Lu à mon bal de rentrée, mais 1/ où trouverions-nous l’argent pour la faire venir à Seattle ? Et 2/ un week-end d’absence, ce serait de l’argent en moins sur sa paie du resto. J’avais fini par sombrer dans un sommeil agité, dont je m’étais réveillé couvert de sueur après un cauchemar où j’annonçais à Lu que je lui faisais faux bond. Elle m’arrachait les yeux avec ses ongles parfaitement manucurés en hurlant : « À la une aujourd’hui : tu es mort ! » La seule idée que j’avais eue, c’était de parler de mon problème à Max et de voir si lui aurait une idée géniale pour le résoudre.
Je soufflai et crachai mes poumons dans l’affreux couloir de l’IMS, poussai la porte écaillée du labo et me laissai tomber sur le tabouret à côté de Max.
« Il faut que je te parle d’un…
— Je suis content de te voir », coupa Max en me saisissant la main comme si j’étais une bouée de sauvetage. Il avait les yeux noyés de larmes. Apparemment, je n’étais pas le seul à avoir passé une mauvaise nuit.
« Qu’est-ce qui t’arrive ? m’inquiétai-je. Ça va ?
— Ma Taylor, je refuse de me mettre à pleurer. » Il s’essuya rapidement les yeux et se racla la gorge. « Je ne voulais pas t’impliquer là-dedans, mais j’ai besoin de vider mon sac. Je peux ?
— Déballe tout. » Vu l’empressement qu’il avait mis à m’aider dans la réalisation de ma to-do list gay, j’avais une dette envers lui.
Max ouvrit la bouche pour me raconter, mais au même moment, M. Bogosian entra. « Bonjour tout le monde, lança-t-il. Maintenant qu’on a vu les bases du fonctionnement d’une machine à coudre et que la plupart d’entre vous semblent maîtriser… » Il jeta un coup d’œil vers le fond de la salle, où Julian brandit son pouce entouré d’un pansement.
« Pas de souci, m’sieur. Je n’ai presque pas senti l’aiguille. »
M. Bogosian grimaça. « Tant mieux. Alors, on est tote-alement prêts à commencer. Sans accident cette fois, je vous prie. Je préférerais que personne n’intente de procès à cet établissement. Allez chercher votre étoffe pendant que je distribue les patrons. »
Je focalisai toute mon attention sur Max tandis que les joueurs de foot se précipitaient vers le placard à fournitures. « Alors ? »
Max fit la même tête triste que le basset qui ornait le devant de son pull vert sapin. « Un gros souci avec le bal. Je te raconterai après le cours. » Morose, il se traîna jusqu’au placard dont il sortit son imprimé rose à rayures de tigre.
Un gros souci avec le bal ? On n’avait commencé à l’organiser que depuis une semaine, et il me semblait que tout allait comme sur des roulettes jusqu’ici. Thona avait accepté d’être notre DJ ; les préventes avaient déjà rapporté suffisamment pour la payer et pour acheter de quoi garnir le buffet. Quel pouvait bien être le problème ?
« Jay ? lança M. Bogosian. Tout va bien ? Où est ton tissu ? »
Je bondis beaucoup trop vite et renversai mon tabouret, qui heurta le sol avec fracas. « Désolé, professeur. Je veux dire… » Rire gêné. « M. Bogosian. Je vais… » Je me penchai pour ramasser mon tabouret puis me précipitai vers le fond de la pièce.
« Allez, on se dépêche ! » M. Bogosian frappa dans ses mains. « Ces sacs en toile ne vont pas se fabriquer tout seuls. »
Je regagnai ma place si vite que je ne regardai pas où j’allais et me cognai le pied contre un de ceux de ma table. « Merde !
— Quelle élégance. » Reese fit semblant de tousser dans la manche de son sweat-shirt NYU trop grand. Ses insultes manquaient d’originalité autant que ses fringues. Après avoir partagé la victoire de la chasse au PomPom scintillant, j’avais espéré qu’on se rapprocherait peu à peu et qu’on deviendrait amis, mais il était toujours aussi acerbe.
C’était moi qui avais juré, mais ce fut Reese que M. Bogosian foudroya du regard, consolidant sa place en tête de mon hit-parade des profs. « Reese, puisque tu as tant envie de partager avec tes camarades, pourquoi tu ne m’aides pas à expliquer comment découper le patron dont on aura besoin pour ce projet ? »
Max s’affaissa sur son tabouret. Je ne comprenais pas ce qu’il avait.
M. Bogosian s’approcha de la table de Reese et nous montra comment plier notre coupon d’étoffe en deux. Puis il posa le plus gros morceau du patron dessus et l’épingla.
« Tout le monde voit bien comment j’ai placé le corps du sac sur le tissu de Reese ? » interrogea-t-il.
Max se recroquevilla encore davantage sur lui-même. Peut-être était-ce un effet de la lumière qui tombait sur son pull, mais il me semblait qu’il devenait un peu verdâtre.
« Le placement, c’est la clé pour utiliser moins de tissu. Vas-y, Reese, dispose l’anse le plus près possible du corps, histoire de ne pas gaspiller. » Pendant que nos camarades observaient Reese au travail, je regardai Max prendre la couleur d’une jeune pousse de laitue. Non, la lumière n’y était pour rien.
M. Bogosian surveillait les gestes de Reese. « Beau boulot, Reese », le félicita-t-il.
Un gargouillis rauque monta du ventre de Max.
« Ça va ? m’inquiétai-je en lui posant doucement une main sur l’épaule. Tu te sens b… ? »
BLEUAAARGH !
Max vomit partout. Je reculai précipitamment pour ne pas être éclaboussé par l’épais flot orange dans lequel nageaient des morceaux.
« OhmonDieu », chuchotai-je. En moyenne, une personne qui gerbe régurgite 0,8 litre de liquide. J’avais cherché sur Internet après avoir un peu abusé du rhum-Dr Pepper Zero chez Lu, une fois. Mais Max, lui, dégobilla des litres et des litres.
« Putain de merde, commenta Julian sur un ton admiratif. Ça doit être le record du monde.
— M-Max ? » Je voulus poser de nouveau la main sur son épaule, mais avant que je puisse le réconforter, il se leva d’un bond, saisit son sac en toile Que ferait Dolly ? désormais constellé de taches orange et sortit en courant.
« Max ? Max, attends », appela M. Bogosian. Mais la porte claqua derrière lui, et le son se réverbéra dans le couloir pendant qu’on restait tous plantés là dans un silence choqué.
M. Bogosian semblait tote-alement abasourdi. Comme tout le monde dans la salle. « Quelqu’un devrait l’accompagner à l’infirmerie. »
Je levai immédiatement la main. « Je m’en occupe. » Mais je ne fus pas le seul à me porter volontaire. Damon aussi avait répondu à l’appel de M. Bogosian.
« Merci, messieurs », dit celui-ci. Les yeux écarquillés, il regardait le vomi de Max goutter sur le sol depuis la table. « Je ne suis même pas sûr que le concierge ait des serpillières assez grandes pour éponger tout ça. »
Alors que je suivais Damon vers la porte, Reese lança : « Comme on dit dans le milieu du théâtre : le spectacle doit continuer. On ne va pas interrompre le cours juste parce que Max aime se faire remarquer.
— Crétin », jetai-je par-dessus mon épaule juste avant que la porte se referme derrière moi. Ce n’était peut-être pas une réaction très mature, mais ça m’avait fait du bien de le dire. Max aime se faire remarquer ? Qui voudrait attirer l’attention sur lui en vomissant ?
« Tu n’as pas tort, me dit Damon. Reese ne retient pas ses coups quand il souffre. Max et lui ont tous les deux le cœur brisé. Il faut que ça sorte d’une façon ou d’une autre. Très littéralement chez Max, de toute évidence.
— Le cœur brisé ? Reese ? » Je doutais que ce genre d’émotion puisse avoir cours derrière sa façade glaciale. Digimals ou pas, j’avais toujours du mal à comprendre qu’Albert soit ami avec lui.
Damon désigna l’atelier derrière nous. « Je ne pensais pas qu’ils tiendraient très longtemps dans le même cours. Tu as vu la tête que fait Max chaque fois que M. Bogosian prononce le nom de Reese ?
— Attends un peu. » Des images défilèrent dans ma tête. Max prenant de grandes inspirations fortifiantes avant d’entrer dans la salle, et traitant Reese de pénible. Damon lui demandant comment il allait. Tous les autres membres de l’AQH marchant sur des œufs pour le ménager. Soudain, les pièces du puzzle s’assemblèrent, et la lumière se fit dans mon esprit. « Max et Reese sont sortis ensemble ? » Je n’arrivais pas à y croire. Reese était tellement… agressif et snob. Tout le contraire de Max, si gentil et sociable. Comment pouvait-il être son genre de mec ?
Damon parut stupéfait. « Il ne t’en a pas parlé ? »
Je secouai la tête. « Il a juste mentionné que Reese était pénible, c’est tout.
— C’est du Max tout craché. Toujours dans le déni. Il a évité sa mère pendant toute notre année de 3 e après qu’elle a divorcé de son père. » Damon soupira, mais pas comme s’il était frustré ou stressé : comme si ça lui faisait de la peine.
« Il ne vous a toujours pas répondu, à ta sœur et à toi ?
— Non. Et il a loupé notre premier match de l’année. D’habitude, il vient avec des pompons bleu et blanc et un maillot numéro 23. Les gars adorent. Cami et lui les avaient fabriqués pour me remonter le moral quand j’étais en seconde et que l’entraîneur m’avait mis dans l’équipe des troisièmes. J’adore le foot, mais j’étais nul, et des tas de gens se moquaient de moi parce que j’étais le seul Noir mauvais en sport. Je le vivais assez mal.
— Quels connards. » Je pensais que dans une grande ville à la population mélangée, les gens seraient plus cool vis-à-vis des minorités. Mais visiblement, il n’y avait pas qu’à la campagne que les lycéens tourmentaient leurs camarades avec des clichés racistes ou homophobes.
« Ouais, acquiesça Damon, mais j’ai continué grâce aux encouragements de Cami, qui voulait que je m’accroche et que je continue à faire ce que j’aimais. Max et elle ont mis leurs talents à profit pour se créer des tenues et devenir mes pom-pom girls personnelles. Mais cette année, je suppose que Max est trop déprimé pour encourager qui que ce soit. Surtout après cette histoire de GIF sur Twitter.
— Quelle histoire de GIF ? » L’appréhension me noua le ventre. Les réseaux sociaux pouvaient être géniaux, mais ils pouvaient aussi vous bouffer tout cru.
Damon opina. « Casser avec quelqu’un, c’est déjà assez dur, mais par-dessus ça… » Il sortit son téléphone et me montra un tweet d’un compte appelé RuptureLand, dont la bio disait : Le pays des ex dingos. Le tweet épinglé montrait Max en train de sangloter désespérément au-dessus d’un panier de frites. Sa mâchoire s’ouvrait tout grand, et de la pomme de terre mâchée pleine de ketchup tombait de sa bouche en boucle. Dans le bas de l’image, il était écrit : « Tu me plaques ? Mais POURQUOIIII ? » Assis face à lui, Reese semblait complètement indifférent à la peine qu’il venait de lui faire.
« C’est moche, commentai-je. Vraiment moche.
— Je veux dire, tout le monde adore Max, donc après avoir vu ça, les gens se sont immédiatement rangés de son côté, expliqua Damon. Mais ça a été encore plus dur pour lui. Il déteste avoir l’air faible. Donc, quand ses amis ont voulu s’assurer qu’il tenait le coup, il nous a ignorés. Il avait l’air de croire que s’il ne parlait pas de sa rupture ni du GIF, ce serait comme si ça n’était jamais arrivé. Sauf qu’il a vraiment bien accroché avec toi. Tu sais quoi ? Je ne devrais pas aller le voir. Ça ne ferait sans doute qu’empirer les choses. Mais… » Damon fixa un point au bout du couloir, comme si son regard pouvait traverser les murs pour lui permettre de voir Max. « Dis-lui que je pense à lui, d’accord ?
— Ouais, pas de problème », répondis-je, l’esprit en ébullition, tandis que Damon rebroussait chemin en traînant les pieds.
C’était un sacré dilemme. Lu et Max étaient mes deux meilleurs amis, et tous les deux souffraient le martyre pendant que mes rêves gays étaient sur le point de se réaliser. Peut-être qu’il y a une équation cosmique de l’amour. Peut-être que celui-ci n’existe qu’en quantité finie, et que pour ajouter de la romance dans ma vie, il fallait en enlever dans celle de mes proches. D’abord Lu et Chip, et maintenant Max et Reese, avec Damon et Cami comme dégâts collatéraux.
Je n’aurais jamais cru dire ça un jour, mais parfois, les maths, ça craint.
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