Miss Rovel
Troisieme Partie
VI
Meg avait choisi avec soin le logement qu’elle destinait à son tuteur; il était situé sur le quai, dans le voisinage du palazzo qu’habitait lady Rovel. Les fenêtres s’ouvraient au midi, le balcon avait vue sur l’Arno et sur les collines qui l’entourent d’une onduleuse et verdoyante ceinture. Si agréable que fût ce logement, Raymond s’y installa sans plaisir; il n’était pas en disposition de rien admirer. Il ne pouvait se pardonner de s’être pris comme un sot au piége qu’on avait tendu à sa pitié; il était frappé du changement qui s’était fait en Meg et qui répondait si peu à celui qu’il attendait, très-affecté de la vive impression qu’il en avait ressentie, un peu chagrin de n’avoir pas su mieux la cacher, enfin fort empêché du rôle de tuteur dont il s’était laissé affubler et qu’il hésitait à prendre au sérieux. Partagé entre le dépit et une vague inquiétude, peu s’en fallut qu’il ne repartît sur-le-champ pour Genève, Toutefois, quand ses pensées se fussent assises, il jugea que, puisque le vin était tiré, il fallait le boire. Ses appréhensions lui paraissant peu fondées, il traversa l’Arno, sortit par la Porta Romana, et, tournant à droite, il suivit un étroit chemin grimpant, bordé de hautes murailles, où sont pratiquées de place en place des ouvertures qui ménagent des surprises aux passants.
Trois heures allaient sonner quand il atteignit le sommet du mont Oliveto et la petite chapelle où Meg lui avait donné rendez-vous. Il alluma un cigare, s’assit sur le revers d’un fossé qui sentait la violette, au pied d’une haie qui bourgeonnait. En face de lui se déployait un verger d’oliviers tapissé d’herbe fraîche, parsemé d’anémones et de jonquilles sauvages; par-delà, il entrevoyait la riante campagne où se déroule l’Arno. Il était depuis dix minutes à son poste, contemplant tour à tour les oliviers, les ondulations du terrain couronnées de villas, d’églises et de couvents, l’Apennin d’un gris cendré, et de gros nuages blancs teintés de roux, lorsque apparut un très-beau cavalier monté sur un très-beau cheval. Bien découplé, la taille haute et dégagée, le visage fier, le nez au vent, il portait une fine moustache retroussée, un camélia blanc à sa boutonnière, un grain de folie dans ses yeux et je ne sais quel projet dans sa tête. Ayant jeté un regard sur le fossé, il fronça légèrement le sourcil; il semblait que Raymond ne fût pas entré dans son calcul et qu’il eût compté sans son hôte. Il ne laissa pas de pousser droit à lui, le salua courtoisement, le pria de lui faire la grâce d’un peu de feu. Raymond se leva, lui présenta son cigare; le beau jeune homme alluma le sien, remercia, salua de nouveau; mais il en manifesta quelque déplaisir voyant Raymond se rasseoir.
“Vous êtes étranger? lui demanda-t-il avec une affabilité de commande.
—Oui, monsieur.
—Êtes-vous arrivé depuis longtemps à Florence?
—Depuis ce matin.
—Est-ce la première fois que vous y venez?
—La seconde, et je ne connaissais pas encore le mont Oliveto.
—L’endroit est joli, reprit le cavalier. Cependant, si vous retourniez sur vos pas, en tirant à gauche, vous trouveriez ici près, à Bello Sguardo, un point de vue bien supérieur à celui-ci. Par une encoche que la nature tailla entre deux collines, vous verriez Florence tout entière, Fiesole et sa montagne. C’est un coup d’oeil que je ne saurais trop vous recommander.”
Il lui en détailla les merveilles avec tant de chaleur et d’insistance que Raymond finit par se demander si le beau jeune homme ne se proposait pas de l’éloigner. L’idée lui vint qu’il avait aperçu Meg se dirigeant vers la chapelle, qu’il avait gagné les devants, qu’il l’attendait, et qu’il éprouvait quelque contrariété de trouver la place occupée. Peut-être Raymond ne se trompait-il pas dans cette conjecture. S’étant levé de nouveau, il vit le front du cavalier s’éclaircir, son regard l’encourageait à se mettre en route; tout à coup il l’entendit s’écrier: “En vérité, monsieur, vous pouvez vous vanter d’avoir de la chance. Si vous allez à Bello Sguardo, vous rencontrerez en chemin ce que Florence possède de plus beau.”
Et du doigt il lui montra miss Rovel qui, vêtue d’une robe couleur noisette et accompagnée de sa fidèle Paméla, venait d’arriver au sommet de la colline dans un gig qu’elle conduisait elle-même. Elle s’assura que Raymond était là. Le voyant engagé dans un entretien, elle fit halte et affecta d’examiner le paysage en attendant avec impatience le départ du fâcheux.
“En effet, la personne que vous admirez n’est pas mal, dit Raymond au cavalier, que sa froideur indigna.
—Ouvrez bien les yeux en passant auprès d’elle, lui répondit-il, et vous trouverez peut-être quelque chose à ajouter à votre éloge. Depuis deux mois, elle occupe de sa beauté la ville et les faubourgs. Ses yeux noirs ont allumé plus d’un incendie; on l’admire, on la désire, mais on n’ose pas trop lui en parler.
—Pourquoi cela? demanda Raymond.
—Parce qu’elle est Anglaise et qu’elle entend qu’on l’épouse.
—Le malheur serait-il si grand?
—Il est dans la nature de l’homme d’aimer à conserver son bien, répliqua-t-il d’un ton sardonique, et certains trésors sont d’une garde difficile; ils conspirent avec les voleurs. La personne dont nous parlons apportera, dit-on, à son mari, trois cent mille francs de dot; beaucoup de gens estiment que cela ne compense pas suffisamment trois cent mille inquiétudes.
—Elle est donc si inquiétante?
—Ceux qui la connaissent le mieux soutiennent qu’elle a deux âmes, l’une blonde comme ses cheveux, l’autre noire comme ses yeux; et qu’elle n’est encore ni à Dieu ni au diable. Je parierais volontiers pour le diable. Adieu, monsieur, regardez-la bien, elle en vaut la peine.”
Raymond le salua et se dirigea vers miss Rovel, qui, le voyant approcher, lui cria d’une voix forte: “Soyez le bienvenu, mon cher tuteur! Vous ai-je fait attendre?”
A ces mots, le cavalier ouvrit de grands yeux et se mordit les lèvres, comme pour les punir de leur indiscrétion. Il tourna bride aussitôt et s’éloigna en se demandant depuis quand miss Rovel avait un tuteur et en se reprochant d’avoir fait un pas de clerc. Cela lui arrivait quelquefois; si avisé qu’il fût, il avait l’humeur vive, un petit coup de marteau, et partait de la main.
Dès qu’il eut disparu, Meg remit les guides aux mains de Paméla, et, sautant lestement à terre, elle courut à Raymond, qui s’avançait d’un air assez maussade.
“Bon! s’écria-t-elle en levant les bras au ciel, voilà que d’emblée vous allez me gronder. C’est un sort, je n’y échapperai pas.
—Non, miss Rovel, je ne vous gronderai point, lui répondit-il; j’ai juré de ne plus vous gronder, je n’aime pas à perdre mon temps. Seulement je regrette que si vous avez été malade l’automne dernier, vous ne l’ayez pas été plus longtemps.
—Qui vous inspire ce regret charitable?
—A vous entendre, c’est une grande école de sagesse qu’une grande maladie. Je crains que la leçon n’ait été trop courte, que le professeur ne vous ait donné trop vite campos.
—En quoi donc, je vous prie, ma conduite manque-t-elle de sagesse?
—En ceci, miss Rovel, qu’au lieu de m’attendre paisiblement dans le salon de votre mère, où nous aurions été fort bien pour causer, il vous a plu de me donner rendez-vous sur une colline qui n’est pas un lieu aussi solitaire que vous pensiez. Il s’y promène de brillants cavaliers qui vous connaissent très-bien, et partent d’ici convaincus…
—Qu’ils viennent de découvrir un pot aux roses, interrompit-elle; est-ce ma faute? Pourquoi mon tuteur, qui a de la sagesse comme dix vieillards, n’a-t-il pas des cheveux blancs, la figure de son emploi, une tournure qui écarte les méchants soupçons? Que voulez-vous? il faut bien se servir de ce qu’on a. Eh! que nous importent les réflexions de tous les cavaliers du monde?
—Comment se nomme celui-ci, qui a vraiment fort bonne mine?
—C’est un Sicilien, le prince Natti, ou le beau Sylvio, comme on l’appelle à Florence, un superbe garçon, pas trop fat, un peu braque, un peu cerveau brûlé, le plus effréné joueur de l’Italie, qui a de la veine, bien que l’autre nuit, aux bains de Lucques, il ait perdu cinquante mille francs en deux heures. Depuis quelque temps il voudrait me persuader qu’il me trouve cent fois plus jolie qu’une roulette. Je n’en crois rien, et je m’en soucie comme de ceci…” Et d’une chiquenaude bien appliquée elle envoya se promener un joli scarabée qui s’était posé sur l’une des basques de sa robe. Elle ajouta: “Mais nous musons, mon tuteur, nous baguenaudons, et le temps s’en va.”
Elle prit Raymond par la main et l’emmena s’asseoir sur une des marches qui précèdent la façade de la petite chapelle. Lui montrant du bout de son parasol le verger d’oliviers et l’herbe parsemée de jonquilles: “II faut convenir, dit-elle, que cet endroit prête aux soupçons; il paraît mieux choisi pour dire des folies que pour rendre des comptes à son tuteur.
—Qui ne vous en demande point, lui répondit Raymond; je vous prie de vous en souvenir.
—Oh! ne prenez pas cet air méprisant, répliqua-t-elle en faisant la moue. Vous feignez de ne pas m’aimer; dans le fond vous me portez beaucoup d’intérêt et vous serez charmé d’entendre l’histoire de mes chagrins. Promettez-moi de les prendre au sérieux.
—Cela dépend d’eux et de vous. Et d’abord en avez-vous plusieurs?
—Deux; c’est de quoi tuer une femme.
—Vous n’en mourrez pas. Quel est le premier?”
Elle baissa la tête et répondit tristement: “Le premier, c’est que maman ne m’aime plus.
—Ah! ceci est fâcheux. Pourquoi donc votre mère ne vous aime-t-elle plus?
—C’est délicat à dire, reprit-elle en froissant entre ses doigts la dentelle de ses manches bouillonnées, et je n’oserais faire cette confession à personne autre que vous. Cette pauvre maman a le coeur bizarre. L’an dernier, pendant ma maladie, elle était au désespoir; elle tremblait pour ma figure. Elle fut bientôt rassurée et m’en témoigna sa joie; à peine étions-nous à Florence, je m’aperçus qu’elle n’était plus tout à fait contente d’être si contente. Je ne sais ce qui m’est arrivé; mais, comme dit Paméla, qui est une personne entendue, je ne suis plus à faire, je me suis faite. Maman est plus belle que moi, je me tue de le lui dire, le malheur est que j’ai dix-sept ans et demi et la beauté du diable; il n’y a pas de remède à cela. Bref, quand nous nous promenons en voiture aux Cascine, on nous regarde beaucoup, et je vois très-bien qu’elle se demande si c’est elle ou moi qu’on regarde. Le soir, dans son salon, les yeux et les attentions se partagent, j’en attrape la moitié, elle estime que c’est du bien volé, et je vous jure qu’il me vient en dormant. Quoi que je fasse, elle y trouve toujours à redire. Si je me pare, je suis une coquette; si je me néglige, j’ai une confiance outrecuidante dans mes charmes; suis-je sérieuse, j’ai en tête quelque aventure; suis-je pensive, je m’applique à rêver, et si je ris à pleines dents, c’est que je veux les montrer et que je suis une insolente, et Dieu sait que toute mon insolence consiste à n’avoir pas besoin d’y penser. Tout ceci, du reste, n’est que par boutades; le plus souvent elle a des silences, des froideurs, des mines glacées qui me consternent,—car j’adore cette belle et chère maman, et, quand elle me battrait, je l’adorerais encore.
—Il en résulte qu’elle a hâte de se défaire de vous en vous mariant.
—Vous avez mis le doigt dessus. C’est mon second chagrin.
—Vous ne vous êtes pas encore réconciliée avec le mariage?
—Avec le mariage peut-être, mais avec le mari?… J’ai dans la tête un certain particulier qu’on ne trouve ni à Florence, ni ailleurs.
—Un Amadis?
—Que sais-je? Le mari dont je rêve serait un homme très-romanesque et qui n’en aurait pas l’air, un homme posé, raisonnable, qui pourtant aurait beaucoup de dispositions à être fou, de telle sorte qu’avec sa prétention de mépriser toutes les folies, il serait capable de faire la plus grande de toutes…
—Celle de vous épouser, interrompit Raymond en souriant.
—Cette affaire est encore un peu confuse, reprit-elle, et je n’ai pas encore bien dévidé mon écheveau. Existe-il, cet homme? J’ai lu l’autre jour dans un livre que le monde est joli, et qu’on y découvre ce qu’on cherche.
—Et pendant que vous cherchez, lady Rovel a découvert?
—Hélas! le pistolet sur la gorge, elle exige que j’approuve son choix.”
Il garda un instant le silence; puis il lui répondit: “Quoi qu’en disent les livres, on trouve si rarement ce qu’on cherche qu’il faut tâcher d’aimer ce qu’on trouve.
—Ainsi vous me proposez d’épouser ce magot?
—Pourquoi pas? Selon qu’il lui plaît, le bonheur prend tous les visages.
—Vous n’êtes pas difficile pour le bonheur des autres. Si je vous disais le nom de ce beau prétendant… Je vous le donne en cent, je vous le donne en mille.
—Je le connais donc?
—Assurément, et vous savez ce qu’il vaut, surtout ce qu’il pèse; vous avez eu naguère la curiosité de faire cette expérience, il vous parut léger comme une plume. C’est… Vous donnez votre langue aux chiens? C’est le marquis de Boisgenêt.
—Le marquis de Boisgenêt? s’écria Raymond en faisant un haut-le-corps.
—Votre indignation m’enchante, reprit-elle. J’avais raison de croire que dans le fond vous me mettez à plus haut prix qu’il ne vous plaît de le laisser voir.
—Parlons sérieusement, repartit-il; cet homme peut-il bien avoir l’effronterie…
—Il n’est pas effronté; il est inflammable et têtu. Mes rigueurs ont exaspéré sa tendresse, et, sa vanité blessée se mettant de la partie, il a juré qu’il viendrait à bout de mes résistances. Il avait rencontré jadis maman je ne sais où; il l’a revue l’hiver passé en Allemagne, l’a suivie à Lucerne. Il éprouva quelque embarras en y voyant paraître un jour miss Marvellous; mais ses confusions sont courtes. Il m’entreprit, m’enjôla si bien par ses grimaces de repentir et de contrition qu’il m’arracha la promesse de ne jamais révéler à maman qu’il avait voulu un soir me faire admirer la lune. Pendant quelque temps il n’en fut pas autre chose, jusqu’à ce que, se rallumant de plus belle, il me déclara qu’il était fou de moi, mais cette fois pour le bon motif, car on ne chante pas le même air à miss Marvellous et à miss Rovel. Depuis lors il m’obsède de ses fadeurs, de ses madrigaux, de ses suppliques; il espère que de guerre lasse, je finirai par dire oui. En attendant, comme il est fort venimeux, il m’est revenu qu’il allait disant à tout le monde que miss Meg Rovel n’a qu’une chétive dot et point d’espérances, par la raison que son père entend ne rien lui laisser et que sa mère a de belles dents et fera plat net avant de mourir. Le premier point est vrai; mais il sait mieux que personne que le second est faux, que maman est très-riche et qu’il y a plus de méthode qu’on ne croit dans sa folie. Il ajoute qu’il faudrait avoir le timbre un peu brouillé pour demander en mariage une évaporée qui a tous les défauts, et la résolution bien arrêtée de faire voir beaucoup de pays à l’homme qui l’épousera. Bref, comme ce grand roi que vous me citiez un jour à l’Ermitage, il crache dans la marmite pour en dégoûter les autres.
—Le joli petit homme! lui dit Raymond. Et comment s’y est-il pris pour se faire agréer par votre mère?
—Primo il possède trois ou quatre millions, qui ne lui servent qu’à s’asseoir dessus, et Mme de Boisgenêt sera une personne bien assise. Secondement… Ah! ceci est encore délicat à dire, il a pour lui d’être vieux et laid, et si je l’épouse, il sera impossible de prétendre que miss Rovel s’est permis de disputer, d’enlever… Décidément je ne trouve pas mes mots, j’y renonce. Enfin il est de tous les mortels le plus officieux, le plus serviable, le plus attentif, le plus empressé. Il est le factotum de maman, fait ses courses, ses commissions, ses emplettes, va chez le gantier, court chez la fleuriste, se charge de purger sa perruche, opération délicate dont il s’acquitte à ravir, promène tous les jours Mirette, sa petite chienne, sans réclamer d’autre récompense que de baiser tendrement son joli museau écrasé, car il a un faible pour les nez camus. Et puis il s’entend en affaires, il est homme d’expédients, de ressources. Il a conseillé à maman certains placements avantageux, et l’autre mois comme elle s’était aperçue qu’elle avait pour deux cent mille francs de dentelles et qu’elle en était fort dégoûtée, il est allé de sa personne les vendre à Paris, et lui a rapporté plus de cent mille écus. Convenez que voilà un homme précieux et un gendre fort désirable.
—Sans contredit; nonobstant si vous instruisiez lady Rovel de ce qui s’est passé entre cet homme précieux et votre négresse…
—Ils soutiennent l’un et l’autre, interrompit-elle, qu’il ne s’est rien passé du tout. M. de Boisgenêt m’a juré ses grands dieux que, ma plaisanterie lui ayant paru aussi charmante que cruelle, il avait fait semblant d’y entrer, et que c’était tout, absolument tout. L’en croira qui pourra; mais j’ai promis le secret, et je ne voudrais pas faire chasser Paméla.
—Vous ne savez pas mépriser, c’est le plus grave de vos défauts, lui dit Raymond avec un grondement de colère. Je croyais que du moins vous saviez vouloir. Votre mère entend-elle user de contrainte pour vous faire épouser M. de Boisgenêt?
—De contrainte, pas précisément; mais ses prières ressemblent beaucoup à des ordres, et je crains par moments de succomber à la tentation.
—Le mot me plaît, s’écria-t-il. Si vous êtes tentée, miss Rovel, épousez bien vite ce marquis et ses quatre millions; je suis ravi d’être venu de Genève tout exprès pour être le premier à vous féliciter.
—Je vous adore quand vous vous fâchez, reprit-elle; votre indifférence est ma seule ennemie. Ah! fi donc! vous ne me connaissez pas; ce ne sont pas les millions qui me tentent, et je n’aurai jamais ce genre de dévotion. Ce qui m’embarrasse, c’est qu’il me semble qu’il y a en moi deux âmes…
—L’âme blonde comme vos cheveux, l’autre noire comme vos yeux. Ainsi parlait tout à l’heure le prince Natti.
—Cela est vrai, quoiqu’il le dise, et il en résulte de grandes querelles de ménage. L’une de mes âmes serait ravie de vivre d’eau claire et de pain sec avec son Amadis; mais l’autre me représente que, si j’ai le malheur d’épouser un homme que j’aime, je me croirai tenue de le rendre heureux, de pratiquer saintement toutes les grandes et petites vertus du mariage, de me plonger jusqu’au cou dans le devoir…
—En un mot de mener la vie bête, interrompit Raymond.
—Tandis que si j’épousais un marquis de Boisgenêt, poursuivit-elle, je ne me croirais tenue à rien du tout qu’à m’amuser en me vengeant et à me venger en m’amusant. Il faut avouer que ce serait plus gai.
—Épousez, épousez, vous dis-je, répliqua-t-il sèchement. Il n’y a pas à balancer. Foin de la vie bête!”
Elle se pencha vers lui et le regarda d’un air de reproche: “Ah! bien, dit-elle avec emportement, qu’à cela ne tienne! Puisqu’il en est ainsi, puisque vous refusez de me défendre contre les tentations, puisque, après m’avoir enseigné l’astronomie, Corneille et les grands hommes de Plutarque, vous m’encouragez à me donner au diable sous les traits de M. de Boisgenêt,—soit! j’épouserai, et vive la gaîté française!”
A ces mots, soulevant son ombrelle, elle en frappa un coup si vigoureux sur le degré de pierre où elle était assise, que peu s’en fallut que le manche ne se brisât dans sa main.
Raymond se leva: “Calmez-vous, lui dit-il, on fera ce que vous voudrez.” Et lui offrant son bras pour la reconduire à sa voiture: “Donnez-moi vos ordres; que peut-on faire pour vous servir?”
Ses yeux exprimèrent la gratitude, et lui serrant le bout des doigts: “Il faut d’abord, lui répondit-elle, que vous alliez voir maman dès demain, que vous la prêchiez, que vous la rameniez. Tâchez du moins d’obtenir qu’elle m’accorde quelque délai, et qu’elle prenne le temps de changer d’idée. Je serais la plus heureuse fille du monde, si on ne me parlait plus de M. de Boisgenêt. Et puis, si vous voulez mettre le comble à vos bontés, vous m’aiderez à découvrir ce que je cherche dans tout Florence,—un homme qui ressemble un peu à celui que j’ai dans la tête.”
Il l’interrompit en lui disant: “Vous m’en demandez trop, ceci dépasse mes pouvoirs et ma compétence.et je ne me charge point de dénicher ce sage, qui serait capable de faire la folie de vous épouser; mais je parlerai à votre mère. Je crains seulement que vous ne vous exagériez un peu l’autorité de mon éloquence.
—Faut-il vous répéter, lui dit-elle, qu’un homme qui est allé à La Mecque obtiendra de maman tout ce qu’il lui plaira?” Elle ajouta: “A propos, elle donne dans quelques jours un grand bal paré, costumé et masqué. Sûrement elle vous demandera d’y paraître en habit de derviche.
—Bien obligé, lui répondit-il. Elle a négligé d’apprendre à danser à son ours; c’est un peu tard pour recommencer mon éducation, et après-demain je serai parti ou sur mon départ.”
Meg remonta dans le cabriolet, reprit les guides des mains de la négresse; puis, avec un sourire de démon: “Adieu, s’écria-t-elle, le plus docte, le plus grave, le plus grondeur, le plus grognon, le plus épineux, le moins commode et le plus charmant des tuteurs!” Et brandillant dans l’air la mèche de son fouet: “Oh! je n’ai plus peur de rien; c’est moi qui tiens le fouet.”
Ce disant, elle toucha et partit à fond de train. Raymond l’accompagna quelques instant du regard. Il pensait, je ne sais pourquoi, à la sentinelle qui avait fait un prisonnier. “Amène-le donc, lui crie son caporal.—Je ne peux pas, répond-elle, il ne veut pas me lâcher.” Raymond approfondissait cette comparaison et se promettait qu’avant deux jours son prisonnier l’aurait lâché, quand il vit arriver par une traverse un cavalier caracolant, et le prince Natti, lui ayant tiré son chapeau, lui cria d’un ton gracieux, fourré d’un peu d’ironie: “Je fais souvent des sottises, monsieur, mais rarement deux à la fois; cela m’est arrivé tout à l’heure. Veuillez m’excuser de vous avoir parlé légèrement de votre adorable pupille, et de n’avoir pas deviné tout de suite que je dérangeais un tête-à-tête.”
Puis il piqua des deux, comme s’il eût voulu rattraper le cabriolet. Ce n’était point son intention; il désirait seulement le suivre à distance, et il prit ses mesures pour ne le point perdre de vue. Il le vit arriver devant la Porta Romana, stationner un instant comme pour tenir conseil, puis, tournant le dos à Florence, s’engager résolûment dans la grande route par laquelle on gagne la chartreuse d’Ema, couvent fortifié qui occupe la plate-forme d’une butte rocheuse et commande un paysage d’une grâce un peu sévère.
Le prince Natti s’achemina, lui aussi, vers la chartreuse; il ne tarda pas à revoir la voiture dont les destinées l’intéressaient. Au bout d’une demi-heure, elle quitta la grande route, prit à droite, et s’arrêta au bas du raidillon qui grimpe au couvent. Meg mit pied à terre, et, laissant son équipage à la garde de Paméla, gravit rapidement le sentier, non sans se retourner plus d’une fois pour s’assurer qu’elle n’était guettée par aucun indiscret. Paméla la suivit curieusement des yeux; puis, se rencognant dans la voiture, elle ferma la paupière, mit le temps à profit, sinon pour dormir, du moins pour sommeiller doucement et rêver à son aise de quelque autre marquis de Boisgenêt plus généreux et plus fidèle que celui qu’elle connaissait.
Elle rêvassait depuis quelques minutes quand elle sentit sur ses lèvres un chatouillement qui la réveilla en sursaut. Elle sourit d’un air agréable en se trouvant face à face avec un jeune et fringant cavalier, lequel s’était amusé à la caresser du bout de sa cravache.
“Aimable moricaude, lui dit-il en français, j’en voulais à ton sommeil qui dérobe à ma vue les plus beaux yeux qui aient jamais éclairé l’Afrique.”
Paméla avait tiré un double profit de son aventure, heureuse ou malheureuse, avec M. de Boisgenêt,—elle était devenue un peu plus défiante et s’était mise à apprendre les langues, parce qu’il est fort utile de se servir à soi-même de truchement. Elle hocha la tête et répondit avec un sourire modeste:
“Le prince Natti ne fera jamais croire à la pauvre Paméla que c’est en l’honneur de ses beaux yeux que depuis huit jours, il s’obstine à nous suivre dans toutes nos promenades.
—Tu es une fille pleine de bon sens, répliqua le prince; mais je te jure que, si je n’étais amoureux à la folie de ta belle maîtresse, c’est à tes pieds que je déposerais mon coeur.”
Et tirant de sa bourse dix pièces d’or, qu’il mit moitié dans sa main droite, moitié dans sa main gauche: “Moricaude, reprit-il, j’ai deux petites questions à te faire. Si tu consens à parler, et si tu es véridique, ma main gauche se chargera de te récompenser de ta première réponse, et ma main droite de la seconde.”
Paméla fit un signe de tête qui indiquait un acquiescement absolu au marché qu’on lui proposait et qui était de son goût.
“Fais-moi d’abord la grâce de me dire qui est ce soi-disant tuteur avec qui nous avons si longtemps causé sur le mont Oliveto. Je me défie du personnage; c’est une boutique qui porte une fausse enseigne.
—Vous vous trompez, répondit Paméla. M. Ferray est un vrai tuteur, un monsieur très-rébarbatif, très-brutal, chez qui milady avait mis mademoiselle en pension. Elle le déteste, ce tuteur, et le traite de vilain pédant. Elle l’a fait venir de Genève pour qu’il dissuade milady de la marier à M. de Boisgenêt. Il est venu de bien mauvaise grâce. C’est un hibou qu’elle renverra dans sa cage dès qu’elle n’aura plus besoin de ses services.
—Ta réponse me ravit, elle vaut son pesant d’or, s’écria le prince; mais voici ma seconde question. Que sommes-nous venues faire en catimini à la Certosa d’Ema?
—Je voudrais le savoir, mais je n’en sais rien.
—Une fille aussi délurée que toi peut-elle rien ignorer?
—Mademoiselle se défie, elle ne me dit que ce qu’il lui plaît.
—Est-ce la première fois que vous venez ici?
—La première.
—Et sous quel prétexte?
—Sous le prétexte que la vue est belle, et qu’après s’être disputée avec son tuteur, mademoiselle éprouvait le besoin de prendre un peu l’air.
—Sans compter que de l’humeur dont nous sommes nous avons toujours adoré les chartreux… Corpo di Bacco! Je vais m’assurer moi-même de ce qui en est.”
Il retirait déjà son pied droit de l’étrier quand la négresse lui cria: “La voici!” Et de la main elle lui montrait Meg, qui venait de reparaître à la porte extérieure du couvent.
“Elle est seule, elle n’enlève aucun chartreux, dit le prince; me voilà tranquille jusqu’à demain.” Et jetant les dix pièces d’or à Paméla: “Je me sauve, gentille brunette; sois-moi fidèle, et si je perds mon procès avec ta maîtresse, c’est avec toi que je me consolerai.”
Là-dessus, il mit l’éperon au ventre de son cheval, tandis que la négresse, charmée de ce petit entretien, s’occupait à faire disparaître les espèces dans sa poche, et du même coup enfermait dans son coeur une savoureuse espérance qu’elle devait désormais y bercer soir et matin.
La nuit tombait lorsque le beau Sylvio rentra chez lui. Il dîna solitairement, ou pour mieux dire sans autre compagnie qu’une photographie de Meg, qu’il s’était procurée par l’obligeante entremise de Paméla. Il lui en avait coûté cent écus et quelques fleurettes, car, pour obtenir quoi que ce fût de Paméla, il fallait toujours assaisonner les libéralités d’un peu de sentiment. Il regarda longtemps cette photographie; il lui disait à peu près, comme Florizel à Perdita: “Quand vous parlez, ma chère, je désire vous entendre parler toujours; s’il vous arrive de chanter, je voudrais vous voir aller, venir, faire l’aumône, prier, régler votre maison et tout faire en chantant; vous mettez-vous à danser, je souhaiterais volontiers que vous fussiez une vague de la mer, afin que vous puissiez toujours danser.” Sylvio le joueur n’avait jamais été amoureux que par courts accès, par bouffées, ou de parti-pris, pour se consoler de ses déveines. Cette fois il se sentait sérieusement malade; il sondait sa blessure et la jugeait profonde.
Vers minuit, il se rendit à son cercle. Il était en retard, ses amis l’attendaient, et, pour tromper leur impatience, ils vidaient force flacons, en discutant force sujets, lesquels n’étaient pas de ceux qui intéressent les métaphysiciens. Après avoir causé carnaval, chevaux et actrices, ils en étaient venus à disserter savamment sur miss Rovel. Ils célébrèrent à l’envi sa beauté, ce qu’ils en connaissaient et ce qu’ils en devinaient. Leur admiration parlait un langage où l’exactitude le disputait à l’enthousiasme, et qui tenait plus du maquignon que du poète. La jeunesse d’aujourd’hui a fait rentrer l’étude de la femme dans la catégorie des sciences exactes.
“Elle est charmante, fit un officier de cavalerie qui mangeait sa moustache en parlant; mais, ne vous en déplaise, sa mère est plus belle.
—Étrange goût de préférer un coucher de lune à un lever de soleil! repartit le duc Lisca.
—Il n’y a pas de lune qui tienne, répliqua l’officier. Lady Rovel a des épaules incomparables, et pour moi l’épaule, c’est la femme.
—De même que l’homme, c’est l’épaulette, repartit Lisca.
—Périsse le classique! s’écria l’Américain Hopkins. Lady Rovel est une déesse de l’Olympe, sa place est dans un musée.
—Quelle insupportable créature! dit à son tour un jeune Florentin, le marquis Silvani, qui eût été fort bien, s’il n’avait eu le nez un peu crochu. La morgue de cette femme est révoltante; du haut de ses glorieuses aventures, elle nous considère tous comme du fumier. Vous verrez qu’elle quittera Florence sans y avoir eu la moindre fantaisie.
—Vous vous en étonnez? lui dit Hopkins. Son amour est le saint sacrement, elle n’a trouvé ici personne qui fût en état de grâce.
—Grand bien nous fasse! reprit Silvani. Cette Junon marche sur les nues; il faut que ses amants agenouillés lui tiennent d’une main un dais constellé au-dessus de la tête, et de l’autre époussètent ses nuages. En conscience, ce ne doit pas être amusant,
—Ils sont trop verts, Silvani! lui dit en ricanant un secrétaire de la légation de France. Convenez que vous avez essayé de mordre à la grappe.
—Je ne m’en cache pas, répondit-il avec quelque dépit. Dès mon premier soupir, on m’a fait entendre que j’étais un sot. Je ne m’en suis point formalisé, c’était une manière de m’apprendre que je ne suis point un prince régnant; il n’y a pas de honte à cela.
—Bast! mon cher, vous n’avez pas su faire bonne mine à mauvais jeu. Vous autres, Italiens, dès qu’il y a une femme quelque part, vous y courez, et, s’il se trouve qu’elle est honnête, on vous voit tomber comme des mouches empoisonnées.
—Voilà qui est un peu raide! reprit Silvani. Qu’attendez-vous, s’il vous plaît, pour canoniser cette sainte?
—J’en suis pour ce que j’ai dit. Lady Rovel n’est pas une femme facile, et j’en infère qu’il lui reste assez de vertu pour vous empoisonner.
—Je porte un toast à miss Meg Rovel! s’écria Hopkins. Cette petite fille n’empoisonnera jamais personne. Elle ressemble à ce mignon tonnelet de vin de Chypre, qui promet la plus joyeuse ivresse à l’homme qui le boira. Elle n’a qu’un défaut, elle n’est pas encore d’humeur à se laisser boire.
—Un peu de patience! dit Silvani, c’est le marquis de Boisgenêt qui la mettra en bouteilles.
—Ne nous parlez pas de cet odieux bonhomme, dit le duc Lisca. Souffrirez-vous, messieurs, qu’il perpètre son crime? Ne se trouvera-t-il personne pour lui couper l’herbe sous le pied?
—Vous n’y entendez rien, Lisca, lui cria Hopkins. J’ai vu l’autre jour une chèvre qui mourait d’envie de passer un ruisseau, mais la pauvrette craignait de se noyer. Elle bêlait et cherchait un gué. Comprenez-vous cet apologue? Le gué, c’est le mariage, et c’est le marquis de Boisgenêt qui fera passer la chèvre.
—Honneur à Boisgenêt! s’écria Silvani. Ce barbon calomnié est un philanthrope incompris. Il brûle de l’amour du prochain, il se sacrifie pour faire notre bonheur à tous, il se charge de lancer miss Rovel et de mettre ce joli petit coeur en circulation.
—_Timeo Danaos et dona ferentes_, reprit le duc Lisca. Nous serions à jamais perdus d’honneur, si nous laissions cette vierge tomber dans les griffes du minotaure.
—A votre aise! riposta Silvani. Ne savez-vous pas comme nous que cette vierge exige qu’on l’épouse? Elle a juré de ne rire qu’après la fête. Que ne l’épousez-vous donc, vous qui parlez si bien?
—Impossible, cher ami. Je dépends d’une grand’tante qui me déshériterait, si je lui donnais pour nièce une hérétique…
—Dont l’hérésie consiste à croire, reprit Silvani, qu’avant le mariage tout est défendu et qu’après tout est permis. Je ne suis pas pressé, j’aime mieux arriver après. Se dévoue qui voudra!
—Oh bien! messieurs, dit Hopkins, quelqu’un à ma connaissance est capable de ce beau dévoûment.
—Qui donc? nommez-le, s’écria-t-on de toutes parts.
—Soyez discrets! c’est un superbe garçon, qui a le cerveau un peu brouillé et un goût décidé pour les coups de tête. Il s’est laissé pincer, il est pris, il épousera. Tenez, quand on parle du loup…”
En ce moment, le prince Natti faisait son entrée; il s’éleva un brouhaha général, on criait à tue-tête: “Vive Sylvio! bravo, Natti! L’ordre de l’Annonciade et de la Couronne d’Italie à Sylvio!”
Le prince opposait à la bourrasque un front dédaigneux. Il vint s’asseoir à la table ronde en poussant de l’épaule ses voisins pour avoir ses coudées plus franches; puis, ayant allongé ses bras sur le tapis, il demanda d’un ton froid ce qui pouvait bien lui mériter cette ovation inattendue. Quand on l’eut mis au fait: “Mon Dieu! oui, messieurs, répondit-il, à la rigueur je serais capable d’épouser miss Rovel.
—Sa mère ne vous la donnera jamais, bel oiseau! lui dit Silvani.
—Pourquoi cela?
—Parce que vous êtes beau comme un Apollon et qu’elle a résolu de n’accorder la main de sa fille qu’à un petit sapajou aussi laid et aussi fripé que le Boisgenêt. Cette terrible femme entend que son gendre porte écrit sur son front, en grosses lettres onciales, qu’elle n’a pas voulu de lui pour son service particulier.
—Vous raisonnez comme Machiavel, repartit Sylvio; mais vous oubliez que je suis homme à ferrer une cavale qui rue.
—Et si vous épousez, demanda Hopkins, peut-on savoir ce que vous ferez de votre femme?
—Je l’emmènerai dans mes terres, en Sicile.
—Pour l’y tenir en chartre privée?
—Vous l’avez dit, Yankee de mon coeur.
—Mais vous nous inviterez de temps en temps à aller vous voir? s’écria Silvani en passant la main sur son nez de perroquet. C’est un pays de chasse que vos terres.
—Deux jours avant mon mariage, répliqua-t-il, j’aurai soin de me brouiller avec tous mes amis, et, tous tant que vous êtes, j’oublierai jusqu’à la forme de vos museaux, quoiqu’il y en ait dans le nombre de frappants qui feraient la gloire d’une ménagerie…” Puis, ayant promené autour de lui un regard provocant, il ajouta d’un ton moitié sérieux, moitié ironique: “Suffit, quiconque se permettra de tenir des propos sur miss Rovel, ma future, se fera une affaire avec moi.”
Cette déclaration jeta un froid sur l’assistance. Le prince Natti passait pour l’une des premières lames de l’Italie, et on le savait homme à en découdre pour un non ou pour un oui. Meg fut oubliée, et l’on fit venir des cartes. Le prince eut cette nuit-là une chance prodigieuse, et en dépit du proverbe, quand il rentra chez lui au point du jour, il augurait bien de ses projets amoureux.