Papa, maman, mon clone et moi (Mini Syros Soon) (French Edition)
Chapitre 2
Bien entendu, j’avais l’interdiction absolue de toucher au caisson d’hibernation. Aussi, j’ai attendu que mes parents partent en week-end fêter leur anniversaire de mariage et me laissent la baraque pour moi tout seul après m’avoir bassiné avec les recommandations d’usage – comme si je ne savais pas me débrouiller seul à treize ans !
Le samedi matin, donc, je suis descendu à la cave. J’avais conscience d’être sur le point de jouer à un jeu très dangereux mais je n’ai pas cédé à la trouille.
Après une grande inspiration, j’ai entamé le processus de réveil. Il fallait appuyer sur toute une série de boutons, dans un ordre précis. Mon cœur battait vite et fort. Au bout d’une quinzaine de minutes interminables, le couvercle du caisson s’est soulevé, libérant une espèce de brume givrée. Mon double a ouvert les yeux.
– Où suis-je ? a-t-il dit en s’asseyant, nu comme un ver, et en jetant des coups d’œil paniqués autour de lui. Qu’est-ce qui se passe ? Qui suis-je ?
– Ben, t’es Charly 2.
– Où suis-je ? Qu’est-ce qui se passe ? Qui suis-je ? répétait-il en boucle.
Il était complètement paumé.
Et moi aussi.
Soudain, j’ai vu les mots fichier « souvenirs vie quotidienne » effacé apparaître sur l’écran intégré au congélo.
Nom de Zeus, j’ai juré intérieurement.
J’avais dû sauter une étape dans la procédure ou appuyer sur un mauvais bouton. Ma gorge s’est serrée et j’ai choisi d’improviser : Chapitre 3
– Relax. Je… je vais tout t’expliquer.
– Tu es qui, toi ?
– Je suis… euh… ton frère jumeau, Charly 1. On forme… une équipe. On est des… des agents secrets ! Des agents très très secrets.
– Des quoi ?
– Tu as reçu un choc sur la tête, lors de notre dernière mission, et tu as perdu la mémoire.
– Je ne comprends rien !
J’ai donné des fringues à Charly 2. Ses premiers pas ressemblaient à ceux d’un gamin qui sait à peine marcher. Normal quand on a passé treize ans allongé. Je l’ai accompagné au rez-de-chaussée tout en l’abreuvant de paroles rassurantes qui sonnaient terriblement bidon à mes propres oreilles. Charly 2 ouvrait de grands yeux à la fois curieux et apeurés. Je lui ai servi un chocolat chaud avec une tartine de confiture, les premiers « vrais » aliments qu’il avalait de toute sa vie ; ça devait le changer de la nourriture injectée par tuyau.
– C’est bon, a-t-il dit en se pourléchant les lèvres.
Il avait l’air un peu moins effrayé. Pendant ce temps, je réfléchissais à ce que j’allais bien pouvoir lui raconter. J’ai eu une idée de génie :
– Je vais te montrer quelque chose.
Je lui ai passé sur l’écran mural La Mémoire dans la peau, ce vieux film en 2D où un espion super balèze nommé Jason Bourne se réveille sur une plage, amnésique et sans défense… ce qui ne l’empêche pas de zigouiller tous les méchants et de vivre une histoire d’amour avec une super-nana.
– Voilà, tu es comme Jason Bourne, j’ai affirmé, une fois le film terminé.
– Mais… et toi ?
– On fait équipe, je te l’ai déjà dit.
Je l’ai amené devant une glace. On était là, côte à côte, deux sosies blonds, pas très grands, le visage mitraillé de taches de rousseur. Je suis très pâlichon de nature. La peau de Charly 2, avec son teint de fromage blanc qui n’avait jamais goûté aux caresses du soleil, était donc tout à fait raccord. Principale différence : je portais des lunettes – je suis légèrement myope. Il y avait aussi la coiffure. Ses cheveux étaient plus longs que les miens, même si un employé de « Sécurité enfant + » venait régulièrement les lui couper (ainsi que ses ongles !). J’ai corrigé ça à l’aide d’une bonne paire de ciseaux, récupéré un double de mes lunettes (mes « lunettes de secours », comme dit man’). Cette fois, l’illusion était parfaite.
– On est jumeaux, j’ai déclaré. Charly 1 et Charly 2. Mais ça doit rester top secret parce qu’il y a des terroristes qui nous recherchent, tu piges ?
– Pas vraiment…
– On fait semblant d’être des ados comme les autres, mais on a des missions à remplir. Des missions très importantes pour la sécurité de l’État.
– Ah !
Il touchait les contours de son visage en observant son reflet comme s’il découvrait un parfait étranger.
– T’inquiète, j’ai repris. La mémoire va te revenir… Mais, en attendant, il faut que tu fasses exactement tout ce que je te dis, d’accord ?
– D’accord.
Bon petit gars, ce Charly 2 !
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