Papa, maman, mon clone et moi (Mini Syros Soon) (French Edition)

Chapitre 4

 

L a mission n° 2 s’appelait « Gazon maudit ».

Quand viennent les beaux jours, je gagne de l’argent de poche en tondant la pelouse de notre voisin qui est trop vieux pour s’en occuper. Je fais ça généralement le premier samedi de chaque mois. Ce week-end-là, la météo avait annoncé un temps caniculaire. Vous l’aurez deviné, la perspective de suer comme un esclave sous un soleil de plomb ne m’emballait pas trop. J’ai attendu que mes parents aillent faire leurs courses hebdomadaires au supermarché pour réveiller Charly 2.

– Cette fois, ça va être physique, comme mission, je l’ai averti.

– Je vais devoir poursuivre des méchants ?

– Pas vraiment. Il faut y aller progressivement. Je ne peux pas te lâcher dans le grand bain, direct.

Je lui ai expliqué ce que j’attendais de lui ; ça l’a laissé perplexe mais il n’a pas bronché.

Quelques minutes plus tard, je l’ai envoyé toquer à la porte de mon voisin, qui l’a aussitôt emmené jusqu’à sa cabane de jardin, puis est retourné chez lui. Je voyais tout « en direct », comme pour le contrôle d’histoire.

– Je fais quoi, maintenant ? a demandé Charly 2.

– Tu appuies sur le bouton on de la tondeuse, voilà, c’est ça.

Et, pendant plus d’une heure, Charly 2 a soigneusement ratiboisé la pelouse. Je surveillais la manœuvre depuis mon ordi, tout en sirotant un soda bien glacé. J’avais un peu honte, je dois bien l’avouer, surtout lorsque j’ai vu mon double revenir, tout rouge, les cheveux poisseux et le tee-shirt trempé de sueur. Mais il avait un billet de vingt euros dans la main, c’était le principal. J’ai empoché le billet en le congratulant :

– Tu es un agent de toute première catégorie. La crème de la crème.

– C’est quand même très différent du film que tu m’as montré, a-t-il grimacé. Il n’y a pas de jolie fille à embrasser ou de rétoristes à combattre.

– Terroristes, j’ai corrigé. Ne sois pas trop impatient. Tout vient à point à qui sait attendre.

– J’ai soif.

Je lui ai servi un grand verre d’eau bien fraîche. Il l’avait sacrément mérité.

Le soir venu, j’avoue que j’ai eu du mal à m’endormir. Deux petites voix s’affrontaient dans ma tête. Cela ressemblait à ces dessins animés où une version « diable » et une version « ange » du héros débattent sans fin sur ce qui est bien et ce qui est mal.

– Tu es trop dur avec Charly 2. Tu le traites comme un chien !

– Mais… c’est juste un clone.

– Et alors ? Quelle est la différence avec un humain ? Il pense… et il éprouve des émotions, comme toi !

– Oui, mais il est carrément « neuneu » !

– Toi aussi, tu serais « neuneu » si on t’avait effacé tes souvenirs d’un coup !

Je m’entortillais dans mes draps, me tournant et me retournant sur le flanc à chaque fois que l’une de mes voix intérieures marquait un point. La culpabilité me grignotait le cerveau.

– Charly 2 a le droit de mener une vie normale ! a conclu l’angelot.

– Sans blague ! s’est exclamé le diablotin. Et comment on annonce ça à pa’ et man’ ? Tu t’imagines leur dire : « Eh, vous savez quoi ? J’ai décongelé mon clone, et en plus j’ai bousillé sa mémoire… Donc, si jamais il m’arrive quelque chose, tout votre super-programme “Sécurité enfant +” n’aura servi à rien du tout ! Cool, non ? »

Il fallait que mon plan reste secret. Je n’avais pas le choix.

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