Papa, maman, mon clone et moi (Mini Syros Soon) (French Edition)
Chapitre 3
J’ ai passé le week-end à lui expliquer à quoi ressemblait ma vie : qui étaient nos parents, Thomas et Janice, quel bahut je fréquentais, etc. Heureusement, il se souvenait des choses basiques, comme lire, écrire, parler, tenir des couverts, lacer ses chaussures… Ouf, je n’avais pas tout effacé avec ma manip foireuse !
Ce bug compliquait mes projets mais rien n’était encore perdu. De toute manière, l’expérience avait démarré, je ne pouvais plus faire machine arrière.
Le dimanche, en fin d’après-midi, j’ai ramené mon clone dans son caisson en continuant de le baratiner :
– Ici, c’est notre repaire. Moi seul ai la clé. Pa’ et man’ ne sont pas au courant. On fait partie d’un programme expérimental. Seuls le président et le patron des services secrets connaissent ton existence.
– J’aimerais bien les rencontrer quand même, pa’ et man’…
– Tu les rencontreras, promis. Mais il faudra que tu fasses comme si tu étais moi, Charly 1, ok ? Sinon, ils vont flipper.
Il a hoché la tête gravement. Ce qu’il y a de bien avec les clones amnésiques, c’est qu’on peut leur faire gober n’importe quoi. Y a pas plus naïf !
– Bon, j’ai continué. Pour l’instant, repose-toi. Tu as besoin de récupérer, de digérer tout ça. Je viendrai te réveiller pour ta première… mission.
– D’accord, a-t-il soupiré en s’allongeant dans le congélo.
Mes parents sont rentrés le soir même, radieux. Ils roucoulaient et se faisaient des petits bisous.
– Tout s’est bien passé, chéri ? m’a demandé man’.
– Impec, j’ai répondu.
Sauf que j’avais encore quelques problèmes à résoudre.
Je suis monté dans ma chambre, j’ai allumé l’ordi et je me suis connecté sur le site « Spy.com ». L’espionnage amateur connaît un véritable boum depuis quelques années. Les gens espionnent leur conjoint, leurs enfants ou leurs voisins. Il y a tout plein de gadgets en vente libre : ça fait fureur ! J’ai aussitôt passé une commande, mode « livraison express ».
« Express », tu parles ! J’ai reçu le colis deux jours plus tard.
Je suis aussitôt monté dans ma chambre et j’ai déballé le paquet. Tout était là : mini-caméra avec micro, oreillette. Génial. J’avais claqué l’intégralité de mes économies mais ça valait le coup !
Le lendemain, j’ai attendu que mes parents s’en aillent au boulot – heureusement, ils partent tôt, avant même que je sois levé –, puis je suis descendu à la cave. J’ai ouvert le caisson.
– Le grand jour est arrivé, j’ai annoncé à Charly 2 qui se frottait les yeux, mal réveillé.
Je lui ai remis le double de mes lunettes que j’avais au préalable équipé de la mini-caméra et je lui ai collé l’oreillette dans le tympan gauche.
– Je te parlerai, et toi seul pourras m’entendre. Tu devras suivre mes instructions à la lettre, c’est bien compris ?
– Heu, oui… Comment s’appelle ma première mission ?
Je me suis composé un air solennel :
– « Contrôle d’histoire » !
Charly 2 a pris le chemin du bahut. Je le guidais via mon ordinateur.
– Là, tu tournes à droite… Voilà, c’est ça.
Je lui parlais grâce au micro intégré à l’ordi. La caméra planquée dans ses lunettes me permettait de voir exactement la même chose que lui. Les rues défilaient, bordées d’arbres bourgeonnants. L’arrosage automatique rafraîchissait les pelouses de pavillons qui se ressemblaient tous, comme sortis du même moule. C’était le printemps et un soleil magnifique brillait dans le ciel.
– Héé, attention ! j’ai glapi quand mon double a manqué d’être percuté par une voiture. Tu dois regarder des deux côtés avant de traverser la chaussée !
– Ah, heu, d’accord.
Il est arrivé au collège quelques minutes plus tard. Sain et sauf. Première partie de la mission réussie.
– T’as l’air bizarre ! a grommelé Marc, qui est mon meilleur pote.
– Je dois couver quelque chose, un… un virus, a répondu Charly 2, répétant mot pour mot ce que je lui soufflais à l’oreille.
– T’es prêt pour le contrôle d’histoire ?
– Ouais, ouais…
Tu parles qu’on était prêts ! J’avais le manuel sous les yeux. Durant l’interro, tout en grignotant des chips, j’ai envoyé par les ondes les bonnes réponses à mon clone. Celui-ci n’avait plus qu’à les écrire sur son ardoise tactile… J’allais avoir un 20/20 les doigts dans le nez.
La sonnerie a retenti.
La mission « Contrôle d’histoire » était un franc succès !
– Bravo, mon pote, tu es le meilleur, j’ai félicité Charly 2 quand il est rentré au bercail. Alors, comment tu as trouvé cette journée ?
– C’était… intéressant.
Je lui ai tapé sur l’épaule.
– Parfait. Il y en aura d’autres comme ça. Plein d’autres ! Maintenant, au dodo, tu as bien travaillé.
Le clone s’est laissé guider jusqu’au caisson.
– Je suis vraiment obligé de retourner là-dedans ? a-t-il renâclé. Je n’aime pas trop ça.
– N’oublie pas : c’est un secret entre nous, le président et le…
Il avait l’air malheureux et ça m’a un peu serré le cœur. Mais je ne pouvais pas laisser deux Charly évoluer dans la maison.
– Tu dois me faire confiance, j’ai abrégé.
– Bon, d’accord, a-t-il soupiré en prenant place dans le congélo.
– Te bile pas, j’ai ajouté. J’aurai de nouveau besoin de tes services très bientôt.
Et, sur ces bonnes paroles, j’ai refermé le couvercle.
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