Physiologie de l'amour moderne

Paul Bourget · Chapitre 41 sur 42

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Physiologie de l'amour moderne

Méditation Xxiii [2]

Il eut un haussement d'épaules, puis il dit, en secouant la tête et avec une voix très basse:

—«Vois-tu, quand on a aimé une femme comme j'ai aimé la mienne, c'est pour toujours, et on aime tout de ce qui vous la rend vivante.... Tout, entends-tu bien?...»

 

Je voyais, tandis qu'il me parlait, ses yeux, d'une si fraîche candeur, se remplir de larmes, et, au lieu de trouver cette émotion ridicule, j'en suis à me demander où est la vie profonde du cœur, entre le sentiment qu'il garde à celle qui l'a honteusement trahi, si doux, si tendre, si étranger à toute haine, et ma féroce, mon avilissante rancune, à moi.—Hélas! Après avoir tant écrit sur l'amour, en avoir tant joui, tant souffert, n'aurais-je jamais aimé?

 

MÉDITATION XXIII [2]