Poésies populaires Serbes Traduites sur les originaux avec une introduction et des notes

Chapitre LXIV

Si je pouvais me changer en mouche

je saurais où passer l’hiver:

je me poserais sur le visage d’une veuve

ou sur les seins blancs d’une fille.

LXV

LA TZETIGNIENNE ET LE PETIT RADOITZA

 

Trente habitants de Tzétigné sont à boire

au bord de la Tzétigna, la calme et froide rivière,

et c’est une fille de Tzétigné qui leur sert le vin.

A mesure qu’à chacun elle présentait le verre,

il n’étendait pas la main pour prendre le vin,

mais pour toucher le sein de la jeune fille,

tant que celle-ci se prit à dire:

«J’en atteste Dieu, vous trente Tzétigniens,

si je puis être votre servante à tous;

je ne puis être votre épouse à tous,

mais celle du brave seulement

qui s’élancera dans la rivière à la nage,

couvert de ses habits et de ses armes,

et la traversera d’une rive à l’autre;

celui-là m’aura pour sa fidèle épouse.»

 

Tous à ces mots baissèrent la tête,

les regards fixés sur la terre;

seul, le petit Radoïtza ne baissa point la tête,

mais s’élançant sur ses pieds légers,

il saisit ses armes brillantes,

acheva de revêtir ses habits.

et s’élança dans la Tzétigna.

Le brave nagea tout droit,

il traversa d’une rive à l’autre;

mais comme il revenait au bord opposé,

il s’enfonça un peu sous l’eau,

il n’enfonça point parce qu’il était fatigué,

mais il s’enfonça pour mettre à l’épreuve sa belle

et savoir si elle voulait être sa fidèle épouse.

Quand la jeune Tzétignienne vit cela,

elle descendit dans la rivière;

ce que voyant le petit Radoïtza,

il s’avança en nageant vers la rive,

et sortant de l’eau il prit la jeune fille,

la prit par sa blanche main

et l’emmena à sa blanche maison.