Possession Enchaînée (French Edition)
Chapitre 13
Nico
J'entre dans mon bureau le lendemain matin et enlève mon manteau, puis j’ajuste mes manches comme je le fais toujours. J'ai une matinée pleine de réunions, y compris une réunion avec les capos pour m'assurer qu'il n'y a pas d'agitation dans les rangs et pour savoir ce que mon père fait, s’il prépare quelque chose. Il a été étrangement silencieux depuis sa guérison miraculeuse, mais je sais qu'il réfléchit à ses options, qu’il met en place quelque chose auquel je dois être préparé.
Mon père va frapper fort et vite. Je ne sais simplement pas encore ce que cela signifie.
Je m’assois derrière mon bureau et ramasse les nombreux documents qui s'y trouvent. L'un de mes rituels du matin consiste à lire chaque publication qui sort de la ville, à la recherche de signes d'affaires auxquels je pourrais devoir faire face. Vincent se moque toujours de moi parce qu’il dit que je suis un fouineur, mais je ne veux pas être pris au dépourvu. Peut-être que je suis fouineur, mais la seule chose que je déteste, c'est de ne pas être prêt. Même avec Rory, je me suis préparé à ce qui va arriver.
Je n'ai juste pas encore compris ma femme.
En soupirant, je saisis le tabloïd pour lequel elle travaille, intrigué de lire sa chronique. C'est mon plaisir coupable, et je dois admettre que Rory est sacrément douée dans ce qu'elle fait. Ça me rend fier de savoir qu'elle est à moi. Son esprit brillant m'appartient, et certains de ses traits de caractère seront transmis à notre fils et à tous les autres enfants qui viendront dans le futur.
Je vais avoir besoin de son aide quand je trouverai Lorenzo. Elle s'y attaquera directement alors que je serai une putain d'épave à l'intérieur de moi. Sans elle, je ne suis pas sûr que je gérerais tout cela correctement. Je ne lui ai pas dit que j'avais découvert son nom, je le garde pour moi pour le moment. Je ne veux pas qu’il ne s’agisse seulement d’une autre impasse.
Je veux que ma vie redevienne normale, peu importe ce que la normale signifie dans mon monde. Je veux que Rory me regarde avec un large sourire et sache que ce que je fais est pour son bien. Je veux que mon fils ou mes fils me regardent et ne voient pas mon père en moi, qu'ils sachent que je les protégerais de ma propre vie.
Je déglutis difficilement et feuillète le journal. Le sang se vide de mon visage lorsque j’aperçois le titre de la page deux.
Disparition d'une famille : intentionnelle ou criminelle ? Voilà ce qui est inscrit juste avant une photo de famille des Griffin, tous souriants pour la caméra. Ma gorge se serre lorsque je remarque le nom de Rory sous la photo, lui attribuant les mérites de l'article.
C'est ce que Rory me cachait.
Je serre les dents en me forçant à continuer de lire, mais mon esprit est déjà envahi des répercussions éventuelles.
Pas de moi, mais de mon père. Du NYPD qui ne voudra rien de plus que mettre un D'Agostino derrière les barreaux et avoir un potentiel changement de carrière. Tout le monde n'est pas sous la coupe de mon père, et certains ont essayé de nous avoir pendant des années, sans jamais s’approcher de nous.
Cela va leur donner une raison de le faire.
Rory donne d’abord des détails sur la famille, en quoi consistait chaque étape de leur vie avant de quitter la surface de la terre. Elle dépeint Angelica comme une adolescente vive qui était sur le point d'aller à l'université un an plus tôt pour étudier le droit, et ma gorge se serre en pensant à la fille qui était attachée à la table, les yeux pleins de terreur et d'incertitude quant à ce qui allait vraiment lui arriver.
La jeune fille a perdu plus que son innocence cette nuit-là. Elle a perdu toute sa vie, et j'y ai joué un rôle.
L'article de Rory emprunte un chemin profond et sombre après avoir parlé de la famille. Elle parle de l'implication de Griffin dans l'une des entreprises de mon père et de la rumeur selon laquelle l'entreprise est une façade pour la drogue et la prostitution, étendant notre linge sale devant les yeux de la ville.
—Putain, Rory, je souffle en regardant la liste des délits dont elle accuse mon père.
N'a-t-elle pas encore compris que si elle l'accuse, elle m'accuse ? Je suis actuellement le Don, pas mon père. Je suis en charge de chaque putain de bras de cette Bratva, et même si je sais qu'elle essaie d'exposer mon père, elle a par inadvertance mis tout ça sur mes putains d'épaules à la place.
La trahison fait plus mal que n'importe quoi d'autre.
Je jette le journal sur le bureau avant de me passer la main dans les cheveux, la colère à peine maîtrisée. J'ai envie de rager, de lancer des trucs, mais d'un autre côté, j’ai envie de faire comme si je n'avais pas lu l'article. Rory n'a rien écouté de ce que je lui ai dit, rien sur la façon dont je lutte pour la protéger.
Elle vient de tout gâcher d'un seul coup.
J'attrape mon portable et envoie un texto à Vincent pour lui dire d'annuler mes rendez-vous du matin. Cela va provoquer une putain de retombée pas comme les autres, et je suis surpris que mon portable ne soit pas déjà bombardé d’appels de capos. La plupart ne connaissent pas les vrais détails de la famille Griffin, mais ils savent que la famille a disparu et que mon père a toujours été le suspect.
D’après les informations de Rory, elle le blâme, ainsi que le reste de la Bratva, pour leur mort.
Juste à ce moment-là, mon portable sonne et je décroche lorsque je vois le numéro de ma sœur sur l'écran.
—Quoi, Leda ? je grogne après avoir appuyé sur le bouton Accepter. Ce n'est pas le moment.
—Nico, souffle-t-elle. Que veux-tu que je fasse ? Dois-je appeler notre avocat ?
Leda et moi nous sommes séparés de l'équipe juridique de notre père il y a des années, sachant que sur ses ordres, ils pouvaient simplement ignorer totalement nos problèmes. Désormais, nous avons notre propre équipe, un brillant avocat, Jim Harrison, qui secoue juste la tête à chaque fois que je l'appelle. Il travaille probablement déjà sur sa défense pour me sortir de là.
Ils viendront me chercher. C'est trop facile pour qu’ils ne le fassent pas.
Ce qui signifie que je dois rentrer chez moi et affronter la personne qui vient de me trahir. Ainsi que pour m’assurer que Rory sera protégée si mon père vient ensuite après elle.
—Ouais, dis-je à ma sœur, la mâchoire serrée. Appelle Jim.
—Nico, ne deviens pas fou avec elle, avertit Leda. Je sais que tu es bouleversé, mais Rory ne sait pas combien cela nous affecte tous.
Je raccroche avant que Leda ne commence à me faire me sentir mal à propos de ce que je suis sur le point de faire. Rory a franchi la ligne, et elle doit le savoir. Je n’ai pas pu faire confiance à la seule personne à qui j’aurais dû avoir confiance.
Putain, ça fait mal.
***
Lorsque j’arrive au penthouse, je trouve Rory assise sur l'îlot. —Nico, balbutie-t-elle alors que j'avance vers elle. Qu'est-ce qui ne va pas ? Pourquoi es-tu ici ?
Je fais claquer le journal sur l’îlot.
—C'est pour ça je suis ici, Rory.
Ma femme déglutit visiblement tandis que ses yeux se posent sur le journal plié devant son article.
—Je…
En colère, je balaie tout l'îlot sur le sol, ce qui fait tressaillir Rory. —Tu es allée trop loin.
—J'ai dit la vérité, dit-elle au bout d'un moment. J'ai raconté ce que ton père a fait.
—Non ! Je crie. Ce que tu as fait, Rory, c'est dire à toute la putain de ville que les D'Agostino, y compris moi, ont tué une famille ! C'est plus que simplement exposer mon père. Putain, tu nous as tous exposés !
—C'est parce que tu ne l’aurais pas fait ! riposte-elle sans reculer.
Dans un autre contexte, je serais excité par son mépris flagrant de sa peur envers moi, mais en ce moment, je ne peux même pas sentir mon propre corps, je suis tellement énervé qu'elle nous fasse ça. —Je ne l'ai pas fait parce que je savais ce qui allait se passer, lui dis-je d'une voix dure. Tu n'as aucune idée de ce que tu nous as fait, Rory. Tu n’as aucune idée de ce qui va se passer.
—Je pensais que tu voulais le voir au plus bas, dit-elle après un moment en croisant les bras sur sa poitrine. Je pensais que tu voulais le détruire. J'ai ouvert la voie.
Je laisse échapper un rire dur. C'est ce qu'elle pense ? Que mon père peut être détruit par quelques mots ? Il est bien plus puissant que cela, il a ses mains dans toutes les poches de la ville, et c’est ce qu'elle a dit au monde entier dans son article.
—Tu n'as rien fait d'autre que mettre ta putain de vie en danger, Rory ! J'avais mon propre plan pour détruire mon père. Je n'avais pas besoin de ça !
Elle tressaille comme si je l'avais frappée.
—Tu n'as pas besoin de ça, ou tu n'as pas besoin de moi ?
—Cela n'a rien à voir avec nous, je lance.
Je n'ai ni le temps, ni la patience de parler de nous en ce moment. —Ce qui va arriver, c'est de ta faute. Tu m'as trahi, putain, ton propre mari.
—Je n'aurais pas eu à le faire si tu m'avais laissée t'aider, essaie-t-elle à nouveau en faisant un pas en avant.
Il y a une réelle inquiétude dans ses yeux, et je repousse l'idée d'enrouler mes bras autour d'elle pour la réconforter. Elle m'a trahi. Elle ne mérite aucune sorte de réconfort pour le moment, pas avant que je puisse gérer cette merde et la garder en sécurité en même temps. Elle n'a aucune putain d'idée de la panique qui monte en moi, des plans que je dois maintenant mettre en place pour assurer sa sécurité.
—Je n'aurais jamais dû t’en parler, dis-je durement. Je n'aurais jamais dû te révéler mon secret.
Si je ne l'avais pas fait, elle ne serait pas montée à ce niveau, en essayant d'affronter mon père avec quelques mots et en l'exposant ainsi. Ça ne va pas vaincre mon père. Ça va me faire tomber.
—C'est la bonne manière de gérer ça, Nico, répond-elle calmement. À un moment donné, il faut faire confiance à la loi. Tu dois comprendre qu'ils ne sont pas tous là pour te faire tomber.
—C'est de la merde, et tu le sais, je rétorque, ma colère ressortant dans mes mots. Je suis la meilleure cible, Rory. Je suis le principal prisonnier qu'ils aimeraient remettre aux fédéraux avant de jeter la clé. Merde, je n'irais probablement pas dans une prison pour bourges. Je serais jeté dans la fosse aux lions.
Je serais loin de pouvoir protéger ma famille.
Rory ouvre la bouche puis la referme, et regarde le désordre partout sur le sol de la cuisine.
—J'ai fait ce que je pensais être juste, déclare-t-elle finalement. Je ne peux pas faire en sorte que tu sois d'accord avec ça.
—As-tu envoyé cette information à Harper ? je demande fermement en posant ma main sur l'article qui a tout fait exploser. A-t-il accepté de publier ceci, ou l'as-tu soudoyé pour le faire ?
J'ai besoin de savoir s'il n'est qu'un pion dans son jeu ou s'il l'a fait volontairement, car il va publier une putain de rétractation de mon choix.
Il va aider à réparer ça, et nous devons le faire rapidement, avant que mon père ne décide de réagir lui-même. Une fois qu'il l'aura fait, je me battrai dur pour protéger ma famille, trahison ou non.
—Il m'a dit qu'il pensait que c'était une mauvaise idée, dit-elle finalement, les lèvres pincées. Mais je lui ai dit que je le faisais pour te sauver, Nico.
Me sauver. C'est loin d’être ce qu'elle fait pour moi. Elle m’enferme dans une boîte, une boîte dont je ne suis pas sûr de pouvoir sortir. —Dis-moi ce que tu pensais faire pour me sauver ? je demande. Parce que c'est sûr que tu as l'air de creuser ma putain de tombe.
La souffrance traverse l'expression de Rory, mais je l'ignore, et marche vers le bar à la place.
—Amène Harper ici, je grince en cherchant du whisky qui, je l'espère, m'empêchera de tuer quelqu'un aujourd'hui.
Je n'ai jamais autant voulu faire couler de sang dans le passé, mais ça me semblerait bien mieux que cette douleur qui se trouve dans ma poitrine, de savoir que je ne peux même pas faire confiance à la personne avec qui je partage mon lit, ma maison.
Avec qui je partage mon putain de cœur.
—Qu'est-ce que tu vas lui faire ? demande-t-elle, sa voix résonnant sur les murs silencieux du penthouse. Je ne peux pas l'amener ici tant que je ne le sais pas.
Je verse le liquide dans un verre, et ne prends pas la peine d'ajouter de la glace avant de le boire, accueillant la brûlure dans ma gorge. —Si tu ne le fais pas, je vais aller le chercher, Rory, et crois-moi, tu ne vas pas aimer ça. Lui non plus.
—Promets-moi de ne pas lui faire de mal.
Je ferme les yeux devant la douleur dans sa voix. —Je ne peux rien te promettre, Rory. Amène-le ici, putain. Je ne sais vraiment pas ce que je vais faire de son mentor, honnêtement, mais il va faire partie de l'équipe de nettoyage pour arranger cette merde. Je dois commencer à contrôler les dégâts immédiatement, avant que mon père ne puisse utiliser ça pour atteindre ma putain de famille.
Ou inverser les rôles en ma défaveur. Il fera tout ce qu'il faut pour se sortir d'une rumeur négative, ce qui signifie que je pourrais tomber pour sauver son propre cul.
Son propre fils. Rien de plus qu'un pion dans ses jeux continus.
—Nico, pour ce que ça vaut, je l’ai fait pour nous.
Je laisse échapper un rire creux.
—Ce que tu as fait, ma femme, c'est nous détruire. Chaque mot est comme un poignard pour mon âme blessée, et je sais qu'il me faudra un certain temps pour m'en remettre. Comment pourrais-je lui faire à nouveau confiance ? Comment pourrais-je la regarder, partager ma vie avec elle en sachant qu'elle pourrait comploter pour refaire une telle merde ?
—Amène-le ici, dis-je en attrapant à nouveau la bouteille. Je veux lui parler.
Elle ne répond pas, mais je sais qu'elle a quitté la pièce pour répondre à ma demande. Putain. Comment tout cela est-il devenu si noir ? Ma main tremble quand je me verse un autre verre, et je le laisse suivre le premier juste pour pouvoir savourer la brûlure. J'aurais dû savoir qu'elle ferait ça, mais j'ai pensé… j'ai pensé qu'elle pourrait me faire confiance pour une fois.
Elle ne veut pas que je blesse Harper, mais où suis-je dans son monde ? Parce qu'elle vient de me faire plus mal que ne pourrait le faire mon pire ennemi.
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