Psycho

Kyrian Malone · Chapitre 1 sur 1 · partie 1/4

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Psycho

Ce roman a été écrit par de…

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 4 parties.

Préambule

Ce roman a été écrit par de jeunes auteurs. Il représente un travail long, sans doute ambitieux, et parfois pénible pour les correcteurs bénévoles. Chaque ligne a été travaillée avec rigueur, réécrite et corrigée par des personnes passionnées. En aucun cas, nous ne pouvons prétendre à fournir un texte parfait comme vous en trouverez en librairie. Ce récit a été écrit et revu avec professionnalisme sans passer entre les mains de professionnels de l’édition.

Ce roman raconte une histoire entre femmes et s’adresse à un public adulte. Certaines descriptions ou dialogues sont susceptibles de heurter la sensibilité des jeunes lecteurs.

Cette histoire a été écrite en septembre 2008

 

L’usage exige qu’un sadique reconnaisse le meurtre mais

non pas le plaisir.

– Karl Kraus

*********

Le calme revint dans la salle de cours quand le professeur Ryan y pénétra. Cette salle n’était autre qu’un grand amphithéâtre de plus de trois cent sièges occupés par des étudiants de la célèbre université d’Harvard dans le Massachussetts. Le cours qui aurait lieu pendant près de deux heures s’adressait aux élèves de cinquièmes années du cursus psychologie. D’autres élèves de classes inférieures ou de sections différentes y assistaient également.

Sarah, une jeune étudiante, blonde, aux allures de petite poupée, avait suivi le professeur des yeux et avait rajusté ses petites lunettes sur le bout de son nez. Elle pouvait profiter de la vue, du décolleté plongeant de son professeur moulé dans sa chemise blanche au col droit.

La professeure, Faith Ryan, une femme d’une trentaine d’années dont les cheveux bruns ondulaient sur ses épaules. Elle les repoussa arrière dans un mouvement de tête en posant sa sacoche sur le bureau. Ce qu’elle aimait, quand elle arrivait dans cette grande salle, était le silence, le calme qui y régnait, l’instant où le groupe de plus de deux cents élèves pesait sur elle. Dos à ses étudiants, elle eut un léger sourire en y songeant. A son arrivée quelques secondes plus tôt, elle avait fait le tour des visages les plus proches. Certains familiers, d’autres inconnus et nouveaux. Les bruits de couloir autour du meurtre d’une jeune étudiante, intriguaient au point d’assister au cours de criminologie, son cours.

Elle ôta sa veste en cuir noir et la posa sur le dossier de sa chaise. Elle se tourna enfin pour porter ses yeux sur tous ceux qu’elle avait en face, qui la détaillaient, pendus à ses lèvres. Elle jeta un regard sur la petite blonde assise au troisième rang. Pas trop près, pas trop loin non plus, à la bonne place pour avoir un œil partout et sur tout. Elle s’assit sur le rebord de son bureau et croisa les bras. Elle n’avait pas encore parlé et cela faisait sourire certains élèves.

Faith : D’abord, bonjour. Je vois que vous êtes de plus en plus nombreux, je vais bientôt me croire à un match de foot si ça continue.

Quelques rires résonnèrent et Sarah gardait le coin de sa lèvre inférieure coincée entre ses dents, les yeux rivés sur la tenue de son professeur.

Faith : J’imagine que vous avez tous entendu parler de ce qu’il s’est passé hier soir.

Un des nouveaux élèves prit la parole.

« On dit que Jennifer Winston s’est faite égorger et que la police interroge tout le campus. »

Faith : J’ai entendu les mêmes bruits. Je ne pourrai pas répondre à ça et je ne suis pas de la police.

Sarah se pinça les lèvres, hésitante, mais osa.

Sarah : Non, mais vous seriez en mesure de définir le profil psychologique du tueur...

Son amie, assise à sa droite, prit un malin plaisir à la soutenir pour renchérir sur une vérité incontestable.

« C’est vrai. Qui d’autre que vous pourrait trouver l’assassin ? »

Sarah reprit évidemment.

Sarah : Danielle a raison. Vous êtes même plus habilitée à le faire. Plus que ces pingouins de la police.

Faith souriait sans bouger en détaillant les deux blondes au troisième rang. Ces deux-là étaient toujours ensemble, en cours, dans les couloirs, dans la bibliothèque, à l’extérieur du campus. On aurait pu les prendre pour des sœurs jumelles si l’une n’avait pas été plus petite que l’autre. Dans chacun de ses cours, elles intervenaient, parfois pour de bonnes raisons et d’autres par pure envie de polémiquer. Peu importait pour le professeur Ryan qui avait depuis longtemps compris que ces deux jeunes femmes, ainsi que leurs deux autres amis avaient du potentiel.

Faith : C’est vrai, je pourrais faire ce profil, miss Leary.

Le jeune homme à la gauche de Sarah sourit légèrement et garda son stylo entre ses dents. Il plissa les yeux et intervint à son tour.

« Ça serait même un bon exercice pratique pour nous miss Ryan, vous pensez pas ? »

Faith sourit, amusée. Une fois de plus, le grand brun du groupe des quatre du troisième rang avait suivi l’idée de ses deux petites copines pour approfondir le sujet avec son éternel regard qui signifiait : ‘‘vous, je vous veux’’. En tous les cas, c’était ce que Faith avait compris.

Faith : Je n’ai pas tous les renseignements, je n’ai pas les détails, je ne connais pas cette fille, ni ses fréquentations, ni l’heure de sa mort. Et le fait qu’elle ait été égorgée n’est qu’une rumeur.

Le dernier du groupe, un jeune homme blond pas très grand, au look un peu punk leva son stylo :

« Elle est morte à deux heures quarante-deux d’après le légiste, soit, un peu plus de vingt minutes après la fin de la soirée qui avait lieu à la confrérie des Delta Kappa. L’arme du crime était un couteau de cuisine et pour l’instant... »

Il regarda à l’entour et poursuivit :

« La seule suspecte est sa meilleure amie, Katryn Stevens, qui, disons-le, l’a trahie avec son petit ami John... »

Il fixa son professeur en souriant.

« Le soir du crime... Je le sais, puisque je les ai vus se bécoter près de la piscine. »

Quelques rires se firent entendre dans la salle, malgré le sujet morbide.

Faith sourit légèrement en secouant la tête, ravie de constater qu’encore une fois, le petite groupe des quatre avait brillé par leur imagination, surtout ce dénommé Seth, le dernier à avoir pris la parole.

Faith : Je te remercie pour ton intervention qui nous aura fait avancer.

Seth : Je vous en prie.

Elle détourna son regard sur le reste des étudiants.

Faith : Le FBI ne va pas tarder à y mettre son nez, de toute façon et j’ai plus de mille étudiants sous ma responsabilité, dont vous. Ce qui veut dire que je ne vais pas avoir le temps de m’attarder sur cette affaire.

Danielle se pencha vers Seth et chuchota :

Danielle : On va la faire nous cette enquête. Faith s’éclaircit la gorge en fixant Danielle après avoir entendu ce murmure.

Faith : J’espère qu’il te restera du temps pour le devoir Dan’.

La petite blonde prit un air vainqueur.

Danielle : Il est déjà fait miss Ryan !

Faith secoua la tête sur cette réponse et se redressa pour attraper un paquet de feuilles et l’amener à un étudiant du premier rang.

Faith : Fais passer ça.

Elle se recula sans les quitter des yeux et ramena son poing fermé contre sa paume.

Faith : Vous avez une heure et demie pour me résumer le cours précédent sur la personnalité d’un délinquant au moment de l’action criminelle. Je verrai si vous avez bien compris.

Sarah la suivit des yeux, la vit rejoindre son bureau et s’asseoir. Elle saisit l’une des copies qu’on lui tendait, passa le paquet à Josh, le grand brun, et détailla le professeur prendre d’autres feuilles, certainement des devoirs à corriger. L’idée de Danielle ne lui déplaisait pas. Cela meublerait leurs discussions toujours intéressantes et elle pourrait mesurer leur perspicacité sur des faits réels et non sur des mises en situations fictives. Elle soupira et saisit son stylo pour commencer le devoir.

Quelqu’un frappa et la porte s’ouvrit sur trois hommes dont deux en costume dont les manteaux longs faisaient penser à ceux des enquêteurs dans certaines séries télé. L’employé de la faculté s’approcha de Faith Ryan et prit une voix basse afin de ne pas déranger les élèves :

« Ces messieurs du FBI voudraient vous parler, mademoiselle Ryan. »

Faith jeta un regard sur les agents à l’écart et se leva. Elle aurait dû s’attendre à ce genre d’intervention en plein cours après les derniers évènements.

Faith : Bien, j’arrive.

Sarah avait reconnu ces silhouettes qui ne passaient pas inaperçues. Ces tenues qui n’en étaient pas réellement étaient tellement typiques, clichées de ce genre de films policiers, qu’elle les trouvait davantage ridicules. Certains agents du FBI n’avaient vraiment aucun goût, ne faisaient preuve d’aucune créativité et ne méritaient pas d’occuper un tel poste. Le fait était qu’elle n’en n’avait pas connu qui avait le charisme et le savoir-faire. Elle les regarda sortir en songeant qu’elle et ses trois amis avaient tous les atouts pour faire de bons agents ou de bons flics. Surtout elle !

*********

Dans le couloir, l’un des agents ouvrit un calepin et fixa le professeur d’un air grave.

« Nous avons quelques questions à vous poser suite au meurtre de Jennifer Winston. »

Faith croisa les bras et leva les sourcils d’un air naturel.

Faith : Allez-y.

Le deuxième commença :

« Des personnes nous ont dit que vous aviez un certain poids ici, que vous connaissiez les élèves. Etiez-vous à cette soirée à la confrérie des Delta Kappa ? »

Faith : Non.

« Connaissiez-vous la victime ? »

Faith : Elle était en cours avec moi, en troisième année, alors je la connaissais comme je connais tous les autres, c’est-à-dire, ses notes, son visage et son dossier scolaire.

« Aviez-vous remarqué quelque chose d’inhabituel hier ? »

Faith : Non.

« A partir de quelle classe abordez-vous, si je puis dire, le vif du sujet, les différents types de crimes, le côté pratique et psychologique, les cas réels ? »

Faith : Si vous parlez de reprendre certains dossiers de vos bureaux ou cas réels, je le fais en quatrième, mais la psychologie, le déroulement, les bases s’apprennent dès la première année.

L’un des deux agents pris quelques notes et fixa la professeure.

« Pourriez-vous nous donner une liste de vos élèves de quatrième et cinquième année ? »

Faith : Demandez au secrétariat pour ça. Ils doivent être au moins cinq cent.

« Nous pensions à une liste de vos meilleurs élèves. »

Faith était étonnée de ces demandes parce qu’elle concernait au moins une trentaine d’étudiants et signifiait que les enquêteurs n’avaient aucune piste.

Faith : Si vous voulez, mais je doute que cela vous aide.

« Nous en jugerons. »

« Si vous remarquez quoi que ce soit… » Il lui tendit sa carte.

« Vous pouvez nous contacter à ce numéro de téléphone. »

Faith saisit la carte.

Faith : Je peux retourner à mon cours ?

« Evidemment. En vous remerciant professeur Ryan. »

Faith acquiesça d’un signe de tête et se tourna vers la porte pour l’ouvrir et pénétrer dans sa salle. Un silence y régnait encore, mais elle avait remarqué ces regards interrogateurs, intrigués qui l’amusaient. Elle marcha jusqu’à son bureau et lança.

Faith : Au boulot.

Tous s’exécutèrent mais Sarah garda son stylo entre ses lèvres autant que ses yeux brillants sur le professeur. Elle n’était nullement concentrée sur le devoir à faire mais se plaisait à imaginer la discussion entre les agents et mademoiselle Ryan. Elle avait dû se montrer brève, concise, parfaitement claire, comme à son habitude. Elle demeurait dans ses pensées bien nombreuses. Elle capta alors son regard et ne dévia pas le sien qui révélait son intérêt à travers l’éclat émeraude de ses prunelles. Elle lui offrit un léger sourire sans se soucier des autres élèves, sans rompre le contact visuel, et finit par lui faire un léger clin d’œil avant de se forcer à travailler.

Faith restait amusée par le petit jeu habituel de miss Leary qui avait besoin de tout savoir, de tout voir, de tout comprendre. Elle demeura calée dans sa chaise, bras croisés, ses yeux sur elle pour la détailler travailler, la tête baissée sur sa feuille. Cette jeune étudiante était intelligente, travailleuse, mais avait ce côté allumeur et aguicheur presque inné chez beaucoup de blondes. Une fois de plus, Sarah s’était vêtue d’une de ces petites jupes, sobres, de couleur noire qui dévoilait ses jambes nues. Ses hautes bottes cachaient seulement ses mollets, mais moulaient la finesse de ses courbes à la perfection. Parfois, durant ces cours, surtout celui des cinquièmes années, ses yeux vagabondaient sur les étudiantes, plus qu’ils ne le faisaient sur les étudiants. A cet âge, entre vingt-deux et vint sept ans, les jeunes femmes avaient tendance à se chercher, à faire part de leurs atouts pour se dégager de la meute. Sarah était une de ces filles qui savaient accorder son côté intellectuel avec ses petites lunettes avec l’autre plus femme en besoin d’attention. En tous les cas, durant ces quelques longues minutes, Faith lui donnait toute son attention, du moins ses yeux le faisaient discrètement.

Quand la fin du cours arriva et que les élèves se levèrent pour rendre leur copie, Sarah termina de noter proprement les dernières lignes de sa conclusion. Elle ajouta un petit mot privé en pied de page et se mordit le coin de la lèvre en sachant que son professeur le lirait. Elle se leva à son tour, satisfaite, et lança un coup d’œil sur Danielle pour dire plus bas.

Sarah : Je te rejoins à nos casiers...

Son amie plissa les yeux en songeant qu’une fois de plus, Sarah profiterait de cette fin de cours pour demander des détails à leur professeur. Elle n’était pas stupide et connaissait l’attirance de sa meilleure amie pour mademoiselle Ryan.

Danielle : Tarde pas trop. On doit aller au pub avec les garçons.

Sarah : Je sais, je fais au plus vite.

Elle suivit Danielle du regard et descendit les marches, derrière elle, au milieu des rangées de sièges. Elle vit les derniers élèves sortir autant que Faith les suivait pour refermer la porte derrière eux. Un long frisson la traversa. Dans un geste lent, sans la quitter des yeux, elle glissa sa copie sur le tas de feuilles et la vit revenir vers elle. Elle arbora une expression innocente.

Sarah : C’est une nouvelle jupe.

Faith ne l’avait pas quittée des yeux. Sur cette remarque qui ne répondait à aucune question, elle put aisément constater qu’elle s’était fait repérer lorsqu’elle avait détaillé Sarah. Nullement déstabilisée, elle sourit légèrement en pensant qu’elle n’avait rien fait de mal, de répréhensible par le règlement intérieur, du moins pas encore. Après tout, elle avait le droit de regarder puisque Sarah montrait. Elle contourna lentement le bureau en faisant glisser ses doigts dessus et son regard repartit de nouveau dans sa découverte.

Faith : Ravie de le savoir.

Sarah ne se démontait pas et se plaisait même à prendre cet air plus réservé, plus timide. Elle tira un peu sur son chemisier blanc et ramena ses livres devant elle sans rompre le contact visuel.

Sarah : Et elle vous plaît ?

Faith se cala contre le rebord de son bureau une fois qu’elle fut plus proche de son élève. Elle croisa les bras sans quitter son petit sourire amusé et la détailla une fois de plus avec beaucoup moins de discrétion. Elle pencha la tête sur le côté et répondit.

Faith : Tout dépend si elle était faite pour me plaire.

Sarah arqua les sourcils et s’approcha doucement pour répondre spontanément.

Sarah : Elle l’était. Enfin... elle l’est toujours. Faith aurait pu le deviner. Son sourire dévoila ce ravissement que cette réponse positive avait créé.

Elle n’avait pas eu tort de penser que Sarah voulait jouer avec ses atouts. Faith était tout à fait d’accord avec ça, Sarah avait des avantages non négligeables qui étaient réellement attractifs autant qu’attirants. Sa lèvre inférieure se glissa à peine entre ses dents tandis qu’elle la dévisageait dans son approche.

Faith : En quoi je peux t’aider ?

Plus malicieuse, elle rajouta d’un signe de main.

Faith : Pour le cours... Ou la jupe.

Sarah reprenait son naturel au fil des secondes. Ce dernier consistait évidemment à regarder son professeur, chose qu’elle ne cessait de faire de toute façon, mais aussi à se laisser aller à ses habitudes. Elle posa ses livres à la gauche de Faith et s’approcha pour venir doucement se glisser entre ses cuisses, son bassin contre le sien.

Sarah : Sans doute les deux, miss Ryan.

Elle ne quitta pas son sourire et cette infime chaleur mêlée à cette sensation d’apaisement revint l’envahir. De part cette proximité, elle retrouvait également les effluves rassurants autant qu’envoûtants de son professeur. Ses paumes se reposèrent sur le haut de sa poitrine, là où elle avait pu se ravir visuellement de la beauté du décolleté de Faith. Ses pouces y esquissèrent de douces caresses de part et d’autres. Le coin de sa lèvre inférieure se coinça entre ses dents tandis qu’elle songeait à ce qu’elle avait appris comme tous les autres élèves. Elle n’avait pu parler librement depuis qu’elles étaient arrivées sur le campus mais Sarah n’allait pas s’en priver à présent. Les yeux brillants, elle commenta dans l’évidence de ses réflexions.

Sarah : Je ne t’ai pas entendu te lever cette nuit.

Le regard de Faith se faisait plus pétillant maintenant que les contacts s’étaient créés. Il continuait évidemment de dévisager son élève devant elle, tandis qu’elle sentait son corps se réchauffer doucement. Ses mains se posèrent sur les hanches de Sarah, découvrant la finesse de sa silhouette sous ses paumes. Un courant électrique la traversa, une envie, comme elle en avait souvent. Son visage se rapprocha dangereusement du sien et ses lèvres partirent explorer le cou de son élève dans un délice enivrant. Sa voix se fit plus basse, instinctivement sensuelle alors que ses mains ramenaient davantage sa blonde contre elle.

Faith : Je ne me suis pas levée cette nuit.

Sarah fronça les sourcils sur cette information. Bien qu’elle frissonnait, qu’elle avait penché légèrement la tête sur le côté pour laisser plus d’espace à son amante, cette annonce la troublait. Elle insista un peu bêtement.

Sarah : T’es sûre ?

Elle se reprit et se recula à peine pour retrouver le contact visuel afin de rectifier.

Sarah : Je veux dire... C’est pas toi qui as tué Jennifer ?

Cette fois, Faith prit un air plus sérieux, plus préoccupé et fronça les sourcils en fixant Sarah.

Faith : Je pensais que tu l’avais fait.

L’expression de la jeune blonde se fit à la fois interrogative et étonnée.

Sarah : Non, c’est pas moi, je pensais que c’était toi.

Faith marqua une courte pause en scrutant Sarah devant elle, tandis qu’elle réalisait alors qu’une autre personne était en cause. Après un autre instant de silence, elle finit par sourire légèrement avant de repartir à la conquête du décolleté de Sarah de ses lèvres.

Faith : Je préfère ça... Que tu ne l’aies pas fait sans moi.

Sarah sourit et frissonna de ces nouveaux assauts. Elle demeurait tout de même perplexe de songer qu’un meurtrier, autre qu’elle et Faith, agissait sur le campus. Seulement, dans la seconde, elle n’y porta pas plus d’attention pour se régaler des caresses de son professeur. Elle glissa sa main dans ses cheveux soyeux et ferma les yeux en appréciant cette douce chaleur. Elle répondit tout de même.

Sarah : Je ne me serais pas permise de le faire sur le campus !

Ses pensées s’égarèrent alors sur d’autres sujets plus privés qui ne les concernaient qu’elles et elle se recula de nouveau pour fixer Faith.

Sarah : Je dois aller en ville, tu veux que je m’arrête chez le traiteur pour le dîner de ce soir ?

Faith dut se redresser pour fixer Sarah. Ses yeux continuaient de retracer ses traits fins, jeunes, teintées de cette innocence qu’elle était la seule à explorer à sa convenance. Pour cela aussi, elle en tressaillait. Elle se sentait emplie d’une chaleur vibratoire en songeant qu’elle pouvait à tout moment poser ses mains sur sa blonde, la sentir contre elle, la savoir réceptive, la percevoir répondre de la même manière. Ses lèvres ne purent malgré tout se retenir d’aller chercher un doux baiser. Depuis ce matin, elles n’avaient pas goûté cette saveur exquise et parfumée qui provoquait un long frisson dans son dos. Elle se recula, se tourna vers sa sacoche et saisit un papier qu’elle tendit à son élève en souriant.

Faith : Oui... Et tu prends ça.

Sarah le saisit et garda son sourire. Faith avait, une fois de plus, tout prévu dans les détails sur cette liste de courses. Elle songea à autre chose de relativement important et releva ses yeux sur elle...

Sarah : Au fait, je vais avoir besoin de ma carte bancaire.

Sur cette demande, Faith fronça les sourcils et releva à peine le menton pour la jauger.

Faith : Pourquoi faire ?

Sarah ne pouvait pas répondre. Elle savait que Faith gardait sa carte pour lui éviter de dépenser tout l’argent que sa mère lui virait mensuellement sur son compte. Argent destiné à payer ses cours et sa chambre fictive sur le campus. Elle avait une très bonne raison de vouloir sa carte mais le dire à Faith serait gâcher la surprise qu’elle préparait pour elle. Elle se pinça un peu les lèvres et arqua les sourcils dans un air innocent.

Sarah : Parce que… J’en ai besoin pour un truc. Faith avait réussi sur un point : Elle avait eu cette expression qui se voulait assurée, mais qui était totalement déstabilisée dans sa quête de réponse adéquate. Un air que Sarah prenait lorsqu’elle voulait lui cacher quelque chose. Faith se doutait de ce truc, puisque tous les ans, un mois avant leur anniversaire, cette scène se répétait, avec la même expression, les mêmes tentatives désespérées de la part de Sarah. En retour, et pour faire perdurer une tradition instaurée maintenant depuis trois ans, elle prit une mine sérieuse pour montrer qu’elle était contrainte d’obéir à cette demande. Elle lui tendit donc sa carte de crédit et lança.

Faith : Et je la veux ce soir au plus tard... Huit heures.

Sarah se rassura de pouvoir saisir sa carte. Bien que Faith lui donnait son argent de poche sans jamais toucher à son capital, le montant dont elle avait besoin était tout de même relativement important et dépassait les cinquante dollars journaliers. Elle lui sourit tendrement et passa ses bras autour de son cou pour couler sur elle et poser un doux baiser sur ses lèvres.

Sarah : Merci.

C’était aussi le bon côté de cette scène, pensait Faith. Cette dernière reprit son petit sourire ravi et satisfait en percevant le corps presque entier de sa blonde se coller au sien. Evidemment, ses bras ne tardèrent pas à l’envelopper pour faire durer ces quelques secondes avant qu’elles ne doivent s’éloigner à nouveau. Ses doigts s’égarèrent sous le haut de son élève, d’autres sur l’extérieur de sa cuisse, là où la peau était d’une douceur à couper le souffle, à s’électriser entièrement. Ses lèvres se refermèrent avec délectation sur les siennes, plus fines, plus rosées, délicieusement humides, un brin aguicheuses par le désir qu’elles lui procuraient.

Faith : Tu reviens à huit heures.

Sarah poursuivit le baiser avec toute cette douceur innée qui transpirait d’elle. Sa main s’était glissée sur la joue de son professeur et son pouce caressait sa peau autant que ses lèvres se régalaient des siennes fermes et pulpeuses. Elle susurra en l’embrassant.

Sarah : Je serai rentrée… Avant.

Le soupir qui s’évapora des lèvres impatientes de Faith indiquait qu’elle atteignait doucement ce point où elles n’auraient plus d’autres choix que de répondre à cette chaleur. Elle se recula avant de se laisser happer par ce désir permanent que Sarah savait nourrir et attiser dans tout ce qu’elle faisait, dans le moindre de ses gestes. Faith était parfaitement consciente que son côté petite fille intimidée y était pour beaucoup dans cette attirance phénoménale, mais elle n’en était nullement dérangée, au contraire. Pour elle, il était clair que sa blonde était la sienne depuis trois ans, depuis qu’elle lui avait fait découvrir quelques joies de la vie, quelques plaisirs aussi et pas les moindres. Ses yeux profitèrent encore de l’avoir face à elle pour la détailler, la contempler et sa main lui repoussa une mèche de cheveux en arrière avant qu’elle ne se recule.

Faith : Allé, file... sinon, le bureau pourrait servir pour autre chose que mes cours.

Dieu savait que Sarah adorait se servir de ce bureau pour autre chose que la psychologie. Son sourire se fit plus coquin, plus rieur, un brin provoquant, parce que c’était ainsi que Faith l’avait rendue : Provocante et avide de sensations. Elle lui vola un baiser et se recula pour prendre ses livres et s’éloigner. Joueuse, elle s’arrêta à la porte qu’elle déverrouilla et la fixa pour lancer.

Sarah : Tu me feras jouir en rentrant, mon cœur. La porte se referma sur cette réplique, tandis que Faith se mordait encore la lèvre inférieure dans une montée soudaine et impulsive de désir.

Sarah avait tendance à la provoquer lorsqu’elle était sur le point de s’éloigner, simplement pour la rendre plus avide encore, plus impatiente de son retour. Son élève posait sa marque avant de quitter momentanément et s’assurer ainsi que Faith l’attendrait sagement. Faith en souriait en y songeant. Elle finit par jeter un regard sur sa montre, rangea ses affaires et quitta la salle, la tête emplie de songes divers et variés.

*********

Sarah avait repris son air intellectuel, fier, assuré qui ne laissait rien transparaître de ses habitudes sur le campus. Elle sentait les regards de ces quelques garçons qui convoitaient ce qu’elle avait donné à son professeur trois ans plus tôt... Elle en était davantage euphorique. Elle savait qu’elle était l’une des filles les plus jolies du campus. Faith savait flatter son ego, surtout quand celle-ci glissait son visage entre ses cuisses. Pour l’heure, elle ne devait pas songer à cela mais à ses projets de fin d’après-midi. Elle arriva à son casier où Danielle l’attendait depuis de longues minutes avec Josh et Seth. Cette dernière ne se priva pas de lui faire quelques remontrances.

Danielle : Je peux savoir de quoi vous discutiez avec Faith ?

Sarah rangea ses livres, en prit d’autres, et saisit son sac à main avant de refermer. Elle y glissa sa carte bancaire et répondit naturellement.

Sarah : Je voulais savoir si elle prévoyait de donner des cours supplémentaires avant les examens de fin d’année.

Josh sourit légèrement, plus malicieux, appuyé contre le casier près de celui de Sarah.

Josh : A d’autres… Avoue que t’as encore tenté désespérément ta chance avec notre belle brune ténébreuse.

Seth, plus calme, de nature plus réservée, reprit, les mains dans les poches.

Seth : Qui tente rien n’a rien, mais ça doit te faire une bonne cinquantaine de tentatives maintenant.

Sarah garda son petit sourire, nullement dérangée par ce genre de remarques de la part de ses amis. Aucun d’eux n’avaient la moindre idée de ce qui se passait maintenant depuis leur deuxième année à Harvard. Elle se plaisait à garder cette relation avec Faith secrète et trouvait cela davantage excitant. Elle passa entre eux pour qu’ils prennent le chemin de la sortie et répondit.

Sarah : Je suis quelqu’un qui persévère. C’est pour ça que j’irai loin !

Danielle sourit, mais leva les sourcils, taquine.

Danielle : C’est plus de la persévérance à ce stade, c’est de l’acharnement.

Sarah : Alors je suis une acharnée sexy qui restera vierge jusqu’à ce que notre belle ténébreuse cède à mes avances déplacées !

Josh sourit aussi.

Josh : Pitié, Sarah, ne parle pas comme ça quand je suis dans les parages, je suis un homme, tu te rappelles ?

Sarah s’en amusa et Seth taquina.

Seth : Un homme seul, tu peux le dire.

Danielle : Et d’ailleurs, Josh… Elle le fixa.

Danielle : Tu te l’étais faite notre victime égorgée si je me souviens bien.

Josh tint la porte d’entrée à ses amis qui descendirent les marches du bâtiment avant de les suivre vers le grand parking. Seth intervint tout de même en suivant ses amis, plus perplexe.

Seth : Attends, on n’a aucune preuve qu’elle ait été égorgée et ma théorie sur le couteau de cuisine qui aurait pu la poignarder n’est pas totalement con.

Josh répondit dans un signe de main.

Josh : Egorgée, poignardée, c’est du pareil au même.

Il laissa sa réplique en suspend et rajouta d’un air espiègle.

Josh : Il y a pénétration.

Les trois autres rirent doucement à cette plaisanterie morbide et Danielle rajouta.

Danielle : C’est pas vraiment pareil. Quand tu égorges, il y a nettement plus de sang.

Seth : Je propose une enquête approfondie. Qui est pour ?

Sarah avait été surprise de l’intervention de sa meilleure amie et avait plissé les yeux en la regardant du coin de l’œil, sans rien dire. Reparler de ce sujet aiguisait sa curiosité maintenant qu’elle savait que son amour n’y était pour rien. Elle marcha jusqu’à la porte de sa voiture, offerte évidemment par Faith, et regarda Josh près de la sienne où Seth attendait pour monter.

Sarah : Je suis d’accord.

Danielle : Moi aussi, ça va de soi.

Josh : Ok, alors, on en parle autour d’une bière. On se rejoint au pub, les filles.

Les deux blondes montèrent dans la Mini Cooper rouge et noire et Sarah baissa le pare soleil pour se recoiffer, autant que le faisait Danielle. Sarah posa son sac sur ses cuisses et fouilla à l’intérieur pour sortir son gloss et s’en remettre sur ses lèvres déjà rosées.

Sarah : Au fait, je ne pense pas pouvoir venir avec vous ce week-end. Ma mère m’a demandé de venir avec elle au Country Club et je ne peux pas y échapper cette année.

Sur cette annonce, Danielle afficha une mine déçue et mécontente.

Danielle : Mais tu vas te faire chier comme une souris morte !

Sarah rit doucement sur cette comparaison habituelle de son amie, et rangea son sac derrière le siège avant de démarrer et de voir Josh lui faire des signes de mains et passa devant. Evidemment, elle avait menti, comme elle mentait depuis trois ans ! Ce week-end, elle souhaitait le passer entièrement avec son amour pour qu’elle et Faith puissent se retrouver un peu. Les examens de l’avant dernier semestre étaient passés et Faith avait moins de travail autant que Sarah pouvait se permettre de se reposer.

Sarah : Ca m’enchante pas figure-toi.

Danielle : Ta mère a vraiment le don de nous gâcher la vie. Désolée, mais c’est ce genre de vieille peau qui pense plus à sa fortune qu’au bien être de sa fille et des amis de sa fille ! Tu le sais ! T’attends quoi pour quitter sa baraque à dix millions de dollars pour venir avec moi sur le campus ! ?

Sarah sourit en songeant surtout à la baraque à dix millions de son professeur. Elle y vivait depuis que Faith l’avait ramenée un soir chez elle et ne l’avait plus quittée. Sa mère la croyait vivre sur le campus et ne se posait pas la moindre question, quant à ses amis, ils songeaient qu’elle vivait chez sa mère, et tous la détestaient suffisamment pour ne jamais venir la voir. Elle avait évidemment donné ses recommandations pour que tout soit parfait, comme à son habitude. Elle prit la route du centre-ville.

Sarah : J’improviserai à la fin de l’année quand j’aurai mon diplôme en main. J’aurai plus besoin de son compte en banque pour payer mes études. Puis… Elles sont trop petites vos chambres.

Danielle n’en restait pas moins agacée, pas moins déçue que Sarah ne passe pas le week-end avec elle. Elle se mordit l’intérieur des joues en réfléchissant, le regard tourné sur l’extérieur. Dans un bond, elle tendit le bras et lança.

Danielle : Oh ! Arrête-toi là, j’ai vu une superbe jupe l’autre jour.

Mais Sarah continua de rouler cette fois. Les garçons les suivaient et n’appréciaient pas vraiment ce genre de détour autant qu’elle devait aussi faire ses achats en solo pour son amour.

Sarah : On ira la voir demain, Dan’, Josh va encore faire sa crise.

Danielle croisa les bras et lança un coup d’œil sur son amie assise près d’elle. Il était vrai que faire les boutiques avec les garçons n’était pas la meilleure des idées. Elle attendit qu’elle se gare près du pub et en descendit pour ramener la lanière de son sac à son épaule et marcher vers les portes avec Sarah. Les quatre amis s’installèrent à leur table habituelle. Josh commanda leurs boissons à la serveuse qui s’approcha avant de croiser ses avant-bras sur le bois.

Josh : On a un plan avec Seth.

Danielle : Voyez-vous ça…

Seth leva les sourcils en fixant Danielle.

Seth : Ouais... On va s’introduire dans la chambre où a eu lieu le meurtre. Ensuite, on verra si on peut trouver plus d’indices, parce que les bruits de couloir sont pas vraiment des infos fiables.

Quand la serveuse posa les verres et les tasses, Sarah tira son chocolat chaud devant elle et les fixa.

Sarah : Alors il faut commencer par faire une liste de suspects.

Danielle sourit en montrant Josh du doigt.

Danielle : Premier suspect, il s’est tapé la victime !

Tous se mirent à rire, autant que Josh qui secoua la tête.

Josh : Dites pas n’importe quoi, j’ai aucun mobile.

Il fixa Danielle

Josh : Et pourquoi pas toi justement… Jennifer est sortie avec ton Steven l’année dernière.

Seth hocha un peu la tête, plus pensif, moins démonstratif. Il but une gorgée de sa bière.

Seth : Pas mal... Jalousie entre filles, rivalités, c’est un excellent mobile. En tout cas, meilleur que celui de Josh qui, lui, avait déjà eu la fille et qui l’a plaquée.

Il marqua une pause et fixa Sarah.

Seth : Et ça pourrait être aussi toi Sarah. Toi qui convoites toujours la première place aux yeux de notre cher professeur. Jennifer avait de bons résultats. L’évincer t’aurait été profitable…

Sarah sourit légèrement. Seth avait raison. D’ailleurs, la mort de Jennifer était une très bonne chose à son goût !

Sarah : Oui, mais moi je suis raffinée. Je ne l’aurais pas égorgée. Trop salissant.

Tous rirent sur cette dernière réplique plus superficielle et Josh intervint.

Josh : Et pourquoi ce serait pas toi, Seth ? Le passionné des meurtres en tout genre, hein ? Quelle meilleure fin que de mettre en pratique ce que tu lis dans tous tes magazines ou tes romans policiers. Puis Jennifer aurait été la victime parfaite puisque tu n’avais aucun lien avec elle, aucun mobile.

Seth plissa les yeux en fixant son meilleur ami et soupira silencieusement, pensif. Il haussa un peu les épaules et répondit.

Seth : C’est vrai. J’aurais pu.

Tous se regardèrent et Sarah ramena sa tasse à ses lèvres pour commenter.

Sarah : Donc, ça peut être chacun d’entre nous…

Elle la reposa.

Sarah : Reste à savoir qui aurait pu avoir le plus de cran pour le faire.

Un silence tomba sur la table pendant que tous les regards se croisaient pour se jauger, se défier gentiment. Seth brisa le silence en répondant dans un signe de main pour signifier une évidence.

Seth : La pro des pros, l’expert de tous les experts, la dénommée miss Ryan serait la meilleure suspecte !

Sarah frissonna sur ces mots. Elle était fière d’avoir des amis si fins limiers et l’était d’autant plus de savoir que son amour aurait effectivement put tuer cette blonde décolorée.

Sarah : Exact.

Josh leva son index en affichant une mine plus hésitante.

Josh : Je n’en suis pas si sûr que ça. Je vois pas très bien notre ténébreuse s’amuser à trucider une pétasse blonde.

Danielle : Justement… Personne ne la soupçonnerait. Les plus grands meurtriers sont insoupçonnables.

Sarah détailla encore sa meilleure amie en songeant à ces autres vérités et s’humidifia un peu les lèvres avant de répondre.

Sarah : Encore faut-il qu’il s’agisse de meurtre en série et non pas d’un meurtre isolé répondant à l’impulsivité de l’agresseur.

Seth leva les sourcils.

Seth : On sait pas encore si c’est un meurtre impulsif ou suivi d’une série.

Josh sourit en réfléchissant à cette conversation plus qu’intéressante et posa son verre après avoir bu un peu.

Josh : Et on le verra quand on s’infiltrera dans la chambre. Si les flics n’ont pas tout nettoyé évidemment.

Seth : Ok… Alors ce soir, on va rendre visite au fantôme de Jennifer Winston. Tout le monde est partant ?

Danielle : Moi je le suis.

Les trois regards s’arrêtèrent sur Sarah mais cette dernière se reprit un peu.

Sarah : Oh... Non. Pas ce soir, je dois travailler. Et évidemment, Danielle râla.

Danielle : Mais c’est pas vrai, Sarah ! Qu’est-ce que tu peux être chiante ! A chaque fois qu’on propose un truc intéressant, tu te défiles ! Je te signale que c’est comme si on travaillait sur le cours de Faith, là ! Alors, tu dois venir !

Mais Sarah avait ses plans et ne pouvait pas déroger à ces derniers surtout qu’ils consistaient à une soirée avec son professeur préféré.

Sarah : Désolée, mais pas ce soir. Demain si vous voulez, je serai libre.

Seth tenta alors.

Seth : Dans ce cas, demain soir. Ça tombera bien, y’aura une soirée sur le campus chez les Alpha Beta. Les dortoirs seront déserts.

Danielle plissa les yeux et rajouta.

Danielle : Et qui sait ? Peut-être que notre meurtrier frappera encore de sa lame aiguisée.

Tous rirent encore sur cette supposition, avant que Danielle ne reprenne plus fermement en fixant Sarah et en la pointant du doigt.

Danielle : En tout cas, demain soir, pas d’excuse, tu viens !

Sarah sentit son portable vibrer dans sa poche tout en souriant de l’insistance de Danielle qui, de toute évidence, était réellement en manque de sensation forte. Elle sortit son téléphone et le garda sous la table pour lire discrètement le message de son amour.

— Trop long sans toi, ma puce.

Elle soupira doucement sur ces mots qui la rendaient toujours aussi émue et qui seraient évidemment archivés dans sa boîte de messages. Elle répondit et pianota sur les touches de l’appareil avant de se lever.

Sarah : Je dois y aller, c’est ma mère.

Parce qu’elle avait des achats à faire et que ses amis avaient dû capter son soupir qui manquait d’être discret.

Ils affichaient chacun à leur manière, un air déçu de se voir interrompus aussi rapidement en pleine conversation, au milieu de l’une de leur réunion dans ce pub.

Josh : Lui envoie pas le bonjour de notre part. Sarah répondit doucement en prenant son sac. Sarah : Ça risque pas.

Elle posa un billet de cinq dollars et rangea la chaise.

Sarah : On se voit demain en cours de toute façon et on passera la soirée ensemble. Je dois filer…

Danielle : Je t’appelle tout à l’heure.

Sarah : Ça marche.

Elle s’éloigna après avoir gentiment posé sa main sur l’épaule de Josh qui la suivait des yeux autant que Seth. Elle quitta le pub, traversa la rue pour rejoindre sa voiture, et y pénétra pour démarrer et se diriger vers les magasins qu’elle avait repérés quelques semaines plus tôt.

*********

Dans son bureau aménagé dans une pièce de sa villa, Faith avait étalé toutes les photos sur le mur au-dessus de son ordinateur. Elle gardait ses lunettes sur son nez en les scrutant une à une. Par l’intermédiaire d’un ami, elle avait pu récupérer la copie du dossier concernant le meurtre perpétré sur Jennifer Winston. Tous les documents, les procès-verbaux, les rapports du légiste, des enquêteurs recouvraient son bureau. Ainsi, elle pouvait visualiser tous les indices, toutes les pièces qui faisaient référence à ce crime. En tant que professeur à Harvard et professeur de la victime, elle connaissait aussi le dossier de cette dernière, savait qui elle fréquentait, quelques endroits où elle sortait et ses antécédents familiaux et psychologiques. Quand elle entendit le bip de son portable indiqué un message, elle le saisit sans quitter des yeux des images prises sur le lieu du crime. Ils se baissèrent sur l’écran, une fois la boîte ouverte.

— Trop long aussi bébé. Je rentre bientôt et on passe la soirée ensemble… Je t’aime.

Sur ces mots, surtout les derniers, le sourire satisfait et malicieux de Faith réapparut sur ses lèvres. Un frisson naquit dans son dos pour lui indiquer l’effet que sa blonde avait sur elle, sur son corps. Elle jeta un regard sur sa montre et posa l’appareil pour se replonger dans son dossier. Elle but une gorgée d’eau dans une petite bouteille et passa sa main dans ses cheveux en réfléchissant. Cela faisait une heure qu’elle planchait sur les indices. Le seul fait de savoir que ni elle, ni Sarah n’en avaient été la cause, l’avait intriguée. Qui avait pu avoir l’audace de tuer sur le campus ? Un campus, malgré la grandeur de celui de Harvard, était un lieu clos, fermé où tous les habitants se connaissaient, se côtoyaient ou se croisaient au moins une fois par semaine. Les rumeurs allaient rapidement de salles en salles, de fraternité en fraternité. Ce dossier ne comportait absolument aucun indice, aucune empreinte, aucune trace de chaussure, d’effraction, de sperme ou de peaux sous les ongles. Cette jeune fille avait bien quelques rivales, mais pas d’ennemis au sens propre du terme qui en auraient voulu à sa vie. La première chose qu’elle pouvait déduire était que la victime connaissait ses agresseurs. Seulement, comme elle le pensait, tout le monde se connaissait ou presque sur le campus. Ce qui équivalait à dire que des milliers d’étudiants étaient suspects. Quand ses yeux s’arrêtèrent sur une photo qui représentait le haut du corps dont la gorge était ouverte, elle fronça les sourcils et s’en rapprocha.

Elle la saisit, la scruta, se pencha sur un autre papier pour relire le rapport du légiste. Les enquêteurs pouvaient au moins se diriger vers un agresseur de sexe féminin aux vues du manque de profondeur dans l’entaille. Cependant, en regardant l’image de plus près, en prenant du recul sans s’attarder sur le corps, mais sur les contours, elle aperçut une petite peluche sur la moquette. Un ourson aux yeux exorbités, sortis de leur emplacement volontairement. Les siens se plissèrent en songeant à un dossier réel qu’elle avait traité dans son cours de cinquième année, la semaine passée. Ce cas concernait un meurtrier en série, responsable de trente-sept meurtres, tout sexe confondus, enfants, adultes. Sa marque, sa signature psychotique avait consisté à ôter les globes oculaires de ses victimes. Pas un seul meurtre ne s’était perpétré sans cette blessure post mortem. Ils en avaient conclu à un complexe chez l’assassin qui ne voulait pas être vu ou qui ne voulait pas être observé pour éviter de se sentir coupable. Ainsi, il pouvait plus facilement oublier son crime pour en perpétrer un autre et ainsi de suite. Cependant, à l’heure actuelle, ce psychopathe était mort après avoir été exécuté sur la chaise électrique douze ans plus tôt. L’esprit de Faith se dirigeait davantage sur un de ses élèves, comme les agents fédéraux l’avaient fait sans être sur une réelle piste. Sur cette victime, ses yeux étaient encore bien en place et la peluche avait été mutilée. Il était clair que l’assassin connaissait donc, l’affaire du psychopathe en question, mais qu’il n’avait pas été assez audacieux pour pratiquer une ablation des globes oculaires. Faith savait qu’entre tuer et avoir le geste de désoculariser sa victime, il y avait un fossé. De plus, une peluche symbolisait l’enfance, le jeu. Il ne risquait rien en touchant à la peluche... Cette signature amusante avait même dû être préméditée au dernier moment. Par conséquent, il était évident pour Faith qu’elle devait chercher dans ses meilleurs élèves, les plus assidus, les plus passionnés et fascinés au point de vivre ce qu’ils apprenaient. Néanmoins, si cette peluche avait été mutilée au dernier moment et aux vues du désordre qui régnait tout de même dans la pièce, l’agresseur était débutant, beaucoup moins réfléchi, plus pressé d’accomplir sa tâche. Sarah n’aurait pas pu agir ainsi après tout ce qu’elle avait appris. Elle soupira un instant, détourna ses yeux dans le vide en remontant ses lunettes dans ses cheveux et prit quelques secondes pour penser, remettre toutes ses déductions dans l’ordre. Seulement, la porte du bureau s’ouvrit justement sur Sarah qui ne perdit pas de temps à poser ses sacs d’achat et à venir faire le tour du bureau.

Cette dernière lui ôta la photo des mains, poussa à peine le siège en cuir, et se glissa sur elle en souriant d’un air ravi et enjôleur. Ses bras se posèrent sur les épaules de Faith, sa petite jupe relevée sur ses cuisses et elle pencha à peine la tête sur le côté, ses cheveux blonds tombant plus d’un côté que d’un autre.

Sarah : Tu vas faire une pause et t’occuper de moi.

Visiblement, Faith n’avait pas le choix de toute façon. Sarah s’était positionnée de telle manière que ses mains, ses yeux et son corps ne pouvaient que s’occuper d’elle. Un petit sourire charmé se dessina sur ses lèvres en frissonnant, et ses doigts se faufilèrent lentement sous le haut de sa blonde. Ils trouvèrent le velouté électrisant de sa peau qui la réchauffait. Elle plaqua ses mains dans son dos et la ramena davantage contre elle pour l’installer confortablement. Elle jeta un regard derrière Sarah, puis sur sa montre et la fixa de nouveau.

Faith : Je dois m’inquiéter pour ton compte en banque ou pas ?

Sarah lui sourit encore dans de doux frissons que provoquaient les mains de son professeur sur sa peau. Elle ramena les siennes sur ses joues et les glissèrent lentement à l’orée de son cou.

Sarah : J’ai été très sage.

Elle se releva de façon plus enthousiaste et marcha vers les sacs en question qu’elle posa sur l’unique canapé en cuir du bureau. Elle en sortit un petit ensemble de dessous très aguicheurs de couleur rouge et les lui montra.

Sarah : Mais ça ne veut pas dire que je le serai après, tu vois ?

Faith l’avait suivie des yeux, mais s’était levée pour emboîter le pas de Sarah et se poster devant le canapé. Bras croisés, son regard avait scruté les poches, mais quand il s’était posé sur ces sous-vêtements de dentelles fines, elle n’avait pu réfréner une montée de chaleur. Son esprit avait été très rapide et s’était empressé d’imaginer tout ce qu’elle pourrait faire à Sarah dans ce petit ensemble coquin. Ses yeux brillants s’attardaient sur les coutures bien dessinées, sur les motifs que la dentelle mettait en valeur. Un soupir s’évada de ses lèvres pour faire évacuer la chaleur, se rafraîchir. Elle devinait aussi le prix d’un tel ensemble, mais elle n’allait rien dire puisqu’elle pourrait aussi en profiter.

Faith : Je ne vois que ça.

Sarah ne quitta pas son sourire, ravie, et lui montra l’autre sac.

Sarah : Là, j’ai le repas de ce soir.

Evidemment, Sarah avait pris soin de garder l’autre paquet d’achat dans un placard de la cuisine et encore un autre dans son armoire. Elle prit celui du traiteur.

Sarah : Donc, je vais aller mettre la table, préparer les assiettes, et toi…

Elle regarda vers son bureau mais s’arrêta dans son élan enthousiaste pour s’approcher du meuble et voir les dossiers et photos qui y étaient posés. Elle leva les sourcils.

Sarah : Oh... T’as récupéré le dossier de Jennifer.

Elle fixa son amour.

Sarah : Tu sais qui c’est ?

Faith ôta ses petites lunettes de ses cheveux pour les plier en s’approchant du bureau. Son sourire fier et amusé à la fois apparut aux coins de ses lèvres en fixant Sarah. Elle posa ses lunettes sur le meuble.

Continuer : partie 2 sur 4