Richard Coeur-de-Lion (Original)

André-Ernest-Modeste Grétry · Chapitre 17 sur 22

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Richard Coeur-de-Lion (Original)

3. Szene

LA COMTESSE. Un long chagrin qui me dévore me rend incapable de m'occuper du bonheur de mes sujets; je vais, chevalier, faire ajouter quelques mots à cet écrit, vous le remettrez aux états assemblés; ce sont mes volontés.

 

Scène III.

Les Précédens, Béatrix, Dame suivante.

BÉATRIX. Madame.

LA COMTESSE. Que voulez-vous?

BÉATRIX. Ce bon homme à qui vous avez permis de passer la nuit dans ce logis, et qui n'est plus aveugle .....

LA COMTESSE. Hé bien?

BÉATRIX. Il demande l'honneur de vous être présenté. LA COMTESSE. Que me veut-il? Ah! ciel.

BÉATRIX. Je lui ai dit que madame était bien triste; il m'a répondu: si je lui parle je la rendrai bien gaie. Blondel chante: Un regard de ma belle. Entendez-vous sa voix, madame, il l'a très-belle. LA COMTESSE. Qu'il paraisse, peut-être a-t-il appris cette complainte de la bouche même de Richard.

 

Scène IV.

Les Précédens, Blondel.

LA COMTESSE. Hé bien! bon homme, on dit que vous demandez à m'être présenté.

BLONDEL. Oui, madame; mais qu'il est difficile d'approcher des grands, même pour leur rendre service.

LA COMTESSE. Qui était celui qui vous a appris ce que vous chantiez si bien tout-à-l'heure, et en quel lieu de la terre avez-vous appris cette complainte?

BLONDEL. Je ne peux le dire qu'à vous. Béatrix se retire. LA COMTESSE. Hier, vous étiez aveugle?

BLONDEL. Oui, madame, mais le ciel m'a rendu la vue; et quelles grâces n'ai-je point à lui rendre, puisqu'il me fait jouir de la présence de madame Marguerite, comtesse de Flandre et d'Artois.

LA COMTESSE. O ciel! vous me connaissez. BLONDEL. Oui, madame, et reconnaissez Blondel. LA COMTESSE. Quoi! c'est vous Blondel! vous étiez avec le roi, où l'avez-vous laissé?

BLONDEL. Le roi, le roi, que je cherchais depuis un an, le roi, madame, est à cent pas d'ici.

LA COMTESSE. Le roi!

BLONDEL. Il est prisonnier dans ce château que vous voyez de vos fenêtres; car, sans le voir, je lui ai parlé ce matin. LA COMTESSE. Ah! dieux, ah! Blondel! Chevaliers! BLONDEL. Madame, qu'allez-vous dire?

LA COMTESSE. Qu'ai-jé à craindre? ce sont tous mes chevaliers, tous attachés à moi, à ma personne, et sir Williams est anglais.

Les chevaliers, Williams et Béatrix s'approchent

BLONDEL.

Oui, chevaliers, oui, ce rempart

Tient prisonnier le roi Richard.

LES CHEVALIERS.

Que dites-vous? le roi Richard,

Richard! qui? le roi d'Angleterre.

BLONDEL.

Oui, chevaliers, oui, ce rempart

Tient prisonnier le roi Richard:

C'est là qu'est le roi d'Angleterre.

LES CHEVALIERS.

Qui vous l'a dit, par quel hasard

Avez-vous connu cette affaire?

Comment savez-vous ce mystère?

LA COMTESSE.

Qui vous l'a dit; par quel hasard,

Ah! grand dieu, mon cœur se serre?

BLONDEL.

Par moi, qui, sous cet habit vil,

M'en suis approché sans péril:

Sa voix a pénétré mon âme,

Je la connais, oui, oui, madame,

Oui, chevaliers, oui, ce rempart

Tient prisonnier le roi Richard;

LA COMTESSE.

Ah! s'il est vrai, quel jour prospère!

Ah! grand Dieu! ... ah! mon cœur se serre

De joie et de saisissement.

LES CHEVALIERS, WILLIAMS, BÉATRIX, LA COMTESSE.

Ah! grand Dieu, quel étonnement!

Quel bonheur! quel événement!

Travaillons à sa délivrance;

Marchons, marchons.

BLONDEL.

Point d'imprudence;

Travaillons à sa délivrance.

Non, il faut agir prudemment.

LES CHEVALIERS.

Travaillons à sa délivrance.

LA COMTESSE.

Que faire pour sa délivrance?

Ah! Blondel, quel heureux moment!

Que faire pour sa délivrance!

Chevaliers, écoutez Blondel.

LES CHEVALIERS.

Blondel! Blondel, oui, c'est Blondel.

LA COMTESSE.

Chevaliers, connaissez Blondel;

Ah! quel bonheur, quel coup du ciel!

BLONDEL.

Travaillons à sa délivrance,

Et ne parlons point de Blondel.