Sultane française au Maroc

Noël Amaudru · Chapitre 1 sur 12

Pages du PDF

Sultane française au Maroc

Paris

LIBRAIRIE PLON PLON-NOURRIT ET Cie, IMPRIMEURS-ÉDITEURS 8, RUE GARANCIÈRE—6e

 

1906

Tous droits réservés

 

Tous droits de reproduction et de traduction réservés pour tous pays.

 

Published 21 November 1906.

Privilege of copyright in the United States reserved under the Act approved March 3d 1905 by Plon-Nourrit et Cie.

 

A. S. PICHON

 

Sénateur du Jura, ancien Ministre plénipotentiaire à Pékin, ancien Résident général de France à Tunis, Ministre des Affaires étrangères.

CAMARADE,

Je comptais te dédier cet épisode de l’histoire intime du Maroc bien avant ton élection triomphale dans le Jura. Tu n’étais alors qu’un diplomate en vacances, épris de solitude, amoureux de nos belles montagnes qui mériteraient de retenir, au seuil de la Suisse classique, le voyageur distrait. Tu paraissais faire fi des plaisirs que la crainte peut corrompre, devenu provisoirement un parfait rat des champs.

Tout au plus, et comme en te jouant, avais-tu accepté d’être le premier au village et, tôt après, le premier au canton. Ces lauriers, si humbles, tu les avais cueillis d’un air si détaché, qu’il semblait que ce fût, de ta part, un acte de haut dilettantisme.

Aujourd’hui, j’ai l’air, comme l’éléphant pieux, de saluer le soleil levant. Qu’importe! Je maintiens ton nom en tête de cet ouvrage, qui ne sera cité dans aucun Livre Bleu, Blanc, Jaune ou Rouge, et dont l’intérêt se trouve être exclusivement d’ordre anecdotique. Tu n’en seras, je l’espère, ni abaissé ni glorifié outre mesure, et je n’attends même pas de toi le remerciement banal que ne refusent jamais les professionnels du succès.

Mais il est juste qu’ayant à parler du mystère marocain, je ne change rien à mon dessein antérieur de placer sous tes auspices ce roman véritablement vécu, écrit en marge de la grave politique, qui sera l’histoire de demain.

Nous avons eu, en effet, une longue conversation au sujet du Maroc—bien avant Algésiras, hélas!—et je ne puis mieux faire que de la reproduire, en lui gardant sa forme cursive et son allure primesautière.

Voici l’article publié par moi dans le Rappel du 15 septembre 1904 et cité, à cette date, par la plupart des journaux de Paris et de l’étranger:

 

M. PICHON ET LE MAROC

Chez M. le résident général de Tunisie.—Au château de Vers-en-Montagne.—Opinion de M. Pichon sur l’avenir de l’influence française au Maroc.—Le roghi.—Pas d’expédition militaire.—Pas de fricotages financiers.

Le Rappel l’a annoncé, M. Pichon, arrivé presque au sommet de la hiérarchie diplomatique, a soudain manifesté le désir d’être le premier au village et, par-dessus son uniforme chamarré, il a ceint l’écharpe de maire. Il n’avait point fait ce pas pour reculer et l’on apprit que, sans coup férir, M. le résident général de Tunisie avait été élu par acclamations conseiller général du Jura, succédant en deuxième ligne à un éminent industriel qui était, dit la légende,—oh, les coïncidences!—un petit-fils de Napoléon. Où donc allait son ambition inquiète? Où le mènerait, par ces voies obscures, cette entrée triomphante, sensationnelle, dans une assemblée départementale, maîtresse des destinées électorales, présidée par M. Trouillot?

Et dans le ciel rougeâtre et dans les flots vermeils, Comme deux rois amis, ou voyait deux soleils Venir au-devant l’un de l’autre…

M. Pichon a paru au conseil général de Lons-le-Saunier-les-Bains, subi les compliments acidulés du mamamouchi du Commerce et n’a pas même souri. Son âme a toujours son secret, son cœur, son mystère. Qu’a donc l’ombre d’Allah? Il ne dit rien, donc il pense, et s’il pense, c’est à quelque chose qu’il n’ose pas dire.