Te Trouver (French Edition)

Alyson Belle · Chapitre 1 sur 8

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Te Trouver (French Edition)

Chapitre 1

 

Une brise fraîche de nuit d'automne soufflait sur le pont désert,

apportant avec elle un soupçon glacial de l'hiver à venir. Un frisson

parcourut l'échine de Jamie lorsque la brise se glissa dans la fente entre sa

veste en cuir brun et le t-shirt en coton léger qu'il portait en dessous.

Pourtant, il resta là, à attendre et à regarder l'eau de la rivière qui ondoyait

en contrebas, les courants noirs changeants illuminés par la lumière

argentée du reflet de la lune.

Pourquoi est-ce que je viens encore ici ? se demanda-t-il. Qu'est-

ce que j'attends ?

Ce n'était pas une question à laquelle il avait pu répondre, depuis

toutes les années qu'il venait ici, sur le parapet du vieux pont de pierre, avec

ses rambardes basses et abîmées, mais c'était une question qu'il s'était déjà

posée de nombreuses fois.

Il courba les épaules, enfonça ses mains dans ses poches et

s'appuya contre la rambarde qui lui arrivait à la taille et qui le séparait d'une

chute presque assurément mortelle.

Le véritable nom du pont avait été oublié par tout le monde, à

l'exception de quelques urbanistes guindés de la petite communauté du

Nord-ouest où vivait Jamie, mais il n'y avait qu'un seul pont aussi haut dans

la ville, et il n'y avait pas besoin d'un autre nom que le pont pour que les

habitants comprennent de ce dont on parlait. Il n'était accessible que par un

passage piétonnier, faisant partie des nombreuses balades nature de la ville,

et connu à la fois comme un endroit où les jeunes amoureux pouvaient

s'éclipser et passer un moment magique estival sur l'un des nombreux

bancs, et très occasionnellement, comme la triste destination d'une personne qui avait renoncé au bonheur, renoncé à la vie, et s'était consignée dans

l'étreinte froide des eaux sombres de la rivière lors d'un ultime et funeste

saut.

Au fil des ans, il était arrivé que Jamie lui-même se tienne en

équilibre sur le parapet, envisageant un tel saut, tremblant et pleurant, mais

toujours, toujours, dans ces moments d'angoisse et de désespoir, il finissait

par s'éloigner du bord. Parfois, il pensait que c'était la bravoure qui le

ramenait sur la terre ferme, et à d'autres moments, il ressentait de la lâcheté.

Ce soir, cependant, n'était pas une de ces nuits. Ce soir, il faisait

simplement frais, le clair de lune faisait joli sur l'eau, et Jamie se tenait

debout, tranquille et vigilant, attendant comme il l'avait fait des centaines

d'autres nuits au cours de la dernière décennie pendant laquelle il avait été

inexplicablement attiré par cet endroit, depuis qu'il avait commencé à venir

ici.

Il savait qu'il ne resterait pas longtemps. Il devait aller travailler le

lendemain matin, faire une présentation pour la société de graphisme qui

l'employait, et comme d'habitude, il avait trop traîné et tergiversé, mais

c'était souvent au cours des dernières minutes que Jamie trouvait ses

meilleures idées : l'arrangement parfait de la couleur et du style qui ravissait

toujours ses clients louant son génie créatif et son œil attentif tandis qu'il

baissait honteusement son regard vers le sol, se sentant mal à l'aise face à

ces louanges, car il n'avait jamais l'impression que c'était vraiment lui qui

avait trouvé les idées – son inspiration semblait venir d'un endroit plus

profond en lui-même, quelque chose d'essentiel qu'il ne pouvait toucher que

lors de moments de hasard éphémères. Au fil des ans, il avait appris à

suivre son instinct qui venait de cet endroit en lui, à aller là où son cœur le

menait, même si cela le conduisait aux choses les plus étranges ; le bomber délavé qu'il portait toujours et dont ses amis se moquaient, ou ce pont, par

exemple.

Jamie prit soudain conscience de la présence d'un autre homme

sur le pont à ses côtés, perturbant ses pensées, et ses muscles se tendirent

sous sa veste pendant un bref instant. Il n'était pas rare de trouver d'autres

personnes ici, bien qu'habituellement, il les évita, leur laissant à leur

intimité, mais à cette époque de l'année, par ce froid et cette heure tardive,

c'était un peu étrange de trouver quelqu'un osant braver le haut pont de cette

manière. La présence de l'homme était une intrusion importune pendant le

moment de réflexion privé de Jamie, et bien que la criminalité soit peu

courante dans leur communauté, il devint soudain très conscient du fait

qu'ils étaient tous les deux seuls, là, sur le pont, au clair de lune. Malgré

tous ses efforts pour rester en forme, Jamie était un peu plus petit que la

moyenne et n'avait jamais développé les muscles impressionnants que les

hommes plus agressifs et athlétiques qu'il avait connus affichaient. Il se

sentait donc très vulnérable dans des situations comme celle-ci et son pouls

s'accéléra.

L'étranger s'approcha de la balustrade à environ cinq mètres de lui

et s'y appuya, tout comme Jamie, en regardant l'eau. Comme il ne semblait

pas particulièrement s'intéresser à lui, Jamie se détendit lentement et permit

à son cœur battant de se calmer, et très vite sa méfiance initiale fit place à la

curiosité. L'homme était plus âgé que Jamie, peut-être une trentaine

d'années, et était moyennement grand. Ses cheveux châtain foncé bouclaient

légèrement autour de ses oreilles, et il avait ce type de visage fort et bien

défini, ainsi qu'un style vestimentaire soigné – avec un pull gris clair et un

jean foncé propre – que Jamie avait toujours trouvé séduisant chez les

hommes, même s'il n'avait pas souvent eu le courage de concrétiser cette

attirance. La vie amoureuse était pour lui un sujet déroutant et difficile, gênant à aborder, et qu'il valait mieux oublier dès qu'il effleurait ses

pensées. Il avait déjà embrassé des hommes, tout comme il avait embrassé

des femmes, et bien que cela ait été agréable dans les deux cas, quelque

chose dans ces échanges lui avait toujours semblé inadéquat bien qu'il n'ait

pas pu tout à fait mettre le doigt dessus.

Mais bien plus encore que son physique, c'est l'expression de

l'homme qui intriguait Jamie : un pincement de la bouche, un froncement de

sourcils, un regard lointain qui ne semblait pas particulièrement fixé sur

quelque chose de précis. Pour Jamie, tout cela suggérait une profonde

aspiration, ou peut-être une profonde tristesse, et il se retrouva soudain à

vouloir parler à l'homme… Pour le rassurer en quelque sorte, mais de quoi,

il n'était pas sûr. Il ressentait le besoin intense que cet homme le remarque,

qu'il le considère comme plus qu'un simple étranger qui passe dans la nuit,

ce qui était un désir bizarre qu'il n'avait jamais ressenti auparavant et qui lui

était difficile à comprendre.

L'homme se retourna brusquement pour croiser le regard

scrutateur de Jamie, comme s'il ressentait le poids de cette étrange émotion,

ce qui était bien sûr impossible, et dans ces yeux bleus et froids, Jamie vit

une lueur de surprise qui se transforma rapidement en méfiance.

« Je ne cherche pas de compagnie », dit l'homme d'un ton bourru,

et Jamie fut mortifié en réalisant ce que signifiait cette déclaration et en

voyant que c'était maintenant lui qui était devenu un intrus dans le moment

intime de quelqu'un.

« Moi-moi non plus », balbutia-t-il, sentant une bouffée de

chaleur lui monter au cou. « J'étais juste… Je n'ai pas l'habitude de voir

d'autres personnes ici à cette heure-ci de la nuit. »

L'homme le regarda en silence, haussant légèrement un sourcil, et

le cou de Jamie devint encore plus chaud. Il baissa le regard et s'écarta de la balustrade, se retournant pour que l'homme ne voit pas à quel point il était

gêné. Il est vrai qu'il avait été bicurieux toute sa vie, mais il n'avait jamais

été le genre de personne à rechercher des relations sexuelles occasionnelles

de ce genre, non pas parce qu'il pensait que c'était mal, mais parce que cela

ne lui convenait pas. Il ne s'était jamais senti assez bien avec quelqu'un pour

pousser très loin cette voie.

« Je suis désolé », murmura Jamie. « Je te laisse à ta soirée. Je ne

voulais pas m'imposer. »

Il s'était déjà retourné et commençait à s'éloigner lorsque la voix

de l'homme brisa à nouveau la nuit silencieuse : « Attends. Non, c'est moi

qui suis désolé. J'ai été grossier. Je n'aurais pas dû tirer de conclusions. »

Jamie hésita, et l'homme hésita, puis les mots fusèrent de l'étranger sur un

ton presque plaintif : « Puis-je savoir… Tu n'as pas vu quelqu'un d'autre ici

ce soir, si ? »

Jamie se retourna, les mains enfoncées dans ses poches. « Vu

quelqu'un ? Comme qui ? »

« Une fille… Une femme, en fait. J'ai juste… » Il eut un petit rire

triste. « Elle était censée être ici. Mais elle n'est jamais là quand je viens. »

C'était une drôle de chose à dire. Jamie retourna à sa place et

s'appuya une fois de plus contre la rambarde, intrigué par la soudaine

volonté de l'homme de parler et envahi par la curiosité d'en apprendre plus.

Il avait toujours eu un faible pour les bonnes histoires, et il savait que s'il

partait maintenant sans en savoir plus, le mystère le rongerait pendant des

semaines.

« Pas ce soir. Mais je viens souvent ici », déclara Jamie

prudemment. « À quoi ressemble-t-elle ? Peut-être que je l'ai déjà vue. »

Le regard de l'homme devint à nouveau distant, et il glissa sa

main dans la poche de son pantalon pour y tripoter quelque chose. Une fois de plus, Jamie fut frappé par la tristesse de cet homme… Comme s'il avait

perdu quelque chose de terriblement cher et qu'il portait le poids de cette

perte comme une lourde charge sur ses épaules. Il poussa un gros soupir et

se tassa un peu.

« J'aimerais bien le savoir », dit-il si doucement que Jamie ne fut

pas sûr d'avoir bien entendu. Avant qu'il ne puisse poser une autre question,

l'homme secoua la tête et se redressa. « Ecoute, de toute évidence,

puisqu'elle n'est pas là maintenant, elle ne viendra pas ce soir. Je me sens

vraiment bête, et je suis d'humeur à avoir de la compagnie, maintenant que

j'y pense. Je m'appelle Liam. Je peux t'offrir une tasse de café et on pourra

se réchauffer un peu tous les deux ? Je vais te raconter mon histoire et tu

pourras me dire si tu as vu quelqu'un qui pourrait correspondre à la

description. Cela te va ? »

L'homme se rapprocha et tendit la main en signe de sympathie, et

Jamie essaya de décider ce qu'il devait faire. L'heure tardive et sa

présentation en souffrance le tourmentaient, et s'il buvait du café

maintenant, il serait debout toute la nuit, non pas que ce soit un problème

s'il la passait à travailler… Mais le manque de sommeil ferait des ravages

sur son humeur le lendemain, et ce n'est pas comme s'il était redevable à ce

Liam. Pourtant, il se sentait plus curieux que jamais au sujet de cet homme,

et maintenant que Liam avait proposé de lui raconter son histoire, il y avait

quelque chose chez cet étranger qui lui faisait ressentir… Quelque chose.

Chaleur, familiarité, peut-être de l'admiration ? Ce qui était ridicule vu qu'il

avait rencontré cet homme cinq minutes auparavant. Jamie ne bougea pas et

demanda à la petite voix en lui de lui dire quoi faire, et fut surpris de

constater qu'elle le poussait à aller écouter l'histoire de cet homme.

« Très bien », dit-il, se décidant soudainement. « Moi, c'est Jamie,

au fait. »

Il prit la paume offerte par Liam pour la serrer, et alors que leurs

mains se refermaient l'une sur l'autre, quelque chose passa entre eux deux

qui les surprit tous les deux – une énergie et une excitation qu'aucun d'eux

n'était prêt à reconnaître ou à nommer, et qui envoya un autre frisson le long

de l'échine de Jamie.

« Comme des amis qui prennent un café », ajouta Liam, retirant

sa main un tout petit peu trop vite.

« Bien sûr », acquiesça Jamie, ses joues rougissant à nouveau.

Cette fois, cependant, ce fut plus qu'une simple gêne qui en fut la cause, et

il apprécia de pouvoir cacher sa soudaine montée de sentiments compliqués

à l'égard de cet étranger dans la pénombre de la nuit, alors que les deux

hommes quittaient ensemble le pont en silence.

 

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