Te Trouver (French Edition)
Chapitre 4
Jamie s'assit en face de son amie Marisa dans leur café grec
préféré avec une expression singulière et mélancolique qui l'alerta
immédiatement sur le fait que quelque chose n'allait pas chez lui. Marisa
pouvait toujours dire quand quelque chose n'allait pas avec Jamie, et en
général, elle pouvait découvrir quel était le problème avant même qu'il ne le
lui dise – parfois avant qu'il ne le sache lui-même.
Le regard troublé qu'il avait en ce moment rappela à Marisa le
jour où ils s'étaient rencontrés tous les deux, au collège, lorsqu'elle avait fait
honte à des petites brutes qui s'en prenaient à Jamie à cause de sa petite
taille dans le couloir près de son casier. Après cela, elle l'avait adopté
comme une sorte de petit frère, et elle l'avait épaulé pendant tout le lycée et
jusqu'à ce qu'ils deviennent adultes. Ils s'étaient rapprochés d'année en
année, se soutenant mutuellement à travers tous les défis de la vie. Les
cheveux blonds et ondulés et les yeux brillants dans les mêmes tons de vert
qu'ils partageaient avaient souvent amené les gens à les prendre pour des
frères et sœurs biologiques – et en quelques occasions embarrassantes,
lorsque Jamie était trop jeune pour se laisser pousser la barbe et qu'il portait
ses cheveux longs au lieu de les tirer en arrière comme il le faisait
maintenant, pour deux sœurs – bien que leur teint commun soit une pure
coïncidence. Même si leurs vies d'adultes avaient divergé et que leurs
emplois du temps étaient devenus plus chargés, ils étaient restés en contact
étroit par téléphone et par SMS et avaient également pris le temps de se
retrouver en personne autour d'un déjeuner au moins une fois par mois,
comme ils le faisaient aujourd'hui.
« La présentation s'est mal passée, hein ? » demanda Marisa avec
circonspection.
« La présentation s'est bien passée », marmonna Jamie à travers
ses mains. « Les clients de Londres ont adoré. Ils aiment toujours ce que je
propose, peu importe si c'est nul ou si j'ai du retard dans la réalisation des
designs. »
Marisa eut du mal à ne pas rouler des yeux au ciel, sachant que
Jamie minimisait régulièrement son talent, et poussa plutôt un petit sac en
papier à travers la table.
« Eh bien, j'ai quelque chose pour toi qui pourrait te remonter le
moral. Tiens. »
Marisa faisait souvent de petits cadeaux à Jamie, des marques
d'affection qui, elle le savait, le réjouiraient, et cela la rendait heureuse
d'apporter ainsi un peu plus de joie dans sa vie. Marisa avait eu de la chance
en amour et était maintenant mariée à un homme merveilleux, ce que Jamie
attribuait à sa beauté éblouissante et que Marisa elle-même attribuait au pur
hasard, car elle avait vu comment beaucoup de ses amies séduisantes
avaient du mal avec leurs compagnons malgré leur beauté. Mais elle avait
vu Jamie subir les hauts et les bas tumultueux de sa propre vie romantique
et savait combien cela avait été difficile pour lui. Elle lui avait offert une
épaule sur laquelle pleurer pendant plusieurs de ses nuits les plus sombres
et les plus tristes, des nuits où il l'avait appelée après s'être éloigné du
rebord du pont, et son bonheur lui tenait à cœur. Même si elle ne le lui
avouerait jamais, elle s'inquiétait beaucoup pour lui, et ses cadeaux étaient
un moyen de lui rappeler à quel point les relations étaient importantes dans
la vie, même si elles ne pouvaient pas être romantiques.
Jamie glissa sa main dans le sac avec curiosité, et un frisson de
joie se répandit dans le cœur de Marisa lorsque son expression neutre et prudente se transforma en un sourire, même léger. Il en retira un oiseau en
porcelaine peinte, aux ailes bleues déployées comme s'il se préparait à
s'envoler, perché sur une branche au-dessus d'un socle spacieux. La figurine
était suffisamment petite pour tenir dans sa main. Pour un observateur, cela
aurait pu paraître un cadeau étrange à offrir à un homme, kitsch et plus
qu'un peu féminin, mais ni Jamie ni Marisa ne se préoccupaient de ce genre
de choses, et elle savait que c'était quelque chose qui lui plairait.
« C'est magnifique », murmura-t-il, en le tenant dans la lumière
pour examiner les délicats détails colorés. « Merci, Marisa. Tu sais toujours
comment me remonter le moral, pas vrai ? Maintenant, je regrette de ne pas
avoir pensé à t'apporter quelque chose. »
« Tu n'as pas à t'inquiéter pour ça, Jamie. J'aime offrir des
cadeaux et je suis heureuse que cela te plaise. Quand je l'ai vu au marché,
j'ai tout de suite pensé à toi, sans trop savoir pourquoi. L'artiste les fabrique
à la main. »
« Il y a quelque chose de particulier… Ça me rappelle la liberté,
peut-être ? Le petit oiseau a l'air si heureux. »
« Ha ! » Marisa sourit. « C'est ce que j'ai aussi pensé. Il m'a fait
penser au Songsparrow. Tu te souviens de ces livres ? »
« Oh punaise. Je le vois à présent. Comment pourrais-je oublier ?
J'ai adoré. J'ai encore mes exemplaires de toute la série dans ma
bibliothèque à la maison. »
Le Songsparrow avait été un symbole de la résistance dans l'une
des séries dystopiques pour jeunes adultes qu'ils avaient lues ensemble au
lycée, où une protagoniste féminine fougueuse se battait contre un régime
oppressif pour la liberté de son peuple tandis que plusieurs garçons mignons
se disputaient son affection. Dans les livres, les Songsparrows étaient tout
blancs, à l'exception d'une légère touche de bleu au bout de leurs ailes, tout comme la statuette en porcelaine que tenait Jamie, et bien qu'aucun d'eux
n'ait été particulièrement intéressé par les oiseaux, mais plutôt par les
mérites de chacun des prétendants de la jeune femme, la figurine était un
joli rappel de ces longs après-midis d'été où ils s'étaient prélassés en
discutant des histoires d'amour épiques. Chaque fois que le chant de l'oiseau
se faisait entendre, c'était un signe d'espoir pour un avenir meilleur. Marisa
avait d'abord été surprise que Jamie veuille les lire avec elle, mais elle avait
adoré avoir un ami avec qui partager son enthousiasme, car aucune de ses
autres amies n'était une grande lectrice.
« Je vais le mettre sur mon étagère ce soir, juste au-dessus des
livres. » Jamie remit soigneusement la statue dans le sac, avec le papier
d'emballage froissé, et le mit de côté. Bien qu'il soit manifestement heureux
de son cadeau, même cela ne suffit pas à dissiper complètement son
malaise, et une fois de plus son visage se décomposa et ses yeux devinrent
distants. Marisa fronça les sourcils en signe d'inquiétude et passa le bras
par-dessus la table pour caresser doucement le dos de sa main avec son
pouce, comme elle l'avait souvent fait lorsqu'ils étaient jeunes et qu'il était
désemparé.
« Pourquoi es-tu si triste, mon ami ? D'habitude, tu es tout autant
ravi que moi de te voir, mais tu sembles vraiment abattu aujourd'hui. »
« Je… Je suis inquiet. Et je n'ai pas beaucoup dormi la nuit
dernière. »
« Des cauchemars ? »
« Pas vraiment. Mais plutôt bizarres. Je ne suis pas sûr de pouvoir
en parler… Je me sens bien trop gêné. C'était vraiment étrange. »
Marisa rit, puis se sentit immédiatement mal à l'aise lorsque Jamie
grimaça et retira sa main.
« Oh, Jamie, je suis désolée, je ne voulais pas t'embarrasser. J'ai ri
parce que je pense que c'est dingue que tu penses qu'il y a quelque chose
dont tu ne pourrais pas me parler. Allez. Que n'avons-nous pas partagé ? Je
ne te jugerais jamais. »
La serveuse, une jolie fille aux cheveux foncés coupés en carré et
à la robe bordeaux qui avait l'air aussi grecque que le restaurant dans lequel
ils se trouvaient, arriva avec deux verres d'eau glacée et des menus. Jamie
joua avec son verre en réfléchissant aux mots de Marisa.
« Tu me le promets ? »
« Promis. »
Il lui raconta tout, d'un ton bas et feutré, son rêve de la nuit
précédente, où il avait été Katherine, et avait couché avec Roland. Bien que
ses joues rougissent d'embarras alors que les souvenirs vivaces de sa
rencontre avec un homme, en tant que femme, le faisaient bafouiller, Marisa
l'encouragea gentiment à continuer jusqu'à ce que tout sorte.
« Oui, et ? » demanda-t-elle.
« Et puis je me suis réveillé, c'était le matin, et je me suis senti
bousculé, confus et anxieux à cause du boulot. J'y ai pensé toute la journée.
J'ai à peine pu me concentrer sur ma présentation ce matin. C'était tellement
réel, Marisa. Comment mon cerveau peut-il créer des scènes aussi vives
de… De… »
« Sexe ? Avec un homme ? »
« Oui », murmura Jamie. « Ça. Puisque je n'ai jamais fait ça. Avec
un homme ou avec quelqu'un d'autre. »
Marisa resta silencieuse pendant un long moment en réfléchissant
à ce qu'il lui avait dit, et cela lui rappela la dernière fois qu'ils avaient eu
une longue conversation sur le sexe. C'était juste après que Jeannette, l'ex-
petite amie de Jamie, ait cassé avec lui, et il en avait été anéanti. Marisa s'était alors posé la même question qu'elle se posait à présent au sujet de son
grand ami, mais elle n'était pas sûre qu'il soit vraiment prêt à avoir une
conversation à ce sujet. Peut-être était-il préférable de l'aborder de manière
détournée…
« Tu te souviens de ce que tu m'as dit quand toi et Jeannette vous
êtes séparés ? »
« Sur la raison pour laquelle nous avons rompu. » Jamie prit une
teinte encore plus rouge. « Est-ce qu'on doit en parler ici ? »
« Oh, arrête. Personne ne peut nous écouter, et il n'y a pas de quoi
être gêné de toute façon. Mais oui, en partie. Tu ne te sentais pas à l'aise en
faisant l'amour avec elle, pas vrai ? »
Jamie avait pris une mine tout simplement consternée, mais
Marisa n'était pas prête à le lâcher – pas quand elle ne pouvait lui parler en
personne qu'une fois par mois. C'était important.
« Ce n'était pas ça », répondit finalement Jamie. « Pas vraiment.
Je le voulais, bien sûr, mais… Je ne sais pas. J'ai toujours eu l'impression
que cela sonnait faux lorsque nous avons commencé à devenir plus intimes.
Pas elle. Elle était belle. Tout en elle était beau. Mais… Je ne me sentais pas
à ma place, en quelque sorte. C'est toujours ce que je ressens quand je
commence à avoir des sentiments romantiques pour quelqu'un. C'est
impossible à expliquer. »
La nuit où Jeannette l'avait quitté avait été l'une des nuits où
Marisa avait reçu un appel téléphonique de Jamie en pleurs. Il avait été sur
le pont, et même s'il ne le lui avait jamais avoué directement, elle
soupçonnait qu'il était là pour commettre l'impensable. Jamie avait toujours
été une personne compliquée, pleine d'émotions et de lutte intérieure, et cela
remplissait Marisa d'une profonde et douloureuse tristesse de penser qu'il
s'était senti suffisamment mal pour envisager de faire ce grand saut dans les eaux noires. Elle ne pouvait pas imaginer vivre sans son ami, et cela
l'effrayait que son esprit s'égare parfois dans des endroits si sombres et
douloureux qu'il puisse même penser à faire quelque chose comme ça.
Cette nuit-là, elle lui avait demandé de venir immédiatement, et
ils s'étaient tous les deux carrément beurrés avec plusieurs bouteilles de vin
rouge, avaient pleuré ensemble et parlé jusqu'à l'aube des peurs, des espoirs
et des rêves de Jamie. Il était tellement romantique dans l'âme, et bien trop
doux pour être aussi tourmenté et torturé par l'amour de cette façon.
« Tu te souviens de ce que tu m'as dit plus tard cette nuit-là, après
avoir ouvert la deuxième bouteille de vin, et que tu essayais de m'expliquer
ce qui n'allait pas ? »
« Je ne suis pas sûr », répondit Jamie, mais ses yeux
s'assombrirent d'une manière qui suggéra à Marisa qu'il mentait et se
souvenait parfaitement bien de leur conversation malgré la brume floue que
le vin laissait planer sur la soirée pour tous les deux. « J'étais plutôt ivre et
contrarié ce soir-là. Qui sait ce que j'ai dit ? Ce n'était probablement que des
sottises sentimentales. »
Les lèvres de Marisa se crispèrent en une fine ligne de
réprobation. Cela ne lui avait pas paru être des sottises à l'époque, pas plus
que maintenant.
« Tu m'avais demandé si j'avais déjà eu l'impression que j'aurais
dû être quelqu'un d'autre. Ou différente de ce que j'étais. »
« Oh, oui », murmura Jamie, refusant de croiser son regard.
« Et j'ai dit non, mais je t'ai demandé si toi, tu l'avais déjà ressenti.
Et tu as dit oui. »
« Ah bon ? »
« Tu n'as pas voulu en dire plus et tu as changé de sujet un peu
trop rapidement. J'ai laissé tomber, car je ne voulais pas te contrarier ou te forcer à parler de quelque chose dont tu n'étais pas prêt à discuter. Mais
maintenant tu me dis que tu fais des rêves où tu es une femme, et plus que
ça, ils sont sexuels, et en fait, tu aimes le sexe… »
Jamie resta silencieux tout en refusant de la regarder dans les
yeux, même s'il avait l'air de vouloir se fondre dans sa chaise et disparaître.
« Jamie, es-tu sûr que tu n'es pas trans— »
« Je dois y aller », lâcha-t-il dans un ton inhabituellement aigu, se
levant tellement rapidement qu'il en renversa son verre. De l'eau froide
éclaboussa la table et se renversa sur le sol. Il s'excusa profusément pendant
que la serveuse se précipitait avec un torchon pour nettoyer les
éclaboussures glacées, soulevant sa jupe bordeaux pour ne pas la mouiller
pendant qu'elle essuyait l'eau par terre.
Jamie essaya de l'aider avec sa serviette, vit rapidement la futilité
de la chose et se retourna vers la sortie. Marisa essaya de l'appeler, mais
avant même que ses mots ne lui parviennent, il avait disparu par la porte du
café en balbutiant d'ultimes excuses.
Marisa ne savait pas vraiment à qui les excuses étaient destinées :
à elle, à la serveuse ou à Jamie lui-même. Alors qu'elle se baissait pour
aider la serveuse à nettoyer les dernières traces de l'incident, Marisa regarda
pensivement le siège vide où son ami se trouvait un instant auparavant.
Je dois bien pouvoir faire quelque chose pour lui, pensa-t-elle.
Elle était extrêmement bouleversée de le voir si malheureux. Mais quoi ?
Et puis elle eut une idée. L'idée la plus parfaite qu'elle ait jamais
eue. Il suffirait d'un peu de préparation…
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