Au Hoggar
Du Projet de Transsaharien Souleyre
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APTITUDE DU SOL A RECEVOIR UNE VOIE FERRÉE ET RESSOURCES EN EAU DANS LE MASSIF CENTRAL SAHARIEN[53]
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=I=
=Aptitude du sol à recevoir une voie ferrée de la Hamada de Tinghert aux Tassilis et dans les régions d’Amguid et de Raris.=
a) De la Hamada de Tinghert aux Tassilis.
A condition de passer à une vingtaine de kilomètres à l’Ouest de Fort Flatters, à cause des sables, on pourra, de la Hamada de Tinghert aux Tassilis, faire passer la voie ferrée constamment sur un beau sol de « reg » (cailloutis) dont j’ai constaté l’immensité du haut de la pointe Nord du Djebel Tanelak (ou Adrar-n-Taserest) ; (ce reg est l’œuvre des oueds Ir’err’er et In-Dekak, dont j’ai aperçu les cours et le confluent du point précédent).
Eviter dans le tracé de passer dans le lit supposé de l’Ir’err’er et de l’In-Dekak : c’est la seule précaution à prendre dans cette région qui est exceptionnellement propice à l’établissement d’une voie ferrée.
b) Région d’Amguid et de Raris.
Je ne connais pas le passage de l’Ir’err’er d’In-K’ebir (sur la carte In-Salah 1/1.000.000) à l’erg d’Amguid.
En effet, après avoir traversé le Tiniri-n-Taserest, j’ai gagné Tanout-Mellel (ou Tamellelt) dans l’oued In-Dekak.
Par contre j’ai séjourné un mois à Amguid et cette région m’est familière.
Sur le bord Est de la vallée de l’Ir’err’er on trouvera des terrasses d’alluvions très propices à l’établissement de la voie.
De nombreux mechbed très anciens montrent d’ailleurs le chemin à la voie ferrée.
Ensuite, après Titahouin-Tahart, la voie aura à éviter quelques sables puis pourra, en Pays cristallin, gagner Tesnou dans de très bonnes conditions par le vaste et plat pays de Raris à reg prédominant et les pays analogues et aussi propices de l’oued Taremert-n-Akh.
Dans ce pays de Raris et de l’oued Taremert-n-Akh la nature et la forme du sol (pays cristallin paeneplainisé) me paraissent ne donner aucun sujet d’inquiétude, ni soulever aucune difficulté à signaler.
=II=
=Ressources en eau.=
Sur le parcours dont je viens d’étudier la viabilité, je conçois l’établissement d’une Centrale d’eau au voisinage d’Amguid.
Centrale d’eau d’Amguid.
a) EAUX DE SOURCE. — Dans la région d’Amguid, les sources actuellement existantes que je connais pour y avoir abreuvé mes chameaux, sont :
1º La source de Titahouin-Tahart (T) ou Aïne-Kerma (A) ou Source du Figuier (F).
Cette source, située à la base de la falaise de Grès inférieurs des Tassilis qui forme le flanc Est de la vallée de l’Ir’err’er au voisinage des Conglomérats de base et de la Discordance tassilienne, ne tarit jamais (d’après les Touareg), son eau est toujours pure, claire, renouvelée et n’a rien d’une eau stagnante ; son abord est difficile, en raison des joncs et figuiers (de là son nom) qui en défendent l’accès et c’est une des raisons pour lesquelles, quoique l’eau y soit excellente, on y abreuve moins souvent ses chameaux qu’à Tin-Eselmaken, car les animaux sont effrayés par les joncs, refusent d’approcher jusqu’à l’eau et pour les désaltérer on doit apporter un abreuvoir et se fatiguer à le remplir d’eau par un va-et-vient de « dalou », ce que l’on évite en allant à Tin-Eselmaken qui se présente mieux à ce point de vue très spécial.
La Source du Figuier a permis autrefois de cultiver un jardin dont il existe encore les ruines. Quelques palmiers subsistent également, dont deux au moins sont en très bonne santé.
Je crois qu’en améliorant les conditions de captage, on pourra tirer de cette source une quantité d’eau appréciable.
La position de la Source du Figuier, assez au-dessus du lit de l’Ir’err’er, au pied de la falaise des Grès inférieurs des Tassilis, permettra d’amener son eau par gravité en conduite jusqu’à la Centrale d’eau d’Amguid ;
2º Tin-Eselmaken. — Par une profonde entaille dans la falaise qui forme le flanc Est de la vallée de l’Ir’err’er débouche la profonde gorge de Tin-Eselmaken, encaissée jusque-là dans les plateaux de Grès inférieurs des Tassilis internes.
Les observations que j’ai pu faire sur la mare de Tin-Eselmaken sont les suivantes :
a) Le fond n’est pas rocheux ; par suite l’on ne saurait assimiler cette mare à un aguelmam typique, tel Afelanfela, près de Tiounkenin (dans l’Emmidir), tels Ens-Iguelmamen (dans l’Oudan, gara Ti-Djanoun), tel In-Ebeggi (dans le massif de l’Assgaffi, etc., etc.) ;
b) L’eau à l’amont de cette mare est toujours pure alors qu’il n’en est pas de même à la partie aval.
Après un mois de séjour à Amguid, en même temps que des tribus de Touareg (Eaohen-n-ada et Kel-Amguid), qui possédaient un important cheptel de chameaux et surtout de chèvres, j’eus l’occasion de constater que en même temps que l’élargissement terminal aval de la mare avait considérablement diminué d’importance (en effet, alors qu’à mon arrivée c’était un plaisir d’y nager, à mon départ une grande partie était à sec et ce qui subsistait de cet élargissement terminal ne permettait pas des ébats de cet ordre), ce qui y restait d’eau était devenu une eau imbuvable, épouvantablement chargée d’urine de chèvre et de chameau, à tel point que, seul l’élargissement terminal de la mare se prêtant à l’abreuvage des bêtes (pour des raisons d’accès) et l’eau en étant refusée même par les chameaux, les Touareg avaient dû renoncer à abreuver leurs troupeaux à Tin-Eselmaken et recourir à la Source du Figuier, malgré le caractère fatigant qu’y ont les opérations d’abreuvage ;
c) De nombreux poissons (Barbus biscarensis) animent les eaux de Tin-Eselmaken ; certains atteignent une taille de 20 et même 30 centimètres.
A mon arrivée dans la région d’Amguid ces poissons mettaient de la vie dans toute la mare ; dans la suite ils se réfugièrent en amont, là où l’eau était restée pure, ainsi que gyrinides, dysticides et autres bêtes de ces eaux[54] ;
d) De nombreux lauriers-roses (Defla) couvrent les berges de la mare de Tin-Eselmaken ; on compte trois palmiers.
De ces observations il résulte qu’on peut considérer la mare de Tin-Eselmaken comme permanente et constamment alimentée en amont.
Cette eau semble avoir pour origine la venue en surface de l’eau absorbée en amont lors des pluies par les alluvions de l’oued Tin-Eselmaken et qui jusque-là avait cheminé en profondeur dans ces alluvions.
On ne peut affirmer que cette source de Tin-Eselmaken n’est pas également en relation avec le contact à proximité en profondeur des Grès inférieurs avec les Schistes cristallins par les Conglomérats de base.
Les Grès inférieurs semblent en effet susceptibles d’être l’objet d’un réseau intérieur de circulation d’eau.
Au-dessus de Tin-Eselmaken on peut voir en effet, dans la falaise, et sur le flanc gauche, une ouverture à mi-hauteur d’où, lors des pluies, et pendant quelques jours après, l’eau sortirait en cascade (renseignements touareg).
Entre Tin-Eselmaken et la Source du Figuier, à mi-chemin à peu près, on peut également observer dans la falaise de Grès inférieurs et, assez au-dessus du contact par les Conglomérats de base avec les Schistes cristallins, une sorte de replat herbeux formant tache verte. Les Touareg me dirent qu’il y avait là une source appelée Tin-Tarabin par certains, alors tarie, mais qui coulait parfois après les pluies ; j’ai grimpé jusqu’en ce lieu escarpé et j’ai constaté la présence, au replat herbeux, d’un puisard (sans doute pour puiser l’eau absorbée par les terres du replat), ce qui confirme bien les dires des Touareg de l’existence d’un point d’eau à cet endroit ; un mechbed dans les éboulis et de nombreux tombeaux anté-islamiques (?) montrent que ce point d’eau fut même assez fréquenté et assez important.
Il n’y a donc pas de doute, les Grès inférieurs peuvent abriter dans leur sein une assez importante circulation d’eau.
Il n’en est pas de même en général dans les mêmes proportions et de la même manière tout au moins des roches granitoïdes et des Schistes cristallins.
On comprend dès lors que le contact de ces deux roches puisse provoquer le rassemblement ou la liaison des eaux selon la ligne de contact, le gorgement par elles des fentes et divers chemins possibles de circulation d’eau au bas des Grès inférieurs et provoquer, par suite, des sources au voisinage du contact.
Lorsqu’il y a des fissures dans les Schistes cristallins ou des filons, les eaux peuvent descendre en dessous du contact, suivre les fissures ou cheminer entre la roche filonienne et la roche encaissante ; ainsi s’expliquent des sources en dessous de ce contact, dans le Cristallin, comme In-Ebeggi (des Tassilis) et d’autres situées le long de l’escarpement du bord interne des Tassilis internes. Ces sources sont rarement très en dessous du contact et il apparaît clairement que leurs conditions d’existence sont liées à l’existence voisine de ce contact.
On comprend donc que de même que pour la Source du Figuier, l’on puisse croire, pour la source de Tin-Eselmaken, qu’il y ait peut-être, outre les relations avec la nappe phréatique de l’oued Tin-Eselmaken, quelques relations entre son existence et le voisinage du contact des Grès inférieurs par les Conglomérats de base avec les Schistes cristallins.
Cette discussion théorique n’est pas déplacée ici, la détermination d’un mode habituel de gisement d’eau dans ces régions pouvant aider dans des recherches ultérieures.
Quel est le débit que l’on peut espérer de la source de Tin-Eselmaken ?
J’ai séjourné à Amguid en pleine chaleur ; l’évaporation était donc très intense ; la surface offerte par la mare d’Amguid est assez considérable ; le nombre de bêtes abreuvées par jour était d’environ 300 chèvres et 30 chameaux en moyenne ; la venue d’eau n’équilibrait pas cette perte d’eau puisque l’élargissement terminal fut en partie asséché en un mois.
Je crois néanmoins que, dans de bonnes conditions de captage, on peut espérer tirer de Tin-Eselmaken un litre à la seconde.
L’eau de Tin-Eselmaken pourra être amenée par gravité jusqu’à la Centrale d’eau ;
3º Source de Tihoubar (ou Aïne-Bou-Mesis). — Si l’on remonte l’oued Arami (ou oued Tounourt), cet oued qui débouche dans la vallée de l’Ir’err’er à quelques kilomètres au Nord de Tin-Eselmaken et du lieu-dit d’Amguid, on parvient après une quinzaine de kilomètres à un point d’eau très important appelé Tihoubar ou Aïne-Bou-Mesis[55].
Là, j’ai constaté la présence d’une source assez abondante d’eau excellente ; plusieurs palmiers, des ruines de jardins importants, de nombreux lauriers-roses, des roseaux, attestent de la richesse relative en eau de ces lieux.
La culture fut abandonnée récemment (il y a trois ou quatre ans), paraît-il, par suite de l’insécurité du pays.
Il semble qu’il y eut deux sources, mais une seule a subsisté, l’autre n’ayant pas été entretenue sans doute.
Cette source de Tihoubar est permanente (d’après les Touareg, entre autres Amaïs qui la connaît très bien, Aïne-Bou-Mesis étant dans son terrain de parcours un endroit de pâturage affectionné ; c’est Amaïs également qui récolte les quelques dattes que donnent les palmiers d’Aïne-Bou-Mesis).
Je crois qu’en améliorant le captage, en particulier en creusant plusieurs drains, on pourrait tirer du vallon d’Aïne-Bou-Mesis plus d’un litre à la seconde.
On pourrait amener par gravité cette eau jusqu’à la Centrale d’eau.
Telles sont les trois sources que l’on trouve dans le voisinage d’Amguid et qui pourraient alimenter la Centrale-Eau d’Amguid ;
b) EAUX DE PUITS. — Mais là ne se bornent pas les ressources en eau dont pourra disposer cette Centrale-Eau ; si elles ne se montraient pas suffisantes, ou leur débit en dessous de mes prévisions, on pourra avoir plus d’eau par des puits :
1º Puits de Tounourt. — A l’endroit où l’oued Arami débouche dans la dépression de Tounourt (à quelques kilomètres d’Amguid) se trouve un puits peu profond (2 ou 3 m.) très abondant, appelé Tin-Tedjert, d’eau excellente[56] ; ce point fournira un apport sérieux. On pourra y mettre trois ou quatre puits.
D’autre part, des indices certains (présence de Tourha (T) ou Kerenka (A)[57] donnent le droit de compter dans la dépression de Tounourt, au parfait succès de puits de quelques mètres (4 à 6 m.) de profondeur ; les Tourha pourront servir d’indicateurs d’emplacements de puits.
Enfin, des puits seraient particulièrement bien placés juste avant (en amont) et dans le défilé par lequel l’oued Arami sort de la dépression de Tounourt et traverse la masse fortement relevée des Grès inférieurs pour se jeter dans l’oued Ir’err’er.
La dépression de Tounourt permet donc l’établissement d’un précieux champ de puits de faible profondeur (4 à 6 m.) bien alimentés, semble-t-il, particulièrement à l’entrée et vers la sortie de l’oued Arami (ou oued Tounourt) et à quelques kilomètres de la Centrale d’eau.
2º Puits de l’Ir’err’er. — Enfin on pourra creuser un puits dans les alluvions de l’oued Ir’err’er.
Ce puits serait bien placé à la hauteur du défilé de l’oued Arami (d’ailleurs, sur la carte au 1/800.000, il est marqué un puits en cet endroit : les Touareg en ont été très étonnés et m’ont dit n’avoir aucun souvenir qu’il y ait eu jamais un puits là, je n’ai donc pu avoir aucun renseignement sur la profondeur de ce puits) ; l’emplacement indiqué sur la carte serait excellent.
Ce puits sera vraisemblablement très bien alimenté : n’est-ce pas dans cette région d’Amguid que se réunissent probablement dans les alluvions, en profondeur, toutes les eaux du bassin supérieur si vaste de l’Ir’err’er ?
Je ne peux donner aucune indication sur la profondeur à laquelle on trouvera le roc et jusqu’à laquelle on devrait creuser le puits pour traverser toutes les nappes aquifères de ces alluvions et avoir le rendement maximum en eau.
On a déclaré qu’il y avait là, en profondeur, des eaux artésiennes ; je ne le crois pas, mais ce n’est pas impossible, des niveaux argileux pouvant emprisonner des eaux en charge (la charge venant de l’amont).
c) CONCLUSION. — On voit que les ressources en eaux dont pourrait être dotée la Centrale-Eau d’Amguid sont très satisfaisantes pour le pays (et pourtant je n’ai envisagé que les eaux très proches d’Amguid et n’ai parlé ni des barrages-citernes, que l’on pourrait établir, ni des eaux que l’on pourrait rechercher par sondage en roche).
Cependant je tiens à attirer l’attention sur ce que le pays d’Amguid n’ayant jamais été l’objet d’une succion d’eau aussi intense que celle qui serait faite au cas où on réaliserait ce projet, on peut craindre à la suite de périodes sèches trop longues le tarissement de certaines sources et de certains puits, mais je ne crois pas de la totalité.
L’emplacement de cette Centrale-Eau qui serait le plus favorable, serait le point de la voie qui nécessiterait la moindre longueur de connexions avec les différents points d’eau.
Je crois qu’elle serait bien placée à côté du puits de l’Ir’err’er.
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[Note 53 : Extrait d’un rapport fait pour M. Fock par l’auteur de ce travail.]
[Note 54 : L’absence de Branchipus à Tin-Eselmaken semble indiquer que les eaux de Tin-Eselmaken ne sont pas stagnantes.]
[Note 55 : Il n’est pas marqué sur la carte au 1/1.000.000.]
[Note 56 : Lorsque j’ai passé à Tounourt ce puits était comblé, l’oued Arami étant « venu » récemment. J’ai fait boire mes chameaux à un « abankor » voisin qui traduisait l’état encore très gorgé d’eaux des alluvions de l’oued Arami, par suite de cette dernière venue.]
[Note 57 : Calotropis procera.]