Au prix du scandale
Chapitre 7
Les paroles de Devin l’affectaient autant que la caresse de ses doigts sur la peau fine et sensible, juste sous le renflement des fesses. Son cerveau avait beau lui ordonner de fuir, le message n’atteignait pas ses jambes, qui avaient du mal à la supporter. Elle dut se pencher et s’appuyer de la main sur l’épaule de Devin.
— Ce n’est pas du désir, objecta-t-elle faiblement, tout en se demandant qui elle essayait de convaincre.
— Tu as raison : c’est de la passion dévorante.
Il le lui prouva en posant ses lèvres sur le petit creux, à la base de sa gorge, et en goûtant sa peau du bout de la langue. Puis, comme elle tentait vaillamment de protester, il la bâillonna d’un baiser.
Tout bascula.
Elle reconnut tout de suite son goût, sa façon de presser ses lèvres contre les siennes. Comme par miracle, les années s’abolirent et elle retrouva les réflexes d’antan. Renversée contre son bras fort, elle le laissa dévorer sa bouche, tandis que sa langue entamait un ballet fiévreux avec la sienne.
Pour mieux l’embrasser, il captura son visage entre ses mains. Bientôt celles-ci quittèrent les joues de Megan pour s’égarer sur ses épaules, sa taille, ses hanches. Avec une étonnante mémoire sensitive, son corps réagissait à chaque caresse. Lorsque Devin tira sur son T-shirt, elle leva les bras sans hésiter pour lui permettre d’ôter le vêtement.
Il cueillit ses seins au creux de ses paumes à travers le fin coton de son soutien-gorge. Megan entendait dans son esprit une voix rugir que c’était de la pure folie. Elle ne récolterait que d’amers regrets. Rien ne serait résolu entre eux, au contraire…
Mais les pouces de Devin qui titillaient ses mamelons la rendaient folle. A tâtons, elle trouva les boutons de sa chemise et tira sur les pans pour dévoiler son torse. L’agrafe de son soutien-gorge sauta. Quand il posa la bouche sur son sein pour happer un téton engorgé, Megan se moqua brusquement des répercussions éventuelles de ses actes, noyée dans ce flot de sensations familières qu’elle retrouvait dans un éblouissement sensoriel.
Lorsqu’il se leva, elle noua les jambes autour de ses reins. Il la porta vers la chambre. Une urgence fébrile envahissait Megan, désormais aussi impatiente que lui. Il la jeta sur le lit — qu’elle ne s’était pas donné la peine de faire — et elle atterrit sur la couette toute tire-bouchonnée, entraînant Devin dans son mouvement.
***
Il s’attaqua au short, fit sauter le bouton, tira sur le jean élimé… et s’immobilisa, les yeux écarquillés.
Il venait de découvrir un petit papillon bleu niché juste à côté de l’os de sa hanche.
Megan s’était fait tatouer.
C’était de la belle ouvrage. Le dessin était finement exécuté, tout en délicatesse. Cette vision sur sa peau claire de blonde sage et conventionnelle était plus que surprenante. Et très excitante.
Elle gémit lorsqu’il traça le contour des ailes fragiles du bout de l’index, avant d’en goûter la saveur d’une langue audacieuse. Elle se redressa alors pour libérer son sexe dur fièrement érigé. Il avait follement envie de s’enfoncer en elle, tout de suite. Un grondement lui échappa comme elle le caressait, retrouvant des gestes et une habileté dont elle savait si bien user naguère.
Lui-même replongeait dans tellement de souvenirs : ces taches de rousseur qui lui saupoudraient les seins, cette taille étroite, ces longues cuisses galbées… Il avait l’impression de rentrer chez lui après des années d’absence. C’était le même foyer et, en même temps, tout avait changé. Cette femme nue étendue sous lui n’était pas la Meggie qu’il avait épousée. Et il avait hâte de découvrir qui elle était devenue.
Comme si elle avait lu dans ses pensées, elle lui délivra un sourire charmeur. Ses doigts se refermèrent sur le poignet de Devin.
— Tu vas me rendre folle !
— C’est le but du jeu.
— Caresse-moi, Devin.
— C’est ce que je fais…
Elle ouvrit les cuisses en guise d’invite. Il se borna à l’effleurer et continua de la taquiner, prenant plaisir à voir son poing se refermer sur le drap et à l’entendre gémir de frustration.
— Comme ça ? demanda-t-il en posant enfin sa main au creux de ses cuisses.
Elle se pressa contre sa paume. Il ne pouvait pas continuer à la faire attendre : lui-même mourait d’envie d’entrer en elle. Il glissa un doigt dans son sexe humide et chaud, tout en titillant son clitoris…
Megan était perdue dans un océan de sensations merveilleuses. Elle était tout près de jouir, mais elle ne voulait pas d’une extase sans Devin. Pas cette fois. Pas après toutes ces années.
— Devin…, chuchota-t-elle en cherchant son regard.
Il comprit, la recouvrit de son corps et, d’un mouvement puissant, la pénétra.
— Oui. Oh oui ! s’extasia-t-elle en se raccrochant à ses épaules de toutes ses forces.
Elle ferma les yeux et, comme il se retirait pour s’enfoncer de nouveau, elle ne put tenir plus de quelques secondes avant qu’un feu d’artifice explose sous ses paupières. Son corps tout entier lui parut se dissoudre dans une déflagration étourdissante.
Comme elle retombait sur le matelas, haletante, Devin réclama sa bouche au moment où l’orgasme l’emportait lui aussi.
***
Megan n’avait aucune envie de reprendre pied dans la réalité. Elle ne voulait pas faire face aux pensées déplaisantes qui commençaient déjà à grignoter sa conscience. Elle se complaisait dans cet état de torpeur bienheureuse qui suit l’amour, savourait la chaleur de l’haleine de Devin contre son cou, le contact indolent de sa main sur sa hanche… La réalité attendrait. Elle voulait profiter de l’instant le plus longtemps possible.
« Toujours ! » lui soufflait une petite voix perfide qu’elle s’évertuait à étouffer. Mais elle savait bien qu’il n’y avait pas d’avenir pour eux. Elle était réaliste. Pour autant elle n’allait pas gâcher ce petit interlude hors du temps.
— Joli tatouage, murmura Devin, dont les doigts frôlaient le papillon.
— Merci. Ça m’a fait un mal de chien, mais j’adore.
— Je n’aurais jamais imaginé que tu te ferais tatouer un jour. Tu n’étais pas…
— … ce genre de fille ? Eh bien si, finalement. Je l’ai voulu sur la hanche pour qu’il passe inaperçu aux yeux de mes patients. Va savoir pourquoi, ça ne fait pas sérieux d’avoir une psychothérapeute tatouée.
— Et depuis quand es-tu fan de papillons ?
Elle n’avait jamais fait partie de ces filles qui collectionnaient les licornes, les papillons et les arcs-en-ciel. Elle eut un petit haussement d’épaules.
— C’est juste que cela m’a plu à l’époque.
— Pourquoi ?
Elle hésita.
— Eh bien, c’était environ un an après… après…
— Notre rupture ?
— Oui. Je venais d’emménager à Albany et je me sentais vraiment au seuil d’une nouvelle vie. J’avais tellement changé en quelques mois ! Je n’avais plus l’impression d’être la même personne.
— Donc tu as choisi le symbole de la métamorphose. La chenille était devenue papillon…
Elle hocha la tête.
— Je sais, ça fait cliché. Mais j’en avais envie. D’infinies possibilités s’offraient à moi. Il me fallait trouver le courage d’ouvrir mes ailes.
— Quelle symbolique !
Il eut un petit rire, puis redevint sérieux et ajouta :
— Quoi que tu en penses, je t’assure que je n’ai jamais eu l’intention de te rogner les ailes.
— Je le sais maintenant. J’ai pris du recul. Et, en dépit des reproches que je t’ai adressés récemment, j’ai conscience que tu n’es pas le seul à blâmer pour l’échec de notre mariage. J’ai aussi ma part de responsabilité.
— Les errements de la jeunesse…
— Quel langage châtié, maître ! dit-elle en riant. Tu parles vraiment comme un avocat parfois.
Il lui décocha un petit coup de coude dans les côtes et elle répliqua d’un coup d’oreiller sur la tête. Cela faisait une éternité qu’elle ne s’était sentie aussi bien en présence de Devin. Les barrières entre eux semblaient avoir disparu en même temps que leurs vêtements.
— Que vais-je faire de toi, Devin Kenney ? soupira-t-elle en se nichant contre lui.
— Cela dépend, répliqua-t-il avec un sourire prometteur. Quand dois-tu partir ?
— Pardon ?
— Quand as-tu prévu de partir en vacances ?
— Qu’est-ce qui a pu te faire croire que j’allais quelque part ?
Comme si elle avait les moyens de s’offrir des vacances !
— L’autre soir, tu as dit que tu partais pour le Canada.
— Oh, ça… ! C’est mon plan B au cas où je n’arriverais pas à sauver ma carrière ici. Je compte changer de nom et m’expatrier. Enfin, en dernier recours.
Il secoua la tête et l’embrassa sur l’épaule. Elle frissonna. Il se tourna pour se positionner au-dessus d’elle, puis commença à couvrir ses seins de baisers. Aussitôt, une pulsation lancinante naquit dans son ventre.
— Donc, revenons à nos moutons, dit-il entre deux baisers. Puisque tu ne pars pas… je ne vois pas ce qui m’empêcherait de rester.
Megan sursauta. Il avait donc l’intention de passer la nuit ici ?
— Je n’ai rien de particulier ce week-end, ajouta-t-il.
Tout un week-end ? Oh non, ce n’était pas une bonne idée ! Coucher avec un ex, cela ne prêtait pas à conséquence. Mais un week-end entier…
Dans son ventre, la chaleur irradiait de plus en plus fort. Elle en oublia immédiatement ses réticences.
— Moi non plus, je n’ai rien de prévu, fit-elle.
— Maintenant si.
***
Devin entendit de nouveau les vibrations de son téléphone, mais rien ne l’intéressait en dehors de la femme qui dormait paisiblement, lovée contre lui.
Dans la pénombre, il écouta le bruit de sa respiration régulière. Dans son sommeil, elle balbutia soudain quelques mots incohérents et il sourit.
Le sommeil le fuyait. Après une telle nuit, il aurait dû ronfler comme un sonneur mais, bien qu’il appréciât le sentiment d’intense satisfaction dans lequel baignait chaque fibre de son être, il n’était pas si fatigué que cela. Et c’est seulement parce qu’il savait que Megan l’était qu’il maîtrisait les élans qui le poussaient à lui faire l’amour, encore et encore.
C’est la faim qui les avait tirés du lit pour commander une pizza, peu avant 22 heures. Même durant leur pique-nique improvisé, qu’ils avaient mangé entièrement nus, elle s’était abstenue de verbaliser l’inquiétude qu’il lisait par moments sur ses traits. Et lui-même s’était bien gardé d’aborder le sujet. C’était égoïste, mais il s’en moquait. S’ils éprouvaient des regrets au petit matin, il serait toujours temps de s’en soucier. Non, il s’en soucierait plutôt lundi, décida-t-il. Le week-end leur appartenait, et durant tout ce temps il avait la ferme intention de s’isoler du reste du monde, sans se torturer les méninges à se demander pourquoi Megan lui était retombée dans les bras.
Une fois de plus, il fit glisser ses doigts sur le petit papillon qui lui ornait la hanche. Comment un si petit tatouage pouvait-il lui faire autant d’effet ? C’était incroyable. Bien sûr cela ajoutait une note indéniablement érotique à leurs ébats, mais il éprouvait également de la jalousie à l’idée de tous les hommes qui l’avaient vu avant lui. Sans compter que le tatouage symbolisait également les changements intervenus dans la vie de Megan après qu’elle l’avait quitté.
Elle bougea. Son bras heurta le sien et elle se dressa avec une exclamation étouffée. La première surprise passée, elle eut un petit rire embarrassé.
— Désolée. Je ne suis plus habituée à dormir avec quelqu’un. Je ne voulais pas te réveiller.
— Je ne dormais pas.
Ainsi, Megan dormait habituellement seule… C’est tout ce qu’il retenait ; et, pour une obscure raison qu’il ne voulait surtout pas analyser, avec ou sans psy à son côté, il était tout content de l’apprendre.
Dans la pénombre, il la vit froncer les sourcils.
— Tu ne dors pas ? Même après… ?
— Il est à peine minuit, je ne suis pas tellement fatigué.
— Vraiment ? Dois-je prendre cela comme un défi ?
Un sourire coquin étira les lèvres de Megan. Sa petite main glissa sur son torse, puis descendit sur son abdomen. Il retint son souffle. Elle baissa la tête et il sentit sa langue virevolter autour de son nombril.
Décidément, les années qui venaient de s’écouler avaient fait de Megan une tout autre femme.
Une femme qu’il appréciait de plus en plus…
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