Bal Masqué
Bal Masqué
Chelsea Harrison
Chapitre 1
Lindsay Weiss s’arrêta devant la tour de bureau dans laquelle elle allait, si tout se passait bien, passer les prochaines années de sa vie. C’était un bâtiment lisse et haut, avec des parois vitrées qui reflétaient le ciel bleu et une structure en métal qui donnait un air surréaliste au bâtiment. Trop aérien pour être un gratte-ciel, un bâtiment fait de verre et d’acier.
D’accord, on se calme sur le délire existentialiste, Lindsay, se réprimanda-t-elle en souriant.
Elle remit ses lunettes aux larges bordures noires sur le haut de son nez, prit une grande inspiration et s’avança. Les choses s’arrangeaient enfin. Evidemment, elle aurait préféré pouvoir porter ses lentilles de contact aujourd’hui, mais elle n’en avait plus et ne pouvait pas obtenir de nouvelle ordonnance ce vendredi.
Mais à part ça, les choses se passaient bien.
Elle poussa la porte à tambour, avançant en demi-cercle pour pouvoir entrer dans le bâtiment. Le hall d’entrée était immense. Il y avait des rangées de six ascenseurs de chaque côté du large comptoir d’accueil en bois, au centre du hall. Derrière le comptoir, un homme aux yeux et cheveux sombres était assis. Il portait un costume haut de gamme à fines rayures.
Mon Dieu, j’espère que je ne ressemble pas à rien, se dit Lindsay, soudainement très honteuse de ce qu’elle portait. Elle lissa les plis sur sa jupe crayon (une pièce de sa garde-robe que sa mère lui avait achetée) et s’assura que le chemisier blanc qu’elle avait choisi n’avait pas de tache de moutarde. Lorsqu’elle se sentit suffisamment sûre d’elle, elle décocha son plus beau sourire et s’approcha d’un pas décidé vers le bureau de l’accueil. A mi-chemin, elle trébucha dans le vide.
« Hou ! » laissa-t-elle échapper, chancelante pendant encore plusieurs pas. Elle réussit cependant à se redresser et ne finit pas la tête la première contre le sol marbré.
Elle marqua une pause pour s’assurer qu’elle tenait toujours debout, laissa échapper un petit soupir et jeta un coup d’œil à l’accueil. L’homme assis derrière le comptoir lui souriait sympathiquement. Apparemment, il l’avait vue trébucher. Elle grogna et essaya de ne pas rougir.
Lorsqu’elle atteignit le bureau, elle posa un coude sur le comptoir et essaya du mieux possible de paraitre détendue. « Je- » Elle était sur le point de dire à l’homme de l’accueil qu’elle n’était normalement pas aussi maladroite, ou qu’elle avait une mauvaise cheville, ou quelque chose, n’importe quoi qui puisse alléger l’étrangeté de son apparition. Puis elle se rendit compte qu’inévitablement, les gens avec qui elle allait travailler allaient remarquer à quel point elle était empotée. A la place, elle dit en soupirant : « J’espérais vraiment ne pas trébucher dans les cinq premières minutes de mon nouveau travail. »
Il se mit à rire, mais cela ne ressemblait pas du tout à un rire moqueur. « En fait, c’est peut-être mieux de le faire dès les cinq premières minutes. Au moins maintenant c’est fait. »
Un sourire sincère envahit le visage de Lindsay. « Merci. C’est assez généreux de penser que ça ne m’arrivera plus. »
Tout en souriant, l’homme tapa quelque chose sur son clavier, puis dit : « Lindsay Weiss, j’imagine ? » Lindsay hocha la tête. « Ouais, c’est moi. Toute fraichement sortie de Standford avec mon diplôme qui m’a couté un bras. » Il rit à nouveau. « Vous avez de l’humour, c’est bien. J’en ai marre des casse-couilles qui bossent ici. C’est sympa de rencontrer quelqu’un de vrai à nouveau. »
« Merci. Je crois. »
« Croyez-moi, c’est un compliment. »
« Je n’ai pas entendu votre prénom. »
« Will. » Il fit la grimace, et s’avança avant d’ajouter : « C’est le diminutif de Wilfred. Un sacré nom, pas vrai ? Mais par pitié, ne m’appelez pas comme ça. Je vous le dis uniquement pour que vous sachiez à quel point ce serait terrible que vous m’appeliez comme ça. »
Ce fut au tour de Lindsay de rire. « Je me retiendrai d’utiliser votre prénom complet, si vous acceptez de garder le récit mon acrobatie entre nous. » Elle pointa derrière elle de son pouce, vers le sol en marbre où elle avait trébuché dans le vide.
Will fit semblant d’y réfléchir, puis lui fit un clin d’œil : « Marché conclu, chère amie. » Ils se serrèrent la main pour l’officialiser, puis Will se tourna vers son écran d’ordinateur. Il tapa sur plusieurs touches, puis un signal sonore se fit entendre. « Et voilà, votre badge officiel. » Il lui tendit un badge avec un carré blanc à la place de la photo et son nom complet en dessous.
« Je suis un carré blanc ? » demanda-t-elle à propos de la photo manquante.
Il haussa les épaules. « D’accord, à peu près officiel. Ils te prendront en photo avant que tu ne partes ce soir. Si j’arrive à faire descendre James ici, je lui demanderai de s’en occuper avant qu’ils te fassent visiter, mais qui sait ce que cet idiot a à faire aujourd’hui. Par contre, il faut vraiment que tu signes ce truc. » Il tapota le badge.
« Merci. Qui est-ce qui va me faire visiter ? »
Il se tourna à nouveau vers son écran, exécuta une rapide recherche, et lut sur l’écran : « heu, Danny. Oh, c’est bien, elle est sympa. »
« Danny est une femme ? » demanda Lindsay, curieuse.
« Ouais. Danny, c’est le diminutif de Daniella. Daniella Forthright. Elle n’est ici que depuis deux ans, mais son frère est avec nous depuis dix ans maintenant. Evidemment, c’est lui qui lui a obtenu un entretien. »
Lindsay se mordillait les lèvres. Du népotisme ? Déjà ?
Comme s’il pouvait sentir sa gêne, Will secoua la tête. « Ne t’inquiète pas, ce n’est pas ce que tu crois. Le frère de Danny lui a obtenu un entretien, mais Danny a mérité ce boulot. C’est à peu près le seul favoritisme que tu trouveras ici. »
Lindsay laissa échapper un petit soupir de soulagement. « Vraiment ? »
« A cent pour cent », confirma-t-il. « Danny est une bosseuse. Vous vous entendrez bien, à condition que tu sois toi aussi une bosseuse. »
Immédiatement, Lindsay hocha la tête. « Oui, je suis définitivement comme ça. »
Will se mit à rire à nouveau. « Doucement. Ce n’est pas moi que tu dois convaincre. »
Elle se détendit un petit peu et se mit même à rire de son propre comportement. « Désolée. C’est juste que c’est mon premier boulot depuis l’université, tu comprends ? C’est important pour moi. »
« Compris. Mais ne t’inquiète pas trop. Tout va bien se passer. »
Lindsay le remercia, et ils continuèrent à discuter quelques minutes de sujets variés : la grandeur du hall d’entrée, depuis combien de temps Will travaillait ici, et pourquoi James était un idiot. Il était apparemment plus fainéant que stupide, et passait le plus clair de son temps à flâner et à draguer les secrétaires. Cependant, ce matin-là, James était ponctuel.
« Lève-tôt ce matin ? » lui demanda Will en haussant un sourcil.
James haussa les épaules. Il était grand et maigre, et ses cheveux étaient délibérément graissés en arrière, mais ils auraient tout aussi bien pu être simplement sales. « J’ai entendu dire que Danny allait être ici ce matin. Elle est canon. »
Will leva les yeux au ciel, puis présenta Lindsay à James : « Voici Lindsay Weiss, notre dernière recrue. »
James survola rapidement Lindsay du regard, sans trop s’y attarder. « Ce n’est pas le genre de secrétaire de notre grand Seigneur, M. Addario. »
Lindsay se mit à rougir. « Je ne suis pas une secrétaire. J’intègre le département marketing. »
« Oh. Ça explique tout. » James ne prit pas la peine de plus élaborer sur le sujet. A la place, il la fit se tenir devant un fond blanc, qui allait trop bien avec son chemiser. Elle sourit maladroitement à sa demande, et cligna des yeux lorsque le flash se déclencha. Sur la photo, on aurait dit qu’elle avait un œil paresseux. Lindsay n’avait jamais été très photogénique.
Lorsque James colla la photo sur son badge, elle soupira. « On dirait que je ne porte même pas de chemisier ! »
James et Will regardèrent le badge par-dessus son épaule. « Mais si », dit James en pointant du doigt la tache blanche au niveau de sa poitrine. « Ça ressemble juste à un chemisier invisible. »
Lindsay soupira à nouveau et pria pour que personne ne regarde son horrible photo de trop près. Avant qu’elle ne puisse s’en plaindre à nouveau, une grande femme aux cheveux blonds s’approcha d’elle. Elle lui sourit, dévoilant une rangée de dents blanches parfaitement alignées. « Je suis Danny Forthright, du département marketing. »
Lindsay faillit à nouveau trébucher en s’approchant de la femme pour lui serrer la main. La vache, elle est tellement bien habillée !
Danny portait une jupe crayon qui mettait en avant ses courbes ainsi qu’une large ceinture qui lui donnait du style. Ses cheveux blonds étaient coiffés en un chignon travaillé, et elle avait probablement une tonne de produits dans se cheveux, mais ils avaient l’air doux et brillants quand même. Et ses talons. Ils lui rajoutaient probablement dix centimètres en plus, ce qui lui faisait dépasser Lindsay, qui portait de petits talons.
Danny lui sourit encore plus largement. « Lindsay ? Tu es adorable. »
Tout en soupirant, Lindsay hocha la tête. « On me l’a déjà dit. »
En riant, Danny passa son bras autour des épaules de Lindsay et la conduisit vers les ascenseurs.
« Ne t’en fais pas, ce n’est pas une mauvaise chose. »
Le département marketing était au dixième étage, et c’est pourquoi Danny lui recommanda d’avoir une deuxième paire de chaussures. « Les talons sont nos meilleurs amis, expliqua Danny, mais ils sont aussi nos pires ennemis quand il faut monter dix étages. Garde une paire de baskets, ou au moins des chaussures plates, à disposition. Elles te sauveront. »
L’étage était organisé de façon plutôt habituelle. Des boxes à moitié fermés, des fenêtres tout le long des murs avec une vue sur la ville et plusieurs grands bureaux de l’autre côté. Cependant, on avait vraiment fait un effort pour décorer le tout. Il y avait des vraies plantes en pot dans les coins et des plantes plus petites pendaient des cloisons des boxes et près des portes. Il y avait des tableaux de peintures abstraites pendus aux murs qui n’avaient pas de fenêtres ainsi que des photos encadrées d’employés lors de soirées d’entreprises, qui avaient l’air de passer un bon moment.
On dirait que l’ambiance est bonne, se dit Lindsay, pleine d’espoir.
Danny lui montra son box. « Tu seras juste à côté de moi. Je convoite le bureau du coin pour l’automne prochain, mais on n’est jamais sûrs de rien dans ce monde, pas vrai ? »
« Exactement », acquiesça Lindsay.
« Mais si jamais ça arrive, ne t’en fais pas. Gina et Sara sont à côté et elles sont gentilles. Elles t’aideront si je ne suis pas dans le coin. En parlant du loup. »
Le regard de Danny se posa sur une jolie femme, deux fois plus petite qu’elle, avec des cheveux bruns raides et des lèvres fines. « Danny, j’ai les flyers ! »
Danny laissa échapper un son qui se trouvait entre le grognement et le rire, mais qui dénotait toute son excitation. « Oh, mon Dieu, il faut que je les voie tout de suite ! »
La femme s’avança rapidement et déposa une pile de papiers sur le bureau. Lindsay regarda par-dessus l’épaule de Danny et découvrit que les flyers indiquaient une sorte de fête. Il y avait un beau masque de bal, ainsi que des rubans et une jolie écriture couleur argent.
« Gina, c’est absolument parfait, j’adore ! » dit Danny.
La petite Gina rayonna en entendant le compliment. « Merci. Tu m’aideras à les distribuer ? »
« Et comment ! » Lorsque Gina regarda Lindsay, Danny se souvint soudain d’elle. « Oh, désolée. Voici notre nouvelle recrue, Lindsay Weiss. N’est-elle pas super mignonne ? »
« Adorable, confirma Gina. Tu viens à la soirée ? »
Lindsay cligna des yeux. « heu, la soirée ? »
Gina lui donna un flyer. « C’est notre soirée annuelle. Ce sera un immense bal masqué, la semaine qui suit le retour du patron des Bahamas. Tu devrais vraiment venir. »
Lindsay accepta le flyer et le lut plus en détail. Soirée annuelle, masque obligatoire pour tout le monde, située dans le manoir… du patron ! « Vous êtes sérieuse ? Ce sera chez lui ? »
Danny hocha la tête. « Ouais, comme chaque année. Mais, ne rêve pas trop. Comme à chaque fois, M. Addario sera occupé avec ses bimbos de secrétaires, si tu vois ce que je veux dire. »
Lindsay fronça les sourcils. Elle se souvint ce que James avait dit au sujet des secrétaires, et elle se demanda si elles étaient engagées pour plus que leur sex appeal. Elle n’en avait rencontré aucune, mais elle pouvait facilement se les imaginer, notamment grâce à tout ce qu’elle avait entendu à leur sujet en si peu de temps.
Elle rendit le flyer tout en secouant la tête. « Tu sais, je ne devrais pas. Je veux dire, c’est mon premier jour, et- »
« N’importe quoi, l’interrompit Gina. C’est une soirée organisée par l’entreprise, et tu fais officiellement partie des nôtres maintenant. Regarde, tu as même un badge. » Elle pointa du doigt le badge, puis fit la grimace. « Oh, ma chérie, c’est toi ? »
Lindsay soupira. Tant pis pour essayer de camoufler son affreuse photo.
Elle n’était pas vraiment une fêtarde, et elle n’était pas très douée avec les gens, mais elle finit par accepter. Nouveau boulot, nouveau départ. Peut-être que maintenant, elle allait devenir intrépide et sociale, pas vrai ?
* * *
Chapitre 2
Lindsay n’était pas du genre à sortir du lot pendant une soirée. Elle était plutôt du genre à porter la mauvaise robe, le mauvais maquillage, et à trébucher en chemin vers les gradins où elle pouvait s’assoir et se cacher.
« Mais ça, c’était l’ancienne Lindsay », se dit-elle dans son miroir tout en regardant sa robe. Elle était longue et lisse, avec une fente sur le côté qui remontait jusqu’en haut de sa cuisse où se trouvait une broche brillante. La robe était bleue, mais suffisamment claire pour faire ressortir ses cheveux bruns et ses yeux marron.
Elle était… bien. Certes, elle ne ressemblait pas à un top model, bien que ses seins aient la bonne taille, mais elle était jolie. Et peut-être même sexy, avec ce décolleté en V dans son dos.
« Tu es sexy », se dit-elle dans le miroir, dans l’espoir que ses pensées positives opèrent leur magie ce soir. « Tu es irrésistible. Tu es charmante et fantastique. Tout le monde va t’adorer. »
Si avec ça je ne mets pas la barre haute, se dit-elle, mais elle continua de sourire.
Elle attrapa son masque et le plaça devant ses yeux. Il était argenté et décoré d’arabesques argentées sur les côtés. Le ruban permettait de le garder bien en place, de façon à ce que personne ne puisse la reconnaitre. « Je serai Cendrillon, anonyme et mystérieuse. Mais j’espère que je ne perdrai pas ma chaussure. »
Elle se regarda une dernière fois dans le miroir, attrapa son manteau dans le dressing et se dirigea vers la porte. Il lui fallait trente minutes pour rejoindre le manoir qui se trouvait sur les hauteurs, et elle était clairement en retard.
* * *
Dès qu’elle arriva devant l’immense demeure, sa première envie fut de faire demi-tour et de partir en courant. Le manoir était gigantesque. Trois, non, quatre étages, des balcons qui avaient l’air de faire tout le tour de la demeure, et il y avait même une fontaine dans le jardin. Elle était illuminée comme le château de Versailles, et des spots de lumières de toutes les couleurs illuminaient l’eau de la fontaine. C’était fantastique.
Autour de la fontaine se trouvait un jardin verdoyant qui rendit Lindsay instantanément jalouse. Il y avait des fleurs de toutes les couleurs, ou peut-être étaient-ce les lumières qui se reflétaient sur les pétales, au milieu d’épais buissons et de vignes vierges. Les arbres étaient parfaitement taillés, et les saules pleureurs touchaient presque l’eau de la fontaine.
C’était un paysage irréel, et si loin de ce qu’elle voyait d’habitude, qu’elle ne savait que faire.
« Je ne suis pas à ma place ici », se murmura-t-elle.
Elle fut prise dans un débat interne pour savoir si elle devait partir avant de passer pour une idiote, mais lorsqu’elle ajusta son masque, elle se sentit plus détendue. Personne ne saurait qu’elle était en fait Lindsay la maladroite, qui était arrivée il y a une semaine au département marketing. Elle pouvait être qui elle voulait ce soir et si elle passait pour une empotée, personne ne saurait que c’était elle.
Elle corrigea sa posture, releva le menton et avança vers les immenses portes d’entrée de l’autre côté de la fontaine.
Elles étaient grandes ouvertes et un garde se tenait devant elles. Il était grand et robuste, mais portait un costume qui avait probablement été fait pour lui sur mesure. Le costume ne le rendait pas moins intimidant.
Se cramponnant à son anonymat, Lindsay avança vers le videur. « Heu, bonjour. »
« Invitation ? »
Invitation ? Oh merde, je devais avoir une invitation ? Lindsay fouilla dans sa pochette et la panique la rendit maladroite.
« Eh bien, je n’ai pas d’invitation, mais je travaille pour l’entreprise, et- » Elle trouva le flyer et le dépliant pour lui montrer. « J’ai été invitée avec ça. Ça marche ? »
Il regarda le flyer et hocha la tête. « Oui, Madame. Entrez. Les rafraîchissements sont sur la gauche, la salle fumeurs à droite. La piste de danse est en face. »
Elle cligna des yeux, se demandant comment une demeure pouvait être si grande qu’elle avait besoin de directions pour y naviguer. Puis elle se souvint de l’extérieur, et ne fut plus si surprise. En souriant, elle remercia le videur et entra.
Ce fut la soirée la plus classe à laquelle Lindsay participa. La plupart de ses soirées avaient eu lieu au lycée ou à la fac, des soirées à boire ou dans les chambres d’étudiants, et dans la grande majorité centrées autour d’un thème ridicule, comme une soirée-pyjama, ou Hawaï. Elle se dit que cette soirée aussi avait un thème ridicule, mais c’était un thème qui avait de la classe. Il s’agissait de salles de bal, de belles robes et de masques derrière lesquels on pouvait trouver son anonymat pour avoir plus de pouvoir.
De plus, elle avait lieu dans une immense demeure avec du champagne, des amuse-bouches exotiques qu’elle avait très peur d’essayer et un immense videur à l’entrée.
Ceci dit, la musique était forte (et offerte par un DJ sur une large scène installée contre l’un des murs d’une pièce du premier étage) et les gens riaient beaucoup, buvaient beaucoup et dansaient beaucoup. Tout le monde portait des masques, aussi l’idée originale de Lindsay de chercher Danny ou Gina tomba à l’eau. Elle ne connaissait pas suffisamment les gens et leurs habitudes pour essayer des les reconnaitre dans la foule masquée.
Puis elle se souvint qu’elle essayait de se donner un nouveau départ, et, déterminée à tirer le plus parti de cette soirée, elle plongea dans la masse.
Elle attrapa une flute de champagne sur le plateau d’un serveur qui passait par là (il y avait vraiment des serveurs) et elle prit une gorgée.
Elle ne savait pas exactement où elle voulait aller, mais décida rapidement que la salle fumeurs ne faisait pas partie de ses plans. Pourquoi s'asphyxier et tousser au milieu d'un groupe d'hommes qui fumaient des cigares ? Elle n'était pas vraiment intéressée par la piste de danse, mais elle espérait qu'il y eut un endroit où les gens discutaient tout en hochant la tête en rythme sur la musique.
Lorsqu'elle entra dans la salle de danse, elle découvrit qu'il s'agissait en fait d'une vraie salle de bal : gigantesque, un sol en marbre et un plafond haut duquel pendaient des lustres.
Bon Dieu, ce type est vraiment riche, se dit Lindsay, tout en contemplant la pièce, en admiration.
Elle ne faisait pas vraiment attention à où elle allait, trop absorbée par la beauté et la grandeur de la pièce pour remarquer quoi que ce soit d'autre. Et c'est pourquoi elle se frappa à un homme masqué.
« Oh, mon Dieu, je suis vraiment désolée », dit-elle instantanément, en se retournant brusquement pour lui faire face. Elle écarquilla légèrement les yeux en le regardant. Il était large, pas gros, mais large. Large d'épaules, principalement à cause de sa musculature, qui continuait jusqu'à ses bras. Et large de torse, qui était taillé. Elle pouvait s'en rendre compte alors même qu'il portait un costume cintré. Sa taille était rentrée, mais ferme, ses jambes étaient musclées et fortes. Et la main qu'il lui tendit était elle aussi large, ses doigts étaient longs et forts, et ils l'attirèrent instantanément sans qu'elle pût dire pourquoi.
« Ne vous en faites pas, dit-il tout en plaçant sa main dans la sienne, c'était probablement de ma faute. » Il leva la main de Lindsay jusqu'à sa bouche pour lui déposer un baiser sur ses phalanges.
Le cœur de Lindsay se mit à battre un peu plus fort. A quand remontait la dernière fois qu'un homme lui avait prêté attention ? A quand remontait la dernière fois qu'un sexy gentleman lui avait prêté attention ?
heu, probablement jamais.
Elle laissa échapper un petit rire et secoua la tête. « J'en doute. Je suis une vraie empotée. »
Il sourit. Ses dents étaient bien alignées et blanches, et pour couronner le tout, il avait des fossettes de chaque côté. Elle ne pouvait voir le reste de son visage à cause de son masque, mais ses yeux... Ils étaient sombres et intenses, le genre d'yeux qui devraient être sur la couverture d'un roman sentimental.
« Eh bien, dans ce cas, je crois que je dois vous remercier », dit-il d'une voix grave.
Elle fronça les sourcils. « Heu, quoi ? »
Son sourire s'élargit. « De m'avoir bousculé. Je ne vous aurais peut-être pas vue sinon, au milieu de tous ces gens. » Il indiqua la foule qui dansait d'un mouvement de la main.
Elle se mit à rire. Un rire doux et dragueur qui la surprit. « Dans ce cas, de rien. »
« Voulez-vous danser ? » demanda-t-il.
Il représentait tous ses fantasmes de jeunesse, mais maintenant qu'il s'agissait de danser avec ce bel homme sexy, elle-même vêtue d'une belle robe, elle n'en avait plus vraiment envie. Pas ici, à sautiller au milieu d'une foule de collègues ivres, qui se rentraient dedans malgré la taille de la salle parce qu'ils étaient bien trop nombreux à y danser en même temps.
Elle se mordit la lèvre, contemplant le charmant jeune homme devant elle. Après un moment, elle relâcha sa lèvre de l'emprise de ses dents et sourit. « Non. »
Elle vit ses sourcils se soulever derrière son masque. « Non ? »
Elle secoua la tête. « Non. Je préférerais que nous trouvions un endroit où je n'aurais pas à vous partager avec le reste du bureau. »
Il rit, et hocha la tête. « C'est juste. Je ne suis pas très partageur moi non plus. » Il prit sa main et la posa dans le creux de son bras, puis dit : « Suivez-moi. Je connais un endroit où nous pourrons être plus tranquilles. »
Un frisson d'excitation parcourut la colonne de Lindsay. Cela ne lui ressemblait tellement pas, mais elle était ravie que cet homme veuille être seul avec elle.
Elle le laissa la guider jusqu'aux escaliers (et d'ailleurs elle n'était pas très sûre qu'ils aient le droit d'y aller, le deuxième étage n'était-il pas privé ?) et le suivit lorsqu'il tourna brusquement à gauche vers un mur qui était vitré du sol au plafond. Il la surprit en trouvant une poignée invisible et ouvrit une porte-fenêtre qui révéla un grand balcon.
« Woua », dit-elle en avançant sur le balcon dans l'air frais de la nuit. Parce que la maison avait été construite sur une colline, la vue depuis le balcon surplombait toute la ville et ses petites lumières clignotantes, avec le fleuve en arrière-plan. « C'est magnifique. »
« Pas autant que vous », murmura-t-il dans son oreille.
Elle frissonna à la douce caresse de son souffle contre son cou. « Oh. Vous... Vous le pensez vraiment ? »
« Oui. Je pense que vous êtes la plus belle chose qui existe ici. »
L'ancienne Lindsay n'y aurait pas cru, mais ce soir, dans sa robe et sous son masque, Lindsay se laissait aller à ses paroles. Elle se laissait croire que cet homme sexy la trouvait magnifique.
Elle rit, contente. « Et est-ce que cette phrase marche avec toutes les femmes à qui vous la dites ? » le taquina-t-elle.
Il lui sourit. « Je ne saurais dire. Vous êtes la seule à qui j'aie dit ça, et je ne sais pas encore ce que vous en pensez. »
« Je me sens bien, lui dit-elle, je me sens même très bien. »
Il s'appuya contre la balustrade du balcon, sans pour autant la quitter du regard, de ses yeux sombres et intenses. « Est-ce que je peux vous demander qui vous êtes ? »
Elle secoua la tête, le menton haut, bien qu'elle ne puisse effacer ce sourire de son visage. « Non. »
Il rit. « Non ? Mais comment saurais-je qui vous êtes alors ? »
« Vous ne le saurez pas. Je dois rester un mystère. »
« Peut-être que je pourrais deviner, proposa-t-il, vous êtes très mémorable. »
« J'en doute. Je ne travaille ici que depuis une semaine », lui dit-elle. Une part d'elle-même se dit que c'était stupide de révéler cette information si elle voulait rester anonyme, mais elle se dit que la compagnie était suffisamment grande pour qu'il y ait de nombreuses nouvelles embauches. « Vous savez, je n'ai même pas encore rencontré le patron. »
« Oh ? » demanda-t-il, tout en caressant doucement son épaule, jusqu'à sa main.
Elle frissonna sous son toucher. « Hmm, j'ai juste entendu dire que c'était un peu un connard. Un riche playboy. Le genre de mec prétentieux qui a toujours une nouvelle bimbo à son bras. »
« En effet, on dirait bien un connard », murmura-t-il.
Elle hocha la tête et s'approcha un peu plus de lui. « Au moins, je sais que je n’ai pas de soucis à me faire », dit-elle distraitement alors que la main de l'inconnu continuait de caresser son bras.
« Et pourquoi ? »
« Je ne suis pas vraiment son genre de fille. »
La main de l'inconnu quitta son bras, mais la peau de Lindsay sentait encore la sensation du contact. Après un instant, il trouva sa taille et l’attira doucement contre lui. « Je pense que vous êtes le genre de fille de tous les hommes », dit-il d'une voix grave qui lui serra le cœur.
Elle prit une brève inspiration, son cœur battait la chamade dans sa poitrine. « Je n'ai pas besoin d'être le genre de tout le monde, je veux juste être celui d'une personne. »
Elle ne savait pas si cette personne était bien lui, mais elle ne pouvait pas nier qu'elle le voulait.
Il s'avança jusqu'à ce que leurs nez se touchent. « Ma belle mystérieuse, je vais vous embrasser maintenant. Voulez-vous bien ? »
« Oui », dit-elle, puis il posa ses lèvres sur les siennes.
Lorsque leurs lèvres se touchèrent, ce fut parfait. Elles étaient douces, mais la pression était ferme, insistante. Parce qu'il la désirait, et que ce genre d'instance était enivrant. Il mit ses mains autour de sa taille et l'attira un peu plus vers lui. Elle posa ses mains sur ses épaules, enveloppant sa nuque de ses doigts, dans ses épais cheveux bruns.
Lindsay sentait la chaleur monter en elle, et elle savait que sa gorgée de champagne n'en était pas responsable. A la place, elle se sentait connectée à cet homme. Comme quelque chose de vrai, de presque tangible entre eux deux.
Son torse était ferme contre le corps de Lindsay. Ses mains descendirent le long de sa taille, s'attardant sur ses hanches, attendant une réaction de sa part. Elle ne se retira pas. A la place, elle se rapprocha de lui, intensifiant leur baiser en ouvrant plus sa bouche.
Leurs langues dansèrent alors que ses mains descendaient encore le long du corps de Lindsay. Lorsque sa main rencontra la fente de sa robe, il frissonna en touchant sa peau douce.
Elle eut le souffle coupé pendant le baiser, son corps s'enflammait.
Ils s'adossèrent à la balustrade du balcon alors qu'il caressait sa cuisse de sa main, ses doigts traçaient une ligne jusqu'à l’arrière de son genou. Au fur et à mesure que sa main avançait, Lindsay bougeait aussi sa jambe. Elle la leva le long de son corps pour lui donner plus d'accès tout en se maintenant en équilibre sur une jambe.
« Oui », murmura-t-il contre ses lèvres, alors que sa main remontait pour serrer ses fesses. « Parfait. Fantastique. »
Il parcourut la ligne de sa colonne vertébrale de ses lèvres, la couvrant de baisers en descendant vers ses épaules puis, sa destination finale, ses seins.
Elle aurait dû l’arrêter à ce moment, et probablement avant. Elle s'était perdue dans la douce sensation de ses bras autour d'elle. La façon qu'il avait de la toucher, de la désirer. C'était mieux que tout ce qu'elle avait connu et elle voulait le laisser faire le plus possible, parce qu'elle n'avait pas les idées claires. Cela n'avait pas d'importance qu'ils fussent sur le balcon de la maison de leur patron, ou qu'elle n'ait aucune idée de qui était cet homme masqué. La connexion était là, et elle était vraie.
Prête à aller jusqu'au bout, Lindsay le laissa remonter sa main le long de sa cuisse, ses doigts caressaient l’intérieur de sa cuisse, de plus en plus haut.
Elle manquait d'air. Il était si proche du point de non-retour, du point où elle aurait désespérément besoin de lui. Son corps lui faisait mal, son intérieur la brulait.
« S'il vous plait », murmura-t-elle.
Elle voulait que ça arrive. Elle le voulait.
Tout de suite.
* * *
Chapitre 3
Ses doigts hésitèrent à l'entrée de son intérieur, suivant la ligne de sa culotte. Elle était sur le point de lui crier de continuer lorsque, soudainement, ils se figèrent.
Les portes du balcon s'ouvrirent brusquement, un couple sortit de la maison, titubant et riant, se tenant l'un l'autre. Ils étaient clairement ivres, ils ne marchaient pas droit et de façon maladroite. Ils étaient si saouls qu'il leur fallut une minute pour se rendre compte qu'ils venaient d'interrompre quelque chose.
Mais cette minute fut suffisante pour que l'homme masqué retire sa main de son centre chaud et qu'il la replace sur son genou. Puis il posa doucement Lindsay au sol, créant une distance entre leurs deux corps. Elle se sentait tremblante, encore troublée par ce qui était sur le point de se passer, mais toujours envahie par le désir de continuer. Elle voulut se reposer contre lui, mais elle n'y trouva plus la même étreinte.
Enfin, le couple sembla se rendre compte qu'ils n'étaient pas seuls sur le balcon. « Oh, merde, désolée », bredouilla la femme entre deux rires. « On cherchait les toilettes. »
« C'est au premier étage », répondit sèchement l'homme masqué. Ses joues étaient rouges, ses lèvres gonflées et le tressaillement de sa mâchoire laissaient penser qu'il n'était pas vraiment ravi d'avoir été interrompu. « Personne ne doit accéder au deuxième étage. »
« Ouais, mais vous êtes- » commença la femme, mais l'homme à ses côtés devint soudain pâle et lui fit signe de se taire.
« Chut, Hillary, tu sais à qui tu parles ? » Elle secoua la tête, mais l'homme l'ignora. Il se tourna vers Lindsay et l'inconnu et s'excusa : « Je suis vraiment désolé, M. Addario. Je crois que nous avons un peu trop bu. »
Et c'est ainsi qu'en un instant, le monde se déroba sous les pieds de Lindsay.
Addario ? Comme Addario Kent, PDG de Globext, la société qui venait de l'engager ?
Elle se sentit soudain malade. Elle n'avait pas juste le tournis, elle avait aussi l'impression qu'elle pourrait vomir d'un instant à l'autre. C'était probablement une bonne chose qu'elle n'ait pas mangé grand-chose, ni trop bu, parce qu'elle aurait probablement repeint le costume de l'inconnu.
Le costume de M. Addario.
« Oh, mon Dieu », murmura-t-elle alors que le couple continuait de s'excuser, quittant le balcon aussi vite que possible. « Oh, mon Dieu. »
J'ai presque fait l'amour avec M. Kent Addario. Le PDG de Blobext. Mon putain de patron ! Ça ne va pas DU TOUT !
La panique l'envahit et elle savait qu'elle devait à tout prix partir d'ici. Elle se retira de l’étreinte de M. Addario avant même de s'en rendre compte. Tout ce qu'elle savait, c'est qu'elle devait partir d'ici. Et vite.
« Eh bien, désolé pour ça », dit M. Addario en se tournant vers elle. « Où en étions-nous ? »
Il se pencha vers elle, ses mains voulurent instinctivement se poser sur ses hanches, ses lèvres s’entrouvrirent pour venir se poser sur les lèvres gonflées de Lindsay.
Mais il était trop tard. Lindsay se fichait bien de son physique maintenant. C'était son patron, et elle n'allait pas oublier cela.
Oh, mon dieu, maintenant il va croire que je suis une fille facile ! Pire, il va me virer. Purée, je vais perdre mon boulot !
« Il- Il faut que j'y aille », bredouilla-t-elle en s'écartant de lui.
Elle le vit froncer des sourcils sous son masque. « Quoi ? A cause de ça ? Ne t'en fais pas, personne ne viendra plus ici. La soirée est au premier et je- »
Mais elle secouait la tète et se dirigeait déjà vers la porte-fenêtre. « Je suis désolée. Je... Je dois partir. »
Je lui ai dit qu'il était un connard, pensa-t-elle, mortifiée.
« Mais attendez ! » l'appela-t-il alors qu'elle entrait dans la maison. Il la suivit dans le couloir et dans les escaliers. Pendant tout ce temps, il lui demandait d'attendre, de lui parler, de lui expliquer ce qui s'était passé, mais elle l'ignorait. Tout ce qu'elle pouvait dire était : « Je dois y aller. »
Il faillit la rattraper, la main tendue pour saisir son bras et la ralentir le temps de lui parler, mais à cet instant précis, elle atteignit le bas des escaliers et disparut immédiatement dans la foule de corps dansant et de lumières. Il plongea lui aussi dans la masse, essayant de se frayer un chemin vers elle, mais il n'était même pas sûr de suivre la bonne fille. Il arrêta toutes les filles qui portaient du bleu, mais ne la retrouva pas.
C'était parce qu'elle avait déjà traversé la piste de danse et se trouvait dans l'entrée. Elle avançait au plus vite, malgré ses talons hauts. Elle salua à peine le videur et fonça vers sa voiture.
Lorsqu'elle fut devant sa voiture, elle ouvrit la porte d'un grand coup et s'y glissa. Elle alluma le moteur et partit à toute vitesse, comme si sa vie en dépendait.
« Mon Dieu, ma vie est fichue ! » pleurait-elle dans sa voiture. « Je vais perdre mon boulot. J'ai embrassé le putain de PDG ! C'est horrible. Il va me virer et plus personne ne voudra m'engager parce qu'ils sauront tous pourquoi j'ai été virée- »
Elle s'arrêta pour respirer. Elle était au bord de l'hyperventilation.
Elle avait presque couché avec son patron. Elle avait été prête, et même consentante à ce qu'il la touche n'importe où, où il le voulait, même sous sa culotte, alors qu'ils ne se connaissaient que depuis quelques minutes.
On ne peut même pas appeler ça se connaître.
Ils portaient des putains de masques ! Elle ne savait pas qui il était jusqu'à ce qu'il fut trop tard.
Et c'est ainsi qu'elle se rendit compte qu'elle était sauvée. Tout le monde portait un masque, et elle aussi. Ce qui voulait dire qu'il ne savait pas qui elle était, bien qu'elle sache qui il était. Elle ne lui avait pas donné son nom, et il ne l'avait pas reconnue.
Etait-il possible que, par quelque miracle, elle fût sauvée ? Que tout allait bien se passer ? Qu'elle était en sécurité ? Qu'elle aurait encore son travail lundi matin ?
« D'accord, Lindsay, voilà ce qu'on va faire », se dit-elle tout en se garant dans le parking de son appartement. Elle éteignit le moteur et resta assisse pendant un moment. « Il ne sait pas qui je suis, ce qui veut dire qu'il m'aura oubliée d'ici lundi, pas vrai ? Ce qui veut dire que je vais arriver lundi comme s’il ne s'était rien passé ce soir. Ce qu'il ne sait pas ne peut pas me faire de tort. »
C'était sa seule option, parce qu'elle n'allait certainement pas mettre en danger son boulot pour une nuit torride avec le patron.
* * *
Chapitre 4
Lindsay eut tout le week-end pour se préparer à la semaine suivante. Lundi, le patron serait là. Elle essayait de ne pas penser à ses mains sur son corps ou à ses lèvres fermement pressées contre les siennes. C'était dur, mais elle était convaincue que c'était faisable.
Je ne le verrai probablement même pas, se raisonna-t-elle.
Quand vint lundi, elle portait un tailleur gris sobre avec un chemisier couleur pêche. Danny lui avait dit de porter plus de couleurs après le fiasco de la photo du badge. Le chemisier était un cadeau d'une amie de la fac et elle l'avait probablement porté deux fois en tout et pour tout, mais maintenant elle était contente de l'avoir. Après ses années d'études, elle devait plusieurs milliers de dollars de prêt étudiant, et si elle pouvait éviter de s'endetter inutilement, elle l'appréciait. C'était la raison principale pour laquelle elle ne se nourrissait que de nouilles instantanées en ce moment.
Elle se dirigea vers les portes-tambour et traversa le hall d'entrée au sol marbré jusqu'aux ascenseurs. Will était au comptoir de l'accueil et elle lui fit un signe de la main.
« Tu as passé un bon week-end ? » demanda-t-il.
Pendant une seconde, Lindsay se figea en repensant aux mains de M. Addario sur ses hanches et... et à d'autres endroits. Puis elle se rendit compte que Will n'insinuait rien, et qu'il posait juste une question amicale. Et qu'il était impossible qu'il fût au courant de sa soirée à tripoter le patron. Tout en souriant, elle haussa les épaules. « Il a été plutôt ennuyant. Je ne suis pas très intéressante. »
Il se mit à rire. « Je suis sûr que si. Tu es la seule personne qui trébuche pour faire bonne impression. »
Elle lui tira la langue, joueuse, tout en lui souriant. L'ascenseur arriva à ce moment et les portes s'ouvrirent. Elle fit un nouveau signe de la main à Will. « On se voit au déjeuner ? »
Il hocha la tête. « Et comment. On va aller essayer ce nouveau restaurant en bas de la rue. J’ai entendu dire qu'ils ont des fruits de mer à mourir. »
« Je préfèrerais rester en vie », lui dit-elle en entrant dans l'ascenseur. « Mais j'essayerai quelque chose qui ne soit pas visqueux. »
Il rit alors que les portes se refermaient.
Lindsay prit l'ascenseur jusqu'au dixième étage où se trouvait le département marketing. Il y avait déjà d'autres employés présents, pour la plupart des femmes, mais aussi quelques hommes, et Lindsay leur fit bonjour de la main tout en se dirigeant vers son box. Elle n'avait pas encore rencontré tout le monde, puisqu'elle n'était ici que depuis cinq jours, mais elle avait au moins vu tout le monde et personne ne lui avait paru prétentieux.
Lorsqu'elle s’installa à son bureau, Gina passa la tête au-dessus de la séparation de leurs boxes. Lindsay se demanda si elle était debout sur son bureau ou sur sa chaise pour être aussi grande. Gina faisait la moue. « Je ne t'ai pas vue à la soirée ! »
Lindsay se sentit rougir et se tourna vers son sac à main pour en sortir des documents qu'elle avait amenés à la maison vendredi. Elle déglutit et se demanda ce qu'elle allait bien pouvoir lui répondre. Qu'elle y était, mais qu'elle était partie tôt ? Qu'elle n'y était pas du tout allée ? Elle décida finalement de rester vague. « C'était un bal masqué », lui rappela-t-elle tout en installant ses documents sur son bureau. « Tu ne m'y as pas vue. Je pensais que c'était le but. »
Elle se risqua à regarder sa collègue et elle découvrit que Gina soupesait son argument. Après un moment, elle haussa les épaules. « J'imagine que c'est vrai. Mais du coup, tu y es allée ? »
Une fois de plus, Lindsay se trouvait dans une situation inconfortable. Devait-elle dire la vérité ? Que se passerait-il si M. Addario en entendait parler et remettait les pièces du puzzle ensemble ? Faible probabilité, mais le doute subsistait.
Lindsay ouvrit la bouche, sans trop savoir ce qu'elle allait lui répondre, quand Danny fit irruption. Elle s'appuya contre le mur du fond du box. « Vous avez entendu comment Moira de la compta a fini ? Complètement bourrée. »
« Non ! » répondit immédiatement Gina, flairant le nouveau ragot. Elle se désintéressa totalement de Lindsay.
Danny hocha la tête alors que Lindsay sentait ses épaules se détendre. « Ouais. J'ai entendu dire qu'elle a presque couché avec George dans le jardin. »
« Mais George est marié ! » Gina avait l'air scandalisée, bien que tout à fait captivée.
« Je sais ! »
Elles continuent à discuter de la soirée, abordant tous les ragots juteux que Lindsay avait manqués bien qu'elle fut à la soirée. Ni Gina ni Danny ne lui demandèrent si elle avait assisté à la soirée, principalement parce que de plus en plus d'employés arrivaient et que la journée commençait. Elles ne pouvaient pas rester ici à papoter toute la journée.
Lindsay était soulagée. Elle n'était pas une bonne menteuse et elle avait peur qu'une des deux collègues lui demande ce qu'elle essayait de cacher.
Elle se tourna vers son bureau et se mit au travail. Elle travaillait sur un rapport concernant la nouvelle campagne publicitaire Sexe & Mariage. Elle avait mis au point le concept, l'idée étant que le sexe vendait, mais que le mariage durait. En incorporant les deux, elle espérait montrer que bien que le sexe superficiel était ce que tout le monde voulait, le mariage était le but final, parce qu'il durait plus longtemps. Et comme tout le monde aspirait à la stabilité, ils devaient proposer une ligne de vêtements de sport pour femme, plus durable et plus sexy. Cela avait été une campagne publicitaire plutôt basique jusqu'à ce que Lindsay commence à participer au projet. Soudain, elle devait prendre en compte des facteurs tels que la cible : était-ce des femmes d'un certain âge qui voulaient être sexy à nouveau ? Ou de jeunes femmes qui voulaient rester sexy ? Mais aussi, comment vendre du sexe sans vendre du sexe, ainsi que trouver le moyen de communiquer tout cela dans la presse féminine ? C'était plus compliqué qu'elle ne l'avait imaginé, mais elle faisait de bons progrès. Elle devait présenter un rapport ce jeudi et elle espérait que son supérieur, Joshua Mendez, l’apprécierait.
Elle se plongea dans le rapport et la campagne publicitaire. Les heures passèrent comme des secondes. Elle ne s’arrêta pour manger que parce que certaines collègues, ainsi que Will, le lui demandèrent. Ils essayèrent les fruits de mer et, comme elle le redoutait, l’expérience fut horrible. Puis, il fut l'heure d'y retourner.
Les deux jours suivants se déroulèrent de la même façon, puis vint jeudi. Elle était nerveuse et mordillait le bouchon de son stylo. Elle venait juste de rendre son rapport. Ses recherches préliminaires suggéraient qu'elle devait cibler un public de femmes au foyer mûres qui souhaitaient se remettre en forme.
Cela voulait dire qu'il faudrait ensuite concevoir des affiches, des pages dans les magazines et des publications sur les réseaux sociaux qui seraient visibles par une certaine cible, ce qui représentait beaucoup de travail. Mais elle trouvait que le concept était bon et elle espérait que M. Mendez serait du même avis.
« Ne sois pas si nerveuse », lui dit Danny, appuyée contre un des murs du box de Lindsay. « Le premier rapport est toujours horrible, mais Sexe & Mariage est un bon concept. Je pense que ça vendra. En plus, les mecs adorent tout ce qui met en avant des corps sexys, non ? » Elle lui fit un clin d'œil. « Je rigole. Enfin, pas tant que ça. »
« Je ne suis pas nerveuse », lui dit Lindsay, ce qui était un flagrant mensonge. Lorsque Danny leva un sourcil pour lui montrer qu'elle savait qu'elle mentait, Lindsay soupira. « D'accord, je le suis. Mais j'essaye de me mettre en confiance, tu vois ? Nouveau boulot, nouveau moi. Sans peur. »
Danny hocha la tête. « Tu as raison. Continue, ma fille. Tu vas bien t'en sortir. »
Elles continuèrent à discuter pendant quelques minutes à propos du déjeuner et de peut-être aller boire un verre vendredi ou samedi. Avant de pouvoir finaliser leurs plans, elles furent interrompues par Sofia, la secrétaire de M. Mendez. Elle était petite, avec des formes, et portait des lunettes ovales qui lui rapetissaient les yeux. Elle travaillait ici depuis la nuit des temps, semble-t-il.
Elle sourit. « Mlle Weiss ? M. Mendez voudrait vous voir. »
Lindsay déglutit nerveusement, mais se força à sourire. « Bien sûr. »
Danny l'encouragea en levant ses deux pouces en l'air alors que Lindsay suivait la petite secrétaire. Sofia ne dit rien jusqu'à ce qu'elles atteignent la porte du bureau de M. Mendez. « Allez-y ma belle. Il vous attend. »
Lindsay hocha la tête et prit une profonde inspiration. Elle poussa la porte tout en toquant doucement. « M. Mendez ? »
« Oh, Mlle Weiss, bonjour. Entrez, entrez. »
Il lui fit signe d'entrer et elle sourit en passant la porte. « Vous voulez que je laisse ouvert ? »
D'un geste de la main, il montra que cela avait peu d'importance. « Si vous voulez, bien sûr. S'il vous plait, asseyez-vous. J'aimerais que nous parlions de votre rapport de campagne. »
Lindsay lissa sa jupe en s'asseyant. Elle essayait de ne pas se laisser dominer par des gestes nerveux. « Oui, monsieur. »
« Il est brillant », lui dit-il, excité, tout en prenant une pile de documents sur son bureau. « J'adore. C'est complètement dans la tendance du moment, les femmes mûres peuvent être magnifiques, tout en vendant quelque chose de sexy et en mettant des gens beaux (ce qui est-ce que tout le monde veut, quoi qu'ils disent) en couverture des magazines. C'est parfait. Je veux que ce soit notre nouvelle bannière sur nos réseaux sociaux. Je veux des immenses affiches dans nos magasins de centre-ville. Je veux que chaque femme de plus de quarante-quatre ans porte notre ligne de vêtements de sport Sexe & Mariage. »
Les yeux de Lindsay étaient prêts à sortir de leurs orbites. De surprise, elle avait la bouche ouverte. « Vraiment ? »
Il lui fit un grand sourire. « Absolument. Ça va marcher du tonnerre, et dès le début. Vous êtes un atout ici. »
Lindsay ne pouvait dissimuler l'immense sourire sur son visage. « Merci, monsieur. »
« Non, merci à vous », dit-il en lui faisant un clin d'œil. « Maintenant, il faut juste que vous réarrangiez un peu ce rapport, j'ai ajouté quelques notes, et que vous me fassiez un PowerPoint. Vous pouvez faire ça ce soir, pas vrai ? »
En fronçant les sourcils, elle demanda : « Un PowerPoint, monsieur ? »
« Pour la présentation. »
Elle cligna des yeux. « La présentation ? »
« Vous savez, celle que vous allez faire pour M. Addario demain. Il veut être tenu au courant de toutes nos campagnes de publicité. »
Le cerveau de Lindsay avait cessé de fonctionner à « M. Addario ». Son patron. L'homme qui l'avait embrassée passionnément, délicieusement, fougueusement. Les yeux dans le vide, elle se souvint de la façon dont il la tenait contre lui, contre son torse ferme alors qu'il-
« Et bien évidemment, c’est mieux que vous présentiez le projet, puisque c’est vous qui avez rédigé le rapport et mené la campagne. »
Lindsay sortit de sa rêverie. « Pardon ? Oh, oui, bien sûr. Mais je suis sûre que M. Addario est très occupé, il n'est pas obligé- »
« Voyons », l'interrompit M. Mendez. « Il a insisté. Prévenez-moi si vous avez besoin d'aide avec la présentation. Je sais que ce n'est que votre deuxième semaine ici, je resterai disponible si vous avez besoin de moi. Faites-le savoir à Sofia. »
Il lui fit signe que l'entretien était terminé, et il se remit sur d'autres projets. Lindsay sortit de son bureau, sous le choc. Elle n'arrivait pas à croire qu'il avait aimé sa campagne, mais, plus important, elle n'arrivait pas à croire qu'elle allait devoir faire face à M. Addario.
Que voulait dire M. Mendez par « insister » ? Est-ce que M. Addario sait qui je suis ?
Rien que d'y penser, son cœur s’accéléra. Pendant tout ce temps, elle s'était dit qu'il ne pouvait découvrir son identité, mais maintenant elle n'en était plus si sûre. Elle déglutit et se força à sourire à Sofia, puis retourna vers son bureau.
« Alors ? » demanda Danny.
Lindsay, toujours choquée, dit simplement : « Je dois représenter le projet à M. Addario. »
« Je savais qu'ils t'aimeraient. »
* * *
Vendredi fut une épreuve pour les nerfs de Lindsay. Elle avait à peine dormi la nuit d'avant et bien que c'était principalement pour finir son rapport et travailler sur son PowerPoint, elle savait aussi que cela était dû au fait qu’elle allait voir M. Addario aujourd'hui.
Il ne me reconnaitra pas, il ne me reconnaitra pas.
Elle se répéta cette phrase toute la matinée alors qu'elle buvait son troisième café agrémenté de deux shots d'expresso. Elle avait l’impression d'avoir mis ses doigts dans une prise électrique, mais elle n'avait pas dormi et avait besoin de toute l’énergie qu'elle pouvait trouver. Mais elle commençait à le regretter. Elle ne pouvait s’empêcher de trembler.
Devant le bureau de M. Addario, elle essaya de rassembler son courage. M. Mendez lui avait assuré que la présentation serait brève. Danny serait aussi présente, ainsi que M. Mendez, une femme prénommée Natalie et M. Addario. Natalie et Danny étaient ses partenaires sur le projet, bien que M. Mendez lui ait précisé que c'était elle qui devait mener la présentation.
La situation ne lui plaisait pas vraiment. Elle manquait de l'entrain nécessaire pour mener une équipe. La plupart du temps, elle préférait bien faire son travail et rester à l'écart des ennuis.
Elle déglutit lourdement, prit deux ou trois profondes inspirations et elle fut prête. Elle ouvrit la porte et entra dans le bureau.
Dès qu'elle fut à l'intérieur, elle sentit un choc d’électricité. L'onde parcourut toute sa peau, comme de l’électricité statique. Elle avait l’impression que son corps était en feu, son cœur tambourinait contre sa poitrine et soudain, l'air lui manqua. Sa réaction avait été instantanée et elle savait à quoi elle était due.
M. Addario.
Il était assis au fond de la pièce, nonchalamment appuyé sur l’accoudoir de sa chaise, et il avait l'air encore plus sexy, assis là sans cravate, les premiers boutons de sa chemise défaits, les manches retroussées sur ses avant-bras musclés. On aurait dit un dieu, quelque chose tout droit sorti d'un magazine GQ. Ses yeux avaient toujours la même teinte sombre que dans ses souvenirs, mais ils étaient maintenant inclus dans un visage qu'elle pouvait voir en entier et il n'en était que plus beau. Elle avait espéré que sans le mystère elle ne le trouverait plus aussi attirant, mais la vie était vraiment injuste. A la place, ses jambes avaient l'air de se transformer en coton, son corps menaçait de se transformer en une mare gluante sur le sol de son bureau.
C’est seulement parce qu'il ne la regardait pas et que Danny lui envoyait à nouveau des pouces en l'air qu'elle put garder son calme.
Il ne se souvient pas de moi, se dit-elle, mais son mantra avait perdu de sa force. Soudain, à présent, elle espérait presque qu'il se souvienne d'elle.
Elle mit de côté ce désir irresponsable, se racla la gorge et sourit. « Bonjour », dit-elle au groupe. « Je suis Lindsay Weiss, j'ai été embauchée il y a une semaine. J'ai rencontré certains d'entre vous, mais pour ceux qui ne me connaissent pas encore, je suis impatiente de travailler avec vous. »
L'autre femme, Natalie, sourit poliment pendant que M. Mendez et Danny hochèrent la tête. Lindsay essayait de ne pas trop se concentrer sur M. Addario, mais son regard glissait constamment en sa direction. Son expression n'avait pas changé, mais ses yeux étaient maintenant braqués sur elle. Elle déglutit.
« La campagne s'appelle Sexe & Mariage », commença Lindsay, affichant la première page de son PowerPoint. « Notre but est de vendre du sexe à ceux qui sont déjà mariés. Le mariage dure pour toujours, tout comme notre ligne de vêtements de sport, mais le sexe, c'est ce que nous désirons. C'est ce pour quoi nous travaillons, et c'est ce que notre ligne peut apporter. Ne soyez pas ce qui dure pour toujours, mais soyez ce que votre homme désirera pour toujours. »
Elle ne s'attendait pas à ce que ce soit si dur de faire sa présentation, mais c'était naïf de sa part. Bien sûr que c'était difficile. Elle se tenait là, à parler de sexe et ce que les hommes voulaient pendant que les yeux de son rendez-vous galant la fixaient, la plaquaient presque contre le mur. Il la regardait. Il était pendu à ses mots, il les dévorait, et cela excitait Lindsay.
Cela n'aurait pas dû. Ce n'était qu'une campagne de publicité. Elle ne faisait même pas partie de la cible. Mais cela n'avait pas d'importance. Il la regardait et elle se souvenait de ce qu'elle avait ressenti lorsqu'il avait glissé sa main le long de sa cuisse, vers sa culotte.
Lindsay finit sa présentation abasourdie. Tout le monde applaudit, Danny et M. Mendez vigoureusement, Natalie poliment. Et M. Addario ? Ses mains semblaient se joindre comme une promesse. La promesse de tout ce qu'elles pouvaient faire.
Mon Dieu, je suis en train de perdre la tête, pensa-t-elle tout en essayant de repousser les images de ses mains sur son corps.
Après la présentation, ils restèrent à discuter. Natalie fut polie, voire un peu froide. Elle ne semblait pas apprécier Lindsay. Danny était contente et M. Mendez lui répéta à quel point le projet qu'elle avait trouvé était fantastique. M. Addario était en retrait. Il ne disait mot. Et quand tout le monde commença à partir, il dit simplement : « J'aimerais vous parler en privée, Mlle Weiss. Nous devons parler de quelques points de la campagne. »
Personne ne sembla penser que c'était étrange, mais les joues de Lindsay semblaient prendre feu. Danny promit qu'ils organiseraient une nouvelle réunion entre eux pour voir les détails, et Natalie ne dit rien, à nouveau. M. Mendez félicita Lindsay une fois de plus.
Puis ils furent seuls. Soudain, ce fut simplement Lindsay et M. Addario, dans un bureau.
Elle se força à sourire. « M. Addario, vous vouliez me parler ? »
Il la regarda un moment, ses yeux semblaient apprécier ce qu'ils voyaient. Elle sentit une vague de chaud la parcourir en réponse à son regard, bien qu'elle soupçonnait que ce ne fut que le regard d'un patron qui développait une quelconque attention à l'égard d'une nouvelle employée.
« Je voulais juste apprendre à vous connaître un peu. Vous êtes nouvelle et j'aime bien être à jour sur mes employés. »
De sa large main, il désigna une chaise. Elle s'assit.
« Oh. Eh bien, je suis très heureuse d'avoir une chance dans votre société », dit-elle, honnête. « C'est une très bonne façon de commencer une carrière. Je ne voudrais pas me compromettre. »
Elle aurait aimé pouvoir se gifler pour cette dernière phrase. Quoi ? J'essaye de me faire démasquer ou quoi ?
Il se mit à rire. Son rire était doux, c'était fantastique. Il enveloppait Lindsay et allait droit en elle. Elle décida sur le coup qu'aucun homme ne devrait avoir cet effet sur elle, et pourtant cet homme l'avait déjà fait par deux fois.
« Je ne pense pas que vous devriez vous inquiéter pour ça », lui dit-il tout en souriant. « Vous semblez être le choix parfait. »
Pour vous, pensa-t-elle, imaginant comme leurs corps pourraient être nus et entremêlés sur le bureau, ses mains entre ses jambes pour-
Elle secoua la tête pour se débarrasser de ses visions lascives.
Il leva un sourcil, surpris de sa réaction. « Vous ne trouvez pas ? »
Elle fit la moue. « Non, pardon, je veux dire bien sûr, je pense être le bon choix pour ce poste. Je me disais juste que vous étiez quelqu'un de très généreux. » Elle avait l'air d'une idiote, mais elle ne pouvait pas lui avouer ce à quoi elle pensait vraiment. Cela aurait été trop embarrassant.
« Ne soyez pas si dure avec vous-même. Vous présentez bien. Vous avez l'air d'être le genre de femme qui a toujours... le dessus. »
Elle cligna des yeux. Le dessus ? Genre... sexuellement ?
Et son esprit était reparti, elle s'imaginait le chevauchant, sans sa chemise, entièrement nu, mais caché par son propre corps alors qu'elle le-
« Hum, pardon ? »
Son sourire était malin. L'avait-il dit intentionnellement ? « Le dessus sur les choses. Vous avez l'air très organisée. »
« Oh, oui. Bien sûr. »
« Je suis impatient de vous revoir. »
Elle écarquilla les yeux. « Pardon ? »
« Je disais que je suis impatient de voir vos prochains projets. »
Oh mon Dieu ! Je perds complètement la tête.
« Oui. Moi aussi. » Elle fit la grimace. « Je veux dire, je suis impatiente que vous me revoyiez. Je veux dire, mes projets. Voir mes projets. »
Elle rougit de honte, elle voulait que cette conversation se termine. Son esprit lui suppliait de quitter ce bureau sur-le-champ, mais son corps réclamait quelque chose de tout à fait différent. Quelque chose de sale et sexy.
« Je pense que vous êtes le choix idéal. »
Ce n'était pas ce qu'il avait dit qui la propulsa dans le monde des rêves éveillés. Cette fois-ci, ce fut la façon dont il l'avait dit. Comme si c'était du chocolat noir qui se glissait entre ses lèvres pour toucher sa langue, pour descendre le long de sa gorge, pour la faire fondre de l’intérieur avec une passion qu'elle ne pouvait expliquer.
Le choix idéal. Je pense que ton corps sur le mien est un choix idéal.
« Je... Je le pense aussi, monsieur. »
Finalement, il dut partir pour une autre réunion. Lorsqu'il se leva, elle remarqua à quel point son corps était parfaitement taillé.
De larges épaules, des jambes musclées, une taille ferme. Il avait tout. Lorsqu'il sortit de la pièce, elle le regarda. Ou, plus spécifiquement, elle regarda son petit cul ferme jusqu'à ce qu'il soit hors de vue.
Lorsqu'il fut parti, elle s'effondra sur la chaise. « Putain de nom de Dieu », murmura-t-elle. « Aucun homme ne devrait être aussi sexy. »
Surtout ceux qui sont aussi des dragueurs.
* * *
Chapitre 5
Cela faisait déjà deux semaines que Lindsay travaillait sur le projet, et elle avait remarqué plusieurs choses.
Premièrement, Natalie était une vraie conne et n'était pas très coopérative. Elle semblait s'opposer à chaque idée que Lindsay proposait et cela finissait toujours en vote, ce qui voulait dire que Lindsay finissait par gagner puisqu'elles n'étaient que trois et que Danny était toujours d'accord avec elle.
Deuxièmement, M. Mendez ne touchait absolument pas au projet. Il supervisait certaines campagnes publicitaires, mais bien qu'étant son supérieur direct, il n'était pas responsable du projet.
Troisièmement, M. Addario, lui, était en charge, et il organisait une réunion tous les matins avec Lindsay pour être tenu au courant de l'avancée du projet.
Tout cela se passait bien, si on mettait de côté le fait que Lindsay avait l'intense impression que M. Addario voulait plus qu'un rapport quotidien de sa part, et elle voulait vraiment lui donner ce qu'il voulait, bien qu'elle sut que ce fut une idée stupide.
Lindsay arrivait pour sa réunion quotidienne avec M. Addario à 6h30, soit une heure avant son heure d'arrivée habituelle, et ils revoyaient ensemble les moindres détails du projet. Parfois il lui posait des questions, parfois il se contentait de la regarder comme s’il la déshabillait du regard. Mais il n'essayait jamais rien ouvertement.
Ce matin-là, Lindsay était en retard. Elle avait raté son taxi, la machine à café lui avait explosé entre les mains et les ascenseurs étaient en panne. Elle gravit les dix étages pieds nus parce qu'elle avait oublié d'emporter une paire de ballerines comme le lui avait conseillé Danny lors de sa visite le premier jour. Le temps qu'elle arrive au département marketing, elle était en sueur et épuisée. Sans oublier en retard de trente minutes.
Elle pouvait voir M. Addario à travers la paroi vitrée du bureau. Il était assis, les pieds posés sur le plateau du bureau, et il jouait avec un stylo. S’il était en colère qu'elle soit en retard, il ne le montrait pas. Évidemment, il ne l'avait pas encore aperçue, donc cela pouvait changer d'un moment à l'autre.
Elle rassembla tout son courage et se dirigea vers son bureau. Elle marqua une pause devant la porte pour enfiler ses talons en se penchant bizarrement, entravée par sa jupe crayon. Elle avait une jambe pliée tout en essayant de garder son équilibre sur l'autre lorsque la porte s'ouvrit, révélant la grande stature musclée de M. Addario, qui la regardait.
Elle se figea. « Heu, bonjour. »
« Vous êtes en retard », dit-il d'une voix rauque.
« Oui. Les ascenseurs sont en panne et je- »
« Vous avez monté les dix étages à pied ? » l'interrompit-il.
Elle hocha la tête.
« Bon Dieu. Entrez. Oubliez les talons. »
Elle haussa les sourcils, surprise. « Heu. »
« Entrez, ou c'est moi qui vous porte. »
Son corps devint soudain très chaud à l'idée qu'il la soulève et la prenne sur son épaule, en direction de son bureau. Peut-être qu'il la jetterait même sur son bureau. Peut-être qu'il retrousserait sa jupe et qu'il trouverait sa place entre ses jambes écartées. Peut-être qu'il laisserait sa main se promener jusqu'à l'intérieur de ses cuisses, comme cette fameuse nuit, avant qu'il ne-
Elle secoua la tête pour se débarrasser de ces images. Elle se redressa, récupéra ses talons et entra dans le bureau de M. Addario.
« Heu, je suis désolée, M. Addario », murmura-t-elle tout en posant ses chaussures par terre.
Il verrouilla ses yeux sombres sur elle. « Nous avons travaillé suffisamment longtemps ensemble pour que vous m'appeliez Kent, non ? »
Lindsay posa ses yeux sur ses lèvres lorsqu'il prononça son nom. Kent. Ce n'était pas un prénom qu'elle trouvait sexy d'habitude, mais aujourd'hui, ça l'était. Aujourd'hui, tout ce qu'il faisait ou disait était sexy, et le simple fait qu'il voulait qu'elle l'appelle Kent envoya à nouveau son corps dans une spirale de désir.
Elle le voulait tellement. Mon Dieu, elle le voulait.
« Je, heu, je ne suis pas sûre que ce soit approprié, monsieur », murmura-t-elle, bien que sa propre bouche voulait former son nom, sentir le goût de ses lèvres sur les siennes.
Il fit un pas vers elle. « Je suis sûr que ça ne l'est pas. » C'était si inavouable, et pourtant si délicieux.
Elle changea brutalement de sujet en détournant les yeux et en ouvrant un dossier qu’elle avait amené avec elle et qui contenait des notes concernant le projet. « Nous sommes presque prêts pour lancer la campagne sur les réseaux sociaux. Je pensais donner un petit avant-goût- »
« Tout le monde aime avoir un avant-goût », murmura doucement M. Addario par-dessus son épaule. Il était près d'elle, si près qu'elle sentait son souffle contre sa peau. Mais il ne la touchait pas. Il n'attrapa pas son cul, ou sa cuisse, ni même ne joua avec ses cheveux. Il n'y avait rien d’inapproprié dans ce qu'il faisait, à part le fait, bien sûr, que tout était inapproprié.
Elle expira profondément, son cœur tambourinait dans sa poitrine. « Heu. Ce serait quelque chose pour attiser la curiosité- »
« Ma curiosité est définitivement attisée. »
« Et... Heu, on pourrait montrer des images très serrées, des jambes, des hanches, des tailles- »
« Des seins ? » proposa-t-il, sa bouche juste à côté de l'oreille de Lindsay.
« Humhum », acquiesça-t-elle. Sa voix devenait fluette et elle avait de plus en plus de mal à continuer. « Les modèles porteront les vêtements de la marque. Ensuite, plus tard, nous montrerons l'image dans son entier et- »
« Et elles seront accros », finit-il. « On leur montre ce qu'elles veulent, et ensuite on leur montre qu'elles peuvent quand même l'avoir. »
Lindsay hocha la tête. Sa bouche était sèche. Elle se lécha les lèvres, comme pour les hydrater, mais alors que M. Addario, pardon, Kent, remarqua son geste, on aurait dit qu'un feu s'embrasait dans ses yeux.
« On leur montre qu'elles peuvent tout avoir. »
Ses mots résonnèrent en Lindsay. Elle voulait tout avoir. Elle voulait tout chez lui, plus précisément, mais une partie d'elle-même avait peur. Pas seulement des rumeurs à son propos, et de comment il se comportait avec les femmes, mais aussi qu'il réalise qu'elle était la fille de la soirée. Qu'elle l'eût traité de connard, cela n'allait pas lui faire gagner des points. Et si elle craquait, et réalisait ensuite qu'elle n'était qu'une parmi tout un troupeau de bimbos ?
Elle ne pouvait prendre ce risque. Malgré la tension palpable entre eux, cette connexion si simple, elle résista.
Elle s'écarta de lui et dit : « Oui. Exactement. Elles achèteront la ligne de vêtements et elles trouveront la motivation pour se dépasser. C'est tout ce que nous pouvons espérer, n'est-ce pas ? »
Le regard de Kent restait verrouillé sur elle, mais elle avait mis de la distance entre eux. Malgré les rumeurs concernant sa personnalité de playboy, il était un vrai gentleman avec elle. Lorsqu'elle s'était éloignée, il l'avait laissée faire. Il ne l'avait jamais touchée, bien que ses mots fussent comme des caresses sur tout son corps. Et il ne l'avait forcée à rien. Il testait le terrain, il essayait de la séduire, mais il ne lui faisait jamais rien faire. Et il la laissait toujours partir.
« Oui, bien sûr », murmura-t-il.
Elle regarda sa montre. « Je ferais mieux d'y aller. Danny et Natalie vont bientôt arriver. Il faut que je voie avec elles pour la date de lancement sur les réseaux sociaux. »
Il hocha la tête.
Elle sortit du bureau tout en sentant le regard de Kent la suivre jusqu'à son propre bureau. Ce fut uniquement lorsqu'elle fut protégée par le mur de son box qu'elle sentit la chaleur de son regard se dissiper.
Mais au lieu de se sentir soulagée, elle fut déçue.
* * *
Chapitre 6
La semaine touchait à sa fin lorsque Lindsay se rendit dans le bureau de Kent, pour le trouver étendu sur une chaise. Il avait aussi allongé ses jambes et sa tête reposait en arrière. Sa chemise était à moitié ouverte, comme s’il venait de sortir du lit et qu'il était si pressé qu'il n'avait pas pris la peine de s'habiller correctement. Ses cheveux étaient encore légèrement humides et la vision de tout son corps emporta Lindsay.
Son corps était en manque, comme si elle était accro. Il allumait les alarmes de son plaisir rien qu'en se trouvant dans la même pièce qu'elle, et elle ne pouvait nier que son esprit imaginait des choses rien qu’en le voyant.
Cependant, aujourd'hui, c’était pire. Il avait l'air... tellement sexy, étendu ainsi sur sa chaise. Comme s'il venait de sortir du lit, ou encore mieux, comme s’il était encore au lit, après avoir fait passionnément l'amour.
Son esprit rêvassait, l'imaginant lui, en train de lui donner du plaisir alors que tout son corps le suppliait de la toucher. Elle s’imaginait la sensation de ses mains sur elle, de sa bouche sur elle, de-
Elle aurait pu rester longtemps dans ce fantasme de leurs deux corps ensemble au lit, si Kent n'avait pas bougé sur sa chaise. Le mouvement ramena l'attention de Lindsay à la réalité et elle trouva les yeux sombres de Kent fixés sur elle.
« Depuis combien de temps me fixez-vous ? » demanda-t-il brutalement, un petit sourire malin au coin de sa bouche.
Elle écarquilla les yeux. « Oh, je ne- »
« Si, lui dit-il, vous me regardiez. Je pouvais presque sentir votre regard sur mon corps. C'était si puissant que c'en était presque physique. »
Une vague de chaleur parcourut le corps de Lindsay, mais ce n'était pas à cause de la honte d'avoir été prise ne flagrant délit. « Je... » Elle secoua la tête. « Je suis désolée. »
« Pas moi », dit-il, sérieux. « Je le fais tout le temps. Je dois l'avouer », dit-il tout en se levant de sa chaise et en s'approchant d'elle. « Je vous regarde à chaque fois que j'en ai l'occasion. Mon esprit vous déshabille, j'imagine à quoi vous ressemblez sous vos petites jupes crayon et ces chemisiers qui sont presque toujours transparents. »
Elle rougit. Il ne pouvait pas être en train de dire ça, et pourtant. Et la façon qu'il avait de la regarder maintenant... Comme s’il voulait la dévorer entière. Cela mit le feu à son corps.
« Et je me dis “C'est aujourd’hui qu'elle va céder” » continuait-il, sa voix devenant de plus en plus grave. « Mais vous ne cédez jamais. Je commençais à croire que vous ne la ressentiez pas. Cette connexion. Cette électricité entre nous deux. »
« Je la ressens », dit-elle avant même de s'en rendre compte.
Sa bouche esquissa un sourire. « Bien. »
« Mais est-ce que c'est vraiment- »
« Une bonne idée ? » dit-il pour finir sa phrase. Ses larges épaules étaient bandées. Sa chemise était largement ouverte, révélant sa peau lisse et douce sous le fin tissu. « Je ne sais pas. Tout ce que je sais, c'est que j'ai besoin de vous, mais je ne ferai rien si vous ne le voulez pas. »
C'était sa chance de reculer, de lui dire qu'elle n'était pas à la l'aise avec cette situation et qu'elle préférerait qu'il arrête ses avances et sa drague. Mais elle ne dit rien de tout ça. A la place, elle ouvrit la bouche et laissa échapper un : « Je veux que vous m'embrassiez. »
En deux secondes, il était debout et avait traversé la pièce, l'avait prise dans ses bras et serré son corps contre le sien. Elle était si proche de son corps ferme qu'elle pouvait sentir son corps battre (ainsi que son membre grossissant dans son pantalon).
Les yeux de Kent brulaient d'envie, et il n'y avait pas de doute sur le sujet de son envie. Il posa ses yeux sur sa bouche un instant avant d'y presser ses lèvres.
Il avait le goût de menthe. Ses lèvres étaient aussi douces que la nuit de la soirée et elles étaient toutes aussi fermes, voire même plus insistantes.
Elle fondait dans ses bras.
Elle posa ses mains sur son torse, cramponnées à sa chemise, aussi ardente pour son corps que lui du sien. Elle ouvrit ses lèvres pour accueillir sa langue. Il la gouta longuement, comme s’il la buvait entièrement. Il gémissait dans sa bouche, ses mains parcouraient de haut en bas ses bras, puis sa taille, et enfin un peu plus bas. Elles s’arrêtèrent sur ses hanches, puis ses larges mains progressèrent vers la courbe de ses fesses. Il les serra et elle gémit, arrêtant de l'embrasser.
Mais la bouche de Kent n'en avait pas fini avec elle. Il embrassa sa joue, la courbe de sa mâchoire, puis plus bas. Il embrassa la ligne de son cou, lui fit pencher la tête pour y avoir un meilleur accès. Soudain, il trouva le col de son chemisier et laissa échapper un soupir frustré.
Silencieusement, elle se dit qu'elle aurait dû porter quelque chose de plus décolleté à la place d'un chemisier boutonné jusqu'en haut, mais elle savait comment remédier à la situation. Elle attrapa son chemisier, ce qui surprit Kent. Il leva les sourcils tout en la regardant défaire les boutons.
Son corps rougissait, mais elle n'en était pas gênée, elle s'en fichait. Elle était trop envahie par la passion et le désir.
Elle défit les boutons aussi vite qu'elle put, exposant ses clavicules, puis le bombé de ses seins, puis son soutien-gorge en dentelle blanche. Kent la regardait intensément alors qu'elle se révélait à lui, jusqu'à ce que sa blouse fut finalement entièrement ouverte et sortie de la ceinture de sa jupe crayon.
« Magnifique », murmura-t-il.
Elle rougit, puis sourit. Elle se sentait courageuse et retira doucement sa blouse, en commençant par les manches, avant de la laisser tomber au sol.
Il lui serra à nouveau les fesses en remerciement, l'attirant vers lui afin que leurs hanches se touchent. Elle sentit à nouveau son membre dur et sentit à quel point il avait grossi.
Ses mains se mirent à la caresser à nouveau, remontant de ses fesses vers le creux de son dos où elles entrèrent en contact avec sa peau nue. Il respirait lourdement tout en la dévorant du regard. Lorsque ses mains atteignirent cet endroit sensible au milieu de son dos, elle retint son souffle. Ses doigts attrapèrent le fermoir de son soutien-gorge et le défirent prestement. Une seconde plus tard, ses seins étaient libérés.
Tout en regardant sa poitrine, il lui retira son soutien-gorge, en commençant par faire glisser les bretelles le long de ses bras avant de retirer les bonnets, révélant ses seins nus.
Il jeta son soutien-gorge au sol, quelque part, la location précise n'étant pas vraiment importante sur le moment. Ses mains, maintenant libres, se posèrent sur ses seins. Elle envoya sa tête en arrière et gémit, poussant un peu plus sa poitrine contre ses mains.
« Tu es si douce, Lindsay », murmura-t-il, ses mains caressant ses seins jusqu'à ce que ses tétons durcissent. Lorsqu'ils furent durs, son sourire devint malin. « Hum, ils ont l'air délicieux. Je peux les gouter ? »
Elle gémit et secoua la tête. « Tu peux gouter tout ce que tu veux. » Elle ne savait pas trop d'où lui venait cette nouvelle assurance. Probablement de la frustration qui s'était accumulée pendant tout un mois.
« J'en ai bien l'intention », lui dit-il juste avant de mettre un de ses tétons durs dans sa bouche.
Elle eut le souffle coupé lorsque la bouche de Kent se referma sur son téton droit. Ses dents titillèrent la pointe de son téton, puis il le lécha de sa langue. Elle tremblait, ses mains étaient cramponnées à ses cheveux humides. La main de Kent s'occupait de son autre sein, ses doigts imitaient sa bouche, faisant rouler le téton entre son pouce et son majeur.
« Oh oui », gémissait-elle. Elle se sentait humide entre ses cuisses alors qu'il jouait avec ses seins.
« Tu en veux plus ? » demanda-t-il, le téton toujours dans a bouche.
Elle hocha la tête. « Oui, oui, j'en veux plus. S'il te plait. »
« Bien », lui dit-il.
Sa main lâcha son sein, et avant qu'elle n'ait le temps d'en ressentir vraiment le manque, il attrapa ses fesses et les agrippa fermement. Elle laissa échapper un petit cri de surprise lorsqu'il la souleva du sol, son visage toujours dans ses seins. Instinctivement, elle s’agrippa à lui et entoura sa taille de ses jambes. Le geste retroussa sa jupe et révéla ses cuisses.
Une seconde plus tard, il la porta jusqu'au bureau et l'allongea sur son dos. Elle eut le souffle coupé en se remémorant comme elle avait fantasmé cet exact moment.
« Tu as de très belles jambes », lui dit-il tout en caressant l'intérieur de ses cuisses, tout comme il l'avait fait la nuit de la soirée masquée. « Tout est beau chez toi, et je veux tout voir. »
Elle se leva les lèvres alors que les mains de Kent attrapaient sa culotte. Elle était humide de toute son excitation, mais elle n'en avait pas honte. Son corps n'avait plus de place pour la gêne. Il passa ses doigts sous la culotte, puis marqua une pause en la dévorant du regard.
« Si tu veux que je m’arrête, dis-le-moi maintenant. »
Elle aurait pu être surprise d'entendre ces mots, mais elle était déjà noyée dans le stupre. « Ne t’arrête pas », lui dit-elle, affamée.
Il hocha la tête puis descendit sa culotte le long de ses cuisses, révélant sa féminité à son regard enflammé.
« Magnifique », murmura-t-il à nouveau en posant sa main contre son mont.
Elle gémit et poussa ses hanches contre sa main. Il lui sourit et laissa son doigt contre sa fente humide avant de la pénétrer. Elle laissa échapper un petit cri de plaisir tout en bougeant ses hanches contre son doigt.
Il commença à la pénétrer de son doigt, caressant ses parois internes, recourbant son doigt jusqu'à ce qu'elle fasse entendre des cris de plaisir.
« J'en veux plus, s'il te plait », demanda-t-elle d'une voix rauque.
Il hocha la tête.
Il retira son doigt et s'écarta d'elle. Elle le supplia presque de revenir, mais lorsqu'elle vit qu'il retirait d'abord sa chemise, puis qu'il défaisait son pantalon, elle soupira de plaisir. Elle le regarda se déshabiller et révéler son torse musclé et sa taille ferme. Ses abdos ressemblaient à une tablette de chocolat et elle adorait ce V qui pointait vers son membre.
Il retira son pantalon. Son membre était long et dur, plus large que ce à quoi elle s'attendait. Elle frissonna rien qu'en le regardant.
Il était sur le point de s'installer à nouveau entre ses jambes, mais s’arrêta en jurant. « Attends. Une seconde. » Sa voix aussi était rauque. Elle ne comprenait pas pourquoi il s'était arrêté, jusqu'à ce qu'elle le voit attraper quelque chose dans la poche de son pantalon. Un préservatif. Il enfila le latex protecteur sur son membre, puis se remit en position.
« Par pitié, je ne peux plus attendre », murmura-t-elle.
Il gémit tout en hochant la tête. Elle sentit son gland contre sa fente humide, une fois, deux fois. Puis, enfin, elle le sentit entre ses lèvres, en direction de son intérieur chaud et serré.
Elle cria de plaisir alors qu'il s'enfonçait en elle. Elle se sentait agréablement étirée, il la remplissait complètement. Il lui semblait qu'il lui fallut une éternité pour être entièrement en elle. Lorsqu'il le fut, ils gémirent tous les deux, se sentant enfin connectés.
Il resta ainsi pendant un moment, pour simplement profiter de la sensation l’un de l'autre. « Tu es tellement serrée », lui dit-il.
Enfin, il commença à bouger.
Il alla doucement au début, par de lents mouvements de va-et-vient pour qu'elle s'habitue à sa taille. Mais, rapidement, il commença à accélérer le rythme. Il la pénétrait entièrement, puis ressortait, et recommençait. Lindsay faisait de son mieux pour accompagner ses coups de reins avec les siens, leurs rythmes se coordonnaient au mieux. Elle ne pouvait pas parler, mais lui oui.
« Je savais que c'était toi, Lindsay. »
Elle essaya de lui demander ce qu'il voulait dire, mais elle était perdue dans sa sensation, et ne put dire un mot.
Il continua : « Je le savais depuis le début. J'ai reconnu le parfum que tu portais cette nuit-là. J'ai reconnu électricité qui avait été instantanée entre nous. Je n'avais jamais ressenti ça auparavant. Cette nuit-là, quand tu es partie, je savais que je te retrouverais. Je le savais. »
Il continua de la pénétrer, encore et encore, essoufflé par sa tirade. Lindsay avait la tête qui tourbillonnait après cette révélation, mais son corps était tellement accaparé par sa sensation qu'elle ne pouvait pas faire grand-chose de plus.
« Mais je voulais que tu me désires », continua-t-il, tout en haletant et en grognant, il cherchait ses mots. « Je voulais que tu me voies, non plus comme l'homme masqué, mais que tu me veuilles pour l'homme que je suis et qui t'avait reconnu. »
Il perdit ses mots après ça. Ses coups de reins devinrent chaotiques, ils sentaient tous deux la passion les envahir, l'extase atteignait son apogée. Quand elle finit par exploser, il se perdit en elle et elle se cambra, se rapprochant le plus possible de lui alors que la passion l'aveuglait.
Il s'effondra sur elle, il se tenait à peine sur ses bras tremblants.
Elle respirait fort, elle essayait de calmer son cœur qui s'était emballé et tout son corps lui semblait tremblant. Elle se mit à rire. « C'était- »
Mais elle ne put finir sa phrase. Quelque part sous eux, dans le pantalon de Kent, une sonnerie se fit entendre. Il grogna. « Purée. J'ai besoin d'une seconde. »
Lindsay était toujours sur un petit nuage après ce qui s'était passé, elle ressentait encore les frissons de son orgasme dans tout son corps. Elle ne voulait pas qu'ils soient interrompus, mais cela ne la dérangea pas autant qu'elle l'aurait cru. « C'est bon, tu devrais répondre. »
Il hocha la tête, se retira d'elle et chancela sur ses jambes. Il avait presque l'air branlant, et cela le fit rire. Elle rit elle aussi, toujours allongée sur le bureau. Elle n'arrivait pas à croire ce qu'il venait de se passer. Elle n'en était pas encore anxieuse, mais elle savait que cette sensation arriverait une fois que son cerveau eut repris une activité normale. Tôt le matin. Dans des bureaux aux grandes vitres, sans stores. Du sexe dans le bureau du patron. Ouais, l'anxiété allait venir. Mais elle s'en occuperait. Elle n'allait pas laisser son esprit se laisser submerger par la peur des ragots ou-
« Salut bébé, désolé. Je bossais sur quelque chose- »
Tout le corps de Lindsay se figea. Bébé ? Bosser ? Est-ce qu'il parlait à une autre femme ? Elle n'arrivait pas à concevoir cette idée, mais le plaisir de son orgasme se dissipait rapidement après avoir entendu cette conversation.
« Oui. J'y serai. Je pars tout de suite. »
Il attrapait déjà son pantalon et l'enfilait. Puis ce fut le tour de sa chemise.
Lindsay, les yeux écarquillés, sentait un début de crise d'angoisse pointer le bout de son nez. Elle s'assit. Elle croisa les bras sur sa poitrine, à présent consciente de sa nudité. Elle voulait lui demander qui était au bout du fil, mais en même temps, elle ne voulait pas savoir. Et si c'était une autre femme ?
Alors qu'il boutonnait sa chemise, Kent se pencha pour déposer un baiser impersonnel sur sa joue. « Il faut que je file. »
Avant qu'elle ne puisse lui demander ce qui se passait, ce qui avait changé, il était déjà parti. Il disparut dans un ascenseur avant que Lindsay n'ait eu le temps de remettre sa jupe en place. Il ne la regardait pas. Il avait les yeux rivés sur son téléphone.
Qu'est-ce qu'il venait de se passer ?
* * *
Chapitre 7
Comme elle s'en était doutée, elle n'eut pas de réponse. Après leur petite aventure sexuelle dans son bureau, elle se rhabilla et s'assura d'être présentable avant que ses collègues n'arrivent. Elle passa le reste de la journée distraite, elle jetait constamment un œil aux ascenseurs pour voir si Kent allait revenir. Mais il ne revint pas de la journée et elle rentra chez elle ce soir-là en se sentant... utilisée. Elle se demanda même si elle n'avait pas fait la pire bêtise de sa vie.
Les filles du bureau lui proposèrent d'aller boire un verre. Gina, Danny et même Natalie, mais Lindsay n'en avait pas envie. Elle était trop travaillée par Kent et elle avait peur que l'alcool ne lui délie la langue. Elle ne pouvait pas raconter ses aventures sexuelles avec le patron. Comment pourraient-elles lui faire confiance ensuite ?
Elle déclina donc l'invitation et passa le reste de son week-end enfermée chez elle. Elle mangea ses nouilles instantanées, elle regarda des films d’horreur parce qu'elle ne voulait pas regarder quoi que ce soit de romantique, et attendit que Kent l'appelle.
Ce qui n'arriva pas.
Lorsque lundi arriva, elle se demanda si elle ne ferait pas mieux de se faire porter malade. Elle avait la trouille, elle n'était pas sûre de pouvoir le voir. Mais au final, elle n'aurait pas dû trop s’inquiéter à ce sujet.
« Où est M. Addario ? » demanda Lindsay à Danny. Elle dut se forcer à ne pas l’appeler Kent devant les autres.
Danny réfléchit un instant. « Je crois que M. Mendez m'a dit qu'il avait pris quelques jours de congés pour des raisons personnelles. Apparemment on peut faire ça quand on est un PDG millionnaire. »
Lindsay se força à sourire. « Ouais. »
Natalie se joignit à elles et elles travaillèrent sur le lancement de la campagne sur les réseaux sociaux. Lindsay était toujours distraite et ses collègues le remarquèrent, mais personne ne lui fit la remarque. A la place, elles lui proposèrent de prendre une longue pause-repas et de bien se reposer ce soir. Lindsay accepta et mentionna qu'elle se sentait un peu malade, au cas où elle déciderait de ne pas venir le jour suivant.
Mais elle retourna au travail le lendemain. Une part d’elle-même aurait voulu rester à la maison, par peur que Kent soit là, mais il y avait une part plus grande en elle qui voulait le voir. Elle n'était pas courageuse, mais elle le serait suffisamment pour lui demander ce qui se passait.
Ou du moins, c'est ce qu'elle essayait de se persuader.
Finalement, elle ne put mettre en action son courage. Une fois de plus, M. Addario ne se présenta pas au bureau. En fait, il ne vint pas de toute la semaine.
Lindsay commençait à sentir quelque chose de sombre dans son cœur.
Avait-elle couché avec son patron... pour être sa dernière bimbo ? Son intérêt avait-il été purement stimulé par l'excitation de la chasse ? Est-ce qu'en cédant à son désir pour lui, des émotions qu'elle n'arrivait pas à contenir et pensait qu'il s'agissait d'amour, elle allait perdre son boulot ?
Elle essayait de ne pas penser à ça, mais elle n'avait pas eu de ses nouvelles de toute la semaine. Nous étions vendredi matin et elle se rendait au travail, sans nouvelle de lui. Pas de SMS. Pas d'appel. Pas de massage. Un silence radio complet.
Lindsay avait envie de se cacher dans un trou et de ne jamais en ressortir. Comment avait-elle pu être aussi stupide ?
« Peut-être que tu nous couves quelque chose », lui dit Danny cet après-midi-là. « Tu te sens malade ? »
« Un peu », bredouilla Lindsay. Elle n'avait avoué à personne la raison de son mal-être, elle avait peur que les gens pensent qu'elle avait couché avec le patron pour une promotion.
Danny fronça les sourcils, inquiète. « Tu devrais peut-être partir plus tôt aujourd'hui. Tu sais, on a les choses bien en main ici. » Elle montra Natalie de la main par-dessus son épaule. L'autre femme leva les yeux et fit un petit signe de la main. Lindsay et Natalie n'étaient toujours pas les meilleures amies du monde, mais elles avaient trouvé un terrain d'entente. Chacune écoutait les idées de l'autre, et elles s'étaient mises d'accord pour choisir les meilleures. C'était souvent celles de Lindsay, mais de temps en temps, elles choisissaient les idées de Natalie.
Lindsay secoua la tête. « Non, je ne devrais- »
« Sérieusement. M. Addario n'est même pas là », l'interrompit Danny, croyant aider. « C'est pas comme s’il allait te virer pour être rentrée un peu plus tôt parce que tu te sentais malade. J'expliquerai tout à M. Mendez. »
A entendre le nom de Kent de façon si formelle, Lindsay se sentit encore plus mal. Pourquoi cela lui arrivait à elle ? Elle essayait de se dire qu'il avait perdu son téléphone ou qu'il avait eu une urgence à l'étranger où il ne pouvait pas utiliser son téléphone, ou n'importe quoi, mais elle avait du mal à y croire. Résultat, son cœur lui faisait mal et son corps entier était épuisé.
Quelle idiote elle était !
Enfin, après y avoir longuement réfléchi, elle hocha la tête. « Ouais, tu as peut-être raison. »
« Bien sûr que j'ai raison », lui dit Danny, confiante. « Tu as besoin d'un canapé, d'une couverture, d'une soupe et d'un bon film. Prends une comédie, ça aide toujours quand on est malade. »
Lindsay parvint à sourire. « Merci Danny. »
Elle hocha la tête. « De rien. Envoie-moi ton adresse quand tu seras chez toi. Je passerai demain voir comment tu vas. On passera du bon temps et tu te sentiras mieux lundi. »
Lindsay n'était pas trop sûre de vouloir de la compagnie, mais elle était reconnaissante que Danny le propose. Elle rassembla ses affaires, promit d'écrire à Danny et dit au revoir. Elle se dirigea vers les ascenseurs et fut contente qu'ils fonctionnent. Elle se rendit au rez-de-chaussée et fit un signe à Will.
« Tu pars déjà ? » demanda-t-il, surpris. « Tu ne te sens pas bien ? »
« Ça se voit tant que ça ? » demanda-t-elle en soupirant, les épaules basses.
« C'est pas ce que je voulais dire », dit-il rapidement. « C'est juste que tu es toujours la première à arriver et la dernière à partir. Ça ne te ressemble pas de partir si tôt, je me suis dit que tu avais probablement un petit virus ou quelque chose comme ça. »
Lindsay hocha la tête. « Ouais. Je crois que je couve quelque chose. »
« Rentre chez toi », dit Will en lui faisant au revoir de la main. « Soigne-toi bien. Personne ne t'en voudra de partir un peu plus tôt. »
Elle sourit. « C’est ce que tout le monde me répète. »
« C'est parce que tout le monde sait que c'est vrai. »
Elle hocha la tête et lui dit à lundi. Il lui souhaita un bon rétablissement.
Alors qu'elle se dirigeait vers la sortie, elle remarqua une voiture garée devant l'entrée. Elle était noire, belle et apparemment luxueuse. Elle n'était pas tape-à-l'œil comme une Ferrari, bien qu'elle aurait pu en être une, mais elle avait de la classe. C'était une cinq portes, les vitres étaient teintées et les pneus semblaient de très bonne manufacture. Le genre qui coutait plus que la totalité de la voiture de Lindsay.
Elle remarqua tout cela en quelques secondes, grâce à son frère qui s’intéressait beaucoup aux voitures, mais elle n'était pas vraiment du genre à aimer les voitures. Jusqu'à ce qu'elle pousse la porte-tambour et regarde à travers la vitre.
Elle était baissée et assis à l'intérieur se trouvait Kent Addario.
Lindsay se figea. Etait-ce vraiment lui ? Etait-il revenu des tréfonds de l'Afrique et il pouvait maintenant répondre à son téléphone ?
Un sourire apparut sur son visage. Elle était sur le point de courir vers lui lorsqu'elle remarqua qu'il était en train d'enlacer quelqu'un.
Et ce quelqu'un était une femme aux longs cheveux lisses qui glissaient sur ses épaules suavement. Lindsay pouvait voir le visage de cette femme au-dessus de l'épaule de Kent. Ses cils étaient longs, ses lèvres roses et pulpeuses. Elle était outrageusement belle.
Ce n'est pas possible, se dit-elle.
Son esprit imagina immédiatement les pires scénarios. Elle s'imagina que l'appel provenait d'une femme, qu'il avait utilisé Lindsay uniquement pour le sexe, et qu'il était retourné à sa femme. Voilà ce qui marinait dans la tête de Lindsay : elle n'était qu'une parmi tant d'autres.
Mais elle espérait avoir tort et elle essayait de lui laisser le bénéfice du doute. Elle essayait de se convaincre que ce n'était que pour les affaires et qu'il n'avait pas pu l'appeler, mais toutes les preuves étaient étalées devant ses yeux.
Il y avait eu une autre femme, depuis le début.
Lindsay voulait partir, mais elle était figée sur place. Ce ne fut que lorsque Kent embrassa la magnifique inconnue sur la joue que Lindsay sortit de sa transe. Elle ravala ses sanglots, se tourna sur sa gauche et fila droit vers la station de métro. Sa voiture était au garage.
Elle marchait vite, priant pour s’échapper avant qu'il ne la voie, mais elle entendit la portière de la voiture se refermer.
Par pitié, ne me remarque pas, par pitié, ne me remarque-
« Lindsay ? »
C'était sa voix, grave et sexy malgré sa trahison.
Elle l'ignora et accéléra le pas.
« Lindsay ! »
Il lui fallait juste atteindre le coin de la rue, ensuite elle n'aurait plus qu'à descendre les escaliers jusqu'à la station de métro et elle lui échapperait. Mais elle entendait ses pas se rapprocher.
Pourquoi est-ce qu'il me suit ? C'est quoi son truc ? Il a déjà eu ce qu'il voulait.
Des larmes lui brouillaient la vue. Elle essayait de les ravaler, mais elles roulèrent sur ses joues malgré tous ses efforts. Elle atteignit les escaliers, elle était presque libre, quand une forte poigne lui agrippa le bras. La main la força à se tourner et elle se retrouva face à face avec Kent, ses yeux sombres plongés dans les siens.
« Bon Dieu, tu ne m'entendais pas t'appeler ? » demanda-t-il en souriant, puis il remarque ses yeux rouges. « Tu pleurais ? Qu'est-ce qui se passe ? »
Elle secoua la tête. Elle ne voulait pas en parler, surtout pas avec lui. « Ce n'est rien qui ne vous concerne, M. Addario. »
Surpris par sa distance et le fait qu'elle refuse d'utiliser son prénom, il haussa les sourcils. « Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce qui t'est arrivé ? Je croyais- »
« Vous croyiez que vous pouviez coucher avec moi alors que vous êtes avec cette magnifique femme ? » finit Lindsay, en colère. Elle s'essuya les yeux.
Il fut confus un instant, puis il se lut sur son visage qu'il avait compris. « Oh, mon Dieu, Lindsay, non. Je peux tout expliquer. »
« Vous pouvez m'expliquer pourquoi je viens de vous voir embrasser cette femme dans votre voiture ? » demanda-t-elle. « Ou bien vous pouvez m'expliquer pourquoi vous lui parliez au téléphone juste après avoir couché avec moi ? S'il vous plait, parce que j'adorerais entendre ce que vous avez à dire à ce sujet. »
Il jura, puis secoua la tête. « Je suis tellement désolé, Lindsay, j'aurais dû t'expliquer à ce moment-là. J'étais juste si inquiet. »
« Que je découvre qu'il y en avait une autre ? » dit Lindsay en gesticulant en direction de la voiture, bien qu'elle ne pouvait la voir maintenant.
Il sourit doucement, et il était encore tellement sexy, même après ce qu'il avait fait. « Lindsay, chérie, c'est ma sœur. »
« Je- Quoi ? »
Lindsay cligna des yeux, désorientée, le temps de comprendre ce qu'elle venait d'entendre.
Il plaça ses mains sur ses bras et la réconforta. « Je ne te trompe pas. C'était ma sœur, et oui, c'était elle au téléphone. Je l'embrassais sur la joue pour lui dire au revoir. Elle s'envole pour l'Angleterre aujourd'hui. »
Lindsay fronça les sourcils. Elle se sentait tellement bête. « Mais... Je croyais… ? »
« J'aurais dû t'expliquer la raison de son appel », expliqua-t-il. « Mais j'étais tellement paniqué. Carol, ma sœur, m'a appelé pour me dire qu'il y a eu un accident. Ma mère était à l’hôpital. »
Lindsay écarquilla les yeux. « Oh, mon Dieu, est-ce qu'elle va bien ? »
Il hocha la tête. « Elle va mieux maintenant, mais son état a été critique pendant un moment. Carol est venue d'Angleterre pour être avec elle, mais elle voulait être sûre que j'étais à l’hôpital avec notre mère avant qu'elle arrive. Une fois ici, elle m'a dit que je pouvais partir, mais c'est ma mère. Je ne pouvais pas la laisser à l’hôpital. Donc je suis resté auprès d'elle jusqu'à ce qu'elle aille mieux. Elle est en maison de repos maintenant, juste au cas où, et je lui ai promis que je viendrais la voir tous les week-ends. »
Il fallut un moment à Lindsay pour digérer tout ce qu'il venait de lui dire, et elle se sentait comme une idiote. Ses joues devinrent rouges et elle aurait aimé que le trottoir l'engloutisse. « Je suis vraiment une idiote. »
Kent se mit à rire. Il la prit dans ses bras et la serra contre lui. « Ce n'est pas vrai. J'ai été un connard. J'aurais dû te dire ce qui se passait. »
« Je suis désolée d'avoir perdu pied », s'excusa immédiatement Lindsay. « C'est juste que... Je crois que je t'aime. »
Son sourire s'élargit. Il se pencha vers elle et pressa ses lèvres contre les siennes. C'était le plus beau baiser qu'ils aient jamais partagé, le plus doux, mais aussi le plus passionné. Quand ils se séparèrent, Lindsay était à bout de souffle.
« Je t'aime aussi, Lindsay. J'avais prévu de te le dire à mon retour. »
Elle écarquilla les yeux. « C'est vrai ? »
Il hocha la tête. « Oui, bien sûr. Je crois que c'était inévitable. »
Elle rit et ne le contredit pas.
« Je promets de ne plus jamais te faire peur de la sorte », lui dit-il sincèrement. « Et je vais tout faire pour me rattraper. Je t'invite à diner. Ce soir. J'ai une réservation, ça devait être une surprise, mais tu as peut-être eu ton lot de surprises pour le moment. »
Tout en riant, elle hocha la tête. « Oui, plus de surprise. Mais un diner, ça me semble une idée parfaite. »
« Bien. Prenons un taxi. Je déteste les transports en commun. »
Elle acquiesça et le laissa héler un taxi. Il lui ouvrit la porte et s'installa à côté d'elle. Il donna l'adresse au conducteur, puis passa son bras autour de l'épaule de Lindsay, la pressant contre lui. Il lui dit à nouveau qu'il l'aimait, et lui promit qu'il ne lui ferait plus jamais de mal.
Elle se lova contre lui. Elle trouva enfin sa place parfaite. Il avait raison depuis le début, ils étaient le choix idéal.
FIN
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