Bal Masqué

Chelsea Harrison · Chapitre 2 sur 4 · partie 1/2

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Bal Masqué

BONUS 1 - Rock Me

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 2 parties.

Rock Me

 

Chelsea Harrison

 

Chapitre 1: Semaine de rentrée

Je déteste les gens.

Enfin pas vraiment, pas de façon aussi cynique. Mais actuellement, je ne peux pas les supporter. Disons, du moins, la population féminine de mon lycée.

"Oh, mince alors ! Je n'arrive pas à y croire ! Chris Dawson vient ici !"

Une autre fille se mit à crier pendant que je passai à côté d'elle au réfectoire. J'avais entendu ces mêmes mots répétés encore et encore toute la semaine. Depuis que ce type, Chris Dawson avait annoncé sur les réseaux sociaux qu'il allait venir dans notre université, toutes les filles étaient en émoi. Et même quelques garçons également.

Je n'ai aucune idée de qui il s'agit. J'écoute de la musique d'autrefois, c'est ma colocataire et meilleure amie qui m'a fait connaître Sam Hunt. Je n'en ai pas été impressionnée. Alors ce Chris Dawson ne va pas m'impressionner lui non plus.

Je décidai d'ignorer la horde de filles essayant de découvrir son emploi du temps et pris l'ascenseur jusqu'à mon dortoir. En fait, c'est plus une espèce de suite, avec une cuisine et deux chambres. Une fois à l'intérieur, je m'effondrai sur le canapé suite à la longue journée que je venais d'endurer. M'inscrire au cursus de 18 heures était probablement une erreur, et pourtant nous n'étions que le premier jour de cours. J'essayai d'obtenir mon diplôme plus tôt cependant, alors cela semblait valoir le coup.

"Whoa, tu as l'air vanné." C'est ainsi qu'arriva Emma, ma colocataire et meilleure amie. Elle souleva mes pieds et prit place sur le canapé.

"Parce que je le suis. Comment était ta journée ?"

Elle haussa les épaules en relâchant ses cheveux blonds bouclés de son chignon en fouillis.

"Plutôt facile. J'ai deux cours et une énorme pause entre les deux. Et toi ?"

Je ris d'un rire sans joie en indiquant mes lunettes toutes sales.

"Tu ne devines pas ?" Nous rîmes toutes les deux. "Ce n'est pas si mauvais. Seulement trois cours, mais j'ai deux heures de pause. Pendant lesquelles j'ai dû écouter chaque fille sur le campus se pâmer au sujet d'un certain Chris Dawson." Je roulai mes yeux en émettant un bruit dégoûté. Emma se contenta de secouer la tête comme elle le fait toujours.

"Cet homme est tellement beau. Je commence à croire qu'il y a quelque chose qui ne va pas chez toi." Elle haussa un de ses sourcils finement dessiné en ma direction.

"Il n'y a rien qui ne va pas chez moi. Simplement je ne suis pas du genre obsessionnel. Et d'ailleurs toi non plus."

Elle acquiesça en riant.

"Je prépare une salade, tu en veux ?" Elle se leva et retira son sweat.

"Tu sais que je ne suis pas du genre à manger équilibré." Je ris et me levai pour préparer mon propre dîner. Un bon et copieux plat de spaghettis. Je fis réchauffer les boulettes de viande surgelées dans la sauce sur la gazinière. Pendant que cela cuisait, je pris mon sac à dos pour trier mes feuilles de cours par matière avant de les ranger dans différents classeurs.

J'avais trois cours d'anglais ce semestre, je devais donc rester encore plus organisée. J'avais aussi mes cours de statistiques. Je ne m'inquiétai pas trop des deux autres cours, mais je leur consacrai un classeur malgré tout.

"Je devrais changer ma matière principale". Emma était penchée sur un livre d'anatomie sur le canapé. Elle est étudiante en médecine, ce qui fait que chacun de ses cours me donne mal à la tête.

"Ne change pas. Il faut que tu deviennes mon médecin."

"Je vais être chirurgienne, pas médecin de famille" chantonna-t-elle.

"Eh bien, parfait. Lorsque j'aurai détruit mon pancréas à cause de tout le sucre que je mets dans mon café, alors tu pourras le soigner."

"Marché conclu." Elle soupira et reprit sa lecture.

J'avais déjà deux dissertations à rendre pour la semaine prochaine, ce qui signifiait que je devais terminer deux livres d'ici là. A la fin de la soirée, j'étais parvenue à la moitié de l'un d'eux. J'allai me coucher tôt parce que j'avais un cours à huit heures le lendemain matin et que je ne voulais pas le manquer. D'habitude je n'ai pas de mal à aller en cours, enfin lorsque ce n'est pas au petit matin. Eh oui, je ne suis pas une lève-tôt.

Je réglai mon réveil puis tâchai de trouver le sommeil. Ce n'est pas que je n'étais pas fatiguée, mais je suppose que j'avais plus de choses en tête que d'habitude. Ce nouveau semestre s'annonçait déjà comme particulièrement stressant et je n'étais pas du tout prête à y faire face. J'avais passé l'été à faire des heures supplémentaires à la bibliothèque parce que je savais que je n'aurai pas le temps de travailler cet automne. J'avais une bourse complète pour étudier ici, mais le montant couvre uniquement la moitié de mon loyer ainsi que la moitié de mes frais de scolarité. Cela ne m'aide donc pas totalement et tout ce que je sais, c'est que je dois me débrouiller pour le reste.

Ce qui est malheureux, c'est que je n'ai réussi à économiser que pour deux mois. Quand viendra octobre, je serai fichue, à moins de trouver un job qui s'adapte à mes dix-huit heures de cours hebdomadaires. C'est sur cette pensée amusante que je finis enfin par m'endormir.

* * *

La sonnerie du réveil me tira de mon sommeil. Sept heures du matin, c'est décidément bien trop tôt pour moi. Je roulai hors du lit, littéralement – et me cognai contre le sol, ce qui acheva de me réveiller. Ensuite je me traînai jusqu'à la douche. Je me dépêchai autant que possible à cause de l'heure matinale. Mes yeux étaient encore à moitié fermés tandis que je me séchai puis enfilai un tee et un tee-shirt trop grand.

Je me forçai à les ouvrir afin de pouvoir me regarder dans la glace et me coiffer. Je détachai mon chignon et mes cheveux se répandirent en vagues sur mes épaules. Parfois je me dis qu'ils sont trop longs et trop noirs. Mais aujourd'hui, ils étaient bien pratiques pour cacher les plis de mon tee-shirt froissé. Je me regardai à nouveau, les poches sous mes yeux s'accordaient bien à la tristesse de mon regard. Je m'aspergeai d'une lotion pour le corps et préparai mon sac. J'avais passé la porte trente minutes après m'être levée et je n'ai que dix minutes de marche pour me rendre en cours. Je vais définitivement dormir dix minutes de plus le jeudi.

J'atteignis le bâtiment d'anglais et trouvai ma classe facilement. Une introduction à la littérature ne constitue pas le plus palpitant des cours. Évidemment pour couronner le tout, il est à huit heures du matin. Cependant, la prof était vraiment sympathique.

"Donc si vous avez besoin d'un délai supplémentaire, n'hésitez pas à m'envoyer un email pour me le demander. Du moment que vous le faites avant la date de rendu du devoir, je suis d'accord." C'était la meilleure phrase que j'avais entendue depuis des années. Elle continua à nous parler du programme puis nous laissa sortir vingt minutes en avance. Cela me donna le temps de prendre un café avant mon cours sur l'histoire du théâtre.

J'avais pris ce cours en option, donc j'espérais que ce serait facile. Le professeur est un petit peu excentrique mais bon, c'est ça le théâtre, n'est-ce pas ? Une fois le cours fini, je m'arrêtai pour prendre un petit déjeuner tardif dans le bâtiment réservé aux étudiants. J'adore la semaine de rentrée. Tout est simple et on sort de cours plus tôt.

Pendant mes deux heures de pause avant mon cours de littérature russe, je pris de l'avance dans mes lectures pour mon autre cours d'anglais, l'introduction à la fiction. J'aime bien arriver en classe en avance la première semaine afin d'avoir un bon emplacement. Tout le monde vient en cours la première semaine, et puis de moins en moins.

Je me rendis à mon cours et restai un peu étonnée en voyant un groupe de filles attendre dehors. J'essayai de comprendre pourquoi elles chuchotaient aussi fort, mais sans succès. Je les dépassai avant d'être arrêtée par un agent de sécurité du campus à la porte.

"J'ai besoin de voir votre emploi du temps."

"Pourquoi ?"

Ce grand type musclé roula des yeux et tendit la main en avant.

"C'est le protocole pour le cours de ce professeur."

En soupirant, je lui tendis quand même mon emploi du temps. Il le vérifia et le marqua au crayon rouge avant de s'écarter pour me laisser entrer. J'entendis une fille murmurer "salope" mais je me retins en me disant que cela ne m'était pas directement destiné.

Une fois entrée dans la classe, je compris d'où venait toute cette agitation. En haut à côté du professeur, se tenait Chris Dawson lui-même. Emma m'avait montré suffisamment de photos de lui pour que je sois capable de le reconnaître. Je suis une femme, bien sûr. C'est pourquoi je remarquai qu'il était en fait vraiment sexy – encore plus sexy en vrai. Mais je n'aime pas sa musique. Et je ne pense pas l'apprécier vraiment, c'est pourquoi je m'assis calmement sur ma chaise au deuxième rang et allumai mon ordinateur portable vieux de dix ans pour pouvoir prendre des notes.

Même si j'essayai de m'en empêcher, je le regardai quand même de temps en temps. Il avait l'air de raconter une histoire très animée. Il y avait seulement trente sièges dans la classe et tout le monde n'était pas arrivé, donc j'étais quasiment seule dans la salle. Je vis ses mains s'agiter, ses lèvres sourire… ses yeux verts que je pouvais discerner clairement même si j'étais éloignée de plusieurs mètres. Il est magnifique. Et son rire est profond et chaleureux. C'est un musicien après tout.

Cinq minutes avant le début du cours, ils s'arrêtèrent de parler et lui se tourna vers moi. Je baissai les yeux sur ses pieds, mais lentement, je les relevai, remarquant comment son jean lui allait à la perfection – partout, ainsi que sa chemise noire en flanelle avec ses manches relevées jusqu'aux coudes, exposant un réseau de veines qui, j'en suis sûre, me rendit faible du genou. Et puis, je vis ses yeux. Je jure qu'ils allumèrent un feu dans les miens. Merde.

Il s'aperçut que je le fixai.

Je regardai rapidement ailleurs, fixant l'écran blanc de mes notes. Puis je commençai à paniquer. Mon cœur s'accéléra tandis qu'il s'approchait de plus en plus près. Quand il prit place à côté de moi, j'étais sûre qu'il pouvait entendre mon cœur battre.

"Salut."

Cela me prit une seconde pour comprendre qu'il s'adressait à moi.

"Heu, salut" dis-je sans le regarder. Je pris une profonde inspiration, me gorgeant d'une bouffée de son parfum. C'était un mélange de fraîche eau de Cologne et quelque chose de plus boisé, masculin… Mon Dieu, il faut que j'arrête.

"Je voudrais bien me présenter, mais je pense que tu sais déjà qui je suis."

Comment ? Je me tournai pour le regarder et il me fit simplement un magnifique petit sourire.

"Non, aucune idée. Alors dégage" lui lançai-je.

Il s'éloigna mais du coin de l'œil, je vis qu'il continuait de sourire d'un air narquois.

"Un peu de calme s'il vous plaît, un peu de calme !"

Ce n'est pas avant que le professeur ne prononce ces mots que je remarquai que toutes les filles me fixaient du regard. Je regardai autour de moi. Oui, elles me fixaient. Juste parce que le beau gosse avait décidé de s'asseoir à côté de moi. Je peux déjà voir ce qui va être dit sur Twitter.

"Comme vous pouvez le voir, nous avons un étudiant spécial dans notre cours ce semestre. Chris Dawson." Il fut interrompu par des applaudissements avant de continuer. "Il est déjà un musicien très célèbre mais il a décidé de poursuivre ses études ici avec nous. Cela étant dit, nous pouvons commencer."

Ce crétin avait séché la semaine de rentrée.

* * *

Chapitre 2: Semaine d'interrogation

Une fois que j'eus appuyé sur le bouton envoyer pour rendre ma seconde dissertation, je pus enfin me détendre pour la première fois depuis le début des cours. Ce moment de détente ne dura que jusqu'à cette soirée où je me mis à consulter les offres d'emploi.

Je ne pouvais pas me débrouiller sans, et je me disais que c'était préférable d'en trouver un maintenant, plutôt que lorsque je serai à court d'argent, voire pire. Je ne trouvai rien jusqu'à ce que je me connecte au site internet de la fac. Ils engageaient immédiatement des gens à la bibliothèque. C'était parfait pour moi, je suis un rat de bibliothèque au cas où vous ne l'auriez pas déjà deviné avec mon cursus.

Je venais juste de terminer ma candidature lorsqu'Emma passa la porte en trombe.

"C'est sûr, on sort ce soir !" dit-elle en sautant sur mon lit, manquant de me donner une crise cardiaque.

"Euh, non, on ne sort pas" dis-je en écartant mes cheveux de ma bouche. Elle se renversa en arrière et pressa mes deux poignets. Aïe.

"Comment ? Je viens juste de cartonner à mon premier examen de chimie organique. Je le mérite. Tu le mérites. Allez viens…" gémit-elle et, comme toujours, je finis par céder.

"Hum. D'accord". Je fermai mon ordinateur portable. Il était déjà presque vingt-deux heures. Je me sentais tellement fatiguée, il allait falloir qu'elle me traîne jusqu'à cette fête.

"Super ! Allons-nous habiller." Lorsqu'elle dit ça, cela signifie qu'elle s'apprête à me dire ce que je dois porter. Je n'ai pas vraiment mon mot à dire dans cette affaire, c'est pourquoi c'est préférable de juste la laisser faire.

"Voilà qui est parfait." Elle lança une petite – vraiment minuscule robe noire sur le lit. Je l'avais seulement porté une fois, me rappelant que je n'avais cessé de tirer dessus toutes les secondes. Mes hanches larges font que les vêtements moulants ne s'adaptent pas facilement à moi. En particulier lorsqu'ils sont sans manches.

"Super" dis-je sans beaucoup d'enthousiasme. Elle se précipita dans sa propre chambre pour s'habiller.

J'enlevai mon pull et changeai de soutien-gorge avant d'enfiler la robe. Elle était un peu plus serrée que dans mes souvenirs mais je venais juste de manger un cheeseburger. Je me rendis dans la salle de bain pour voir comment j'allais pouvoir me coiffer.

Pas de chance.

Je me contentai de les humidifier et de mettre un peu de mousse afin qu'ils ondulent puis les laissai retomber sur mes épaules. Je mis de l'eyeliner et un rouge à lèvre nude, rien de plus. Je ne suis pas du genre à me maquiller. Pour commencer, je n'en ai même pas les moyens. Je dois économiser sur mon shampoing et utiliser mes rasoirs jusqu'à ce qu'ils ne puissent vraiment plus servir. Ce n'est rien, j'ai l'habitude en fait. J'ai été pauvre toute ma vie.

Je compte sur la fac pour changer ça. C'est pour ça que cela me rend folle que Chris Dawson puisse juste s'amener et s'inscrire en cours à sa guise, alors que pour moi c'est déjà un miracle que j'en sois même arrivé là.

Chaque jour, il arrive en cours avec cet air snob et se met juste à côté de moi. Il passe son temps à me regarder, il me fixe tout le temps. Que diable veut-il ? Une autre fille sur son tableau de chasse ? Ha. Pas moi. Cela fait juste deux semaines. Quatre cours et je ne peux déjà plus supporter ce type.

Emma dit que je suis stupide de ne pas en profiter mais honnêtement, il n'a rien pour me plaire. Il dégage tant d'arrogance, de privilège et… de bêtise, ce sont les seules choses auxquelles je puisse penser pour le décrire.

"Tu es prête ?" dit Emma, interrompant mes divagations haineuses à propos de Chris Dawson.

"Oui" murmurai-je. Je retournai dans ma chambre pour mettre mon unique paire de chaussures noires à talons hauts. Ces derniers commencent à se fendiller mais il fera tellement sombre où nous allons que personne ne le remarquera.

"Ooh, tu es canon." Elle fit un sifflement appréciateur en tournant autour de moi.

C'est elle qui était canon. Emma est grande avec des jambes fines, et en plus elle a de belles fesses et un corps qui va avec. Elle a quelques centimètres de plus que moi avec les talons qu'elle porte. Se tenir tout le temps juste à côté d'une blonde plantureuse n'arrange décidément pas les choses.

"Bien. Alors où est-ce que tu m'emmène cette fois ?"

Nous sortîmes et descendîmes les escaliers.

"Un club qui vient d'ouvrir. Il y a un nouveau type qui y joue." Elle haussa les épaules mais elle ne paraissait pas tout à fait honnête. Je le sais toujours lorsqu'elle évite de me dire quelque chose. Je décidai de ne pas insister et entrai dans la voiture. Sa voiture toute neuve, cadeau de ses parents. Ils sont eux-mêmes docteur. Mais tous les jours, Emma jure qu'elle veut devenir médecin pour justement être le contraire de ses parents. Je n'ai jamais compris pourquoi elle avait tant d'aversion pour eux, mais je sais qu'ils n'étaient pas beaucoup présents lorsqu'elle était petite, donc je suppose que voilà la raison.

Le trajet prit seulement environ quinze minutes et nous étions arrivées. C'était nouveau. Je n'avais jamais vu cet endroit avant, toutes les lumières au néon étaient allumées, pas comme dans les autres clubs et bars de la ville. Nous attendîmes dans la file et pûmes entrer gratuitement car ils faisaient une soirée spéciale. D'habitude, Emma paie toujours l'entrée pour moi. J'avais commencé par protester mais ensuite je m'étais rendue compte que si je sortais, c'était uniquement parce qu'elle me le demandait. Elle insistait en disant qu'elle me devait bien ça. C'est pourquoi j'avais arrêté d'argumenter avec elle à ce sujet.

"Essayons de trouver des boissons gratuites !" Elle était obligée de crier même si elle se trouvait juste à côté de moi.

C'était déjà extrêmement bruyant et bondé et on me pelota trois fois avant que je n'atteigne le bar. C'est simplement quelque chose à laquelle vous devez vous habituez lorsque vous vous rendez en club.

Emma réussit son coup et nous ramena deux cosmos gratuits. Elle envoya paître le type qui avait payé les boissons assez rudement. Après avoir siroté nos verres, elle m'entraîna sur la piste de danse. J'avais déjà la tête qui tournait au bout d'un verre, c'est pourquoi je ne protestai pas trop. Je laissai tout le stress accumulé ces dernières semaines s'échapper de moi tandis que je dansais en rythme. Jusqu'à ce que celle-ci s'arrête.

"Bonsoir tout le monde."

Oh non… je connais cette voix.

"Eh !" dis-je en pinçant Emma qui sursauta de surprise. "Tu ne m'as pas dit que c'est lui qui vient chanter !" J'indiquai Chris Dawson qui souriait sur la scène.

"Désolé" murmura-t-elle sans un remord.

"Comment allez-vous ce soir ?"

Toutes les filles au bar se mirent à crier de toutes leurs forces, Emma y compris.

"Je veux juste vous chanter quelques chansons, si vous le permettez." Il regarda à travers la foule et je jure qu'il m'aperçut. Mais peut-être que c'était simplement à cause du cosmo.

Nous étions tout près du devant de la scène, alors il pouvait m'avoir vue, mais qui sait ?

"La première chanson est pour Laura, mon amie en cours de littérature russe."

Seigneur… Je me mis à rougir tandis que les lumières s'allumaient sur la scène.

Une chanson pour moi ? Que diable mijotait-il ?

Emma me tira par le bras et cria tandis que la chanson commençait. Il y avait juste lui et sa guitare. Je ne sais pas de quel type. Je connais les livres, pas la musique. Mais je sais que sa voix m'atteignait au plus profond de moi, en des endroits dont j'ignorais jusqu'à l'existence. La chanson était douce mais légèrement rythmée. Je n'avais aucune idée de ce dont elle parlait. Je continuai de regarder ses lèvres qui effleuraient le micro, ses mains qui grattaient avec agilité les cordes de la guitare. Il ferma les yeux, réussissant à donner à chaque note le ton juste, à faire ressentir chacun des sentiments que la chanson était supposée exprimer. Tout le monde dansait mais je restai là, figée, à regarder. Puis ce fut la fin.

"C'était incroyable !" dit Emma en sautillant de haut en bas tandis qu'elle criait et m'attrapait le bras.

"Oui. C'est vrai. Incroyable." Je ne crois pas qu'elle m'entendit.

"Qu'est-ce qu'il fait ?" demandai-je à personne en particulier mais Emma haussa les épaules pour toute réponse.

Il posa sa guitare sur la scène mais au lieu de retourner en coulisses, il se dirigea sur le devant de la scène. Il ignora les filles qui essayaient de le toucher et continua d'avancer. Il était habillé à la perfection d'un jean noir ajusté et d'un tee-shirt noir à col en V. Le look habituel d'une rock star, je suppose.

"Hé, salut, Laura."

Une fois encore, chaque fille se mit à me fixer avec un regard meurtrier.

"Heu, salut". Je me tournai vers Emma mais cette crétine m'avait laissée toute seule.

"Tu as aimé la chanson ?" Il se rapprocha plus près de moi et je pus le voir plus clairement.

Sous les lumières tamisées du bar, je pouvais voir des gouttes de sueur sur son torse et son visage. Il avait légèrement laissé pousser sa barbe mais elle était nette et bien taillée. Les muscles de son torse ressortaient à travers son tee-shirt. Toute ma salive s'assécha dans ma bouche pour partir je ne sais où.

"Bien sûr. C'était sympa."

Il me lança son sourire sexy qui n'appartenait qu'à lui.

"Juste sympa ? Je l'ai jouée spécialement pour toi, bébé."

Bébé ?

"Je ne suis pas ton bébé. Et je ne vais pas être impressionnée juste parce que tu as écris une chanson pour moi." Je m'éclipsai avant qu'il ne puisse ajouter quoi que ce soit.

Je ne m'arrêtai pas avant d'être dehors dans l'air glacial de la nuit. Je m'appuyai contre le mur dans l'arrière-cour et prit de profondes inspirations pour me calmer. Chris n'est pas juste. Il est tellement sexy et charmant mais il est aussi ennuyeux et… berk ! Peut-être que maintenant il va me laisser tranquille. Écrire une chanson pour moi ? Pff… Oui, très bien.

"Laura ?"

Il était là à nouveau.

"Laisse-moi tranquille, tu veux bien ?" Il s'avança devant moi et je n'eus pas d'autre choix que de le regarder, lui et ses yeux verts perçants.

"Quel est ton problème avec moi ?" rit-il. Il souriait à nouveau mais cette fois, on aurait presque dit qu'il était… triste.

"Rien. C'est juste que je ne t'aime pas."

"Tu ne me connais même pas." Il tendit sa main comme pour se défendre.

"J'en sais suffisamment." Il secoua la tête et se rapprocha plus près. Vraiment plus près.

Il me prit la tête entre ses deux mains et se rapprocha si près que nous étions orteil contre orteil et que je le sentais contre mon ventre. Son torse était pressé contre le mien et ses yeux s'enfonçaient dans les miens de plus en plus profondément. Mon cœur battait si fort qu'il devait certainement le sentir.

"A quoi penses-tu donc maintenant, Laura ?"

Gah… J'ai envie de fondre lorsqu'il prononce mon nom. Stop. Concentre-toi. Ne cède pas.

"Je pense que… tu es un crétin fini." Je tournai légèrement mon visage afin de ne plus sentir ses lèvres si proches des miennes et être tentée d'agripper sa bouche si pleine et si rose.

"C'est ça que je suis ?" Il se pencha encore davantage et je tremblai lorsque ses lèvres effleurèrent mon cou.

J'étais sortie avec des garçons avant. Mais je ne m'étais jamais sentie aussi enflammée.

"Oui. C'est ça." Je pressai mes mains contre son torse pour essayer de le repousser, mais mes doigts ne firent que glisser contre sa peau chaude et virile. Non…

"Hmm." Il murmura contre mon cou. Il se recula mais avant que je ne puisse sortir un mot, ses lèvres étaient contre les miennes.

Sacré dieu. Ses lèvres étaient si douces, elles se mouvaient si facilement contre les miennes. J'inspirai profondément, sous le choc, tandis que ma bouche s'ouvrit un peu lorsque sa langue vint bousculer la mienne. Bouger, danser, se battre… Je sentais son baiser partout. Mon sexe se contractait, mes doigts se crispaient. J'avais tellement envie de lui. Et je le détestais tout autant. Où se situait le mensonge ? A en juger par la façon dont j'agrippais ses cheveux de mes doigts, ce n'était pas dans ce dernier.

Il s'écarta trop vite. Me laissant à bout de souffle, haletante, désirant plus. Il me sourit doucement tandis que ses yeux semblaient encore plus brillants. Je ne pouvais pas même imaginer à quoi je devais ressembler maintenant.

"Tu n'aurais pas dû faire ça" murmurai-je. J'essayai toujours de reprendre ma respiration.

"Il n'y avait pas que moi, mon cœur." Seigneur, il en est déjà aux petits noms.

"Je dois y aller." Je le laissai là, allant nulle part en particulier. Il fallait que je trouve Emma. Je l'entendis me crier de m'arrêter mais je n'allais sûrement pas faire demi-tour. Si je le faisais, je l'aurais laissé me bloquer contre le mur de l'arrière-cour.

Bien entendu, je trouvai Emma au bar.

"Oh Seigneur, merci, je m'apprêtais à demander à mon ami ici de m'aider à te chercher." Elle fit les yeux doux au barman. Il était mignon, mais personne n'était capable de me faire éprouver ce que je ressentais avec Chris.

"Je vais bien. Je veux juste m'en aller. Mais tu peux rester si tu veux."

"Comment ? Non, j'y vais aussi."

"Non, je ne veux pas gâcher ta soirée." Nous étions toutes deux en train de crier par-dessus la musique.

"Non, c'est ennuyeux sans toi. Allons-y."

Elle me donna la clé de sa voiture comme toujours et je nous ramenai chez nous. Elle boit toujours assez peu, mais nous faisons toujours ainsi pour ne pas prendre de risques. Je ne suis pas une grande buveuse, et un verre ne m'empêche pas de conduire.

Une fois chez nous, je l'aidai à se changer et se mettre au lit.

"Merci." Elle bailla et se tourna sur le côté. Je souris légèrement et écartai ses cheveux de son visage.

"J'ai embrassé Chris Dawson."

Elle gloussa pour toute réponse. Je ne savais pas du tout si elle avait les idées assez claires pour comprendre ce que je venais de lui dire, mais enfin ça faisait du bien de simplement en parler.

Je pris une douche bien chaude pour me calmer puis allai me coucher dans une chemise qui était idéalement trois fois trop grande. J'étais suffisamment épuisée pour m'endormir de suite, néanmoins je continuai à divaguer au sujet de ce baiser.

C'était un sacré baiser.

* * *

Je pus à peine supporter les cours le lundi. Chris ne cessait de me déconcentrer tout le temps et je pouvais à peine supporter tous les regards fixés sur moi pendant que je traversais le campus. Je fis une erreur en regardant sur les réseaux sociaux. Tout le monde partout parlait de 'la chanson que Chris Dawson a chanté pour Laura'. Certaine personne ajoutait "cette crétine de Laura" mais qui se soucie de ça.

Je rentrai chez moi et tentai de faire une petite sieste de trente minutes pour retrouver de l'énergie.

"A présent, est-ce qu'on peut parler de cette petite bombe que tu as lâchée vendredi ?" Emma entra avec fracas dans ma chambre. J'aurais vraiment dû verrouiller ma porte.

"Heu, oui. Bien sûr, pourquoi pas ?" murmurai-je. Je roulai sur le côté et elle sauta sur mon lit.

"Alors, que diable s'est-il passé ?" me bouscula-t-elle. Je restai un instant à regarder son pull rose vif avant de répondre. Elle va en cours vêtue comme une poupée Barbie.

"Eh bien, après que tu m'aies laissée seule avec Chris, il a commencé à m'énerver alors j'ai été obligée de m'éloigner de lui. Donc je suis sortie dehors et il m'a suivi. Les choses ont commencé à devenir… plus chaudes entre nous et on a fini par s'embrasser." Je me mordis la lèvre nerveusement et elle me fit un regard entendu.

"Le baiser était super. Vraiment… excitant. Je ne sais quoi te dire de plus pour que tu comprennes bien." Je la regardais et elle me fixa à son tour sérieusement avec ses grands yeux bleus.

"On dirait qu'il t'aime bien."

Je roulai des yeux et fit un bruit dégoûté.

"Non, vraiment. Il a chanté cette chanson pour toi. Et il t'a suivie. Je pense qu'il est vraiment sérieux."

"Je ne sais pas. J'ai besoin de rester concentrée. J'ai un entretien d'embauche aujourd'hui et j'y arrive à peine. J'ai besoin de ce travail donc je n'ai pas besoin de distractions. Surtout pas en ce moment."

Elle soupira lourdement.

"Oh Laura. Je voudrais tant que tu t'autorises à t'amuser un peu. Attends de voir quelle sera la prochaine étape avec lui et ne le repousse pas trop vite."

Je secouai la tête.

"Je ne crois pas non. Eh bien… je ne sais pas. J'ai besoin de faire une sieste."

"Moi aussi. Elle s'allongea à côté de moi et nous nous endormîmes toutes les deux. Nous faisons la sieste ainsi plus souvent que vous ne pourriez l'imaginer.

Après nous être réveillées, nous avons étudié dans le salon avec The Bachelor en fond musical. Je commençai à préparer ma prochaine dissertation sur la littérature russe, quelques questions à propos d'une nouvelle que nous devions lire. Nous avions eu notre première interrogation jeudi dernier et j'étais anxieuse du résultat. Je l'étais aussi au sujet de Chris. Je ne sais pas ce qu'il compte faire ensuite.

Une partie de moi voudrait lui laisser sa chance mais l'autre sait qu'il n'en est pas à son coup d'essai. Il veut juste coucher avec moi. C'est forcément ça. Je suis plutôt pas mal donc j'imagine que je lui fais envie. C'est le cas avec beaucoup d'hommes, je l'ai remarqué. Mais je les ignore car j'ai mieux à faire.

Avant de m'en être aperçue, j'étais arrivée en cours de littérature russe. Chris n'était pas encore là. Il avait arrêté d'essayer de se faire bien voir du professeur, donc il n'arrivait pas en avance. Il venait littéralement tous les jours à quatorze heures pile.

"J'ai manqué quelque chose ?" me demande-t-il à chaque qu'il arrive en cours, et d'habitude je me contente de l'ignorer.

"Rien pour le moment."

"Whoa, tu m'adresses la parole." Il se pencha plus près de moi pour être juste contre mon oreille. "Est-ce que c'est parce que ma langue était dans ta bouche il y a quelques jours ?" Je me mis à rougir si fort que j'aurais tout aussi bien pu changer de couleur.

"Oui, c'est pour ça" dis-je en essayant de paraître aussi sarcastique que possible. Il se contenta de rire de son rire profond habituel et s'écarta.

Il portait un sweat gris ce jour-là. Était-ce pour aller avec mes yeux ? Sans doute pas.

"Alors, j'ai vos devoirs !" L'excentrique professeur Millam venait d'entrer.

Je me redressai, attendant fébrilement. Je pris une grande inspiration quand je vis ma note presque parfaite. Vingt-neuf sur trente. J'avais oublié une date dans une question en deux parties. Je tendis les yeux pour voir que Chris avait eu dix-sept. Mince.

Le cours se poursuivit comme d'habitude et il ne paraissait pas du tout affecté. Bien sûr que non. Cela me rappela pourquoi je ne l'appréciais pas depuis le début. Dès que le cours se termina, je filai comme je le fais toujours mais Chris me rattrapa à l'extérieur du bâtiment.

Le jour maussade s'accordait bien à mon humeur perturbée. Je pressentais qu'il allait pleuvoir avant qu'il ne parvienne à ma hauteur.

"J'ai besoin de ton aide."

Je ris et continuai de marcher.

Il avança plus vite et se tint en face de moi, me bloquant le passage. Je grinçai des dents en ignorant les regards des filles fixés sur moi. Elles peuvent l'avoir, je voudrais bien que l'une d'elles arrive et le prenne. Qu'elles le mettent hors de mon chemin.

"S'il te plaît." L'air dans ses yeux me rendit plus attentive. Je serrai la poignée de mon sac et levai les yeux vers lui.

"D'accord. Pourquoi as-tu besoin de mon aide ? Je ne vais pas t'embrasser à nouveau si c'est ça que tu t'apprêtes à demander."

Il rit mais il paraissait un peu à l'ouest.

"J'ai besoin que tu m'aides pour les cours. En littérature russe."

Je ris comme s'il venait de raconter une blague. J'en avais mal au ventre quand enfin je m'arrêtai mais son visage était extrêmement sérieux.

"Pourquoi ? Tu peux parfaitement réussir en cours si seulement tu t'y mets pour de bon". Je bougeai pour reprendre mon chemin mais il m'arrêta à nouveau, posant cette fois sa main sur mon bras.

"Je m'y mets pour de bon. J'ai étudié à fond, vraiment. Il y a une raison pour laquelle je n'ai jamais terminé le lycée. Ce n'est pas l'histoire séduisante que tout le monde peut lire. Je ne suis pas super intelligent, d'accord, alors s'il te plaît, est-ce que tu peux m'aider ?" Je le regardai dans les yeux pour y déceler sa mauvaise foi, mais je ne pus la trouver. Et je peux garantir qu'il dut mettre sa fierté de côté pour admettre qu'il avait seulement son brevet. A peine. C'est ce que les tabloïds racontent, ou plutôt c'est ce qu'Emma m'a dit qu'ils racontaient.

"D'accord."

Il sourit et soupira profondément en relâchant mon bras.

"Merci. Donne-moi ton numéro pour qu'on puisse trouver un moment pour se voir."

Nous échangeâmes nos numéros puis il s'éloigna, toujours avec son fameux sourire sexy. J'entendis une sonnerie sur mon téléphone et je regardai rapidement : un email m'annonçait que j'avais obtenu le job à la bibliothèque.

* * *

Chapitre 3: Séance d'études

"Avez-vous apporté une copie de votre emploi du temps ?" me demanda la femme à l'air courtois qui était assise derrière un grand bureau en acajou.

"Oui, je l'ai" dis-je en fouillant dans mon sac jusqu'à ce que j'en retrouve un polycopié dans un classeur, que je tendis à la dame avec un sourire timide.

Je n'avais pas eu le temps de la rencontrer avant cette semaine, lundi. Je venais de finir l'ensemble de mes cours et j'aurais préféré être chez moi, mais je suppose que c'est un bon entraînement pour quand je devrai commencer à travailler. Je vais devoir ajuster drastiquement l'emploi du temps de mes cours, et pourtant je n'ai même pas encore pu m'habituer à ce nouveau semestre, entre autres choses.

"Est-ce que cela vous convient ?" demanda-t-elle après avoir terminé de taper quelque chose et en tournant l'écran de son ordinateur vers moi pour que je puisse regarder. Je n'avais pas d'objections à formuler. Elle avait prévu que je travaille les lundis, mercredis et vendredis après-midi ainsi que les samedis matin. Au moins il me restait toujours les mardis, jeudis et dimanches pour me reposer.

"Cela me convient oui."

"Bien." Elle sourit gentiment et imprima l'emploi du temps. Elle m'en tendit une copie et mit l'autre dans un dossier.

"Vous commencez mercredi. Assurez-vous simplement d'avoir vos informations bancaires disponibles d'ici là. Si pour une raison quelconque, vous n'êtes pas disponibles pour travailler un certain jour, nous demandons à être prévenue avec vingt-quatre heures d'avance. Cependant nous savons que la vie d'un étudiant peut être imprévisible et que des choses arrivent, et cela nous va, tant que cela n'arrive pas tout le temps." Elle rit avec aisance et je ris avec elle par politesse. Elle avait raison, malgré tout.

"D'accord, je vous remercie." Je rangeai l'emploi du temps dans mon classeur et refermai la fermeture Éclair de mon sac."

"Je vous en prie. Vous commencez ce mercredi, donc."

"Ca m'a l'air parfait" dis-je en me levant et en hochant la tête avant de m'en aller.

Je m'arrêtai à l'épicerie du campus pour acheter de quoi dîner. Il y a un large et excellent choix de différents plats là-bas, mais je finis toujours par commander la même chose lorsque j'y vais. Le vendeur sait même ce que je veux.

"Une galette et des cornichons frits ?" s'assura-t-il.

"Oui" répondis-je en lui souriant.

C'était vraiment un vieux monsieur très gentil. Il était l'un des plus âgés à travailler sur le campus. Normalement ce sont surtout des étudiants. Mais il fait toujours la conversation et se montre très amical, c'est pourquoi j'aime bien venir ici.

Mon plat fut prêt assez rapidement.

"Merci, à bientôt !" dis-je en agitant la main avec un sourire avant de passer à la caisse avec ma nourriture.

J'avais presque passé la porte lorsque j'entendis un cri inintelligible qui ne pouvait signifier qu'une chose. Chris.

Je roulai des yeux et haussai les épaules. Il ne m'avait pas envoyé de message depuis que je lui avais donné mon numéro mardi dernier. C'était évident qu'il n'était pas sérieux lorsqu'il disait vouloir étudier puisque nous avions un nouvel examen demain et qu'il ne m'avait rien demandé. J'aurais dû me douter qu'il s'agissait juste d'un stratagème quelconque, mais même par rapport à ça, il ne m'avait pas parlé. Silence radio.

Il m'avait sûrement oublié et cela me mettait très en colère parce que je pense tous les jours au baiser que nous avons échangé. Je m'en veux tout le temps pour ça également. Le pire, c'est qu'il ne doit probablement plus se souvenir de ça non plus.

Je le dépassai en vitesse ainsi que les filles qui avaient littéralement formé une file pour aller lui parler.

"Laura !"

Merde.

Je continuai d'avancer, de plus en plus vite cette fois. Je pouvais voir l'arrêt de bus, il ne me restait plus que quelques pas d'avant d'être en sécurité parmi la foule.

"Laura, attends mon cœur." Il attrapa ma main et se mit en face de moi.

Je détournai mes yeux aussi longtemps que possible jusqu'à ce que je les lève vers lui, rencontrant ses yeux vert brillants qui étaient directement fixés dans mes propres yeux gris et tristes. Et ce sourire qu'il avait… c'est tellement dur de l'ignorer. Il doit bien le savoir également.

"Je dois y aller." Je bougeai pour partir mais son pied m'arrêta. Il porte probablement des chaussures qui coûtent davantage que mes livres de cours. Mais aujourd'hui, il avait une simple paire de vieilles Converse. Cela lui allait bien cependant, avec son jean délavé et sa chemise à manches longues vert olive. Il en avait relevé les manches, aussi je pouvais voir le réseau de veines sur ses bras et ses mains puissantes. Seigneur.

"Non ne pars pas, allez viens." J'émis un reniflement et serrai plus fort le sac contenant mon dîner. C'était en train de refroidir maintenant.

"J'espérais que tu allais pouvoir m'aider à étudier pour l'interrogation que nous avons demain."

Merde. Comment était-il au courant que nous avions une interrogation demain et pas moi ? D'accord. Je m'étais trop concentrée sur les trois dissertations à rendre la semaine dernière.

Je fis semblant d'être insouciante comme si cela ne me préoccupait pas.

"Tu crois que tu vas apprendre trois semaines de cours en une soirée ?"

Il haussa les épaules comme si ce n'était rien.

"Je connais la majorité du cours, j'ai juste besoin d'aide pour ce qu'on doit réviser, je pense."

"Réviser quoi ?"

Il fronça ses sourcils noirs et épais. Je gloussai légèrement.

"On ne nous a pas demandé de réviser quelque chose en particulier. Nous ne sommes pas au lycée."

Il tendit le cou d'un air étonné.

"Alors comment diable pouvons-nous savoir ce qu'il faut étudier ?"

Je me mis à rire très fort. Il n'avait vraiment aucune idée de comment les choses fonctionnaient à la fac.

"Il faut tout étudier."

Il laissa échapper un soupir de ses lèvres charnues et passa une main dans ses cheveux en bataille. Sous le soleil déclinant, il semblait si… éthéré.

"Je suppose que nous avons du pain sur la planche alors." Il rit. Je fis un bruit dégoûté et secouai la tête.

"Nous n'avons rien du tout, toi oui. Tu penses que je vais juste changer mes plans à la dernière minute ?"

"Tu avais prévu quelque chose ?" demanda-t-il en levant un sourcil et je fus une nouvelle fois dégoûtée par son comportement de crétin arrogant.

"Écarte-toi." Je le dépassai et continuai d'avancer vers l'arrêt de bus. Juste avant que je n'arrive, le bus arriva et repartit. Le dernier de la journée. Super.

"Tu vois ? Tu m'as fait manquer le dernier bus !" criai-je en levant les mains de frustration. Emma était au laboratoire jusqu'à vingt heures, donc elle ne pouvait pas venir me chercher.

Je me mis en marche pour rentrer à l'appartement. Cela ne faisait qu'environ trois kilomètres.

"Attends ! Laisse-moi te ramener chez toi !" Je l'entendis courir sur le trottoir derrière moi.

Il y avait seulement quelques personnes autour mais toutes nous regardaient. Il était en train de ruiner tout mon plan de "je reste invisible" à la fac.

"Je peux me débrouiller, merci !" criai-je par-dessus mon épaule. J'avais besoin de faire un peu d'exercice de toute façon. J'étais contente de m'être habillée simplement aujourd'hui, juste un tee-shirt et un jean.

"Ne sois pas si têtue mon cœur. Je ne faisais que plaisanter." Il m'avait rattrapé à présent et marchait à côté de moi.

"Arrête de m'appeler comme ça" grinçai-je entre mes dents.

"Juste, attends-moi, s'il te plaît." Il saisit ma main à nouveau, cette fois je sentis le feu… l'étincelle entre nous. C'était indéniable et cela me mettait hors de moi parce que c'est impossible qu'un homme comme lui puisse ressentir la même chose à mon sujet.

"Laura, je te demande… je te supplie de m'aider. Je ne peux pas échouer à ce cours. Je te revaudrai ça si jamais je dérange ton programme de ce soir."

Une fois encore, je sentis qu'il était sincère.

"Il faudrait qu'on reste éveillé presque toute la nuit."

Il relâcha ses épaules et sourit d'un air détendu.

"Cela ne me gêne pas."

Je soupirai fortement.

"Alors c'est d'accord… je suppose." Une partie de moi veut l'aider, l'autre veut juste être en sa compagnie. Il est sympa lorsqu'il ne joue pas au crétin arrogant.

"Super, merci. Maintenant, je te ramène chez toi, n'est-ce pas ?"

Un instant plus tard, j'étais dans sa voiture et ce n'était pas comme je m'y attendais. J'aurais cru qu'il aurait une voiture de sport grossière et voyante mais à la place, il avait une vieille voiture qui avait l'air d'avoir déjà été réparée.

"Tu es bien calme, dis donc ?"

Je lui jetai un coup d'œil pendant qu'il conduisait. Il tenait le volant d'une main tandis que l'autre était posée nonchalamment sur le siège. Même lorsqu'il accomplissait un geste des plus anodins, il restait sexy comme un dieu.

"Non, c'est juste que je n'aime pas bavarder lorsque ce n'est pas nécessaire."

Il rit comme si je venais de dire quelque chose de drôle.

"Tu dis des choses si intelligentes."

"Humm. Je parie que ça te plaît" dis-je avec sarcasme.

"La plupart des femmes que je connais ne s'expriment pas comme tu le fais."

Je ris d'un humour sans joie.

"Parmi la centaine que tu fréquentes ?" dis-je en secouant la tête.

"C'est à peu près ça… mais c'est parce qu'elles ne me parlent pas comme si j'étais une personne normale. Plus personne ne le fait, plus depuis mon premier album." Le changement de ton dans sa voix attira mon attention. Il avait l'air si honnête, si triste. Comme lorsqu'il chante. Est-ce cela qu'il est vraiment ? Je ne sais pas.

"Tu as manqué le virage, on s'éloigne du campus" dis-je en me redressant sur mon siège.

"Je sais, on va chez moi."

Je me tournai vers lui d'un air effrayé.

"Quoi ? Je n'ai pas dit que j'étais d'accord pour aller chez toi."

"Relax." Il me regarda et me sourit. "On ne peut pas aller au campus, on serait assailli par tout le monde en quelques minutes. Apparemment il y a un groupe de discussion à mon sujet sur internet, et les étudiants se renseignent pour dire où je suis lorsqu'ils me voient."

"Oh." C'était presque triste. Je ne pouvais pas imaginer ce que ça devait faire d'être montré en spectacle comme ça.

Nous roulions depuis une dizaine de minutes puis il tourna dans un chemin plutôt sombre. On peut dire qu'il vivait au milieu de nulle part. Le trajet était plutôt long mais bientôt il conduisit la voiture jusque dans son garage.

Je m'attendais à une énorme propriété mais au lieu de ça, il vivait dans une maison qui avait des allures de ranch. Il y avait un grand porche circulaire et des colonnes devant la porte d'entrée. Nous entrâmes par la porte de derrière.

"Tu veux que je te fasse visiter ?"

"Non merci. On ferait mieux de s'y mettre tout de suite. J'ai cours à huit heures demain."

Il prit l'air abasourdi.

"Whoa. Je ne pourrais jamais lever aussi tôt."

Je haussai les épaules sans surprise. Malgré tout je me sentais un peu coupable car la seule raison pour laquelle j'ai choisi ce cours, c'est parce qu'il est obligatoire pour mon cursus et qu'il n'y en avait pas d'autres. Je ne suis pas quelqu'un du matin.

"D'accord."

Il me conduisit dans la salle de séjour où je déposai mon sac. Je m'assis maladroitement sur le canapé et regardai autour de moi. La pièce était toute coordonnée : les canapés étaient tous brun sombre, tout comme les murs. Il y avait un écran énorme plaqué au mur, quelques papiers sur son bureau qui avaient l'air d'être des partitions, ainsi qu'une guitare dans un coin. C'était comme avoir un aperçu de qui il est vraiment.

"Tu as faim ? Ton plat doit probablement être froid maintenant." Il fit un geste en direction du sac graisseux qui, en fait, ne devait sûrement pas être très bon.

"Euh, oui, je mangerais bien quelque chose."

Il se rendit dans la cuisine.

"Du poulet, ça va ?" me demanda-t-il.

"Oui, super."

Je le regardai de la salle de séjour. C'était bizarre, de le voir s'occuper de choses du quotidien. Je m'en voulais d'avoir été si présomptueuse à son sujet. C'est sûr, il pouvait agir comme un imbécile parfois, mais la plupart du temps il est gentil, à sa façon. Et il embrasse sacrément bien.

Super.

Maintenant je suis encore en train de penser à son baiser.

"Tu aimes le thé ?"

"J'adore" répondis-je. Sûrement il n'est pas au courant de ça, ça doit être une simple coïncidence.

"Moi aussi."

Il revint dans la salle de séjour, il avait enlevé ses chaussures et ses chaussettes et me tendit un verre de thé glacé. J'en bus une gorgée, j'étais assoiffée. C'était délicieux.

"Je vais chercher mes affaires, mets-toi à l'aise."

Il courut en haut des escaliers et j'attendis que ses pas s'éloignent. J'enlevai mes chaussures à mon tour et m'enfonçai dans le canapé qui était incroyablement confortable et pas du tout fait pour travailler.

J'envoyai un message à Emma pour qu'elle ne s'inquiète pas de ne pas me voir quand elle rentrerait chez nous. D'habitude je ne vais jamais nulle part pendant la semaine.

Je suis chez Chris. Ne t'inquiète pas.

Chris qui ?!?

Euh… Dawson.

Oh mince ! Dis-moi tout !

Elle m'envoya un smiley qui me fit sourire. Je n'aurais pas dû lui dire, je n'en verrais jamais la fin.

Je sortis mon propre matériel de cours. J'avais presque tout fait, pensant que c'était juste un QCM, tout ce que je devais faire était simplement de changer ma façon d'étudier pour l'adapter à une interrogation. Je préparai des questions de mon cru, utilisai mes fiches et passai en revue les sommaires de chaque chapitre.

Le cours n'est pas difficile si vous en connaissez bien le contenu. Si l'interrogation porte sur les mêmes choses que le QCM, je n'ai pas de souci à me faire.

Le micro-ondes sonna et Chris revint quelques instants plus tard. J'eus le souffle coupé à l'intérieur de ma gorge quand je le vis. Il avait bien été chercher ses affaires mais il s'était changé. Il avait mis un jogging et un tee-shirt noir. Ce haut lui allait à la perfection en mettant ses muscles en valeur, et je pouvais voir parfaitement la ligne rigide de ses abdominaux à travers. Et ce jogging… il aurait tout aussi bien pu ne rien porter du tout parce que je pouvais assurément me rendre compte qu'il est très bien monté.

Il revint avec une assiette de poulet et de moutarde au miel. Et encore du thé glacé. Je commençai à l'apprécier davantage.

"D'accord, alors par quoi on commence ?" dit-il en se rapprochant de moi. J'étais entourée de son parfum si familier. J'aurais voulu presser mon visage contre son torse et le respirer jusqu'à en perdre connaissance.

"Fais-moi voir tes anciens QCM pour que je vois à quel point tu es bête" dis-je en gloussant. Il se mit à rire de son rire chaud et profond.

Je commençai à manger un peu du poulet qu'il avait apporté. J'étais affamée, plus que je ne le pensais. J'avais terminé de manger pendant que je regardais ses papiers. J'essayai d'ignorer son regard, mais c'est très difficile de ne pas faire attention à un homme tel que lui.

"Alors quel est le verdict ?" dit-il en me poussant du coude et je sentis la même étincelle s'allumer en moi. Comme à chaque fois qu'il me touche.

"Tu n'as pas tellement de retard, il faut juste que tu rattrapes les derniers cours, je suppose. Tu as lu quelques uns des chapitres ?"

Il secoua lentement la tête.

"Bien sûr que non… enfin, on n'a pas le temps de faire ça ce soir."

J'avais apporté mes propres affaires et allumé mon vieil ordinateur portable. Je ne pus m'empêcher de remarquer la façon dont il le regardait, comme s'il ne paraissait pas habitué à en voir des comme ça. Je suppose que c'est le cas, il est vieux de plus de dix ans.

"Commençons par Tolstoï."

Pendant les une ou deux heures suivantes, j'ai parlé comme jamais. Néanmoins j'apprenais mieux tout en lui expliquant, ce qui fait que cela était également bénéfique pour moi d'une certaine façon. Il comprenait bien et tout ce que nous devions faire ensuite était de mémoriser les fiches que j'avais préparées.

"Est-ce que ça t'a pris longtemps de faire ça ?" dit-il en regardant la centaine de termes et de notions que j'avais écrites.

"Pas vraiment. Du moins pas autant que par rapport à d'autres choses" expliquai-je.

Je posai mon ordinateur sur mes genoux et il se rapprocha de moi sur le canapé. Sa cuisse était pressée contre la mienne et je sentis la chaleur qui émanait de son épaule contre moi. J'avais commencé à me détendre au fur et à mesure que nous étudions ensemble. Ce n'était pas aussi intolérable que je l'avais imaginé.

Continuer : partie 2 sur 2