Bal Masqué

Chelsea Harrison · Chapitre 3 sur 4 · partie 1/3

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Bal Masqué

BONUS 2 - Dernier Recours

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 3 parties.

Dernier Recours

 

Chelsea Harrison

 

Chapitre Un

Cole n'avait pas l'habitude de rester assis tranquille. Il n'avait pas l'habitude du costume bien cintré et très cher, ainsi que de la cravate, qu'il portait en ce moment. Mais surtout, il n'avait simplement pas l'habitude de ne pas obtenir satisfaction. Il était déjà avachi inconfortablement sur une chaise en bois pendant que sa salope d'ex-petite amie, Britney Masters, était en train de jacasser sur le fait qu'il était un enfoiré. Se penchant sur sa gauche, il dit à son avocat d'un ton à peine étouffé, "Est-ce qu'on va vraiment la laisser bavarder comme ça ?"

L'avocat, Adam Smith, ne lui jeta même pas un regard. Les yeux toujours fixés sur le juge qui se tenait au centre de la pièce, il répondit calmement, "C'est ainsi que fonctionne le système judiciaire, M. Everett…"

"Je m'appelle M. Black" le corrigea Cole, de l'irritation perçant dans sa voix. "Et je ne vois rien de juste dans tout cela."

M. Smith ne battit pas une paupière, mais Cole crut le voir soupirer légèrement. "Elle a le droit d'exposer ses doléances… qui sont nombreuses… et d'être entendue. Après cela, vous pourrez faire de même."

"Combien ?" demanda Cole. Sa voix paraissait presque joyeuse, même à ses propres oreilles. "Combien de doléances peut-elle donc avoir ? J'ai toujours payé pour tout !"

Sa voix grimpa sur cette dernière phrase, il ne faisait même plus semblant d'être calme. Le juge lui lança un regard d'avertissement, mais Britney n'allait pas s'arrêter pour ça. Plissant ses yeux un court instant, elle se jeta sur cette opportunité tel un léopard traquant sa proie. "Vous voyez ?!" s'écria-t-elle, versant presque des larmes de crocodile. "Il ne me laisse même pas parler ! Il est toujours comme ça. Il me traite comme si j'étais juste l'un de ses sex-toys, pas comme la mère de son enfant et la femme qui s'occupe de son foyer !" Elle laissa échapper un sanglot fort et larmoyant.

Cole roula des yeux. Elle aurait dû être actrice, pas la groupie d'une rock star, pensa-t-il peu charitablement.

Elle renifla et se tamponna les yeux, qu'elle avait extrêmement maquillés, puis elle inspira de façon beaucoup trop exagérée. "Tout ce que j'ai fait, c'est d'essayer de prendre soin de lui et de notre fille. De faire de nous une famille. Mais il est tellement occupé à coucher avec chaque femme qui se jette à ses pieds que c'est impossible ! Il n'a pas de temps pour nous, ni pour moi ni pour mon bébé."

"Ton bébé ?"

Enfin, l'avocat, M. Smith, réagit lorsqu'il vit comment la voix de Cole s'élevait rapidement après avoir entendu celle de Britney. M. Smith se tourna vers Cole et leva les mains en un geste d'apaisement que personne ne remarqua. "S'il vous plaît, M. Everett, ne faites pas cela."

Mais c'était trop tard. Cole était déjà en train de repousser sa chaise, impatient de se lever pour prendre sa propre défense. Ses yeux bleus étaient froids comme la glace, emplis d'un feu rageur. Son avocat grimaça, sachant que peu importe ce que Cole allait dire, cela n'aiderait en rien la situation actuelle, mais cela n'avait plus d'importance. Il était trop tard pour l'arrêter.

"Ton bébé ?" répéta Cole, sa colère augmentant en même temps que sa voix. "Ce gosse est à moitié le mien, et j'ai payé pour chacune des fichues choses dont elle a eu besoin ! Je lui ai donné un toit au-dessus de sa tête, à manger à chaque repas et toutes les foutues peluches qu'elle a voulues, et ce dans toutes les nuances de rose ayant jamais existées ! C'est grâce à moi tout ça, pas toi ! Est-ce que tu as jamais fait quelque chose, à part dépenser mon argent ?"

Il était alors en train de crier, et cela n'était pas du goût du juge. Celui-ci frappa plusieurs fois avec son maillet, réclamant le calme. "Cela suffit, M. Everett !"

"Je m'appelle Black, nom de Dieu" répliqua Cole sans réfléchir.

M. Smith grimaça à nouveau et se leva, lissant son élégant costume à fines rayures. "Veuillez nous excuser, Votre Honneur. Mon client…"

"Votre client est un enfant gâté égoïste qui n'a aucun sens des responsabilités en tant que père ou compagnon, et qui a encore moins le sens du respect pour quiconque, si ce n'est lui-même."

Les mots sévères du juge laissèrent Cole piqué au vif, et celui-ci ouvrit la bouche pour répliquer, mais son avocat le saisit rudement par le bras et le serra fort. C'était le premier geste vraiment sincère et décidé réalisé par l'avocat, et cela était tellement inattendu de sa part que Cole réprima ce qu'il allait dire et resta silencieux.

"Je n'ai rien vu ou entendu aujourd'hui qui indique que je puisse donner raison à M. Everett. Ni dans son comportement ni dans les tabloïds."

M. Smith se redressa et prouva qu'il était un avocat compétent, affirmant au juge : "Mon client est un musicien bien connu. Son nom est souvent dans les journaux, avec des articles pleins de fausses rumeurs, de photos mises en scène après coup, de clichés de paparazzis et de racontars. Les médias ne peuvent pas être utilisés comme une preuve solide pour établir la véritable nature de mon client, sans compter qu'ils donnent de son caractère une image déplorable."

Le juge ne semblait pas être d'accord, mais les paroles de M. Smith suffirent à l'arrêter un instant. Il prit un moment pour réfléchir, sa bouche se fronçant en une grimace pendant qu'il fixait Cole. Au bout d'un instant, il dit : "Très bien."

"S'il vous plaît, Votre Honneur !" s'exclama Britney, qui était restée aimablement silencieuse pendant que le juge réprimandait Cole, mais qui ne semblait pas vouloir faire de même à présent.

Le juge leva la main pour faire taire Britney. "S'il vous plaît Mademoiselle Masters. Je comprends que vous soyez bouleversée, mais c'est mon devoir de décider quelle est la solution la plus juste possible. Étant donné qu'il ne s'agit pas simplement de vous et de votre partenaire, mais également de votre fille de sept ans, je dois laisser une chance à chacune des parties de s'exprimer."

Britney garda son air contrarié, mais parvint à contenir sa colère. Le seul indice prouvant qu'elle était furieuse était ses poings, qu'elle avait serrés à chaque main. Mais elle acquiesça et laissa le juge continuer.

Se tournant à nouveau vers Cole, il dit : "Je vous laisse une chance, M. Everett. Nous avons tous vu votre nom dans les médias. C'est impossible d'y échapper. La plupart de ce qui y est dit ne sont pas des choses positives. Mais dans l'intérêt de votre fille, je vous permets de faire vos preuves. Vous avez trois mois jusqu'à notre prochaine audience, où à ce moment-là je rendrai ma décision. Si vous échouez à prouver de façon adéquate que vous êtes un père responsable et que vous méritez de tenir une place dans la vie de votre fille, alors je serai obligée de rendre un jugement en faveur de Mademoiselle Masters."

"Elle essaie de s'emparer de Becky !" protesta Cole. Pour la première fois depuis le début de la procédure, il semblait abattu et inquiet. "C'est ma petite fille."

Le juge hocha la tête. "Exactement. Prouvez-moi que vous êtes davantage que l'enfant gâté que je viens de voir dans cette salle d'audience aujourd'hui, ou je serais obligé de vous enlever votre droit de garde."

Cole ouvrit la bouche pour protester à nouveau, mais M. Smith parla en premier. "Nous vous remercions, Votre Honneur."

Le juge frappa une nouvelle fois avec son maillet et renvoya les personnes présentes avec l'instruction expresse qu'ils seraient de nouveau convoqués dans trois mois. Il sortit ensuite de la salle. Britney se leva à son tour, un air victorieux sur son visage, même si elle était en colère parce qu'on avait laissé à Cole une seconde chance. Elle s'arrêta à côté de lui pendant qu'ils sortaient.

Reniflant de mépris, elle dit : "Tu vas tout me donner, Cole Black. Je l'ai bien mérité."

"Rester allongée sur le dos, ça ne donne pas droit à grand-chose" répliqua Cole.

Ses yeux marrons flambèrent de rage. "Espèce de petit con prétentieux !"

Avant qu'ils ne poursuivent leurs échanges, l'avocat de Britney se leva et la prit par le bras. C'était un homme âgé et grassouillet portant un costume chic et coûteux et qui la conduisit le long de la travée jusqu'à la porte. Tandis qu'ils partaient, Cole put entendre l'avocat lui murmurer : "Tout va bien, Mlle Masters. On va l'avoir. Les mères obtiennent presque toujours la garde et avec la réputation qu'il a, c'est gagné d'avance."

Elle hocha la tête, ses cheveux blonds se balançant doucement en une simple tresse qu'elle avait faite spécialement pour l'audience. Elle était habillée sobrement d'une robe bleue pâle à fleurs qui lui couvrait presque tout le corps. Cole ne l'avait jamais vue habillée aussi modestement, il savait qu'elle n'avait mis cela que pour le jour du tribunal.

Cela l'énervait davantage qu'il ne pouvait le supporter.

"Cette salope" marmonna-t-il.

M. Smith soupira à côté de lui. "Cela nous avantagerait si vous pouviez réprimer au maximum ce genre d'éclats au cours des audiences."

Cole roula des yeux et commença à desserrer sa cravate pendant qu'ils sortaient de la salle du tribunal. "Ne soyez pas pénible, Adam" dit Cole en faisant sauter les trois premiers boutons à l'avant de sa chemise. "C'est une menteuse, une intrigante…"

"Ceci n'a pas d'importance" dit M. Smith avec un geste de la main.

Cole leva l'un de ses épais sourcils foncés. "Alors maintenant, la vérité ne compte plus ?"

M. Smith secoua la tête. "Non. C'est la loi, tout ce qui compte, c'est ce que je peux démontrer. Ce qui signifie des preuves qui montrent qu'elle ment. Et si la seule preuve que je possède, ce sont vos paroles contre les siennes, nous allons perdre."

"Mais j'ai raison !"

"Ca ne compte pas" répéta M. Smith.

Ils s'arrêtèrent juste à l'extérieur de la salle d'audience, dans le hall. Il restait encore une double porte avant qu'ils n'atteignent l'autre extrémité du tribunal et au-delà les quelques marches qui y menaient. Cette discussion aurait été plus appropriée dans le bureau de M. Smith, où ils auraient eu un peu plus d'intimité, mais Cole était quelqu'un d'impatient et M. Smith le savait. Et encore plus important, ni l'un ni l'autre n'avaient envie d'avoir affaire aux journalistes qui les attendaient juste à l'extérieur du bâtiment.

Cole Black Everett était un nom célèbre. Le genre de nom qui attirait les maisons de disques, les clips vidéo et les groupies à forte poitrine, ainsi que cette catégorie spéciale de profiteuses avec lesquelles Cole semblait toujours en relation. Cela attirait également énormément de publicité… la plupart du temps non désirée.

Celui qui a dit que toute publicité est bonne à prendre est un idiot, se dit Cole qui était d'une humeur massacrante après l'audience.

"Alors nom de Dieu, qu'est-ce qui est donc important, Adam ?"

M. Smith regarda Cole un long moment avant de dire : "Honnêtement ? Être vu."

Cole cligna des yeux. "Quoi ?"

"Être vu. Vous êtes constamment dans les médias. Avec des interviews, des émissions, les paparazzis, les événements sur les tapis rouges. Vous êtes complètement exposé d'une manière vertigineuse."

"Oui, eh bien, je suis une rock star." Et il ne se montrait pas arrogant en disant cela. Il avait gagné une somme faramineuse de deux cent millions de dollars l'année passée, et s'attendait à en gagner près du double d'ici à la fin de l'année, cela grâce à sa ligne de lunettes de soleil haut de gamme et à la nouvelle "fragrance" qui allait être lancée pour Noël. Il avait atteint ce rêve inaccessible et gagné un revenu qui faisait qu'il pouvait enfin se nommer ainsi. Car il l'était pour de bon.

M. Smith hocha la tête. "En effet. Malheureusement, toute cette visibilité n'est pas bonne pour vous, vous savez. Cet article du Time suggérait que vous avez un complexe de supériorité. Cosmo affirme que vous êtes le genre d'homme que n'importe quelle femme devrait éviter. De nombreux tabloïds ont votre photo affichée sur leurs couvertures, avec vous en train de lécher une fille à moitié habillée et qui semble à peine majeure. Et vous savez ce que nous ne voyons pas ?"

Cole croisa les bras sur son torse large et musclé. "Quoi donc ?"

"Des photos de vous avec Rebecca."

Les yeux bleus de Cole se plissèrent jusqu'à n'être plus que des fentes tandis qu'une rapide poussée de colère le traversait. "Sans blague. Et ça n'arrivera pas, d'ailleurs. Je ne vais pas laisser ces vautours se servir d'elle de cette façon. Ils veulent des photos de moi ? D'accord, j'ai signé pour ça, mais elle a sept ans. Elle mérite qu'on lui laisse son intimité, et je vais la préserver autant que possible."

M. Smith s'arrêta un long moment, ayant l'air d'approuver Cole. Il esquissa le plus petit des sourires, étirant ainsi les coins de sa bouche, ce qui était le mieux qu'il était possible d'obtenir de la part de l'avocat. "Très bien. Alors nous allons laisser Rebecca de côté. Je pense qu'insister sur le fait que vous êtes père compte beaucoup pour nous faire gagner le procès…" dit-il, levant les mains en voyant que Cole s'apprêtait à protester. "… Mais je pense que nous pouvons employer un autre moyen."

"Lequel ?" demanda Cole d'un air suspicieux.

"Vous allez vous fiancer."

Un éclat de rire incrédule s'échappa des lèvres de Cole qui résonna tout le long des couloirs du tribunal. Il rit à pleine voix pendant un moment avant de finalement s'arrêter et fut obligé de s'essuyer les yeux. "Vous plaisantez" dit-il, se remettant à rire.

Mais M. Smith ne riait pas. "Non, je ne plaisante pas."

Cole redevint instantanément sérieux. "Vous êtes complètement cinglé si vous pensez, ne serait-ce qu'une seconde, que je vais épouser cette salope."

"Je ne m'attends pas à ce que vous vous épousiez Mlle Masters" expliqua M. Smith.

"Alors qui diable vais-je donc épouser ?"

M. Smith haussa les épaules. "Personne, selon toute probabilité. Mais des fiançailles seraient tout à fait bénéfiques pour vous. A une femme qui ne ressemble pas à ces filles que l'on voit dans les tabloïds. Quelqu'un de la vraie vie. Une fille intelligente, sérieuse, mignonne et agréable, mais bien élevée. Le genre de femme avec qui on décide de s'installer, pas celle qu'on baise puis qu'on laisse tomber."

Cole leva un sourcil en entendant le langage grossier de M. Smith, mais pour une fois il ne l'interrompit pas.

"Trouvez une diplômée d'université. Trouvez une infirmière, une vétérinaire, une maîtresse d'école. Trouvez une mignonne petite femme, payez-la un demi-million pour qu'elle prétende être follement amoureuse de vous et qu'elle ne révèle rien. Puis, quand tout sera terminé, vous vous séparez bien aimablement et ainsi vous conservez la garde de Rebecca. Et votre argent."

Cole était à la fois impressionné et dégoûté. Une fausse fiancée ? Cela semblait… tordu. Même pour lui. Mais Rebecca était toute sa vie et il aurait préféré mourir que de laisser Britney la lui enlever. Aussi il leva les yeux vers M. Smith et dit, "Une maîtresse d'école, hein ?"

* * *

Chapitre Deux

Elizabeth Donovan coinça ses classeurs contre sa hanche, tenant ses clés de voiture dans sa bouche tandis qu'elle s'escrimait à essayer de refermer la portière. Finalement, elle fut obligée de la repousser d'un coup de ses larges hanches pour y parvenir. En soupirant, les clés toujours dans sa bouche, elle se dirigea le long de l'allée jusqu'à sa maison, qui était de dimension modeste. Elle était en location mais elle était en train de négocier un arrangement avec son propriétaire pour l'acheter dans le futur, arrangement qui allait fonctionner uniquement parce que M. Caldwell adorait la colocataire d'Elizabeth.

Après avoir monté les deux marches du perron, elle s'arrêta devant la porte, réalisant devant quel problème elle se trouvait. Elle n'avait pas les mains libres pour l'ouvrir, et vu comme celle-ci était solidement fermée – une règle à ne jamais oublier, insister Phoebe, sa colocataire – elle était coincée.

En grognant, elle bougea son menton par-dessus ses classeurs et ouvrit la bouche pour faire tomber ses clés. "Phoebe ? Tu es là ?" appela-t-elle.

Elle attendit un moment que celle-ci réponde, mais quand elle n'entendit rien, elle soupira et se résigna. Elle posa ses classeurs au sol et récupéra ses clés. "Je préfère ne pas penser qu'il faudra que je soulève à nouveau tout ça" grommela-t-elle pour elle-même tandis qu'elle introduisait la clé de la maison dans la serrure. Elle la tourna puis poussa la porte.

"Phoebe ?" appela-t-elle à nouveau. La maison avait deux étages mais était relativement petite, si bien que si sa colocataire était là, elle devait pouvoir l'entendre. "Je suis rentrée."

"Je suis au salon, Lizzie !"

Elizabeth soupira. Lizzie était le surnom qu'elle se traînait obligatoirement depuis le lycée, ce qui craignait vraiment. Il y avait exactement deux personnes qui étaient toujours autorisées à l'appeler ainsi, et avec l'une d'entre elles, c'était seulement par défaut. Si elle avait eu son mot à dire, il n'aurait pas été autorisé à l'appeler autrement que 'madame' ou "Mademoiselle Donovan".

Cet imbécile n'écoute jamais personne, de toute façon se dit-elle à elle-même.

Avec un effort, elle souleva ses classeurs et rentra à l'intérieur, repoussant la porte du pied derrière elle. Tandis qu'elle traversait l'entrée pour se rendre au salon, elle réalisa que Phoebe était en train de parler avec quelqu'un. En fronçant les sourcils, Elizabeth se demanda si Phoebe avait un nouveau petit ami qu'elle ne connaissait pas encore.

C'est typique de sa part, pensa-t-elle avec un petit geste de la main. Toujours à la recherche de son prochain petit ami.

Phoebe passait d'homme en d'homme au même rythme qu'Elizabeth usait des stylos rouges… ce qui signifiait environ un paquet par mois.

"… été très occupée" disait Phoebe, qu'entendit Elizabeth. "Tu sais à quel point elle a toujours été motivée."

"Oui, je me souviens. Motivée, autrement dit ennuyeuse."

Elizabeth se figea.

Elle reconnaissait cette voix douce, soyeuse, en train de répondre à Phoebe. Elle était profonde et sexy et, qu'elle veuille le reconnaître ou non, elle avait le pouvoir de donner aux femmes l'envie de retirer leurs sous-vêtements comme si elles étaient en feu. Elizabeth n'avait pas besoin de regarder plus loin pour voir que l'homme qui était assis là, celui qui possédait cette voix, était lui-même tout aussi sombrement attirant.

Et égoïste.

Arrogant.

Immature.

Sûr de ses droits.

Et un million d'autres choses qui appartenaient toutes à la catégorie de ce qui rebutait Elizabeth et qu'elle ne désirait jamais trouver chez un homme.

Non pas que j'aie jamais pensé à sortir avec Cole, pensa-t-elle, sur la défensive.

Sous certains côtés, cela était vrai. Elle n'avait pas sérieusement songé à sortir avec Cole. Mais c'était surtout parce qu'elle faisait un mètre soixante-cinq, qu'elle avait des cheveux frisés châtain, une peau pâle et la poitrine plate. Cette dernière s'était un peu développée depuis le lycée, mais à peine. Toutes ses caractéristiques - ainsi que, comme il venait de le dire, sa personnalité ennuyeuse – faisaient qu'elle n'appartenait pas à la même sphère que Cole Everett.

Ce n'était que le hasard, ainsi qu'un éclair de pitié amicale de sa sœur qui faisaient qu'il était possible pour lui de se trouver dans sa petite maison en ce moment.

Malheureusement.

Elizabeth prit une seconde pour réfléchir aux moyens qu'elle avait de s'échapper. Elle pouvait sortir par l'entrée principale et retourner dans sa voiture, mais ils savaient déjà qu'elle venait de rentrer et elle ne voulait pas lui donner la satisfaction de savoir qu'à cause de lui, elle s'était enfuie de sa propre maison. En plus, elle avait des devoirs à corriger et elle détestait s'occuper de ça en public.

Laissant sa tête se renverser en arrière, Elizabeth comprit qu'il n'y avait pas moyen d'éviter le salon ni l'invité qui se trouvait dedans.

Après un moment pour se ressaisir, Elizabeth tourna au coin et se dirigea vers le salon. D'abord, elle vit les cheveux foncés et coupés très courts de Phoebe. Elle était assise sur le canapé à côté de son frère, un sourire flottant sur ses lèvres pleines et pulpeuses. Sa poitrine était à peine contenue par le minuscule débardeur qu'elle portait, et on aurait dit que la longueur de ses jambes était égale à celle d'une autoroute. Elle ressemblait sacrément à un mannequin, ce qui rendait parfois embêtant d'être sa meilleure amie.

Et puis ses yeux glissèrent d'eux-mêmes en direction du frère de Phoebe. Cet homme sombre, dangereux, à l'énergie posée, qui avait des yeux de la couleur du ciel et bordés de longs cils d'un noir de fumée. Ciel, il est magnifique, pensa-t-elle avant d'avoir pu se rattraper.

S'éclaircissant la gorge, elle laissa tomber ses classeurs à côté du fauteuil vide qui se trouvait à côté du canapé où le frère et la sœur étaient assis.

Elle fit de son mieux pour ignorer Cole mais, du coin de l'œil, elle put voir ses lèvres pleines former l'un de ses sourires qui vous faisaient battre le cœur. Il était vraiment fait pour être une rock star, et cela sans même tenir compte du talent indéniable qu'il possédait.

"Lizzie !" s'exclama-t-il avec un sourire. "Alors qu'est-ce que tu deviens ?"

Tout son corps tressaillit avec une espèce de colère en s'entendant appeler Lizzie, et d'autant plus que cela provenait de Cole en personne. Jetant les yeux vers lui, elle le fixa du regard. "Tu me vois au moins une fois par mois, Cole. Je vais bien."

Lui dit-elle également que c'est elle qui enseignait à sa fille de sept ans ?

Il haussa les épaules aimablement, il était habitué à son comportement irritable face à lui. "Eh bien ? Beaucoup de choses peuvent arriver en un mois. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je suis ici, figure-toi."

En soupirant, Elizabeth se laissa tomber sur une chaise et s'y renversa en arrière. Aussitôt, ses pieds furent un peu soulagés de se trouver relevés, même s'ils continuaient d'être enflés. Examinant Cole d'abord, puis Phoebe, elle demanda : "Et qu'est-ce qui a changé pour te pousser à t'arrêter ici aujourd'hui ? Et ne me dis pas que c'est parce que tu viens rendre visite à ta sœur. Tu détestes cette maison."

C'était vrai. A chaque fois que le frère et la sœur se retrouvaient, c'était chez lui ou au restaurant, ou à un concert. N'importe où sauf ici. Il disait que le papier peint à fleurs lui donnait l'impression de voyager dans le temps dans les années cinquante et d'être obligé de regarder l'un de ces feuilletons télé stupides de l'époque. Elizabeth trouvait qu'il se montrait ridicule.

Le sourire de Cole s'effaça brusquement et il passa l'une de ses larges mains à travers ses épais cheveux foncés. C'était tellement sexy et inattendu qu'Elizabeth se trouva elle-même captivé par son geste, en train de se demander ce que cela ferait si elle passait ses propres mains dans les cheveux de Cole.

Arrête ça, se réprimanda-t-elle silencieusement.

"C'est au sujet de Rebecca."

Elizabeth se redressa immédiatement, le dos droit comme un i. "Que s'est-il passé ? Elle va bien ? Mon Dieu, Cole, qu'est-ce qui… ?"

"Whoa, whoa" dit-il en levant la main, se remettant à sourire. Ce dernier paraissait encore plus sincère, encore plus affectueux que tout à l'heure. "Calme-toi, maman ours. Becky va bien."

Elizabeth se détendit quelque peu. "Alors que se passe-t-il ?"

Se décalant sur son siège, il aspira l'intérieur de sa joue, un signe qui montrait inévitablement qu'il était nerveux. "Ils vont me la prendre."

Elizabeth fronça les sourcils, ses yeux se dirigeant vers Phoebe, puis de nouveau sur Cole. "Comment ? Qui va te la prendre ? Et pourquoi ?"

"C'est son ex, cette salope" l'informa Phoebe. Elle détestait la désormais ancienne petite amie de Cole de toutes ses forces. Ce n'était pas dans ses habitudes, bien qu'elle soit la petite sœur de Cole, et Elizabeth devinait que c'était sans doute le fait que Cole soit resté longtemps avec Britney Masters qui avait causé cette détestation. Cole et Britney avait formé un couple pendant sept ans, largement à cause de Rebecca. Et des gros seins de Britney, supposa Elizabeth.

"Britney ?" tenta de clarifier Elizabeth.

Phoebe hocha la tête pendant que Cole serrait la mâchoire. "Je ne sais pas ce que tu lui as jamais trouvé" dit Phoebe à son frère.

Il haussa les épaules puis sourit d'un air narquois. "Tu as vu sa paire de seins ?"

Phoebe roula des yeux.

"Je déteste avoir raison" marmonna Elizabeth.

"Comment ?"

Elizabeth secoua la tête. "Rien. Qu'est-ce qui se passe exactement ?"

Cole lui jeta un rapide coup d'œil. "Britney veut me soutirer mon argent. Autant qu'elle le peut. Mais nous n'avons jamais été légalement mariés, peu importe combien de temps elle est restée avec moi. Alors elle essaie d'utiliser Becky pour en obtenir. Si elle peut me prendre Becky, je serai obligée de cracher le pognon et je perdrai mes droits de visite."

Elizabeth fronça les sourcils. Pourquoi tout a toujours à voir avec l'argent ? "Je suis désolée" fut tout ce qu'Elizabeth parvint à dire. "Vraiment, je le suis. Mais qu'est-ce que ça a à voir avec moi, en fait ?"

Cole et Phoebe échangèrent un regard entre eux, puis Cole s'avança sur le canapé. Ses bras se posèrent sur ses genoux tandis qu'il se penchait en avant, il prit un air implorant comme seul Cole Everett pouvait en prendre. "J'ai besoin que tu te maries avec moi."

Pendant une fraction de seconde, le temps sembla se figer. Elizabeth avait à nouveau quatorze ans, des bagues sur ses dents qui faisaient ressortir ses lèvres et rendaient ses joues douloureuses, tandis que Cole Everett en avait seize et grimpait à sa fenêtre à deux heures du matin pour lui dire qu'elle était la meilleure fille qu'il ait jamais connue. Il l'avait embrassée sur la joue, son premier baiser.

Puis la réalité reprit ses droits. Elizabeth avait vingt-six ans et Cole avait une fille de sept ans qu'il avait eue avec une autre femme et qui, maintenant faisait de sa vie un enfer.

Elizabeth reporta son regard de Cole à sa sœur. "C'est. Quoi. Ce bordel ?"

Phoebe grimaça puis dit rapidement : "Il faut qu'il prouve que ses manières de débauché sont derrière lui."

Levant un sourcil, Elizabeth croisa les bras sur sa poitrine plate et demanda : "Et cela veut dire se marier avec une maîtresse d'école ?"

"Tu fais des remplacements au lycée parfois, également" ajouta Phoebe en désignant la pile de copies qu'Elizabeth devait corriger ce week-end.

"Non" dit Elizabeth simplement.

"Mais…"

"Non" dit-elle à nouveau. "Je suis désolée de ce qui t'arrive" dit-elle à Cole, "mais c'est sacrément de ta faute. Ta réputation est désastreuse parce que tu es un imbécile coureur de jupons. Et si Britney fait tout ça, c'est parce qu'elle est une profiteuse, ce qu'elle a toujours été. Ta sœur te l'avait dit dès le début. Elle a sûrement percé un putain de trou dans vos préservatifs !"

Cole grimaça, tout comme sa sœur, mais ne répliqua pas. Il savait qu'il y avait du vrai dans ses paroles. Il adorait les femmes. Il adorait coucher avec elles, et c'était tout à fait possible que Britney ait fait tout ce qui était en son pouvoir afin de tomber enceinte juste pour avoir l'argent après.

"Je sais que ça a l'air complètement…"

"Non, tu ne le sais pas, parce que si c'était le cas, tu ne serais pas là à me demander de me marier avec toi."

"Ce ne seraient pas de vraies fiançailles ou quoi. J'ai juste besoin que les journalistes me voient avec quelqu'un de pas intéressant…"

"Pas intéressant ? Wow, tu sais vraiment ce qu'il faut dire pour séduire une femme."

"Tu sais ce que je voulais dire" dit Cole l'air de rien. "Une citoyenne modèle. Quelqu'un qui paie ses impôts à temps et va se coucher à vingt-deux heures. Qui ne se drogue pas, ne boit pas, ne fait pas la fête…"

"Qui n'est pas impliquée dans des scandales sexuels ?" dit Elizabeth en levant un sourcil.

Cole acquiesça. "Oui, ça aussi. Alors tu es d'accord ?"

Se forçant à rire, Elizabeth secoua la tête. "Tu es incroyable. Et toi aussi" dit-elle à Phoebe. "Comment tu peux être assise là, à être d'accord avec lui ?"

Phoebe haussa les épaules. "Il s'agit de mon frère et de ma nièce."

L'espace d'une seconde, cela amadoua un peu Elizabeth. Becky était l'un des meilleurs éléments concernant la famille Everett, et Elizabeth était très heureuse de faire partie de la vie de la petite fille. Même si ses parents étaient d'insouciants abrutis. "Britney ne te refuserait pas ton droit de visite, n'est-ce pas ?" interrogea Elizabeth, hésitante. Elle n'était pas prête à suivre ce plan insensé, mais l'idée de perdre Becky…

"Bien sûr qu'elle le ferait" s'exclama Cole, se levant brusquement sur ses pieds, en colère. Il commença à marcher de long en large devant le canapé, esquissa deux pas rapides avant de faire volte-face puis d'avancer à nouveau de deux pas. "Elle est rancunière, menteuse, manipulatrice…"

Ignorant son frère, Phoebe regarda Elizabeth. "C'est sûrement vrai. Britney est fermement décidée à faire payer Cole, mais je suis son alliée et elle devra m'écarter pour parvenir à ses fins."

Cole continua de fulminer, mais aucune des deux femmes ne l'écoutaient.

Elizabeth n'adhérait pas encore complètement à toute l'idée. C'était fou. Délirant. Destiné à leur exploser à la figure. "Et si le tribunal découvre que les fiançailles sont fausses ?"

"Ca n'arrivera pas" lui dit Cole en se retournant et en mettant un genou au sol devant Elizabeth, de façon si soudaine qu'elle laissa échapper un cri de surprise. Il plongea la main dans l'une des poches de son pantalon en cuir noir, puis en sortit une petite boîte en velours noir. "Parce que cela va être vrai. J'ai la bague. Tu vas emménager chez moi. On va leur faire croire que c'est vrai."

"Je…"

Elle se figea à nouveau. Ce n'était pas ainsi que c'était supposé se passer. Où était le romantisme ? L'amour qui donnait le tournis aux jeunes filles ? Où était le mari parfait, dévoué, avec qui elle voulait passer le reste de sa vie ?

Cela n'arrivera jamais.

Elle comprit cela et c'était comme si une pierre lui était tombée sur l'estomac. Ce joli conte de fée était destiné aux enfants, et elle était une adulte. Les gens se mariaient par convenance tout le temps. Ce n'était pas si étrange. Et elle n'allait pas réellement se marier avec lui. Ils se sépareraient le moment venu, et elle pourrait continuer sa vie, comme si rien ne s'était passé, à chercher l'homme qui lui conviendrait et qui serait probablement chauve et bedonnant.

En soupirant, elle secoua la tête. "A une condition" dit-elle finalement. Elle avait la gorge sèche et la voix rauque.

Son visage s'éclaira, tout comme cette nuit où il s'était introduit chez elle. "Dis-moi."

"Pas d'autres femmes."

Son visage se figea d'un coup. C'était en fait plutôt drôle, même si elle s'obligea à ne pas rire devant lui. Au bout d'un moment, il dit : "Quoi ?"

"Tu m'as entendue. Plus d'autres femmes. Pas de bimbos, de putes, de groupies, peu importe. Si on doit faire ce que tu proposes, tu devras arrêter de coucher avec ces femmes pendant qu'on est ensemble."

"Mais…" commença-t-il à protester mais elle l'interrompit.

"Je suis sérieuse. Ca ne fait pas bonne impression d'avoir une fiancée qui n'est pas intéressante, si c'est pour la tromper ensuite" raisonna Elizabeth. "Et je suis maîtresse d'école. Je ne peux pas risquer que tu ruines ma réputation en continuant de coucher avec tout ce qui bouge. C'est ma condition. A prendre ou à laisser."

Pendant un long moment, il n'y eut aucun bruit dans la pièce. Cole jeta un coup d'œil vers sa sœur, qui lui retourna son regard. Quand Cole se retourna finalement vers Elizabeth, il prit une grande inspiration, puis la regarda de l'air le plus sérieux qu'il pouvait. "D'accord. Pour Becky ? Je suis prêt à tout."

Elizabeth était touchée qu'il aime autant sa fille… ou son argent, car elle était à demi-convaincue que là était la vraie raison pour laquelle il était prêt à aller à de telles extrémités.

Mais j'espère que c'est bien pour sa fille, se dit-elle à elle-même.

"Très bien alors. Je… j'accepte de me fiancer avec toi."

Il lui sourit, il était aussi beau que cette autre nuit dans sa chambre.

"Couvre-moi" lui avait-il murmuré à l'oreille, de ses lèvres pleines et douces, sa peau dorée comme du miel grâce aux dernières journées d'été. Et ses yeux… ils étaient comme des lacs d'eau cristalline. "S'il te plaît, Lizzie ?"

Et juste comme ça, elle avait cédé. Elle ne pouvait pas lui dire non, à ce garçon dont elle était cent pour cent persuadée qu'elle l'aimait. Elle avait seulement quatorze ans et lui seize, mais elle savait lorsqu'elle le regardait dans les yeux qu'il était l'homme qu'elle désirait.

Si seulement il avait pu ressentir la même chose lui aussi.

"D'accord" avait-t-elle murmuré dans l'obscurité.

Son sourire était radieux comme un éclair, un éclat de lumière si vif et brillant qu'on aurait dit qu'il emplissait l'atmosphère. Il s'était penché en avant et avait déposé un baiser doux et tendre sur la joue d'Elizabeth. On aurait dit du velours chaud et cela l'avait mise complètement sens dessus dessous. Quand il avait arrêté, il était resté suffisamment proche d'elle pour que leurs nez se touchent, puis il avait dit : "Tu es la meilleure fille que j'aie jamais connue, ma chérie."

Cole ouvrit la petite boîte en velours, laissant voir un anneau en or avec le plus gros diamant qu'Elizabeth ait jamais vu. Il sortit la bague de son coussinet, puis lui prit la main. Ses doigts étaient chauds et calleux à force de jouer de la guitare depuis toutes ces années. Passant la bague à son doigt, il se pencha en avant et déposa un baiser tendre et léger sur sa joue. Quand il s'écarta, il dit : "Tu es la meilleure, Lizzie."

Et malgré elle, elle rougit et sourit, tout comme elle l'avait fait cette nuit-là quand ils n'étaient encore que des enfants. Il ne s'en souvenait probablement même pas, mais elle ne pourrait jamais l'oublier.

Dans quoi me suis-je donc embarquée ?

* * *

Chapitre Trois

Elizabeth emménagea le lendemain. Elle aurait voulu avoir plus de temps… une semaine, un mois… pour que cela paraisse moins précipité. Elle ne voulait pas que sa réputation souffre d'avoir l'air de vivre une romance éclair avec une rock star qui draguait tout le temps. Mais Cole l'avait emporté. Il lui avait dit : "La prochaine audience est dans trois mois. J'ai besoin de tout le temps dont je dispose pour prouver que je ne suis pas un débauché."

Elle avait envie de rouler des yeux en l'entendant dire ça, mais elle ne savait pas exactement quoi penser. Dans sa tête, elle se disait qu'elle faisait tout cela pour Phoebe et Becky, mais il y avait également une autre part d'elle-même, un vestige persistant datant du lycée, qui l'incitait à agir ainsi car elle se rappelait toujours de ce premier baiser.

En soupirant, Elizabeth gara sa vieille Buick, encore solide, mais définitivement bien usée. Même si la propriété de Cole avait figuré dans plusieurs articles de magazines et dans au moins deux émissions présentant les demeures de célébrités, elle ne l'avait jamais vue.

A présent qu'elle était sortie de sa voiture, elle ne pouvait rien faire d'autre que la contempler.

C'était immense.

La demeure avait trois étages de haut et davantage de fenêtres que dans une verrière. Les murs avaient une façade en brique qui faisait très Nouvelle-Angleterre, et il y avait même des piliers encadrant la porte d'entrée. Des piliers ! Comme si l'endroit appartenait à l'époque de la Grèce antique. Le jardin de devant était magnifique, assurément bien entretenu, avec des buissons de roses, des lys et plusieurs jolies fleurs mauves qu'Elizabeth ne put identifier, mais qui ressemblaient étrangement à celles qu'elle avait à l'extérieur de sa propre maison quand elle était enfant. Elle se résolut à interroger Cole à leur sujet plus tard – ou bien à demander le nom de son jardinier afin de lui demander à lui.

Elle resta bien trop longtemps à contempler bouche bée la propriété, mais elle ne pouvait s'en empêcher. Elle n'avait jamais rien vu de tel auparavant, et elle comprenait brusquement pourquoi Cole ne pouvait supporter l'endroit où Phoebe et elle habitaient. Il était clairement habitué à beaucoup plus de luxe.

"Que diable fais-je donc ici" se marmonna-t-elle à voix haute.

Puis elle inspira profondément, se rappelant à quel point Britney Masters était une personne malfaisante qui voulait s'emparer de Becky pour toujours. Phoebe, du moins, ne méritait pas cela.

Faisant le tour jusqu'à l'arrière de sa voiture, elle attrapa ses sacs – deux sacs en tissu, un sac à dos et un sac à bandoulière pour l'école – puis avança comme elle put jusqu'à la porte d'entrée. De cet endroit, la maison avait l'air encore plus vaste. Elle hésita. Devait-elle entrer ? Ou frapper ? Si elle frappait, est-ce qu'il y aurait seulement quelqu'un pour l'entendre ? Peut-être qu'elle devrait commencer par l'appeler…

Continuer : partie 2 sur 3