Bulletin du Comité de Madagascar — 3e année, no 2 (août 1897)

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Bulletin

 

du

 

Comité

 

de Madagascar

 

3e ANNÉE – N° 2 – Août 1897

 

Bibliothèque malgache / 53

CONSEIL DU COMITÉ DE MADAGASCAR

 

 

Séance du 28 juillet 1897.

Présidence de M. Charles Roux, président.

Étaient présents : MM. Delhorbe, Armand, Duportal, De-lacre, Daléas, Gruet.

La séance est ouverte à 8 heures.

M. Delhorbe donne lecture d’une lettre de M. Hanotaux. M. le ministre des Affaires Étrangères remercie le Conseil du témoignage de condoléances qu’il lui a adressé, au nom du Co-mité, au sujet du décès de M. Ranchot, ancien résident général de France à Madagascar.

Le Conseil examine la situation financière. Des vues sont échangées relativement à l’impression d’un Guide de l’Émigrant à Madagascar, susceptible de rendre de précieux services aux colons et aux voyageurs. Les frais de publication seront suppor-tés en commun par le Comité de Madagascar et par l’Union co-loniale.

Le Conseil examine diverses questions relatives à la reprise de la publication du Bulletin.

LISTE DES NOUVEAUX MEMBRES DU COMITÉ

Membres fondateurs :

MM. DELAUNAY-BELLEVILLE, président de la Chambre de

commerce de Paris.

VICOMTE ARMAND, à Paris. FERDINAND PERIER, banquier à Paris. DUPORTAL, ingénieur en chef des ponts et chaussées. MM. CH. PAULMIER, député.

DUPRAT, directeur de la Cie des Chargeurs-Réunis. GEORGES KŒCHLIN, industriel à Belfort. Cie HAVRAISE péninsulaire.

Membres sociétaires :

MM. J. CHAILLEY-BERT, secrétaire général de l’Union coloniale

française.

E. GROSCLAUDE, publiciste, à Paris. E. GARNOT, député, administrateur des Messageries mari-times.

COMTE DE DION, à Paris. M. AMIEUX ET Cie, à Nantes.

Membres adhérents :

R. P. CAMBOUÉ, procureur de la Mission de Madagascar, Paris. MM. RAZOULS, ingénieur à Marseille.

D’YERVILLE, à Paris.

A. POULIN, négociant à Beïra. DEPINCÉ, secrétaire général de la Cie des Nouvelles-

Hébrides, Paris.

JEAN SCHEURER, industriel à Belfort. FERDINAND SCHEURER, industriel à Belfort. BRALLY, à Paris.

F. GRISENHEIMER, négociant à Paris.

 

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LA VIE D’UN COLON À MADAGASCAR

 

 

On a bien voulu nous communiquer la lettre suivante qui émane d’un Français, établi à Madagascar avec sa femme. On y remarquera certainement le ton d’assurance tranquille qui y domine, et qui contraste agréablement avec celui de beaucoup de correspondances coloniales, qui sont chagrines et amères. Cette lettre prouve qu’avec du courage, de la confiance et un peu de savoir-faire, un colon a de sérieuses chances de succès. On remarquera certainement aussi la multiplicité et la précision des détails que contient cette lettre. Elle renferme beaucoup d’indications précieuses, dont les personnes désireuses de ten-ter fortune dans notre nouvelle colonie ne sauraient manquer de faire leur profit. Le Bulletinvoudrait recevoir fréquemment de ses correspondants des documents de ce genre. Ils sont par-ticulièrement propres à bien faire connaître Madagascar, et à contribuer à l’œuvre que le Comité a pris à tâche d’accomplir.

 

Le colon français qui émigre à Madagascar doit avoir une bonne santé, un caractère gai et jovial, de la perspicacité, car il lui faudra se méfier. S’il ne connaît qu’imparfaitement les cul-tures coloniales, il fera bien de passer un mois ou deux à visiter et à examiner de près la caféerie modèle de MM. Isautier frères, à Saint-Pierre, ou les belles vanilleries de MM. Laborde à Saint-Denis (Réunion), ou de M. Leffray, ou bien encore en débar-quant à Tamatave de pousser une pointe jusqu’à Vatomandry et Mahanoro, les deux grands centres de cultures coloniales.

Le choix du lieu d’établissement. – Il existe sur la route de Fianarantsoa, à une petite journée de la côte, des plaines splen-dides où pousse une herbe drue. Ces terres conviendraient on

 

– 4 – ne peut mieux à l’élevage des bœufs, chevaux, mulets et mou-tons français. Il n’y a pas de souches. Il serait facile de défoncer, labourer et changer l’espèce de l’herbe indigène. Les plantations y prospéreraient également. La côte Est offre des terres produc-tives. Il y tombe beaucoup de pluie, ce qui favorise le dévelop-pement des semis et de l’ensemble de la végétation. Le nouveau colon s’en trouve bien, car ces ondées fréquentes rafraîchissent l’atmosphère, aiguisent l’appétit, et facilitent le sommeil. Il y a un léger inconvénient : l’abondance des moustiques. Il faut ap-porter des moustiquaires ou des tissus propres à leur confec-tion.

Je suis fermement convaincu que les colons auraient avan-tage à se placer entre Mananjary (Masindrano en hova) au Nord et Vangaidrano au Sud. Cette partie de la côte Est est très saine. Il y a peu de marais et par conséquent peu de fièvres.

À Mananjary il n’y a pas de forêts. On cultive sur les bords du fleuve, le Mananjary. Toutes les bonnes terres sont achetées jusqu’à 7 ou 8 kilomètres de Tsiatosky. Mais au-delà quelques centaines de colons trouveraient encore à acheter des propriétés excellentes de 100 à 200 hectares. La largeur des terres d’alluvions est de 100 à 500 mètres. Il n’est pas nécessaire de planter sous abri. Le soleil n’est pas assez ardent pour l’exiger.

Voici pour cette contrée quelques données thermomé-triques prises de l’intérieur de notre case, à vingt mètres tout au plus d’altitude au-dessus du niveau de la mer.

Nuit. Jour.

Avril à fin septembre. 9° à 18° 18° à 25°. Fin octobre à fin février. 18° à 25° 20° à 30°.

De Mananjary à Vanganidrano, il y a de grandes forêts, près de la côte. Le colon pourrait y créer des caféeries ou des cacaoyères splendides. Pour y faire croître ses lianes de vanille, il ne lui serait point nécessaire de planter des tuteurs de pignon d’Inde. Il n’aurait qu’à les planter au pied des arbres, dans l’humus et les pourris d’arbres (procédé Edmond Laborde de la

 

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Réunion). Ce procédé est le moins coûteux de tous. Il n’y a à abattre que les gaulettes, les jeunes pousses d’arbre, deux fois par an, afin de dégager les lianes. Au moyen de clous, on fixe à l’arbre horizontalement une planchette à un mètre au-dessus du sol. Deux fois par an, avant la floraison et un peu avant la matu-rité des gousses, on descend les lianes, qu’on enroule autour du support. Cela s’appelle « chagriner la vanille ». Grâce à ce moyen, les fleurs sont plus jolies et les fruits plus beaux.

Si l’on ne veut pas préparer sa vanille soi-même, il existe presque partout des préparateurs, colons de Bourbon, qui achè-tent les gousses vertes au prix de 4 à 8 fr. le kilog., selon la beau-té. Cela fait, en somme, un beau bénéfice. Même au prix de 2 fr. 50 le kilog., le planteur s’en tire encore. Les lianes de 2 m. 50 de longueur rapportent à 18 mois. Dans cette contrée, le riz n’est pas trop cher. On peut y faire du commerce, et la sécu-rité y est parfaite.

Plus au Sud, de Vangaindrano à Fort-Dauphin, les habi-tants, de caractère belliqueux, sont continuellement en querelle ou en guerre. Ils ne portent aucun vêtement. Ils se sont enrichis par la vente du caoutchouc (maintenant épuisé) et possèdent des bœufs. Paresseux de nature, ils ne veulent travailler à aucun prix : dans cette contrée, rien à faire.

Au nord de Mananjary, à Mahela, Mahanoro, Vatomandry, Tamatave, on trouve des travailleurs à 10 et 15 fr. par mois. Dans ces deux dernières places, le riz est plus cher. Il vaut de 10 et 20 fr. les 100 livres. Les outils (engades) sont plus chers, 3 à la piastre ; à Mananjary, 7 à 8 à la piastre. Cette contrée est très fiévreuse. Au nord de Tamatave, jusqu’à Diégo, les fièvres sont plus fortes et plus fréquentes. Le soleil est plus chaud, les tra-vailleurs, plus rares, se paient 20 francs par mois. Il y a de grands espaces occupés par les forêts. Le pays est moins sûr. La vie du colon y serait, pour moi, plus coûteuse.

Après qu’il aura choisi son terrain d’exploitation, le colon devra en faire la demande sur papier libre, avec croquis à

 

– 6 – l’appui, à M. le Résident. Les terrains, mêmeceux qui sont cul-tivés par les Malgaches, valent 5 fr. l’hectare.

Il vaut donc mieux les acheter que les louer à raison de 0 fr. 50 l’hectare, ou faire une demande de concession gratuite, toujours longue à obtenir.

De la manière de vivre. – Il est indispensable d’observer des règles d’hygiène, d’user beaucoup des ablutions d’eau froide ; ne jamais sortir à jeun, être sobre, ne pas veiller, faire bouillir l’eau que l’on boit.

Après les ondées, lorsque le soleil est chaud, éviter de sor-tir, on attrape mal aux yeux, à la tête, puis la fièvre. Lorsqu’on éprouve une courbature, prendre un ou deux cachets de 30 cen-tigrammes de bromhydrate de quinine pendant deux ou trois jours. Il vaut mieux apporter les remèdes de France. Ils y sont de meilleure qualité et moins chers qu’à Madagascar.

Un colon français réussira à Madagascar s’il y vient avec sa femme et ses enfants. Il se trouvera dans un milieu sain, son moral sera soutenu. Il évitera les fréquentations pernicieuses.

Pour effectuer les paiements, il est commode d’être muni d’un carnet de chèques du Comptoir d’Escompte. On fera bien aussi d’apporter quelques billets de banque pour charger les lettres, car les bons et les mandats de poste n’existent que dans les grandes villes.

Si le colon est isolé, il fera bien de laisser à son correspon-dant, dans la ville la plus proche, une certaine somme, avec la-quelle ce dernier paiera les menus objets dont l’envoi lui sera demandé.

Objets à apporter. – Il est préférable pour un colon de ve-nir à Madagascar avec son vin, son épicerie, ses conserves, sa farine et ses briques, s’il veut faire un petit four. Cela lui revien-dra moins cher que de les acheter à Madagascar. Apporter de France les vêtements, drill blanc et jaune surtout. Apporter aus-si quelques vêtements chauds, surtout des couvertures de laine,

 

– 7 – car pendant six mois au moins, on est bien aise de les avoir pour dormir : de deux à six heures du matin il fait froid. Le thermo-mètre oscille entre 10° et 15°. Apporter aussi des chemises et des ceintures de flanelle ainsi qu’un caoutchouc. Les chaussures sont chères, le colon fera bien de s’en pourvoir en France pour un ou deux ans : les brodequins de chasse munis de petits clous sont à adopter de préférence.

Il sera avantageux de se servir de malles peu volumineuses.

Le colon devra être pourvu en arrivant de vaisselle, d’assiettes, casseroles, gobelets en fer émaillé. On trouve ces différents objets à Masindrano, mais à un prix double de celui auquel ils sont vendus en France.

Qu’il apporte des outils de charpente, des rabots, des ci-seaux, des scies, etc. Arrivé là-bas, le colon sera presque tou-jours obligé de dresser des Malgaches pour construire sa grande case. Il y a bien des charpentiers créoles, mais ils sont si pares-seux et si exigeants sur les salaires et sur toutes choses que l’on est dans la nécessité de se passer de leurs services, comme je l’ai fait. Quarante ou cinquante pelles jardinières, peu lourdes, se-ront utiles pour le défonçage du sol. Les outils qui se vendent à Madagascar sont chers et de mauvaise qualité. Les clous se ven-dent cher : 6 fr. 25 les 5 kilogs. Apporter quelques pulvérisa-teurs, un baril de sulfate de cuivre, un baril de chaux, un baril de mélasse, ingrédients nécessaires pour détruire l’hémileïa qui attaque les caféiers.

Apporter : une petite armoire à linge, un petit buffet de salle à manger, quelques chaises, le tout démontable, des vis à bois, quelques paumelles, targettes, crochets, fiches chanteau, une chaîne en fer pour pirogue, quelques cadenas. Il est indis-pensable d’apporter sa literie.

Il est nécessaire d’acheter à Marseille quelques fauteuils pliants pour se reposer à bord et ensuite chez soi. À Port-Saïd, on trouvera des casques et chapeaux en caoutchouc et moelle d’aloës. En marchandant, on a le tout à bon marché.

 

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Arrivé à Majunga ou à Tamatave, acheter des filanzanes, car dans les autres contrées de l’île, on n’en trouve pas, du moins à bon compte.

Le colon devra être muni d’armes : un revolver au moins, un fusil de chasse, un fusil de guerre, Winchester, par exemple, à cartouches réamorçables. Il devra aussi être pourvu d’amorces, de poudre et de plomb.

Prix des denrées. – Le riz se paie ici 8 fr. 75 les 100 livres ; un petit poulet, 0 fr. 20 ; un canard, 0 fr. 50 à 0 fr. 80 ; une oie, 1 fr. ; le pain, 0 fr. 40 à 0 fr. 45 la livre ; le vin, 175 fr. la pièce ; l’huile, 3 fr. 50 le litre ; la graisse, 0 fr. 60 la livre ; la livre de bœuf, 0 fr. 10.

Voici un aperçu des prix de quelques denrées. Cotonnades : Belambana, 385 fr. les 1,000 yards (25 pièces de 40 yards), ke-ly-lambana, 10 fr. les 40 yards ; toile à chemise, 13 fr. les 40 yards ; indiennes, 10 fr. 60 les 24 yards ; pathnas, 1 fr. 65 l’un (5 yards 1/2) ; borano, 8 fr. 10 les 24 yards ; karayes (marmites sans pieds), 12 pour 14 fr. ; marmites, suivant grandeur, 0 fr. 75, 1 fr. 15, 1 fr. 55, etc. ; aiguilles, 0 fr. 30 le paquet ; boutons, 0 fr. 40 la grosse ; savons, 0 fr. 125 le morceau ; pétrole, 0 fr. 40 le litre (11 fr. 25 à 15 fr. le bidon de 18 litres) ; sel français, 12 fr. les 100 kilos ; sucre, 0 fr. 80 le kilo ; saucisses (la boîte de six), 2 fr. 50 ; cervelas (la boîte de 3), 2 fr, ; boudins (la boîte de 3), 2 fr. ; petits pois (la boîte), 1 fr. ; haricots verts, 1 fr. 25 ; boîte d’une livre de beurre, 2 fr. 50 ; une livre de chocolat, 3 fr. 50 ; la caisse de 24 bouteilles de bière, 22 fr. 50 ; la caisse de 12 bou-teilles d’absinthe, 50 fr. ; la livre de tabac, 5 fr. ; le cahier de pa-pier à cigarettes, 0 fr. 25.

Dépenses. – Pendant la première année, il faut compter pour exploiter 25 ou 30 hectares, en y comprenant le salaire et la nourriture des travailleurs, l’achat des bœufs, la nourriture des colons, l’achat des pirogues, des bois et planches nécessaires à la construction de la grande case, de la cuisine, des magasins, l’achat des terrains et des semences, enfin les frais de voyage, de 500 à 800 fr. par mois ; la deuxième année, les frais se rédui-

 

– 9 – sent à 200 ou 300 fr. par mois. Il faut encore compter parmi les frais généraux, un commandeur à 15 ou 20 francs par mois, un cuisinier à 10 ou 15 fr., une blanchisseuse, 7 à 10 fr.

Cultures. – Les cultures principales sont le café Libéria, et même le « petit café », le cacao, la vanille, le giroflier, le poi-vrier. Le thé, le caoutchouc, le coton sont encore des cultures peu connues à Madagascar. Les meilleures terres sont celles d’alluvion ou celles situées au bord des cours d’eau. Quelques terres rouges non mélangées de gravier sont passables.

Il est indispensable de fumer les caféiers, afin d’éviter les maladies et d’obtenir de meilleures récoltes. Le colon fera donc bien d’acheter un troupeau de 50 à 100 bœufs. Le prix des bœufs varie de 15 à 25 fr., selon la grosseur de l’animal.

Il faut avoir pour commencer de 30 à 50 Malgaches pour défricher et creuser les trous. Il faut les payer exactement, être juste et ferme avec eux et ne jamais les frapper. Il est difficile de retenir les Malgaches. Beaucoup quittent la propriété, le mois fini.

Les pommes de terre, les légumes de France se vendent bien dans les villes où il y a des Européens.

Bénéfices possibles. – Une exploitation en plein rapport donnera des bénéfices sérieux au colon, qui fumera convena-blement, qui aura soin de ses plants, qui parera au gâchage qu’engendre la fainéantise des Malgaches. Le café peut, sans exagération, rapporter au bout de quatre à cinq ans de un à deux francs sur pied ; quand il a trois ans, la récolte paye déjà les frais de l’année. Je n’ai pas de données précises sur les autres cultures. Un colon placé à proximité d’un gros village peut faire du commerce en vendant des cotonnades, des mar-mites, du sel, du fil, des boutons, etc., et gagner un bénéfice de quelques francs par jour et même plus.

En résumé, je crois fermement au développement de la cul-ture coloniale et à la réussite du colon sérieux qui vient avec sa

 

– 10 – famille à Madagascar, pourvu qu’il soit son maître, c’est-à-dire qu’il possède au moins 20,000 fr. et qu’il sache planter.

 

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LES JARDINS D’ESSAI

 

 

En février dernier, le général Gallieni qui porte tant d’attention à tout ce qui touche la colonisation, et qui ne néglige aucun moyen d’enrichir pacifiquement Madagascar, a créé les jardins d’essai de cultures coloniales. Son but est de donner aux colons, dès leur arrivée, un guide des cultures appropriées au pays et de faire faire pour eux les essais qui les ruineraient et les rebuteraient.

Un arrêté paru au Journal officielde Madagascar a fixé les grandes lignes du projet. Une propriété de l’ancien premier mi-nistre Rainilaiarivony, située à Nahanisana, à quelques kilo-mètres au nord de Tananarive, a été affectée à un premier jardin d’essai. Elle avait une étendue d’une dizaine d’hectares, mais depuis, par des achats successifs, elle a été augmentée de plu-sieurs rizières voisines et de bois. Dans certaines parties la terre est bonne et on a commencé à y acclimater les plantes qu’il im-porte de placer au début dans les meilleures conditions de suc-cès ; dans d’autres parties, le sol est moins fertile et on y a en-semencé des plantes indigènes qui serviront de point de compa-raison.

Les travaux d’aménagement du jardin ont été commencés au mois de février et ont été poussés activement afin que le ser-vice puisse fonctionner cette année même. Cinquante Mal-gaches travaillent depuis lors au défoncement des parcelles d’essais, au tracé des allées, à la construction des hangars pour les semis délicats… etc.

En outre, par arrêté en date du 16 mars, le général Gallieni a complété cette organisation du jardin de Nahanisana en affec-tant 3.500 francs à la création d’une bouverie et 5.000 francs à l’aménagement d’une bergerie qui seront annexées au jardin

 

– 12 – d’essai et enfin, dernièrement en mai, il a attribué à l’ensemble de l’œuvre un crédit net de 25.500 francs.

Le but que se propose le général Gallieni est de fournir tous les plants, toutes les graines, toutes les boutures, etc., qui pour-ront lui être demandés par les Européens et par les indigènes. Il voudrait même arriver à pouvoir donner gratuitement les es-pèces qu’il serait avantageux de voir s’acclimater à Madagascar. Pour obtenir de bonnes graines, il n’a négligé aucun moyen, il s’est adressé à diverses sources, non seulement à la France et à nos colonies telles que la Réunion et la Cochinchine, mais en-core il a acheté des essences d’arbres dans les pays étrangers, Maurice par exemple lui a fourni, entre autres, des manguiers, des camphriers, etc.

Il veut de plus introduire des variétés de tabac (variété ha-vanaise…) et de cotonnier meilleures que celles qu’on cultive à présent en Imerina. On fera aussi des essais de plantations de cacao et de café qui pourront peut-être marcher de pair sur le plateau central avec la culture du coton, mais ces arbres, comme on le sait, ne commencent à produire qu’après 4 ou 5 ans.

Ce ne sera pas seulement dans le jardin de Nahanisana qu’on fera cette tentative, car au mois de février M. le capitaine Freystatter a commencé de son côté un essai analogue, sur les bords de l’Ikopa, près du grand village de Soavinimerina. Le but de cette installation agricole est d’initier les indigènes à la cul-ture du tabac et des arbres fruitiers d’Europe ; de faire re-prendre la culture du cotonnier abandonnée dans ces parages depuis plus de vingt ans et enfin de créer des pépinières qui pourront fournir les arbres nécessaires pour les accotements des routes.

Le général Gallieni a, en outre, décidé la création de mu-sées où seront réunis les produits agricoles et les produits ma-nufacturés indigènes. Le premier de ces musées est établi à Ta-nanarive dans l’ancien palais de la reine, le Manjaka-Miadana.

 

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On voit, par ce rapide exposé de faits, combien est louable l’œuvre de notre Résident général et quel solide appui doivent lui fournir en France tous ceux qui s’intéressent à l’avenir de Madagascar. La richesse agricole dont il veut doter notre colo-nie sera le plus sûr garant de l’apaisement des esprits et ensuite d’une prospérité qui ne se démentira plus.

 

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L’ORGANISATION MILITAIRE ET

 

ADMINISTRATIVE DE MADAGASCAR

 

Les Annales de Géographieont publié sous ce titre, dans le numéro du 15 juillet, une étude très précise, que nos souscrip-teurs liront avec intérêt.

Quand, le 28 septembre 1896, le résident général Laroche a fait remise au général Gallieni, commandant supérieur des troupes, de tous les pouvoirs dont il était dépositaire sur Mada-gascar et ses dépendances, Madagascar comprenait 16 circons-criptions administratives savoir : Tananarive, Betafo, Fiana-rantsoa, Janjina, Mandritsara, Ambatondrazaka, Vohémar, Ta-matave, Mananjary, Fort-Dauphin, Tulléar, Maintirano, Majun-ga, Nossi-Bé, Diégo-Suarez et Sainte-Marie.

Dès le 29 septembre, le général Gallieni prenait les me-sures suivantes :

1° Proclamation de l’état de siège dans l’Imérina (Émyrne) et le Betsiléo.

2° Création de cercles militaires, sur le type de l’organisation en vigueur au Tonkin, dans le Nord de l’Imérina avec des chefs militaires.

Cercle d’Ambatondrazaka, d’Ambohidratrimo, d’Ambohi-drabiby, de Moramanga, d’Arivonimamo, d’Ambatomanga, an-nexe de Soavinandriana.

3° Création d’un gouvernement militaire de Tananarive et de sa banlieue.

4° Organisation des milices et auxiliaires indigènes comme palliatif à l’insuffisance des troupes indigènes du corps d’occupation.

 

– 15 –

5° Réorganisation des services du ravitaillement et de la ligne d’étapes.

Les provinces de la Côte et du Sud sont maintenues sous le régime civil, sous la direction politique du secrétaire général de la Résidence, M. François, installé à Tamatave, alors que le gé-néral Gallieni conserve le commandement des territoires mili-taires et la direction des relations avec le gouvernement de Ta-nanarive.

Le général Gallieni a constitué par arrêté du 22 novembre, le pays habité par les Betsiléos en province indépendante sous la dénomination de « province des Betsiléos » avec son chef-lieu à Fianarantsoa.

C’était la première application par le général Gallieni de la politique des races ; il a ainsi établi l’indépendance des Betsiléos vis-à-vis de la cour d’Émyrne et affirmé son intention de dé-truire l’hégémonie Hova hors de l’Imérina et de respecter l’autonomie des différentes races de la grande île. Peu à peu les gouverneurs, créatures de la reine, ont été remplacés, dans les différentes provinces des Côtes et du Sud, par des chefs abori-gènes.

En décembre 1896, les rebelles constamment repoussés par nos troupes n’occupent plus, dans l’Imérina, que quelques ré-gions boisées. Le général Gallieni s’est dès ce moment active-ment occupé de l’ouverture de la ligne de communication avec la côte W. via Andriba, qui doit mettre Majunga à huit jours de Tananarive. Au 1er janvier dernier, le nombre des soumissions de rebelles reçues dans les cercles militaires, s’élevait au chiffre de 57.587 ; dans ces mêmes provinces, le nombre des écoles s’élevait à 254, celui des professeurs à 328 et celui des élèves à 32.261.

Au mois de février 1897, la zone militaire est ainsi divisée :

Au centre de l’Imérina, gouvernement militaire de Tananarive.

Au S. W., cercle de Babay.

 

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Au N., 1er territoire militaire. — d’Ambohidrabiby.

 

{ Cercle d’Ambatondrazaka.

— de Moramanga.

 

Au S., 2 — d’Ambatomanga. e territoire

militaire. — de Betafo.

{ Cercle d’Arivonimamo.

— annexe de Soavinandriana.

 

Le 27 février 1897, la reine était déposée et exilée à la Réu-nion. Depuis cette époque, divers postes ont été créés notam-ment à Ihosy et sur la côte S.-E. à Faranfangana, et au fur et à mesure de l’extension de notre conquête, mais sans que les grandes divisions aient été remaniées.

 

Pour compléter cette étude, nous la faisons suivre de l’arrêté du général Gallieni relatif à l’organisation de la province des Betsiléos.

 

Arrêté relatif

à l’organisation de la Province des Betsiléos.

 

Le Général Commandant le corps d’occupation et Résident Général de France à Madagascar,

Vu l’arrêté du 11 Décembre 1895 fixant les pouvoirs du Ré-sident Général ;

 

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Vu les instructions du Ministre des Colonies en date du 6 Août 1896 ;

Sur la demande des notables Betsiléos et sur la proposition de M. le Résident de Fianarantsoa ;

Arrête :

Аrt. 1er. – Les pays habités par les Betsiléos constituent dé-sormais une province indépendante sous la dénomination de « Province des Betsiléos », ayant au point de vue indigène son autonomie propre et son chef-lieu à Fianarantsoa.

Аrt. 2. – La province des Betsiléos est administrée, au point de vue indigène, par un gouverneur Betsiléo nommé sur la pré-sentation des notables du pays, et placé directement et exclusi-vement sous l’autorité du Résident de France à Fianarantsoa.

Аrt. 3. – Toutes les autorités indigènes de la province, telles que Gouverneurs, sous Gouverneurs, officiers, chefs de villages etc., sont choisis parmi les indigènes de race Betsiléo et sur la présentation des notables des districts, sous-districts et villages.

Аrt. 4. – La province des Betsiléos s’administre d’après les us et coutumes du pays.

Les habitants sont soumis à un système d’impôts établi conformément aux usages locaux et qui fera l’objet d’un arrêté spécial.

Аrt. 5. – Le Secrétaire Général en territoires Militaires et le Résident de France à Fianarantsoa sont chargés de l’exécution du présent arrêté.

Fait à Tananarive, le 22 Novembre 1896.

GALLIENI.

 

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