Bulletin du Comité de Madagascar — 3e année, no 2 (août 1897)

Le Voyage de Circumnavigation

 

DU RÉSIDENT GÉNÉRAL

 

Le Résident Général est parti de Tamatave le 19 mai, à sept heures du matin, à bord du « Lapérouse » pour entreprendre sa tournée d’inspection des côtes en se dirigeant vers le Nord. Il est arrivé à Sainte-Marie le même jour, à quatre heures. Il s’est rendu immédiatement à la Résidence où le médecin des Colo-nies, chargé des fonctions d’administrateur, lui a présenté les fonctionnaires de la Dépendance. Le général a visité ensuite les divers services ainsi que l’école des garçons et l’école des filles. Il a reçu les membres de la chambre consultative qui lui ont présenté leurs desiderata. La chambre a signalé l’intérêt que présente le développement des cultures tropicales dans la dé-pendance, et, pour remédier à la baisse considérable du prix du girofle sur les marchés de France, elle a émis un vœu tendant à l’augmentation de la détaxe accordée pour ce produit. Le Rési-dent Général a répondu qu’il transmettrait ces vœux au Ministre en les recommandant à toute sa bienveillance.

Pour satisfaire au légitime désir exprimé par les colons et en vue de faciliter les débarquements, le Résident Général a dé-cidé qu’un agent technique se rendrait à Sainte-Marie afin d’étudier le dragage du barachois donnant accès au petit port d’Ambodifotre.

Le « Lapérouse » a quitté Sainte-Marie le 20, au matin. Il mouillait le même jour à quatre heures et demie sur rade de Maroantsetra.

Le Résident Général s’est rendu à terre, le lendemain matin à sept heures.

 

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En l’absence du Résident en tournée, il a été reçu par le Commis de Résidence qui lui a présenté les colons bourbonnais et mauriciens, représentants pour la plupart de maisons de commerce de Tamatave.

Les colons ont signalé la reprise des transactions commer-ciales avec l’intérieur depuis la pacification de la région, et le Résident Général a pu le constater lui-même, mais ils se sont plaints du défaut de main-d’œuvre. Le Général a pris aussitôt des mesures pour remédier le plus tôt possible à cette situation.

Le commerce porte principalement sur l’exportation du caoutchouc, du rafia et sur l’importation de cotonnades étran-gères.

Comme exploitation agricole, il n’existe actuellement à Ma-roantsetra qu’une vanillerie, mais tous les colons s’accordent à reconnaître la fertilité de la région.

La population indigène, formée en majeure partie de Bet-simisarakas, s’est réunie en Kabary sur la convocation de ses chefs pour souhaiter la bienvenue au Résident Général. Elle l’a assuré de son dévouement à la France et a manifesté sa satisfac-tion d’être délivrée du Gouvernement de la Reine.

Les quelques Hovas restés dans le pays n’ont plus aucune influence sur les autochtones ; ils se bornent à faire du com-merce.

Le Résident Général, après avoir visité l’île Marosse, a quit-té Maroantsetra le 22, à sept heures du matin. Il est arrivé à Vo-hémar le lendemain à deux heures du soir. Il s’est rendu aussi-tôt à terre. Le Résident, en tournée dans le Sud de la province, avait laissé le service au Receveur des Douanes qui a présenté au Général les fonctionnaires et les colons de la localité. Ces derniers, Bourbonnais et Mauriciens, ont signalé, de même que ceux de Maroantsetra, le défaut de main-d’œuvre indigène. Ils ont demandé qu’une ligne de navigation desserve Vohémar. Le Résident Général a prescrit de hâter la réglementation du tra-vail et a fait connaître qu’il se préoccupe de l’organisation d’un

 

– 20 – service régulier de navigation sur la côte Est. Le Général a visité ensuite le village dont il a constaté le bon état d’entretien et qui s’est sensiblement développé depuis quelques mois.

Les Sakalaves de Vohémar, comme les Betsimisarakas de Maroantsetra, ont exprimé leurs sentiments d’attachement à la France et leur satisfaction du nouveau régime établi.

Le « Lapérouse » quittait Vohémar le 24 au matin à desti-nation de Diégo-Suarez.

La tranquillité est parfaite en ce moment le long de la côte Nord-Est.

Le Résident Général, arrivé à Diégo-Suarez le lundi 24 mai à 1 heure du soir, est descendu dans l’après-midi à Antsirane et s’est rendu à la Résidence où il a été reçu par l’Administrateur-Maire et les fonctionnaires de la Dépendance. Il a visité aussitôt après les services civils, et a examiné en outre les travaux d’adduction d’eau pour la ville d’Antsirane ; il a constaté que la captation des eaux de l’Alandriana et d’une source voisine sont terminés et que la canalisation est achevée jusqu’à 1 kilomètre d’Antsirane. Les travaux seront achevés vraisemblablement vers la fin de juillet.

Le lendemain 25, le Général a passé l’inspection des ser-vices militaires et des casernements d’Antsirane. Dans l’après-midi, il s’est rendu avec le Directeur des Finances, le Directeur du Génie et l’Inspecteur des Travaux Publics en mission à l’établissement des conserves de viande d’Antongobato, situé à l’intérieur, à 9 kilomètres du cul-de-sac Gallois ; le Résident Général, reçu par les Directeurs, a visité les usines ; il a tenu à voir ensuite les exploitations de la Société des Salines, au fond de la baie. Le 26 mai au matin, le Général allait au cap Diégo pour y visiter l’infirmerie ambulance, le casernement des disci-plinaires et la batterie.

Dans l’après-midi, il s’est entretenu avec la Chambre con-sultative des besoins de la Dépendance. Plusieurs questions in-téressant tout particulièrement les colons et commerçants, ont

 

– 21 – pu être immédiatement résolues à la satisfaction des intéressés. En visitant les écoles, le Général a insisté sur l’intérêt qui s’attache au développement de l’instruction dans la population indigène.

La défense de Diégo-Suarez a fait l’objet d’un examen tout spécial de concert avec le Chef de la Division Navale. Le Rési-dent Général s’est rendu dans ce but à Nossi-Volane et à la presqu’île d’Orangea où existent déjà des ouvrages fortifiés, mais dont il semble nécessaire d’augmenter les défenses. Le lendemain 28, dans la matinée, le « Lapérouse » quittait la baie de Diégo-Suarez pour aller mouiller dans la baie du Courrier où le Général tenait à se rendre compte des facilités qu’offre ce point pour les débarquements, et des mesures à prendre de ce côté en vue de la défense de Diégo-Suarez. Le départ de la baie du Courrier s’est effectué le 29 mai au matin.

Le Résident Général est arrivé à Nossi-Bé le même jour à quatre heures du soir ; après avoir reçu la visite de l’Administrateur et du Commandant de la canonnière le « Mé-téore », il est descendu à Hellville où le Président de la Chambre consultative lui a souhaité la bienvenue au nom de la popula-tion.

Dès la nouvelle de l’arrivée du Général, les indigènes de Nossi-Bé, des petites îles voisines et de la côte étaient venus en foule à la Grande-Terre. La réception de leurs chefs a eu lieu le lendemain matin dans la cour de la Résidence. Le Général quit-tait le bord à huit heures, salué des coups de canon réglemen-taires et accompagné du chef de la Division navale, des États-Majors du « Lapérouse » et du « Météore ».

Devant la Résidence, la compagnie de débarquement du « Lapérouse » rendait les honneurs. Le Résident Général a reçu séparément les chefs Tsiarassa, Tsialana et Binao. Il a reproché à Tsialana son attitude équivoque à l’égard de nos colons et de nos fonctionnaires et l’a invité, ainsi que Tsiarassa et Binao, à se montrer un auxiliaire fidèle s’il ne veut pas s’exposer à des me-sures de rigueur. Il leur a rappelé que la France est aujourd’hui

 

– 22 – seule maîtresse à Madagascar et qu’ils doivent payer un tribut en échange de la protection qui leur est donnée. Le Résident Général a reconnu la nécessité d’exercer un contrôle sévère sur les actes des trois chefs et de les placer sous la seule autorité de l’Administrateur de Nossi-Bé ; il a décidé d’installer un chance-lier sur le territoire de Tsialana. Ce dernier avait manifesté ré-cemment des sentiments d’indépendance qu’il importe de ré-primer.

Le Résident Général a reçu, dans la soirée, la Chambre consultative qu’il a assurée de toute sa bienveillance pour les intérêts de Nossi-Bé ; il a été heureux de donner satisfaction dans la limite de ses pouvoirs aux légitimes desiderata qui lui étaient présentés. Il n’a pas caché cependant, qu’à son avis, les principaux efforts de nos colons devaient se porter sur la grande terre qui leur est ouverte aujourd’hui, et que Nossi-Bé même ne peut que gagner à la mise en valeur de la côte qui lui fait face.

Les colons et commerçants de la Dépendance ont tenu à manifester au Résident Général leur respectueuse sympathie en lui offrant dans la soirée un punch d’honneur. La population tout entière a apporté son concours à cette fête par de superbes illuminations et par l’accueil enthousiaste qu’elle a fait au chef de la Colonie.

La matinée du 31 a été consacrée à la visite des exploita-tions sucrières de MM. Legras et Mersame, et de la vanillerie de M. Valentin.

Le Résident Général a constaté avec une vive satisfaction les efforts accomplis par ces colons et les a assurés de son désir de favoriser le plus possible leurs entreprises. Dans l’après-midi, il s’est tenu à la disposition des colons qui avaient des de-mandes à lui présenter et a vu ensuite l’école des garçons dirigée par les Pères du Saint-Esprit et l’école des filles dirigée par les filles de St-Joseph de Cluny.

Le Résident Général a quitté Nossi-Bé le 1er juin, à 6 heures du matin, à bord du « Lapérouse » que précédait la canonnière

 

– 23 – le « Météore », pour visiter la côte jusqu’à Majunga et se rendre compte de la situation de cette région. À neuf heures et demie, les deux navires mouillaient à Port Radama, à dix milles environ au Sud de l’entrée de la baie que le « Météore » avait déjà explo-rée, mais où venait pour la première fois un bâtiment d’aussi fort tonnage que le « Lapérouse ». Port Radama présente un abri des plus sûrs et offre des fonds suffisants pour les plus grands navires.

Le lendemain matin, à 6 heures, le Général s’est rendu avec sa suite à bord du « Météore » pour aller visiter le village d’Andranosamonta situé au fond de la baie et occupé par la compagnie de tirailleurs malgaches de M. le capitaine Clavel et par un détachement de milice. Le « Météore » a remonté la baie jusqu’à une distance de cinq milles de son premier mouillage. De là le voyage s’est effectué en vedette jusqu’au fond de la baie, distant de trois kilomètres environ du village d’Andrano-samonta.

Le Général a passé l’inspection de la compagnie de tirail-leurs et de la milice. Il les a félicitées l’une et l’autre de la belle conduite qu’elles ont tenue depuis cinq mois. La population in-digène, réunie en Kabary, a remercié le Général d’avoir été pla-cée sous l’autorité et la protection de la France. Le Général a visité l’école récemment créée par M. le capitaine Clavel et qui compte déjà plus de trente élèves. Le village comprend près de 5.000 habitants dont les cases sont construites de chaque côté d’une avenue, au pied d’un petit mamelon, au sommet duquel se trouve le rova. La population s’augmente tous les jours d’indigènes soumissionnaires.

Les bandes rebelles, rejetées de l’Émyrne et repoussées énergiquement d’Andranosamonta au commencement du mois d’avril, occupent actuellement avec leur chef Rakotovaomora-manga la position de Béfianara sur une hauteur, à trente kilo-mètres environ d’Andranosamonta. Elles comprennent 600 personnes environ avec femmes et enfants que Rakotovaomo-

 

– 24 – ramanga garde comme otages pour être assuré de la fidélité de ses hommes.

Malgré cette mesure, de nombreuses défections se produi-sent dans les rangs des rebelles. Le Général a pris les mesures qu’il a jugées utiles pour hâter la pacification du pays ; afin d’éviter autant que possible l’effusion du sang, il a écrit à Rako-tovaomoramanga d’avoir à se soumettre dans le délai de huit jours et de payer comme « hasina » la somme de 5.000 francs, lui promettant en retour la vie sauve et l’oubli du passé pour lui et ses compagnons. En même temps, des ordres ont été donnés pour qu’une compagnie de tirailleurs malgaches vienne renfor-cer d’urgence celle du capitaine Clavel, en vue d’agir énergi-quement et rapidement contre les rebelles dans le cas où les pourparlers engagés n’aboutiraient pas.

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Le 3 juin au matin, le « Lapérouse » et le « Météore » ont fait route vers la Loza, long goulet donnant accès à une baie spacieuse et sûre. Le Général tenait à visiter ce point de la côte particulièrement intéressant et à s’entretenir avec M. le capi-taine Toquenne chargé de l’administration de la région et instal-lé à Analalava.

Pour assurer l’unité d’action dans la zone encore troublée, le Résident Général a décidé de la constituer en cercle militaire indépendant, sous l’autorité de cet officier, et s’étendant depuis la rivière de la Sofia jusqu’à la limite de la circonscription de la reine Binao. Le Commandant du nouveau cercle a pour mission d’examiner si, au point de vue de l’organisation administrative définitive, le pays devra être rattaché, après sa pacification, à la Résidence de Nossi-Bé ou à celle de Majunga ; d’étudier les res-sources du pays afin d’y faciliter l’établissement des colons ; de reconnaître enfin les voies de pénétration vers l’intérieur.

Le Résident Général a pu constater, en effet, l’énorme inté-rêt qu’offre cette partie de la côte Nord-Ouest, par ses vastes

 

– 25 – baies et ses profonds estuaires merveilleusement abrités, par les grandes rivières qui y aboutissent et qui permettraient sans doute aux produits de l’intérieur d’être facilement exportés. Mais il a reconnu aussi la nécessité de compléter et de rectifier les cartes de la région ; dès que la tranquillité sera rétablie, le Général se propose d’arrêter un plan d’explorations dans ce sens et de faire procéder minutieusement à l’hydrographie de la côte.

Le 4 juin, le « Lapérouse », après avoir parcouru la baie de Mahajamba, s’est séparé du « Météore » renvoyé à Nossi-Bé et est arrivé à trois heures du soir sur rade de Majunga où se trou-vaient le « Pourvoyeur » et la « Surprise ». Le Résident Général a quitté le bord à quatre heures et s’est rendu à la Résidence où les fonctionnaires civils lui ont été présentés par M. le Résident Alby. Il a visité ensuite les services militaires et, le lendemain matin, a reçu la Chambre consultative française avec laquelle il a étudié les mesures à prendre pour le développement de la ville de Majunga.

Le même soir, à trois heures, le Résident Général s’est em-barqué à bord de la canonnière de la flottille fluviale « Invin-cible » pour se rendre à Suberbieville. Une avarie survenue le 7 juin au matin a mis cette canonnière dans l’impossibilité de continuer sa route. Le Résident Général a pu néanmoins se rendre à Marololo où il est arrivé le 8 dans la soirée à bord d’un chaland de la Compagnie Suberbie qui se trouvait en rivière avec un remorqueur. Il a été reçu à Marololo par M. Suberbie qui l’a conduit le lendemain matin à Suberbieville.

Le Général a visité dans l’après-midi les installations de la compagnie et les chantiers aurifères. Il repartait pour Majunga le 10 au matin.

De Majunga, le résident général a touché à Soalala dans la baie de Baly, où le prince comorien Saïdina, qui y représente notre autorité, se consacre avec grand zèle à l’organisation du pays.

 

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L’escale suivante a été Mainsivano, petit port où se fait un assez gros commerce et que fréquentent surtout les boutres in-diens. Une compagnie venait d’y débarquer, avec mission de mettre à la raison le petit chef sakalave Alidy, qui refuse de re-connaître notre autorité.

La situation de Mainsivano est pareille à celle de toute la côte Ouest. Sur le littoral les points principaux sont, à la ri-gueur, abordables ; mais à l’intérieur le pays est livré aux dis-sensions des indigènes et plongé dans l’anarchie.

Le « La Pérouse » est arrivé le 17 juin à Morondava, qui compte environ 500 habitants, dont une vingtaine de colons. La fertilité de l’hinterland en fera un centre commercial important, lorsque des voies de pénétration relieront la côte Ouest au pla-teau central.

Les principaux produits d’exportation sont le caoutchouc, la cire et la poudre d’or. Malheureusement, l’importation con-siste presque exclusivement en produits anglais et allemands de qualité absolument inférieure et dont les principaux sont les tissus de Manchester, les marmites de fonte, les faïences, la ver-roterie et la fausse bijouterie allemande.

Le résident général a été reçu par M. Samat, agent de la Compagnie des Messageries maritimes et commissaire du gou-vernement. M. Samat, qui habite Morondava depuis près de trente ans, a contribué, par son initiative et son dévouement, à asseoir notre influence dans cette région.

À peine le résident général est-il débarqué que les chefs les plus importants de la région, convoqués pour la circonstance, se réunissent en un kabary solennel pour protester de leur fidélité envers la France et son représentant. Le général les assure que sa bienveillance leur est acquise s’ils persistent dans ces senti-ments et s’ils continuent à faire bon accueil à nos colons et à nos commerçants.

 

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Les colons de Morondava sont satisfaits de la marche de leurs affaires. Le résident général a vivement félicité M. Samat des heureux résultats qu’il a obtenus.

Le 19 juin, le « La Pérouse » est entré dans l’immense rade de Tuléar, fermée par un énorme îlot de coraux, qui le protège contre les vents du large.

Voici quelle est la situation : la province de Tuléar est ad-ministrée avec beaucoup d’intelligence, d’activité et de zèle par le résident M. Estèbe. Néanmoins il s’en faut de beaucoup que le pays soit pacifié. Pour pouvoir commercer avec l’intérieur, les colons de la côte devaient, il y a peu de temps encore, subir les exigences des roitelets nègres et n’assuraient leur sécurité qu’au prix de cadeaux ou « salams » souvent fort onéreux. Le com-merce était particulièrement entravé par les agissements d’un certain Tompomanana, qui parfois descendait jusqu’à Tuléar piller les magasins. Aussi depuis quelques années les habitants s’étaient-ils réfugiés à Nossi-Vé, petite île située à 28 milles dans le Sud, siège de transactions importantes portant surtout sur le caoutchouc, le maïs et les pois du Cap.

Le siège de la résidence, qui s’était transporté à Nossi-Vé avec les colons, sera rétabli à Tuléar ; les colons de Nossi-Vé ont été invités à suivre le résident ; enfin, pour assurer la sécurité de notre installation de ce côté et mettre à la raison Tompomanana et ses semblables, une compagnie de tirailleurs sera transportée à Tuléar, d’où elle rayonnera vers l’intérieur en châtiant les chefs rebelles qui refuseraient de se soumettre à notre autorité. Le résident général a passé la journée du 21 juin à Nossi-Vé.

Le 23, le « La Pérouse » a mouillé devant Fort-Dauphin, où l’ancien fort bâti par Flacourt subsiste presque entièrement avec ses murailles épaisses de 1 m. 80 et percées de meurtrières, avec les plates-formes de ses canons, et sa poudrière.

La situation n’est pas brillante. Le désordre règne dans la province, la sécurité cesse aux portes mêmes de Fort-Dauphin.

 

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Le résident général a visité les écoles de la mission Laza-riste, dirigée par Mgr Crouzet, ancien évêque d’Érythrée expulsé par les Italiens. Les écoles lazaristes fondées à peine depuis un an se sont beaucoup développées.

À l’arrivée du général, Mgr Crouzet, dans une chaude im-provisation, lui a affirmé que ses Sœurs de charité, ses Pères et lui-même étaient venus à Madagascar dans une pensée essen-tiellement française et avec le ferme désir de consacrer tous leurs efforts au développement de l’influence nationale.

Le résident général a félicité Mgr Crouzet de ces patrio-tiques résolutions et fait une délicate allusion à la carrière anté-rieure du prélat et aux services qu’il a déjà rendus pendant de longues années sur la côte d’Afrique. Les élèves des écoles étaient rangés sous un immense vélum comme pour une distri-bution de prix ; garçons et filles ont récité des compliments en français ; puis, à la surprise générale, ils ont entonné le chœur de Mireille : « Chantez, chantez, magnanarelles », qui touche particulièrement l’assistance en remuant dans tous les cœurs les souvenirs de France.

En quittant les écoles de la Mission française, le général s’est rendu à celles de la Mission norvégienne qui sont égale-ment bien tenues, mais où, malheureusement, l’enseignement du français est loin d’avoir fait des progrès suffisants. Le général en a fait avec bienveillance l’observation au directeur et lui a rappelé qu’aux termes d’un arrêté qui remonte à plusieurs mois, l’enseignement de notre langue sera seul admis à partir du 1er octobre prochain.

Les chefs indigènes des environs convoqués par M. le rési-dent Lemaire ont refusé de se présenter au résident général, et déclaré qu’ils s’opposeraient par tous les moyens à notre éta-blissement définitif. Le résident général a décidé l’envoi d’une compagnie à Fort-Dauphin, et le fractionnement de la province, dont une partie a été placée sous les ordres de M. le chancelier Cardeneau, faisant fonction de résident à Faranfagana.

 

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Le 25, le « La Pérouse » est arrivé devant Faranfagana. M. Cardeneau est venu à bord exposer l’état de sa province. Il a reçu les félicitations du résident général.

Le 26, arrivée à Mananjary. Au débarcadère, le résident général a trouvé les colons français groupés autour de leur doyen. L’appontement était décoré de feuillages et de drapeaux ; un arc de triomphe, élevé à l’extrémité, portait l’inscription : « Les colons français de Mananjary au général Gallieni. » Le doyen de la colonie française a souhaité la bienvenue au général et l’a remercié, au nom de nos compatriotes de Mananjary, d’avoir placé à la tête de la province M. le résident Compérat qui, par son activité, sa courtoisie et son entente des affaires, a, depuis deux mois qu’il a pris possession de son poste, puis-samment contribué à l’extension de notre influence. Le résident général a remercié les colons français de leur accueil et les a as-surés qu’il considère comme un de ses principaux devoirs d’assurer leur sécurité et d’aider au développement de leurs en-treprises. La colonie anglaise avait délibéré longuement avant de décider à se présenter, et, malgré la résistance de son doyen, c’est la courtoisie qui a prévalu. En réponse aux hommages qui lui ont été adressés, le général Gallieni a rappelé les liens d’amitié qui unissent les deux nations et assuré aux colons an-glais qu’ils pouvaient compter sur sa bienveillance et sa protec-tion, s’ils continuaient, comme il en est persuadé, à reconnaître l’état de choses consacré par la conquête et à bien user de l’hospitalité qui leur est donnée sur la terre désormais française de Madagascar.

Puis il a présidé la réunion de la Chambre consultative de commerce, enregistré les vœux exprimés et donné satisfaction à quelques-uns d’entre eux, il a ensuite reçu les colons qui avaient des demandes particulières à lui adresser. Avant de partir, il a félicité M. le résident Compérat de l’état de sa province.

La traversée de la barre au retour a été périlleuse. Pour franchir la barre, on s’amarre plutôt qu’on ne s’embarque sur des chalands pontés, sortes de caisses à air flottantes qui ne

 

– 30 – coulent que dans le cas où elles viennent heurter un récif, et qu’une forte lame peut souvent retourner. Les chalands sont conduits à la rame par une quinzaine de nègres qui manœuvrent avec une habileté vraiment remarquable et un barreur, noir éga-lement, qui connaît les moindres récifs et aussi le régime du déplacement des bancs. On ne passe jamais la barre sans que quelque grosse lame vienne balayer le pont ; c’est alors surtout que les passagers doivent s’accrocher à toutes les aspérités du pont pour éviter d’être jetés à la mer. À Mananjary, la traversée de la barre dure de trois quarts d’heure à une heure.

Le « La Pérouse » s’est rendu directement à Tamatave, le mauvais état de la barre à Mahanovo et à Vatamandry ne per-mettant pas de s’y arrêter.

(D’après le Journal officiel de Madagascar et le Journal des Débats).

 

À propos de ce voyage le Comité a reçu, d’un de ses corres-pondants établis à Tamatave, la note suivante : « L’attention du général s’est surtout portée sur les diverses baies et rivières aux larges embouchures, comprises entre Diégo-Suarez et Majunga. Des missions d’étude, pour l’hydrographie et la topographie des lieux, viennent d’être envoyées dans cette région et déjà certains officiers ont été désignés à cet effet.

Le général Gallieni est arrivé à Tamatave le dimanche 27 juin à 3 heures du soir à bord du « La Pérouse ». La population de Tamatave lui a offert un bal très réussi qui a eu lieu le 2 juil-let dans le bel immeuble de M. L. Delacre. Le Comité d’organisation était composé des divers éléments de la popula-tion appartenant à toutes les nationalités. Les consuls ont tous participé à la souscription. Le bureau du comité se composait de trois présidents dont le premier était M. Jean Lalouette, d’un trésorier et d’un secrétaire. Le général Gallieni a été très satis-fait de cette nouvelle manifestation. Il est parti après le bal, di-rectement pour Tananarive.

 

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En route, il a inspecté les travaux du percement du Panala-na et à cette occasion, le secrétaire général M. Joseph François, le directeur des travaux publics, les entrepreneurs, le colonel Le Camus, le colonel du génie de Labastide, le capitaine Cambier l’ont accompagné jusqu’à Tanyfotsy. »

 

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LES PROGRÈS

 

DES IDÉES DE COLONISATION

 

Le journal Le Temps a publié, dans son numéro du 7 août, un très intéressant article sur les progrès qu’ont fait en France, dans ces dernières années, les idées de colonisation, et sur la faveur qu’elles rencontrent maintenant chez nous dans les mi-lieux les plus divers.

« De toutes parts, dit son auteur, dans le livre, dans le journal, à l’école et jusque dans la chaire, les voix qui parlent à la jeunesse lui conseillent de se tourner vers les colonies. »

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« À considérer les choses en gros, on peut conseiller la co-lonisation sans scrupules. D’une part, notre empire colonial est grand comme sept à huit fois la France ; d’autre part, la situa-tion commerciale que vient de publier le Ministère des finances nous apprend que la France a demandé à des pays ayant des climats analogues à ceux qu’on trouve dans nos colonies 173 millions de café, 21 millions de cacao, 165 millions de coton, 27 millions de jute, 180 millions de soie, 140 millions de graines et de fruits oléagineux ; au total, avec d’autres articles de moindre importance, près de un milliard de marchandises. Engager la jeunesse à aller coloniser, c’est la convier à faire produire à ce vaste empire colonial ce milliard de marchandises que la France demande aujourd’hui à l’étranger. »

Et tout en applaudissant, en principe, à ce mouvement vers le dehors, en comprenant que nos jeunes gens cherchent à y trouver un terrain moins encombré que celui de la mère-patrie, l’auteur de l’article demande qu’on vienne en aide aux candidats à l’émigration, afin de leur éviter de graves déboires, en leur

 

– 33 – donnant tous les renseignements possibles, en leur préparant les voies, en les éclairant sur les climats si divers qu’on ren-contre dans l’ensemble de nos colonies, en leur indiquant les chances de réussite qu’offre chacune d’elles, les affaires qui peuvent y être tentées avec succès, les aptitudes et les moyens d’action qui y trouveront le mieux leur emploi.

Bien peu de publications spéciales, dit-il encore (il n’en cite que deux, mais nous savons qu’il y en a davantage), peuvent être consultées par ceux qui veulent aller tenter fortune au delà des mers, sur les cultures, par exemple, auxquelles chacune de nos colonies se prêterait, sur les meilleures manières d’y prati-quer ces cultures, etc.

« Plus le futur colon est éclairé sur le genre d’affaires qu’il entreprend, plus son succès est probable. Ces lumières indis-pensables, on peut l’aider à se les procurer. Le fait-on ?…

… Aller coloniser est un conseil trop vague. Où et com-ment ? »

Et l’article conclut en demandant à l’État de se faire le guide du futur colon, la tâche dépassant les moyens des particu-liers.

Nous sommes loin de méconnaître les services que l’État peut et doit rendre à la grande cause de l’expansion coloniale que notre pays a entreprise. Il est mieux placé que personne, dispose de moyens qui ne sont pas à la portée de chacun pour diriger et seconder les efforts individuels. Il l’a déjà compris et de grands progrès ont été accomplis dans ce sens par les mi-nistres qui se sont succédé au pavillon de Flore, par l’administration tout entière et par les gouverneurs de nos pos-sessions lointaines. Mais il serait dangereux, peut-être, de s’en reposer uniquement sur l’État pour tirer de nos richesses tout le parti possible. L’initiative privée doit avoir sa part dans ce la-beur de longue haleine.

C’est ce que beaucoup de bons esprits ont compris : c’est dans ce but patriotique que des groupements se sont faits, que

 

– 34 – des sociétés telles, par exemple, que le Comité de l’Afrique fran-çaise, sous l’inspiration du prince d’Arenberg, l’Union Colo-niale Française, sous la vive impulsion de son Président, M. Mercet, et de M. Chailley-Bert ont pris naissance.

C’est une même pensée qui a présidé, en partie, à la créa-tion du Comité de Madagascar.

Nous nous sommes efforcés de réunir dans son sein toutes les personnes qui, ayant été à Madagascar, peuvent sciemment en parler, sont en mesure de donner des renseignements précis sur des choses qu’elles ont vues et étudiées : nous n’épargnons rien pour utiliser nos relations, en rapprochant les uns des autres les colons, les négociants, les industriels, pour leur facili-ter la défense de leurs intérêts généraux, l’étude et la solution des questions concernant la colonisation de la grande île afri-caine.

Nos bureaux sont ouverts à tous ceux qui veulent faire ap-pel à nous, nous correspondons avec ceux auxquels leur éloi-gnement ne permet pas de venir y frapper.

Enfin notre Bulletin s’efforce, en traitant les sujets les plus divers intéressant notre nouvelle possession, de la faire con-naître du grand public.

Dans la mesure de nos forces, nous avons essayé de préve-nir les désirs exprimés par le rédacteur de l’article du Temps. Et il serait à souhaiter, pensons-nous, qu’il se formât à notre exemple dans la métropole, pour chacune de nos colonies, des associations semblables à la nôtre qui aideraient à les faire con-naître et à défendre leurs intérêts auprès des pouvoirs publics.

Notre Comité, pour remédier à la pénurie de livres spé-ciaux que déplorait, avec beaucoup de raison, l’auteur de l’article du Temps, va publier, de concert avec l’Union Coloniale Française, un Guide de l’émigrant à Madagascar, qui contien-dra tous les renseignements généraux nécessaires à un Français, voulant s’y établir.

 

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Fondé il y a trois ans, le Comité a déjà réuni autour de lui une partie de ce que le commerce et l’industrie compte en France de plus considérable. Tous ses efforts tendront à déve-lopper l’œuvre qu’il a entreprise. Il fait appel, pour l’y aider, à tous les hommes de bonne volonté qui, appréciant son initia-tive, sont désireux de voir notre expansion coloniale être pour la France non un effort coûteux et infructueux, mais un supplé-ment de force politique et économique.

Le même journal Le Temps a encore publié dans son nu-méro du 13 août un article des plus instructifs intitulé L’Élément français dans le Nord de l’Afrique, qui abonde trop dans les idées pour lesquelles a toujours combattu le Comité, que nous émettions encore dans notre dernier numéro à propos du projet de colonisation de M. Brunet à Madagascar, pour que nous puissions résister au plaisir de le citer tout entier.

Son auteur constate que le chiffre croissant des colons en Tunisie et en Algérie durant les cinq dernières années a coïncidé avec un abandon à peu près complet, dans ces deux dépen-dances, de la colonisation officielle.

 

Ce système, à la vérité, ajoute-t-il, n’a jamais reçu aucune application d’aucune part en Tunisie. On n’y a jamais donné de concessions gratuites, on n’y a jamais créé artificiellement de villages. Le gouvernement s’est contenté jusqu’à présent d’allotir, en trop petites quantités, à notre avis, des terres aux environs des villes et à les mettre en vente au prix moyen de la région. Et sagement il avertit les candidats qui se présentent à l’acquisition que s’ils n’ont pas un capital disponible d’une di-zaine de mille francs, toutes les chances sont pour qu’ils ne réussissent pas à mettre un lot en valeur. Mais on sait combien, en revanche, on s’est obstiné dans la colonisation officielle en Algérie. On a commencé à en revenir sous M. Tirman, qui main-tint encore la concession gratuite, mais en l’accordant seule-ment aux émigrants qui justifiaient de la possession d’un capital de 10,000 fr. Le progrès fut plus apparent que réel, parce que

 

– 36 – cette justification fut presque toujours illusoire. Qui délivrait les certificats ? Les maires. Plus un garnement était à charge à une commune, meilleurs étaient les certificats que lui donnait son maire pour l’expédier au loin. M. Cambon acheva l’évolution en décidant que, sans l’ériger en principe absolu, la vente des terres serait la règle. Par conséquent, la colonisation officielle est pra-tiquement jugée et définitivement condamnée. On l’a à peu près abandonnée, et cependant le taux de l’accroissement annuel de la population n’a pas cessé d’augmenter. Donc, elle ne servait à rien. Nous dirons plus, elle était nuisible.

Comment s’expliquer ce paradoxe que le don gratuit de la terre puisse nuire à la colonisation d’un pays ? Par cette vérité, qu’on ne saurait se lasser de répéter, que les colons qui comp-tent ne sont pas ceux qui arrivent, mais seulement ceux qui res-tent, et qu’il n’y a que ceux qui ont des ressources qui peuvent rester. Un colon mis en face d’une terre en friche est un homme qui doit se bâtir un abri, acheter ses outils, acheter son cheptel, acheter ses semences, défricher sa terre, la labourer et attendre la récolte. Voilà pourquoi il lui faut une dizaine de mille francs. S’il ne les a pas, il ne peut ni faire ces achats ni accomplir ces travaux : le besoin le chassera de son lot ; plus ou moins vite, il devra aller chercher ailleurs d’autres moyens de vivre.

Or, comment trier les colons de manière à n’admettre que ceux qui, ayant les ressources nécessaires, sont seuls capables de réussir ? On a essayé bien des expédients, un seul s’est mon-tré efficace : c’est de vendre la terre. Qu’importe aux candidats de mentir et de tromper quand il s’agit d’obtenir un lot gratuit ? Ils ne risquent rien. Tandis que quand il s’agit d’acheter ce lot, la sélection des incapables s’opère d’elle-même. Il n’y a alors réellement que ceux qui se sentent suffisamment munis d’argent, de force, de courage et de connaissances pratiques pour se résigner à débourser une première somme. Tous les autres s’écartent spontanément. Pourquoi les regretterait-on ? Ils auraient échoué. Chacun sait en Algérie que la première couche des colons attirés par la colonisation officielle n’a jamais tenu nulle part ; dans l’immense majorité des cas, ils ont été

 

– 37 – remplacés par d’autres colons qui leur ont racheté leurs terres. La force des choses se chargeait de faire fonctionner le système de la vente avant qu’il fût officiellement adopté.

La concession gratuite n’a donc eu qu’une part infime dans le peuplement de l’Algérie, rien n’est plus certain. Et qu’elle ait fait beaucoup de mal, rien n’est moins contestable non plus. Tout d’abord, elle avilissait la propriété. Comment la terre au-rait-elle acquis sa valeur réelle entre les mains de ceux qui la cultivaient, quand on se la procurait pour rien aux alentours ? Puis, en persuadant au colon qu’il est une sorte de client de l’État, elle a donné à l’Algérie ces habitudes quémandeuses, des-tructives de toute virilité, dont elle a tant de peine à se défaire. Enfin, en multipliant les échecs, elle déconsidérait la colonie ; les malheureux qui rentraient en France attribuaient leurs dé-boires non pas à leur propre incapacité, mais à des difficultés locales insurmontables, et c’est ainsi qu’on est arrivé à faire considérer un des plus beaux pays du monde comme une terre déshéritée où il n’y a rien à faire.

Est-ce à dire que les colonies doivent rester fermées à l’homme qui a le plus besoin de tenter la fortune, à celui qui n’a que ses bras ? Loin de là. Au colon qui a des ressources il faut des auxiliaires : il ne manquera pas de les appeler de la métro-pole. C’est ce qui avait été si admirablement compris dans les colonies australiennes. Elles avaient mis leurs terres à très haut prix, elles consacraient le produit de ces ventes à des passages gratuits destinés aux manœuvres et aux ouvriers. C’est ainsi qu’elles se sont peuplées. Après les résultats du dernier recen-sement, il n’y a donc plus d’illusions à garder sur l’efficacité de la colonisation officielle dont la concession gratuite était la base ; espérons que nous n’en entendrons plus parler.

 

Puissent ces vœux si sages être exaucés en haut lieu ; puis-sent les tristes expériences dont l’Algérie, Diégo-Suarez et tant d’autres lieux ont été les théâtres, être épargnées à Madagascar !

 

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C’est le désir le plus cher de tous les amis de notre colonie nais-sante.

 

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