Bulletin du Comité de Madagascar — 2e année, no 1 (janvier 1896)

Questions Malgaches

 

Quelle hygiène faut-il observer ?

L’hygiène sera une des conditions sine qua non de réussite. Le colon n’a pas à se faire d’illusions à ce sujet ; un homme ro-buste et jeune ne peut pas résister au climat des pays chauds, s’il ne s’observe continuellement et ne règle sévèrement son genre de vie.

La question des vêtements sera vite résolue ; à Madagascar, comme dans les pays chauds conviennent des habits légers et de couleur claire. La flanelle serait d’un très bon effet, mais comme elle est généralement mal soignée par les blanchisseuses, elle se feutre et devient plutôt dangereuse qu’utile. Les tricots de coton au contraire, conservent toutes leurs propriétés et sont en conséquence plus pratiques. Le casque léger ou les chapeaux à très grands bords sont indispensables.

Mais où l’attention du colon devra surtout se porter, c’est sur l’alimentation.

La nourriture doit être variée autant que possible par des légumes frais et des viandes légères. L’estomac rapidement fati-gué par les chaleurs, supporte difficilement les excès de table et finit par refuser tout service aux imprudents.

Il semblerait audacieux d’engager un cultivateur de la Mé-tropole à éviter les abus alcooliques, cependant cette re-commandation n’est qu’un utile avertissement aux colonies. La chaleur porte à boire, et, malgré lui, le colon qui met toujours quelque chose dans son eau, finit par s’alcooliser pro-gressivement, mais sûrement. L’isolement, aidant, un homme parfaitement sobre chez lui en arrive à boire plus qu’il ne croit lui-même et cette inconscience est terrible en ses conséquences. L’homme y perd à la fois la santé, l’intelligence et l’estime de soi-même et des autres, les efforts restent vains sans qu’il se rende compte de la cause de son insuccès ; le découragement, la

 

– 52 – ruine et souvent la mort sont les conséquences de son oubli des principes de l’hygiène.

Avec un peu de bonne volonté et d’énergie, le colon s’habituera à des règles dont il n’aura pas à souffrir au bout de très peu de temps.

Il ne voudra même pas boire entre les repas, tant son corps sera fait à ce régime, et s’en trouvera très bien.

Le vin de bonne qualité réservé pour les jours de maladie ou de fatigues extraordinaires, sera très avantageusement rem-placé, même aux repas, par des infusions légères de thé ou de café.

Les soins de propreté corporelle devront être poussés jus-qu’à la minutie, de façon à bien permettre le fonctionnement de la peau dans sa mission évacuatrice.

Les Égyptiens se saluent par : « Comment suez-vous ? » pour comment vous portez-vous, tant il est reconnu que la transpiration est indispensable à l’homme sous le soleil ardent. Or, cette action éminemment propre à abaisser la température très élevée du corps, par l’évaporation ne s’effectue que quand les pores sont complètement propres.

L’Européen enfin, devra borner sa tâche à la direction et à la surveillance de son personnel ; chercher à faire plus est inu-tile, tôt ou tard et peut-être au moment où le colon aurait le plus besoin d’être en bonne santé pour la bonne marche de ses inté-rêts, il serait terrassé par la maladie et probablement contraint d’abandonner subitement le fruit de ses peines et de son argent à des mains étrangères. Or, l’œil du maître fermé, il y a beau-coup de chance pour que les résultats soient arrêtés.

En résumé, ce n’est qu’en s’astreignant à une hygiène sé-vère et raisonnée que le colon conservera la plénitude de sa san-té et de ses moyens d’action.

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Parle-t-on le français ? – La connaissance de l’anglais

est-elle indispensable ?

D’une façon générale, la connaissance de l’anglais est pres-que inutile à Madagascar. À part un certain nombre de gouver-neurs hovas qui connaissent cette langue et la parlent assez mal, les indigènes, qui possèdent une langue étrangère, parlent plus volontiers et plus facilement le français. Dans les principales villes, nos nationaux n’ont aucun embarras pour se faire com-prendre et servir, et, s’ils veulent entreprendre quelque voyage, ils trouvent facilement un interprète pour communiquer avec les Malgaches.

Pour les transactions commerciales entre Européens, la langue française est seule nécessaire. Cela tient à ce que la ma-jeure partie des sujets anglais établis dans l’île sont originaires de Maurice et ont conservé l’usage de la langue française. D’autre part, si les Allemands ou les Américains ont des intérêts considérables en certaines localités, ils sont fort peu nombreux, et la nécessité des relations quotidiennes de la vie les oblige à connaître notre langue.

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Le change de l’argent est-il élevé ?

Le taux des tirages du Comptoir national d’Escompte de Paris, la seule banque française qui ait eu des établissements à Madagascar, sur ses agences, a varié entre 1 1/2 et 2 pour 100.

Ce prix représente environ, avec une petite marge laissée pour le bénéfice de l’intermédiaire, le coût de l’envoi du numé-raire à Madagascar.

La seule pièce de cinq francs française a, en effet, cours dans l’île. Pour la monnaie divisionnaire elle est coupée en mor-ceaux qu’on pèse ensuite à l’aide d’une petite balance et de

 

– 54 – poids de 0 fr. 05, 0 fr. 10, 0 fr. 20, 0 fr. 60, 1 fr. 25, 2 fr. 50, et dont est muni chaque indigène.

On a tiré de Madagascar sur France au taux de 2 pour 100 de prime.

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Les industries à Diégo-Suarez.

Le Service des renseignements commerciaux au Ministère des Colonies a reçu du Gouvernement de Diégo-Suarez les in-formations ci-dessous sur les débouchés offerts actuellement par la colonie aux capitaux et à la main-d’œuvre industriels de la métropole.

Les industries et entreprises autres que la culture, actuel-lement établies à Diégo-Suarez, sont les suivantes :

1° La Graineterie française, société anonyme au capital de 10.000.000 de francs ; siège social, 58, rue Taitbout, Paris ; usines à Antongobato, â 20 kilomètres du chef-lieu. Fabrication de conserves de viande, d’engrais et tannerie. Cette industrie s’est installée en février 1890 et a cessé ses opérations en 1894. La société est en liquidation.

2° Société des salines de Diégo-Suarez, société anonyme française au capital de 672.000 francs ; siège social, à Paris, 17, rue Godot-de-Mauroi.

L’entreprise de cette société est située dans la baie de Dié-go-Suarez, au Nord de la plaine d’Anamakia, entre l’em-bouchure de la rivière de la Main et les hauteurs qui bornent à l’Ouest la vallée de la rivière d’Antombouk ou des Maques, à 11 kilomètres du chef-lieu.

Les travaux d’aménagement et d’installation ont été com-mencés au début de l’année 1894 et sont terminés.

L’outillage comprend deux locomobiles à vapeur, une roue élévatoire, tou1te une série de vannes, de pelles de terrasse-

 

– 55 – ment, des pelles pour le lavage du sel, un chemin de ferDecau-ville, des chalands, magasins, etc.

Le personnel employé se compose d’un ingénieur-directeur, d’un caissier-comptable, d’un saunier, d’un sous-saunier, de tâcherons et de travailleurs indigènes pour l’entretien et la récolte du sel.

Le haut personnel de cette société est européen et les tâ-cherons sont créoles. Les indigènes sont payés à raison de 1 fr. 25 et 1 fr. 50 par jour.

Pendant l’entretien de la saunaison, le personnel indigène peut être porté à 50 travailleurs ; et pendant la récolte, c’est-à-dire pendant le levage du sel, à 200 ou 250.

La durée de la récolte sera de trois mois environ par an, de juin à septembre.

Le représentant de cette société estime qu’il ne voit pas dans l’exploitation de cette saline de débouchés pour les tra-vailleurs de la métropole (contremaîtres et ouvriers).

Les quantités d’hectares aménagés actuellement sont éva-luées à 60 environ, mais cette société continue à faire d’autres installations sur le reste des terrains concédés et reconnus pro-pres aux salines.

L’entreprise dont il est question a dû commencer à pro-duire vers la fin du mois de novembre 1895, et on estime à 10 ou 12.000 tonnes environ le chiffre de la production annuelle par 60 hectares.

3° Compagnie française des salines de Diégo-Suarez, so-ciété anonyme au capital de 400.000 francs ; siège social, 121, rue de Rennes, Paris.

Cette compagnie a commencé ses opérations d’aménage-ments en juillet 1895, sur une des concessions accordées à la rivière de la Main, à 8 kil. du chef-lieu. Elles seront terminées, selon toutes probabilités, vers la fin de mars 1896. Cette société ne fait approprier, quant à présent, qu’une saline de 70 à 80 hectares. Lorsque le moment sera venu de mettre en valeur le reste de la concession, elle fera un nouvel appel de fonds pour exploiter les 500 hectares de terrains concédés.

 

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Le matériel sera composé dans les mêmes conditions que celui de la première société, c’est-à-dire d’un chemin de fer De-cauville, de chalands, remorqueurs, magasins, etc. ; elle n’emploiera cependant pas de locomobiles à vapeur.

Le personnel français actuellement employé sur la saline de la Main comprend un directeur, un ingénieur, un contre-maître saunier et un comptable.

Le personnel indigène employé s’élève au chiffre de 60 à l’époque de la saunaison, et pendant la récolte du sel il pourra être de 3 à 400 hommes.

Le développement de l’industrie salicole de Diégo-Suarez aura surtout pour avantage de créer un débouché important pour notre marine marchande à vapeur ou à voiles, et de donner un revenu à la colonie, qui doit bénéficier de 1 franc par tonne de sel recueillie.

En raison de la brise qui souffle d’une façon continue pen-dant les huit mois que dure la saison sèche, on trouve à Diégo-Suarez des conditions d’évaporation qui ne se rencontrent sur aucun autre point du globe, sans même en excepter Aden.

II y a lieu d’estimer en résumé que 100 hectares de salines produiront annuellement 15.000 tonnes de sel au minimum. Si les quantités d’hectares concédées et pouvant être utilisées aux salines sont exploitées, la colonie pourra offrir chaque année aux armateurs français un fret de 80.000 tonnes.

4° Une fabrique de chaux appartenant à un particulier. – Cette petite industrie n’emploie que la main-d’œuvre indigène.

5° La Direction d’artillerie fabrique également de la chaux, mais pour les besoins exclusifs de l’État. Cette administration possède au cap Diego un four de 10 tonnes de rendement. Son outillage est estimé 8.000 francs.

Le charbon de terre employé vaut 65 francs la tonne et produit 10 tonnes de chaux. Le bois vaut 0 fr. 40 les 100 kilos et 300 kilos produisent un mètre cube de chaux.

La main-d’œuvre employée est indigène ; une journée d’homme à 1 fr. 25 produit 150 kilos de chaux.

 

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6° Exploitation de bois. – Quelques petits industriels ont obtenu de l’administration le privilège, moyennant une rede-vance, d’exploiter les bois morts renversés par le cyclone dans les forêts domaniales. Ils y préparent quelques bois de construc-tion, mais c’est là une opération peu importante pour le mo-ment et qui n’est citée que pour mémoire. Le matériel employé peut être évalué à 5.000 francs, et la main-d’œuvre qui se com-pose d’ouvriers créoles et indigènes revient à 5.000 francs par an.

7° Élève du bétail. – L’élève du bétail est l’industrie la plus répandue à Diégo-Suarez et dans toute l’île de Madagascar ; c’est la principale ressource, la seule production importante de la colonie pour le moment. Il se consomme, par année, dans la colonie, en moyenne 2.500 bœufs, et on en exporte 2.000.

On peut estimer à 75.000 environ la quantité de bœufs qui se trouvent, en temps ordinaire, dans toute l’étendue de la colo-nie.

Si la graineterie reprend ses opérations de dauberie, le chif-fre de la consommation annuelle de boeufs, à Diégo-Suarez, se-ra porté à 28.000.

Le prix d’un bœuf varie de 25 à 40 francs.

 

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VARIÉTÉS

 

Deux nouveaux journaux viennent de paraître à Mada-gascar, l’un à Tamatave et l’autre à Majunga.

Celui de Tamatave a pour titre : l’Avenir de Madagascar, et pour directeur-rédacteur en chef, M. F. Le Garrec, avocat.

L’Avenir de Madagascar porte en sous-titre : Journal poli-tique et économique. Il formule ainsi son programme :

En général, on ne vient pas à l’étranger pour faire de la po-litique ; on y vient pour faire des affaires. Nous nous occuperons donc surtout de questions économiques, des grandes questions intéressant l’outillage agricole, commercial et industriel du Ma-dagascar de l’avenir ; mais, d’autre part, le progrès économique d’un pays dépend essentiellement de la manière dont y est di-rigée, par les gouvernants, la politique générale ou locale. « Fai-tes-nous de bonne politique, et nous vous ferons de bonnes af-faires » disait autrefois un financier fameux. Cette parole du baron Louis sera aussi vraie à Madagascar qu’elle l’est encore en France.

Nous n’avons pas besoin d’ajouter que, toujours et en toute matière, qu’il s’agisse de politique générale ou d’administration locale, nous nous ferons un devoir strict de nous montrer res-pectueux envers toutes les autorités. Nous nous garderons de toutes les tentations qui poussent quelquefois la presse à pren-dre une attitude agressive pour faire parade d’indépendance. Il n’y a rien à y gagner, ni pour le journaliste ni pour les idées qu’il exprime.

L’Avenir de Madagascar paraît le mercredi de chaque se-maine ; l’abonnement pour Madagascar et l’Union postale est de 45 francs pour un an ; 27 francs pour six mois ; 15 francs pour trois mois.

 

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Le journal qui se publie à Majunga a pour titre : le Journal de Madagascar, et pour directeur, M. Francisque Bernard.

Tous nos vœux dit-il, tendent à avoir une France grande et respectée, un commerce et une industrie prospères, à voir les Français coloniser Madagascar, travailler à leur fortune dans l’union et la concorde.

L’esprit critique est l’apanage de la race française.

Nous n’ignorons pas la séduction qu’exerce toujours une politique ardente ; il est si drôle d’en voir dire de bien bonnes à M. X… qui a le nez de travers.

Mais nous pensons qu’il est plus intéressant de faire connaître aux Français de France ce qui est nécessaire aux Français de Madagascar, de guider les uns pour servir les au-tres, de grouper les forces vives de la nation, de montrer que nous sommes colonisateurs et que les sacrifices de la métropole seront féconds en résultats.

Tel est notre devoir, nous saurons le remplir sans défail-lance.

Le Journal de Madagascar paraît tous les mois ; l’abonne-ment annuel est de six francs.

Rappelons enfin que deux journaux se publiaient précé-demment à Tamatave et s’y publient encore. L’un, le Madagas-car, a pour rédacteur en chef M. Maigne de la Solarye. L’autre, le Courrier de Madagascar, a pour directeur M. Julien Gimel. L’un et l’autre paraissent chaque semaine ; les prix d’abonnement sont ceux de l’Avenir de Madagascar.

 

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SITUATION DU COMITÉ

Extrait du rapport financier présenté par M. Cabaret,

le 4 janvier 1896.

Membres du Comité au 31 décembre, 423.

Encaissements ............................................. 8.835f,75

Dépenses ...................................................... 6.490f,95

Actif du Comité ............................................ 2.344f,80

Sommes à recouvrer .....................................1.548f,35

Total de l’actif : ............................ 3.893f,18

 

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Table des matières

 

A propos de l’organisation de Madagascar...............................2

Les événements de Madagascar et de la Réunion ....................4

Questions malgaches...............................................................52

Variétés....................................................................................59

 

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Note sur l’édition

 

Le texte a été établi à partir du document Gallica reproduisant, en

mode image, l’édition originale de cet ouvrage.

J’ai reproduit approximativement la présentation de la revue telle

qu’elle avait été publiée à l’époque, l’adaptant à la forme d’un fichier élec-tronique. Quelques rares coquilles ont été corrigées.

La mise en page doit tout au travail du groupe Ebooks libres et

gratuits (http://www.ebooksgratuits.com/) qui est un modèle du genre et sur le site duquel tous les volumes de la Bibliothèque malgache sont disponibles. Je me suis contenté de modifier la « couverture » pour lui donner les caractéristiques d’une collection dont cet ouvrage constitue le dix-septième volume. Sa vocation est de rendre disponibles des textes appartenant à la culture et à l’histoire malgaches.

Toute suggestion est la bienvenue, à l’adresse

maury@wanadoo.mg.

Pierre Maury, février 2007

 

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