Connaissance de la Déesse

Lucien Fabre · Chapitre 3 sur 6

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Connaissance de la Déesse

Connaissance du Désir

Il attise mes seins ardents,

Et sous son étreinte farouche

Hérissée au doigt qui me touche

Mon cri expire entre mes dents!

Hâte ta clémence, ô Divine!

Ton secours ne m'est pas venu:

Sous d'impalpables mains félines,

Effleurant déjà ma poitrine

Je sens un péril inconnu,

Hâte ta clémence, ô Divine...

Ces caresses que je devine

Font se pâmer mon ventre nu,

Je défaille... Ha! quel est cet être,

Quel invisible me pénètre?

Mes veines charrient des glaçons:

Pourtant je brûle... Ah! je suis lasse...

Une Pâleur ronge ma face...

Ô Vénus, est-ce la rançon?...

 

CONNAISSANCE DU DÉSIR

To you kindly.

CONNAISSANCE DU DÉSIR

La fluidité de mes limbes

Se colore aux rayons d'un nimbe,

Et la teinte des fleurs du lin

Décerne au fantôme félin

De ce désir qui veut éclore

La séduction d'une aurore

Attentive aux portes du ciel.

Il se condense comme un miel.

Enfouie au velours de l'arbre,

La vasque blanche de ce marbre,

Vaporeux vaisseau marginal,

Reflète son corps virginal:

De toute mon âme hagarde,

De tous mes yeux, je le regarde;

Mon cœur palpite sous ses pas;

À peine de tendres lilas

Ont-ils dévoilé sa figure

Et je saigne d'une blessure...

L'émerveillement du péril

Que ce visage puéril

Distille de l'ove ambiguë

Convie mon âme à la ciguë;

Je crains un appel de ses yeux.

Mais l'inconnu prestigieux

Ne m'a pas tendu le calice;

Tel qu'une déesse propice,

Il sort du nuage léger.

Comme il grandit, cet étranger!

Pour quelle pressante aventure

A-t-il revêtu son armure?

Sur sa tête, d'un geste fier,

Il verrouille un casque de fer.

Désir, n'es-tu qu'une chimère?...

Sa magnificence éphémère

Ne trompe pas mon œil subtil:

Mais hélas! cela suffit-il?

Les promesses qu'il me murmure

Ont la chaleur d'une morsure

Et vont au delà des linceuls,

En moi qui me sentais si seul,

Par la vertu de leurs antiennes

Susciter des magiciennes

Que, seul, pouvait apprivoiser

L'espoir de ténébreux baisers...

Filles de mes sens, chambrières,

Quelles noueuses lisières

A-t-il fallu pour me lier?

Humble animal familier,

Gisant comme femme en gésine,

Vous m'accablez de la famine,

Et j'ai confondu par vos soins

Vos penchants avec mes besoins.

Dans notre domaine sensible,

Issu par des voies invisibles.

D'une accolade irrésistible,

Tu nous affames de plaisir,

Tu promets des peines terribles

Ou des joies qu'on ne peut saisir

Et tu nous presses de choisir:

Tu nous dévastes, ô Désir!

Mais pourquoi, soudain téméraire.

Tant j'ai le besoin de rêver,

Sans te demander de lever

L'impénétrable visière,

Suis-je prêt à courir la terre

Par les plus dangereux sentiers!

Est-il murmure à mon oreille

Plus doux que ceux de notre accord?

Tandis que je t'écoute encor

Tu me dévoiles des merveilles:

L'indécis Avenir sommeille.

Son éther illuminé d'or,

Flottant dans la sphère vermeille,

Offre l'amas de ses trésors

Au chœur des troubles Rêveries:

Chacune y prend ses pierreries

Du diamant noir au saphir;

Dans leur miroir pur de vestige

Le Futur tremble sur sa tige;

Il sait nos Destins, ô Désir!

L'incertain m'est une geôle,

Désir anxieux de mon sort,

Ravis à ses horizons d'or

Ce dormeur aimé des symboles.

Au sortilège de l'essor,

Le songe clos d'un vœu frivole

Banni de mes limbes, s'envole

Et tu le suis, conquistador!

Mais soucieux de ma requête,

Commençant par moi ta conquête,

Ton regard est si radieux

Qu'il illumine d'une flamme

Le doux abandon de mon âme

À ta bravoure, ô jeune dieu!

Le beau périple où tu m'entraînes,

Sinueux comme une toison,

Mène une chaîne qui m'enchaîne

Aux victimes de ton poison;

Nous reverrons leurs horizons,

Nous boirons aux mêmes fontaines,

Dans cette éternité lointaine

D'où tu fis surgir les Saisons...

Sinon toi, quel divin mystère

Du néant aspira la Terre,

Anima l'homme et le roseau?

Et ta forme fut la première

Où se révéla la lumière,

Quand l'Esprit flottait sur les eaux.

Jeune roi chargé de puissance,

Tendresse de l'insouciance,

Source vive de tout émoi,

Tes langueurs désarment les Lois.

La misérable expérience

Ne saurait pas vivre sans loi

Qui fais fleurir une espérance

Et nous séduis, ô jeune roi!

Du Plaisir la trouble harmonie

Et la savoureuse agonie

Forment ton objet ambigu;

Ah! nous éprouvons qu'il espère

D'être atteint... rit! et s'exaspère

Du poignard rêvé plus aigu!

Ô condottière impitoyable,

J'adore l'instant redoutable

Où tu t'élances pour bondir:

Ah! comme il frémit ce Plaisir

Il va, se hâtant, rectiligne,

Et toi, tu infléchis ta ligne,

Ton caprice oblique se tend;

Le courbe remous du sillage

Aspire à joindre son rivage,

Nos efforts se font plus ardents;

Sous cette étreinte indéfinie,

Mon âme s'extasie ravie,

Tu veux qu'il exhale sa vie

Et tu m'entraînes haletant,

Dans une course infatigable

Jusqu'à l'hallali délectable...

Tu m'as promis son foie sanglant.

À quels ardents pèlerinages

As-tu soumis notre courage!

Nous domptons nos frémissements,

Nous pénétrons aveuglément

Au puits où tu nous fais descendre...

Ha!...

Nous n'y trouvons qu'une cendre

Dont le goût soulève le cœur...

Tu nous as promis le Bonheur!

Tu n as servi que l'indigence

À notre espoir déconcerté.

Du Luxe et de la Pauvreté,

Ô fils, selon l'Antiquité,

Tu as berné notre innocence,

Ton père ne t'a rien laissé,

Que le besoin de l'abondance.

Nous t'avons suivi en silence,

Nous l'aurions fait jusqu'à la mort:

Tu es si beau, tu es si fort!

Déçus des longues patiences,

Vois comme nous sommes lassés:

Témoigne-nous de l'indulgence...

Fais-nous oublier ce passé!

Hélas! ta rancœur solitaire

Blesse même l'amour naissant;

Tu souilles une haleine amère,

Et si, parfois, plus caressant,

Tu veux embellir nos chimères,

Offrant divers à chaque amant

Les traits d'un visage troublant,

Tu changes l'amour en tourment...

Ainsi la pauvre âme varie

Dans les mortelles rêveries

Que tu lui suscites, Désir;

Belles Amours, Pensées profondes,

Ah! que d'ardentes vagabondes

S'épuisèrent à te saisir!...

Pourquoi Désir, Désir trompeur,

Pourquoi de ces vives couleurs

Revêtir l'infâme pâleur

Où dort la glace des mirages?

Pourquoi susciter le courage?

Pourquoi Désir, Désir trompeur,

Tuer la bienfaisante peur

Qui, par un battement de cœur,

Créant d'haletantes images,

Signale le danger happeur?

Libérés de ton esclavage,

Crois-tu Désir, Désir trompeur,

Que le dégoût de la torpeur

Nous résignerait à ta rage?

Tu nous reprends et tu nous laisses!

Tu sembles trouver une ivresse,

Loin d'atténuer les discords,

À faire, entre l'âme et le corps.

Une antinomie de caresses;

Dans les plus apaisants décors,

Tu te repais de nos détresses,

Tu nous reprends et tu nous laisses!

Tu joins avec malignité

L'instinct passager du mobile

À la soif de pérennité,

L'âme rebelle au corps docile,

Et ris des éternels serments

Toi qui nais éternellement!

Qui vaincra ton charme morbide?

Si mon âme comme un bolide,

S'échappait dans l'éther fusant,

Si, glissant soudain dans l espace,

Elle ne laissait comme trace

Qu'un souvenir d'éclair luisant,

Ha! le plus ardent des délires

Et le plus dévorant des cris

Nourri de larmes et de rires

Et de toi désormais dépris,

Quelle envolée dans nos cieux gris!

Comme une chose vagabonde

Frôler les terres et les mondes,

Se projeter vers I infini;

Être un volontaire banni,

Un fou violeur d'azur vierge,

Sauter les rives et les berges,

Ignorer limites et freins,

Bondir dans des sphères sans fins,

Troubler des rondes inconnues

Et les Pléiades toutes nues

Et les Soleils jamais lassés!

Moi!... glacé contre l'air glacé,

Faire jaillir des étincelles

De cet éther en mouvement,

Sous mes baisers! comme un amant...

Et, nous frottant au firmament,

Nous éparpiller en parcelles...

Ah! que deviendrais-tu, Désir?

Certain de pouvoir t'assouvir,

Ton pouvoir ne serait qu'un leurre

Puisque tu mourrais en naissant;

Et moi, je saurais, connaissant

Le bonheur que tu me procures,

Régler à mon gré l'aventure,

Et, pour accroître mon plaisir,

Dans cette ivresse que j'assume,

Mettre une goutte d'amertume

Comme d'un secret élixir.

Ah! que deviendrais-tu, Désir?

Hélas! tu saurais me saisir...

Que peut te faire mon vertige,

Ma chasse aux désirs renaissants?

Si je ne suis plus qu'un passant