Connaissance de la Déesse
Connaissance de L'art
Éperdument t'éclaire; scrute,
Sache regarder, sache voir:
Sous les vapeurs et les volutes
Qui veulent ternir le miroir,
Sous les apparences hirsutes,
Les vagues destins ont frémi...
Vois ce que ton cœur inutile
Glacé du silence ennemi,
Offre aux baisers de ces reptiles;
Vois... ce qu'un jour tu reverras,
Lorsque ton cœur s'arrêtera!
De notre aventure posthume
Des ondes sur le miroir plan
Qui s'éclaire de leur écume
T'offrent le visage navrant:
Exalte-toi dans l'amertume.
Fais une torche du bitume:
Usé du spleen qui vous consume
Vois, ton fantôme déchirant
Se meurt de tes propres discordes;
Cet unisson où je t'accorde
Ne saurait-il durer qu'un jour?
Tremblant d'une agonie si proche.
Il murmure un frêle reproche,
Et s'évanouit sans retour...
CONNAISSANCE DE L'ART
À Léon-Paul Fargue.
CONNAISSANCE DE L'ART
Je suis l'Arabesque sublime
Qu'admis au contact de l'intime,
Les plus grands parmi les humains,
En des périodes de transe,
Ont façonné de leur substance
Comme un ouvrage de leurs mains.
Mille destinées merveilleuses
Près de ma ligne prometteuse
Tourbillonnent comme un essaim
Consolant les humains fugaces
Qui les poursuivent dans l'espace
Et les emportent dans leur sein.
Tantôt la destinée commence,
Le peuple, éperdu d'innocence,
Marche, les veux levés au ciel,
Tantôt la destinée s'achève
Et le peuple épuisé de rêve
Se console auprès du réel.
Ainsi l'art qui est espérance,
Soucieux de cette cadence,
Va du réel à l'idéal,
Ce flux et ce reflux tragiques
Font l'alternative harmonique
Qui joint le mortel au vital.
Je t'attendais, ô Solitaire...
En échange de mon mystère,
Chargé des débris de ton cœur.
Tu viens m'offrir toute la terre,
Tes amours avec leurs misères
El tes joies avec leurs douleurs,
Tu palpites de mon haleine.
Ma courbe t'attire et t'entraîne.
Tu es l'éternel délaissé,
Tu voudrais prolonger mes rives
Et sur ma ligne fugitive
Lier l'avenir au passé.
Eh! bien, écoute ta hantise,
Car elle seule réalise
Ce qu'un calcul ne peut oser;
L'amour des volutes graciles
Incite aux méthodes subtiles
Mais il ne fait qu'analyser.
Si le sourire des Charites
Te manque, si ta main hésite,
Abandonne-nous en plein vol;
Rien ne m'attire vers mon terme,
Qu'importe qu'un cycle se ferme
Quand on plane au-dessus du sol!
Plus belle que toutes les Belles
Entre mes rives parallèles,
Torrent de vie canalisé,
Vois la passionnante frise
Qu'en songe chacun réalise
Mais que nul n'a réalisé!
De mes rives horizontales
L'une est une vie qui s'exhale
Et tend au repos éternel,
L'autre est la femme qui s'étale,
Qui veut la caresse brutale
Afin d'engendrer le réel.
Je vais de l'une à l'autre couche,
Et si mon allure te touche,
C'est que tu sens confusément
Que c'est l'image de ton être,
Que je ne meurs que pour renaître
Comme l'homme, éternellement.
Le cycle expire et recommence
Au point d'adorable tangence
Où ses rives l'ont embrassé:
Comme Antée la courbe maligne
Puise, au contact des rectilignes,
L'élan nouveau du nuance.
Cette résille d'intégrales
Fait fi des promesses verbales,
Seul le geste enfante l'essor.
Mais l'harmonie la plus savante
Roule une courbe enveloppante
De l'apogée jusqu'au point mort.
Je fais mon arme du silence
Où tout s'exprime et se balance
Mieux que par les meilleurs discours:
Tour à tour, ardente ou languide.
Je forme les pleins et les vides
Et le volume et son contour.
Le difficile est le passage...
Vois-tu par quel divin message,
Quel lien gracile et subtil,
La foule d'idées et d'images
Se fait entendre sans langage,
D'un bout à l'autre de mon fil?
Entre les groupes qui la tentent,
Vois: mon arabesque oscillante
Satisfaisant à ton plaisir.
Crée des attirances nouvelles:
Des formes immatérielles
Peuplent les vides de désirs.
Je recherche la vie tremblante,
Elle me fuit comme Atalante
Traçant un dangereux sentier:
Si je dévie de la spirale,
Je m'égare dans un dédale,
J'entends sonner un rire altier.
Cette proie je te la destine,
C'est la nourriture divine,
Mélange de terre et de ciel,
Ma recherche te passionne!
Ton esprit serpente et tâtonne:
«Est-ce idéal, est-ce réel?»
Ta méditation épuise
Le suc de ces transes exquises;
Tandis que le recueillement
Te fait goûter toute ma grâce,
L'instant voluptueux s'efface
Et te dévore tendrement.
Ah! donne-toi, beau Solitaire,
Vois: j'ai la douceur d'une mère
Et la tendresse des amants;
Mon trait dessinera tes veines,
Si tu dis tes joies et tes peines,
Si tu les traces de ton sang...
Vois: tu as prolongé ma ligne...
Tu fus vraiment marqué du signe!
Ton cœur a longuement erré: