Connaissance de la Déesse
Connaissance de L'exaltation
Dont il ne reste pas vestige,
Empoisonnant mes souvenirs,
Tu m'inspireras le désir
D'interrompre ma parabole,
De voir ces mondes que je frôle
Sans espoir d'y jamais venir...
Hélas! je ne peux pas choisir!
Pour t'échapper, ô notre Maître
Puisque, parmi tous ces désirs,
Il n'en est pas qui puisse naître
Il ne me reste qu'à mourir...
CONNAISSANCE DE L'EXALTATION
À Adrienne Monnier.
CONNAISSANCE DE L'EXALTATION
Pour retrouver tes origines,
Et pour élucider tes fins,
Tu as tout consulté en vain:
Socrate, Pythagore et Pline,
Mais les témoignages humains
Depuis les métopes d'Egine,
Jusqu'aux caissons de la Sixtine
N'ont pas révélé leur dessein.
À ta réflexion chagrine,
Les vieux temples sur les collines
N'ont offert que des ballerines
Dansant au rythme des syrinx
Et la sagesse alexandrine
Evoque en souriant le sphinx!
Or un soir vide et sans pensée,
Toi-même à toi-même ravi,
Lasse de dispute insensée
Et des chemins longtemps suivis,
Ton âme captive et blessée,
Nostalgique des paradis,
Rêvait d'un merveilleux Persée...
Mais les demi-dieux de jadis
Sont retournés à la matière;
D'eux, n'espère plus la lumière,
Les flots lourds des spleens triomphants
Te noient de muettes cohortes,
Leurs nénuphars sur tes eaux mortes
Dorment un sommeil étouffant.
Ô proie des passions extrêmes,
Par quel sublime enchaînement
De l'effort et du tremblement,
Te recherchas-tu en toi-même?
Dans cette retraite suprême,
Tu connus le recueillement.
Tu méditas si longuement
Du soir ardent au matin blême,
Que tu pressentis le soleil:
Longeant les étangs du sommeil
Tu fis surgir des gouffres glauques
Le double obscur qui t'est pareil:
Vous eûtes d émouvants colloques!
Mais tu redoutes le Réveil.
Déjà, au fond de ta pensée,
Ton image ressuscitée,
Pâlissante, te dit adieu:
C'est qu'elle m'infuse sa vie,
Je suis autour de toi, ravie,
Et tu te retrouveras mieux
En moi, puisque tu m'as fait naître:
Je suis l'essence de ton être
Qui se condense sous tes yeux.
Soufflant la poudre de tes ailes
Par quoi s'assure ton contact
Avec les choses éternelles
Que ne peut atteindre ton tact,
Tu vas connaître la lumière,
Comme Adam de la nuit première,
Être réveillé par un Dieu!
Voue aux ténèbres de la fable
Les vieux regrets agonisants;
Voici des amis adorables,
De beaux désirs frais et luisants:
L'un d eux t'offrira les présents
Qui rendent les dieux favorables,
Écoute son vol impalpable;
Délicieux et bienfaisant,
De tes caprices qu'il devine
Ourdissant la trame divine,
Il fomente un enchantement
Afin que ton âme revienne...
Déjà elle tend ses antennes
Et s'éveille en s'émerveillant!
Et moi qui dois être ton guide,
Je tourne autour de ta maison;
Dégageons le logis sordide
Interdit à ma pâmoison
Et fécondons le sol aride;
C'est une demeure putride,
C'est l'asile de la raison;
Balayons ses exhalaisons,
Oublions ses calmes démences:
Un vent brûlant dans le silence
Souffle l'haleine du divin;
Frissonnante comme un devin,
Ton âme a soif de violence....
La solliciterai-je en vain?
Cette minute est éternelle,
Essuie ces pleurs diamantins:
Voici que dans le cœur contraint.
La volonté battant de l'aile
Rallume les foyers éteints
Où venaient se rejoindre en elle
La Providence et le Destin;
Cette minute est éternelle,
Sous l'étreinte des passions,
Ton âme s'accroît en courage
Cultive l'Exaltation
Car je vais t'amener au fond
Des ineffables Paysages
Où notre essence se confond.
Voici qu'en nappe progressive
Je te pénètre en t'émouvant,
Je suis un fluide mouvant,
Je te détache de tes rives,
Tu vas avec ravissement,
Indifférent au grondement
Des ondes qui se font plus vives
Et dont la densité croissant
Au creux de ton âme attentive
Jetant, des vagues successives
Le troupeau toujours plus pressant,
Vers des pays éblouissants
Veut t'entraîner à la dérive,
T'entraîner en te soulevant!
Mystérieuse jouissance!
Mes ardentes réflexions
Aux nouvelles tentations
Joignant de vieilles souvenances
Accroissent de leur résonance
L'ouragan des émotions...
Mais parfois surgit le Silence
D'où jaillit l'inspiration.
C'est le signe de Perséphone
Sur l'Exaltation aphone,
Bondis, car c'est l'instant divin;
D'amours et de douleurs mêlée
Vois: de ma torche échevelée,
Tu peux éclairer ton Destin!
Profite de cette minute
Puisque j'illumine le noir,
Ma flamme comme un ostensoir