Connaissance de la Déesse

Lucien Fabre · Chapitre 4 sur 6

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Connaissance de la Déesse

Connaissance de L'exaltation

Dont il ne reste pas vestige,

Empoisonnant mes souvenirs,

Tu m'inspireras le désir

D'interrompre ma parabole,

De voir ces mondes que je frôle

Sans espoir d'y jamais venir...

Hélas! je ne peux pas choisir!

Pour t'échapper, ô notre Maître

Puisque, parmi tous ces désirs,

Il n'en est pas qui puisse naître

Il ne me reste qu'à mourir...

 

CONNAISSANCE DE L'EXALTATION

À Adrienne Monnier.

CONNAISSANCE DE L'EXALTATION

Pour retrouver tes origines,

Et pour élucider tes fins,

Tu as tout consulté en vain:

Socrate, Pythagore et Pline,

Mais les témoignages humains

Depuis les métopes d'Egine,

Jusqu'aux caissons de la Sixtine

N'ont pas révélé leur dessein.

À ta réflexion chagrine,

Les vieux temples sur les collines

N'ont offert que des ballerines

Dansant au rythme des syrinx

Et la sagesse alexandrine

Evoque en souriant le sphinx!

Or un soir vide et sans pensée,

Toi-même à toi-même ravi,

Lasse de dispute insensée

Et des chemins longtemps suivis,

Ton âme captive et blessée,

Nostalgique des paradis,

Rêvait d'un merveilleux Persée...

Mais les demi-dieux de jadis

Sont retournés à la matière;

D'eux, n'espère plus la lumière,

Les flots lourds des spleens triomphants

Te noient de muettes cohortes,

Leurs nénuphars sur tes eaux mortes

Dorment un sommeil étouffant.

Ô proie des passions extrêmes,

Par quel sublime enchaînement

De l'effort et du tremblement,

Te recherchas-tu en toi-même?

Dans cette retraite suprême,

Tu connus le recueillement.

Tu méditas si longuement

Du soir ardent au matin blême,

Que tu pressentis le soleil:

Longeant les étangs du sommeil

Tu fis surgir des gouffres glauques

Le double obscur qui t'est pareil:

Vous eûtes d émouvants colloques!

Mais tu redoutes le Réveil.

Déjà, au fond de ta pensée,

Ton image ressuscitée,

Pâlissante, te dit adieu:

C'est qu'elle m'infuse sa vie,

Je suis autour de toi, ravie,

Et tu te retrouveras mieux

En moi, puisque tu m'as fait naître:

Je suis l'essence de ton être

Qui se condense sous tes yeux.

Soufflant la poudre de tes ailes

Par quoi s'assure ton contact

Avec les choses éternelles

Que ne peut atteindre ton tact,

Tu vas connaître la lumière,

Comme Adam de la nuit première,

Être réveillé par un Dieu!

Voue aux ténèbres de la fable

Les vieux regrets agonisants;

Voici des amis adorables,

De beaux désirs frais et luisants:

L'un d eux t'offrira les présents

Qui rendent les dieux favorables,

Écoute son vol impalpable;

Délicieux et bienfaisant,

De tes caprices qu'il devine

Ourdissant la trame divine,

Il fomente un enchantement

Afin que ton âme revienne...

Déjà elle tend ses antennes

Et s'éveille en s'émerveillant!

Et moi qui dois être ton guide,

Je tourne autour de ta maison;

Dégageons le logis sordide

Interdit à ma pâmoison

Et fécondons le sol aride;

C'est une demeure putride,

C'est l'asile de la raison;

Balayons ses exhalaisons,

Oublions ses calmes démences:

Un vent brûlant dans le silence

Souffle l'haleine du divin;

Frissonnante comme un devin,

Ton âme a soif de violence....

La solliciterai-je en vain?

Cette minute est éternelle,

Essuie ces pleurs diamantins:

Voici que dans le cœur contraint.

La volonté battant de l'aile

Rallume les foyers éteints

Où venaient se rejoindre en elle

La Providence et le Destin;

Cette minute est éternelle,

Sous l'étreinte des passions,

Ton âme s'accroît en courage

Cultive l'Exaltation

Car je vais t'amener au fond

Des ineffables Paysages

Où notre essence se confond.

Voici qu'en nappe progressive

Je te pénètre en t'émouvant,

Je suis un fluide mouvant,

Je te détache de tes rives,

Tu vas avec ravissement,

Indifférent au grondement

Des ondes qui se font plus vives

Et dont la densité croissant

Au creux de ton âme attentive

Jetant, des vagues successives

Le troupeau toujours plus pressant,

Vers des pays éblouissants

Veut t'entraîner à la dérive,

T'entraîner en te soulevant!

Mystérieuse jouissance!

Mes ardentes réflexions

Aux nouvelles tentations

Joignant de vieilles souvenances

Accroissent de leur résonance

L'ouragan des émotions...

Mais parfois surgit le Silence

D'où jaillit l'inspiration.

C'est le signe de Perséphone

Sur l'Exaltation aphone,

Bondis, car c'est l'instant divin;

D'amours et de douleurs mêlée

Vois: de ma torche échevelée,

Tu peux éclairer ton Destin!

Profite de cette minute

Puisque j'illumine le noir,

Ma flamme comme un ostensoir