Contes à Jeannot

Jules Girardin · Chapitre 3 sur 6

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Contes à Jeannot

Chapitre III

 

CHARLES KLIPMANN

 

J'ai lu quelque part que les savants, lorsqu'ils ont en tête une découverte importante, n'ont plus aucune idée de ce qui se passe autour d'eux. M. Klipmann était un grand chimiste, et il ne savait jamais ce qui se passait dans sa maison, toute son attention étant concentrée sur ses cornues, sur ses alambics et sur ses petites fioles.

 

Comme il n'était pas riche, il n'avait qu'une seule domestique, la vieille Françoise. La vieille Françoise passait sa vie à se désespérer, parce-que Monsieur tachait et déchirait ses vêtements, sans s'en apercevoir, mettait tout le ménage en désordre pour trouver un objet qu'il tenait à la main, enfilait ses bas à l'envers, en songeant à autre chose, sortait en vieilles pantoufles, mangeait sans se douter de ce qu'il mangeait, s'étranglait en méditant des problèmes, et, à toutes les observations, répondait d'un air ahuri: «Eh oui! comment donc! certainement!»

 

M. Klipmann avait, quelque part, un frère, qui était demeuré veuf avec un petit garçon. Ce frère mourut. Pour une fois, M. Klipmann se laissa habiller décemment par Françoise, alla enterrer ce frère qui était mort sans laisser un sou, prit le petit garçon par la main et l'emmena chez lui.

 

«Voilà un petit garçon, dit-il à Françoise, c'est mon neveu, vous savez, oui, certainement! Je..., je l'adopte.

 

—Monsieur fait bien», répondit la vieille bonne, très émue à la vue de ce pauvre petit orphelin de quatre ans.

 

L'orphelin, qui s'appelait Charles, avait l'air d'un petit chat sauvage, il se laissa embrasser en rechignant; mais la bonne Françoise était trop émue de son malheur pour lui en vouloir de ses mauvaises manières.

 

«Il faudra, dit M. Klipmann, oui, certainement il faudra....

 

—Prendre soin de lui, reprit Françoise, qui était habituée depuis longtemps à achever les phrases que son maître laissait toujours inachevées.

 

—Prendre soin de lui, oui, certainement! C'est bien cela, prendre soin de lui,... et puis lui faire comprendre, une bonne fois pour toutes.... (ici le petit garçon regarda son oncle d'un air méfiant), une bonne fois pour toutes, qu'il ne doit jamais entrer dans le laboratoire, mais que tout le reste de la maison est à lui.» (Ici le petit garçon sourit. Il était laid, le pauvre-petit, mais il avait un sourire réellement agréable.)

«Jamais dans le laboratoire!» reprit M. Klipmann en levant l'index de la main droite. Le petit Charles fit un signe de tête. «Le reste de la maison est à toi.» Cette fois Charles fit deux signes de tête au lieu d'un.

 

«Le reste va tout seul», ajouta M. Klipmann en poussant un soupir de soulagement. Comme il se sauvait, impatient de retourner à ses expériences et à ses manipulations, Françoise lui dit: «Monsieur n'oubliera pas d'ôter ses habits propres pour aller faire ses cuisineries!»

 

Monsieur fit signe que c'était une chose entendue; ce qui ne l'empêcha pas d'aller tout droit au laboratoire et de s'emparer d'une fiole qu'il se mit à considérer d'abord, puis à secouer ensuite, toujours en costume de cérémonie, le chapeau sur la tête.

 

Sous prétexte de montrer au petit Charles l'endroit où il ne devait jamais mettre les pieds, Françoise s'en alla tout droit au laboratoire, tenant toujours le petit garçon par la main.

 

«Là, dit-elle, maintenant que Monsieur a bien regardé sa petite bouteille, il va aller changer de vêtements.

 

—Ça a réussi, répondit M. Klipmann en lui montrant la petite fiole.

 

—J'en suis bien aise pour Monsieur, dit Françoise avec complaisance. Les vieux effets de Monsieur sont tout prêts sur le lit.»

 

M. Klipmann comprit qu'il fallait obéir. Après avoir jeté un dernier regard de satisfaction sur sa fiole, il obéit sans résistance.

 

Tout le temps qu'avait duré cette scène, le petit Charles avait jeté des regards pleins de sagacité et de pénétration tantôt sur la vieille bonne, tantôt sur le vieux chimiste. Et, dans son intelligence d'enfant de quatre ans, il comprit vaguement que l'oncle Klipmann était un enfant comme lui, seulement plus grand et plus vieux, et que c'était à Françoise qu'il fallait obéir.

 

Lui ayant promis de ne jamais entrer dans le laboratoire, il n'y entra jamais, ce que Française trouva bien beau de sa part, sans le lui dire. Mais, n'ayant pas promis de ne pas explorer la maison de la cave au grenier, il passa toute sa petite enfance à l'explorer, au grand détriment de ses vêtements, car il était souple et hardi, et grimpait partout, même sur le toit.

 

Un jour, Françoise était dans le petit jardin, occupée à tricoter, tout en surveillant sa cuisine du coin de l'oeil. Sur le sable, devant elle, l'ombre de la maison se dessinait; tout à coup Françoise remarqua comme un mouvement du côté de la cheminée. Elle crut d'abord reconnaître l'ombre du vieux chat Sarrazin. Mais Sarrazin ne devait pas être si gros que cela. Elle leva les yeux et fut saisie d'horreur et d'effroi en voyant le petit Charles debout contre la cheminée, examinant avec un profond intérêt le chapeau de tôle, que le moindre vent faisait tourner dans toutes les directions. Françoise, qui était une femme très prudente, ne cria pas après lui, de peur de l'effrayer et de lui faire faire un faux pas; mais, quand il fut descendu de son observatoire, elle le gronda bien fort et voulut lui faire promettre de ne jamais remonter là-haut. Charles refusa obstinément de promettre: il tenait absolument à savoir pourquoi le chapeau de tôle tournait. A cette époque-là, Charles avait près de six ans.

 

Françoise voulut savoir comment il avait pu arriver à la lucarne, qui était ce que l'on appelle une fenêtre à tabatière. Elle monta donc au grenier et demeura stupéfaite en voyant une espèce de machine, moitié échelle, moitié escabeau, que Charles avait construite avec beaucoup de patience et d'industrie à l'aide d'une scie, d'un marteau, de quelques clous et de beaucoup de ficelle. Dans la construction de cette machine entraient quelques débris de planches, un manche à balai, les trois tiroirs d'une vieille commode et la carcasse d'un fauteuil, tout cela dépecé à la scie par l'industrieux Charles.

 

Françoise pria M. Klipmann de monter pour examiner cela. Le chimiste ne s'indigna pas de voir ses meubles en pièces. Tout ce qu'il trouva à dire, c'est que ce petit garçon était adroit comme un singe.

 

«Il est temps, riposta Françoise, que ce petit garçon aille à l'école, pour apprendre quelque chose. Nous verrons s'il est aussi adroit de sa cervelle que de ses mains.

 

—Oui, oui, répondit M. Klipmann, il est temps.»

 

Et Charles fut envoyé à l'école. Il apprenait bien, et vite. Trop vite même, au grand détriment du mobilier de la classe. Comme il avait toujours terminé son travail bien longtemps avant les autres, il employait ses loisirs à graver son nom sur les tables et sur les bancs, à creuser des trous pour placer ses coudes plus à l'aise, à tracer de profondes rigoles pour y faire couler de l'encre.

 

Quand la table fut tailladée à jour, il songea à enlever les vis qui la retenaient au pied massif. Ce n'était pas avec l'intention de faire tomber la table, pour causer du désordre, c'était pour savoir la raison des choses, car il remettait toujours les vis après les avoir enlevées. Quand il sut ce qu'il voulait savoir, il commença à apporter en classe des morceaux de bois plein ses poches, et il les travaillait avec un canif.

 

«Il ne peut pas s'empêcher de tailler quelque chose», disait le maître d'école à Françoise.

 

Françoise le savait bien, et les vieux fauteuils du grenier le savaient bien aussi, car c'était à même les bras et les pieds de ces vieux débris qu'il prenait ses provisions de bois à l'aide d'une scie mystérieuse, sur laquelle Françoise ne put jamais mettre la main.

 

Un certain jeudi, jour de congé et de loisir, il mit le comble à ses méfaits domestiques. Il s'était introduit dans le cabinet de son oncle, et cela sans scrupule et sans remords, puisque la «maison était à lui». En furetant, selon son habitude, il découvrit un cornet de papier contenant des clous en quantité, puis un ciseau, puis une vrille, puis un marteau. Quelles richesses! Et à quoi les employer? Les yeux brillants, les narines frémissantes, il regarda autour de lui. Qu'avait-il besoin de chercher si loin? Là, sous ses yeux, sous sa main, il y avait un énorme coffre en bois.

 

Il attaqua d'abord le coffre avec le ciseau, et enleva de très beaux morceaux. Fatigué du ciseau, il joua de la vrille. Fatigué de la vrille, il enfonça des clous avec le marteau. Et puis que ferait-il bien encore? Ses yeux tombèrent sur le chapeau du chimiste, le chapeau numéro un, s'il vous plaît. Pourquoi aussi ce chapeau se prélassait-il sur le coffre, à portée de la main, au lieu d'être accroché dans la garde-robe? Oui, pourquoi? Possédé par son démon familier, Charles se dit que ce serait bien drôle d'enfoncer des clous dans un chapeau. Cette opération présentait certainement quelque difficulté, à cause du peu de consistance de l'objet. Raison de plus pour essayer. Les vrais chercheurs sont toujours piqués au jeu par les difficultés d'une entreprise. Tout d'abord le chapeau se défendit à sa manière en se dérobant sous les coups. Première difficulté à vaincre. Charles en triompha en fixant le rebord du chapeau au bois du coffre à l'aide d'un clou solidement enfoncé. Ensuite il planta des clous sur les côtés. La paroi cédait sous l'effort; mais, à force d'essayer, Charles en arriva à ses fins. Et maintenant voyons le fond du chapeau. Le fond cédait, puis revenait à sa disposition première, avec de petites détonations sourdes. Il s'agissait de saisir le bon moment, et Charles, à force d'adresse et de patience, le saisissait presque toujours. Le milieu du rond était l'endroit le plus difficile, étant le moins résistant; Charles y appliquait son clou, quand la porte s'ouvrit.

 

La personne qui l'avait ouverte demeura stupéfaite sur le seuil; quant à Charles, tout entier à son oeuvre, il n'avait rien entendu.

 

L'oncle Klipmann, car c'était lui, avait terminé la veille au soir une série d'expériences qui l'avaient enfin amené à une découverte importante: il avait employé une partie de sa matinée à contrôler le résultat de ses expériences, afin d'être bien sûr de ne s'être pas trompé.

 

Il avait peu dormi la nuit précédente: la joie l'avait tenu éveillé pendant les premières heures. Puis c'était le remords qui lui avait tenu les yeux grands ouverts. Maintenant que ses recherches avaient abouti, et qu'il rentrait, pour quelque temps du moins, dans la vie réelle, dans la vie de tout le monde, il se demandait comment il avait pu négliger à ce point le fils de son frère. Les méfaits de cet enfant, qui étaient tous du même genre, lui revinrent à la mémoire, et il se dit: «Un cours d'eau qui n'est point endigué peut gâter tout un pays; il s'agit de lui creuser un canal, et alors ce cours d'eau devient utile, de nuisible qu'il était. Jusqu'ici, je le vois bien à présent, la vie de mon petit neveu a été comme ce cours d'eau. Ce besoin de s'affairer sans cesse à occuper ses doigts, c'est peut-être une vocation qui s'ignore et qui se cherche. Il s'agirait d'endiguer le cours d'eau et de lui creuser un canal.

L'enfant a peut-être, sans le savoir, le goût de la mécanique. Assez de chimères pour le moment; dès demain je ferai des expériences pour aider ce pauvre enfant à découvrir ce qu'il cherche.»

 

Le lendemain matin, l'habitude et aussi le désir de se confirmer dans la certitude d'avoir réussi le menèrent tout droit à son laboratoire. Mais il n'y resta pas plus de deux heures, et, aussitôt qu'il en fut sorti, il parcourut la maison pour chercher Charles et pour savoir où il en était.

 

Il en était à planter des clous dans le chapeau numéro un.

 

Au lieu de s'emporter, le brave homme contempla en philosophe le petit garçon qui devait être désormais le sujet de ses expériences. L'adresse de l'enfant, sa dextérité, son attention profonde confirmèrent le chimiste dans ses idées et dans ses intentions.

 

Le clou du centre, le plus difficile de tous, une fois bien et dûment enfoncé, Charles poussa un soupir de soulagement, passa le dos de sa main sur son front et regarda autour de lui.

 

Le premier objet qui frappa ses regards, ce fut la personne de l'oncle Klipmann. Quoique l'oncle Klipmann n'eût point l'air d'un croquemitaine, Charles tressaillit et s'écria, en laissant tomber son marteau:

 

«Oh! mon oncle, qu'est-ce que j'ai fait là?

 

—L'as-tu fait par méchanceté et pour m'être désagréable? demanda l'oncle Klipmann.

 

—Oh! pour cela, non, mon oncle. Je ne sais pas comment tout cela m'est venu en tête. Je vous jure que....

 

—Ta parole me suffit, reprit l'oncle Klipmann. Maintenant convenons entre nous que ce coffre aurait meilleur air si tu y avais fait moins de trous et enfoncé moins de clous. Convenons que, s'il te fallait absolument enfoncer des clous dans un chapeau, tu aurais mieux fait de choisir le numéro deux: et puis, n'en parlons plus; seulement, promets-moi de te mieux surveiller à l'avenir.

 

—Oh! mon oncle, je vous le promets.

 

-Je sais que tu tiens toujours tes promesses. Assez sur ce sujet.

 

—Pardonnez-moi, mon oncle.

 

—Mon neveu, je te pardonne. La preuve, c'est que je vais t'emmener faire un petit tour de promenade avec moi. Dis à Françoise de te refaire ta toilette. En l'attendant, je vais....»

Il allait dire: «Je vais donner un coup de brosse au chapeau numéro deux». Mais il jugea inutile d'ajouter à la confusion de Charles, et il s'en alla en se disant à lui-même: «Occupons-nous maintenant de creuser ce canal».

 

Une demi-heure après, l'oncle et le neveu s'en allaient les meilleurs amis du monde. Quand il n'était pas enseveli dans ses recherches, l'oncle Klipmann était un homme très fin et très adroit. Il se mit à parler avec Charles de toutes sortes de sujets, et, au fur et à mesure, notait avec soin ses réponses, sans en avoir l'air.

 

Quand ils furent devant la boutique de l'horloger Brisson, l'oncle tourna le bec-de-cane de la porte et entra, suivi de son neveu. Brisson connaissait bien l'oncle Klipmann, qui était un de ses clients; il connaissait bien aussi le neveu de l'oncle Klipmann, car il le voyait souvent s'arrêter devant la boutique pour le regarder travailler.

 

L'oncle Klipmann expliqua à Brisson qu'il désirerait, si cela ne le dérangeait pas, se faire montrer l'agencement d'une montre, le jeu, le ressort et l'engrenage des roues. Brisson avait justement sur son établi, sous un verre renversé, une montre qu'il avait nettoyée; il se disposait à en remettre en place les principales pièces.

 

Une petite pince à la main, l'oeil collé sur une loupe, il commença tout à la fois ses opérations et ses explications.

 

C'était l'oncle qui avait demandé cette petite leçon d'horlogerie, et c'était uniquement le neveu qui en profitait. Charles ne quittait pas du regard la pince de l'opérateur, et il buvait, comme on dit, jusqu'à ses moindres paroles. Quant à l'oncle, ce n'est pas la montre qu'il regardait, mais la figure de son neveu. Un sourire discret se jouait sur ses lèvres, le sourire de l'homme qui a deviné juste. Quand Brisson eut terminé ses explications, et répondu à quelques questions très intelligentes de Charles, l'oncle et le neveu reprirent leur promenade.

 

Charles était silencieux et préoccupé; ce silence et cette préoccupation firent grand plaisir à l'oncle Klipmann, au lieu de l'offenser.

 

Le hasard de la promenade (était-ce bien un hasard?) les amena, à quelque distance de la ville, devant la porte d'un enclos considérable. L'oncle sonna à cette porte et demanda l'autorisation de visiter l'usine; car la grand mur d'enceinte contenait de vastes ateliers où l'on construisait des machines. Le directeur en personne, ingénieur fort distingué, voulut faire à l'oncle Klipmann les honneurs de l'établissement.

 

Cette fois encore, ce fut le neveu qui écouta les explications avec le plus d'attention.

 

Pendant qu'ils retournaient chez eux, l'oncle expliqua à son neveu que le directeur de l'usine était ce que l'on appelle un ingénieur civil: que, pour devenir ingénieur civil, il avait passé par une école qui est à Paris, et que l'on nomme l'École Centrale des Arts et Manufactures, ou tout simplement l'École Centrale.

Charles écoutait en silence; il était facile de voir que sa petite tête travaillait, envahie par des idées nouvelles.

 

L'oncle Klipmann fit semblant d'être plongé dans ses méditations chimiques, et laissa prudemment travailler la petite tête.

 

Au retour, Françoise, à qui son maître avait donné le mot, ne parla pas des dévastations du matin et se montra aussi avenante qu'à l'ordinaire. Aussi Charles la suivit à la cuisine; là, assis sur une chaise basse, il regarda quelque temps le feu sans parler. Puis tout à coup il dit:

 

«Françoise, je crois que j'aimerais bien être horloger.

 

—C'est un joli état, répondit Françoise.

 

—C'est à cause des petites roues qui s'engrènent les unes dans les autres. Je crois que je ne me lasserais jamais de faire engrener de petites roues.

 

—Ah!» dit Françoise.

 

Après cela, Charles monta à sa petite chambre, et, pendant qu'il s'efforçait de dessiner des roues dentées sur son cahier de brouillons, sa petite tête recommença à travailler.

 

Le résultat de ce travail se produisit au dîner. Au moment d'achever son potage, il tint la cuiller suspendue entre son assiette et sa bouche, et dit avec un gros soupir:

 

«Ils sont bien heureux les petits garçons de Paris de pouvoir aller à l'École Centrale.»

 

L'oncle Klipmann sourit: le travail de la petite tête avait abouti juste où il désirait le voir aboutir.

 

Alors il expliqua à Charles que l'École Centrale n'est pas une école destinée uniquement aux petits garçons de Paris; mais que les petits garçons de toutes les parties de la France peuvent y aller étudier.

 

«Ceux de Verneuil aussi? demanda Charles d'une voix émue.

 

—Ceux de Verneuil aussi.

 

—Alors, mon oncle, tu m'y enverras.»

 

L'oncle Klipmann lui expliqua que l'on n'entre pas à l'Ecole Centrale comme dans un moulin, qu'il faut subir des examens et en quoi consistent les examens. On commence par bien apprendre ce que l'on enseigne à l'école primaire. De là on passe dans un collège ou dans un lycée. On travaille ferme, et, au temps voulu, on se présente.

«Tu as bien compris?

 

—Oui, mon oncle, répondit Charles d'un air réfléchi. Et puis, ajouta-t-il, je travaillerai dès demain, et je ne t'abîmerai plus tes affaires.»

 

«Et voilà le canal creusé», pensa l'oncle Klipmann en souriant.

 

Le canal était creusé, en effet. Dès le lendemain, Charles travailla comme un petit homme, et le surlendemain aussi, et le mois suivant aussi, et aussi les années qui vinrent après.

 

Il est entré à l'École Centrale, et il en est sorti ingénieur civil, et il a l'avenir devant lui.