Contes et poésies de Prosper Jourdan: 1854-1866

Prosper Jourdan · Chapitre 2 sur 6

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Contes et poésies de Prosper Jourdan: 1854-1866

Chapitre 1862

LÉONE

 

—CONTE AUX JEUNES FILLES—

 

I

 

Dans ce temps-là, mesdemoiselles,

Paris était, comme aujourd’hui,

La ville des époux fidèles;

On en citait bien sept ou huit.

Les gens naïfs dormaient la nuit

Et les bonnes moeurs étaient telles Qu’il fallait qu’un père eût conduit Sa fille à trois pièces nouvelles

Pour qu’elle en sût autant que lui.

 

Comme aujourd’hui, chaque ménage

Était d’un exemple touchant:

Jamais on ne parlait d’argent

Dans les contrats de mariage.

Les maris n’étaient point tenus

D’être plus riches que Crésus;

Leurs moitiés étant peu coquettes,

Les trois quarts de leurs revenus

Suffisaient presque à leurs toilettes.

 

Entre autres détails singuliers,

Il paraît qu’en ces temps austères, Suivant leurs goûts irréguliers,

Ces dames avaient des bottiers

Et ces messieurs des bouquetières.

 

Quant au scandale, on ignorait

Absolument ce que c’était,

Car, Dieu merci! pour la constance, Paris est le pays de France

Qui craint le moins la concurrence.

Les rois s’en vont; mais les ramiers Nichent toujours aux Tuileries.

Leur amour n’a pas deux patries;

C’est là, dans les grands marronniers, Que ces doux oiseaux familiers,

Modèles des coeurs réguliers,

Ont établi leurs galeries.

 

Charme étrange des rêveries!

A voir ces hôtes printaniers

Perdus sous les ombres fleuries,

Je songe à tous les amoureux

Qu’attire ce séjour ombreux

Et j’admire la ressemblance

De ces oiseaux si gracieux

Avec certains petits messieurs.

Au fond, le plus pigeon des deux

N’est pas toujours celui qu’on pense.

Quant aux belles, je ne veux pas

Les comparer à nos palombes;

Mais ce n’est point, dans tous les cas, Le bec qui manque à ces colombes,

Ni la douceur, ni la beauté,

Ni même la légèreté.

 

Mais, s’il vous plaît, mesdemoiselles, Reprenons pour quelques instants

La chronique du bon vieux temps

Dont je vous donnais des nouvelles.

 

Alors, toujours comme aujourd’hui,

Les dévotes, c’était l’usage,

Se rendaient en pèlerinage

Autour du «Lac» avant la nuit.

C’était dans un bois solitaire

Et sauvage qu’on appelait

Bois de Boulogne; et l’on allait

Y déployer un luxe austère.

On voyait là, sous les bouleaux,

Des créatures angéliques

Avec de tout petits chapeaux,

En calèche à quatre chevaux,

Prendre des airs mélancoliques.

D’autres n’avaient qu’un huit-ressorts A deux chevaux, pas davantage!

Et dans ce modeste équipage

Abritaient leurs humbles trésors.

 

Même rigueur pour le costume.

On poussait la simplicité

Jusques à la sévérité.

Je sais bien que c’est la coutume;

Mais vraiment on allait trop loin.

On outre-passait sur ce point

La limite des exigences.

 

Jusqu’à trois fois on remettait

La robe neuve qu’on portait;

Et l’on ne se décolletait

Jamais, à moins de circonstances

Très-rares, c’est-à-dire: bals,

Concerts, réveillons, festivals,

Soupers, réceptions, soirées,

Conférences, cours, matinées,

Séances, dîners d’apparat,

Soirs d’Italiens, soirs d’Opéra,

Lunchs, punchs, raoûts, «et caetera.»

 

A part cela, les élégantes,

Au dire de plus d’un auteur,

Avec la plus stricte rigueur,

S’en tenaient aux robes montantes;

Et, par un excès de pudeur

Dont on retrouve encor la trace,

Se résignaient de bonne grâce,

Pour mieux cacher leurs cous mignons, A porter d’énormes chignons

Que leurs coiffeurs, mis en campagne Et chargés de ces soins discrets,

Leur faisaient venir tout exprès

De Picardie et de Bretagne.

 

J’ai vu des factures du temps;

Un chignon du plus grand modèle,

Bien monté, garanti quatre ans,

De la qualité la plus belle,

Valait de quatre à cinq cents francs, Mais quelle solide coiffure!

Décidément, je vous le jure,

C’est un luxe que je comprends

Que celui de la chevelure.

C’était un si bel ornement

Que ces chignons! Et puis vraiment, Pour une mère de famille,

Est-il un souci plus charmant

Que de léguer par testament

Ses fausses nattes à sa fille?

 

Enfin, pour vous dépeindre mieux

Cette époque exceptionnelle,

Je puis vous apprendre sur elle

Un détail assez curieux.

Suivant le quartier de la lune

Une femme était blonde ou brune

Et, de la veille au lendemain,

Changeait sa pâleur en carmin:

Car on détestait la paresse

Dans cet âge à présent vanté.

Vous voyez, sans qu’il y paraisse,

Que nous n’avons rien inventé.

 

Mais, n’importe! En prenant la plume, Mon intention n’était point

De tant discourir sur ce point.

N’y voyez aucune amertume,

Si je l’ai fait, c’est qu’au moment De vous commencer mon histoire,

Il m’est venu subitement

Un scrupule, et voici comment:

Si vous alliez ne pas y croire?

Mes deux héros sont bien constants!

Un amour que rien ne sépare,

Cela se voit de notre temps;

Mais c’est un exemple bien rare

A toute autre époque. Et voilà

Pourquoi je disais tout cela.

Car, ce que vous allez entendre,

Il fallait bien vous l’expliquer,

Et commencer par vous apprendre

Que le temps dont je veux parler

Ressemble au nôtre à s’y tromper.

Dès lors, ce que je vais conter

N’a plus rien qui doive surprendre, Et je commence.

 

II

 

Les savants,

Qui font bâiller de pauvres gens

Et dessécher de pauvres roses,

Passent pour savoir toutes choses.

Eh bien! (jugez d’après cela

Du niveau de l’Académie)

Je n’en sais pas un qui nous die

Comment Léone se trouva

Être, à seize ans, la plus jolie

Des danseuses de ce temps-là.

Pauvre fille de comédie!

Dont nul n’a raconté la vie,

Et qui peut-être ensorcela

Plus d’un immortel qui l’oublie.

 

Mais, au fond, cela n’y fait rien;

Le fait n’en est que plus notoire;

Et, quant à moi, l’on peut m’en croire Je ne suis pas historien.

 

Or donc, mes belles demoiselles,

S’il me faut faire le portrait

De Léone, je vous dirai

Que, si le bruit qui court est vrai, En la regardant les gazelles,

Dont chacun vante les doux yeux,

Se dépitaient à qui mieux mieux

De voir qu’une simple mortelle

Eût osé s’en procurer deux

Dessinés d’après leur modèle.

Avec ces yeux-là, vous pensez

Que des cils bruns et retroussés

Devaient aller le mieux du monde;

Et les cheveux noirs abondants

Montraient, sous leurs flots imprudents, L’oreille vierge de pendants.

 

Ajoutez que, sans être blonde,

Elle avait, comme Ophélia,

La pâleur d’un camellia,

Qu’elle était petite et mutine,

Avec de certains airs douteurs

Et des sourires enchanteurs;

Qu’elle avait la main blanche et fine, Le pied perdu dans la bottine,

Et que sa lèvre de rubis,

Constamment mouillée et vermeille

Au milieu de ces tons pâlis,

Rougissait comme une groseille

Tombée au beau milieu d’un lis.

 

Pour compléter le paysage,

Sachez encor que son corsage

Renfermait une âme de prix.

De plus, ainsi que c’est l’usage

Dans les théâtres de Paris,

Étant jolie, elle était sage.

 

Ainsi fut et non autrement

L’héroïne de ce roman,

Qui n’eut jamais qu’un seul amant.

 

III

 

Ce qui lui manquait, à vrai dire,

Ce n’était pas les amoureux;

Vous savez qu’avec un sourire

On en a plus qu’on n’en désire,

Et son sourire en valait deux.

Mais, bien qu’on fit queue à sa porte, Tous ceux qui lui faisaient la cour En étaient pour leurs frais d’amour.

La chronique du temps rapporte

Que Léone, en les égarant

Avec son sourire enivrant,

Les tenait tous au même rang.

 

Hélas! la vertu d’une fille

Est comme le pur diamant:

L’acier s’émousse vainement

Pour mordre le caillou qui brille;

Rien ne l’entame. Seulement,

S’il tombe, adieu le diamant!

 

Quand on est vierge et qu’on est belle, Surtout à l’âge de la belle,

A l’amour on est peu rebelle.

 

Vierge et danseuse! Par ma foi!

C’était un vrai gibier de roi.

Et, chose rare et curieuse,

Bien qu’elle eût, au gré de son coeur, A choisir plus d’un grand seigneur, Ce ne fut pas un bel acteur

Qui rendit Léone amoureuse.

 

Parmi tous les beaux jeunes gens

Qui se faisaient les assiégeants

De cette belle créature,

Il en était un qu’on nommait

Patrice, et qui se renommait

Par plus d’une étrange aventure.

 

C’était un charmant cavalier,

Très-digne d’avoir pour collier

Les plus jolis bras de la terre;

Et, comme il ne lui manquait rien,

Le ciel, qui lui voulait du bien,

Ne savait plus trop comment faire.

 

Dieu, par un fait sans précédents,

L’avait fait noble, en même temps,

De coeur, de race et de visage.

Il pouvait avoir vingt-sept ans,

Et, pour attendre le printemps,

Il menait très-grand équipage.

 

En somme, c’était un dandy;

Mais, comme la chanson le dit,

Il était franc, fier et hardi.

 

IV

 

Mes chères lectrices, j’hésite

A continuer mon chemin;

Si vous ne me tendez la main,

Je n’irai jamais assez vite.

 

Jugez un peu de mon ennui:

Je veux peindre une belle nuit

Et je ne sais comment la rendre,

Car c’est un sujet bien usé

Dont tant d’auteurs ont abusé

Qu’on ne sait plus comment s’y prendre.

 

Certes, si j’étais écrivain,

Je ne chercherais pas en vain;

La chose serait bientôt faite.

Je prendrais le premier poëte

Qui me tomberait sous la main

Et je vous parlerais des voiles

De la nuit, et puis des étoiles,

Et puis du lac aux flots d’argent

Où se mire Phébé la blonde

Qui se penche vers l’eau profonde,

Et puis des bois, et puis du vent;

Du rossignol dans la vallée,

De la vieille tour isolée,

Des étoiles d’or ou de feu,

De l’herbe verte, du ciel bleu,

Des bouleaux que la lune argenté

Et surtout, chose très-urgente!

Du poëte à la Lyre d’or,

Ame dans l’idéal ravie,

Pleurant devant ce beau décor….

Qu’il n’a jamais vu de sa vie.

 

Car c’est un fait bien constaté

Que trois mille auteurs ont chanté

Juste la même nuit d’été

Sans qu’elle ait jamais existé.

Aussi, quel morceau bien traité!

 

Dans le monde des élégies

L’hiver est beaucoup moins gâté;

Époque fraîche où les génies,

Pour réparer leurs insomnies,

Ne perdent pas à rimailler

Le temps qu’on doit à l’oreiller.

Et le fait est, mesdemoiselles,

Que dans notre calendrier

Les nuits ne sont pas toujours belles Aux alentours de février.

C’est pourquoi je suis fort à plaindre, Car la nuit qu’il me faut dépeindre Se trouve au plein coeur de janvier.

 

Figurez-vous donc la nuit brune,

Un vent très-sec, un ciel très-noir, Dans ce ciel pas la moindre lune:

Un horizon à n’y rien voir.

Le givre dessèche la terre,

La grande route solitaire

S’allonge en ruban déroulé.

Sur la route déserte et blanche,

Légère comme un char ailé,

Rapide comme une avalanche,

Une berline au grand galop;

L’hirondelle qui rase l’eau

Va moins gaîment que ma berline

Dont le postillon bien payé,

C’est-à-dire bien éveillé,

Pour se donner meilleure mine,

A tous les échos d’alentour

Fait claquer son fouet, comme un sourd.

 

Dans la berline est une fille,

Au front tout rose de pudeur,

Qu’un flot de fourrure entortille,

Mourante d’amour ou de peur.

Elle est dans les bras d’un jeune homme.

Si vous croyez qu’ils font un somme, C’est que vous connaissez bien mal

Le coeur humain en général.

 

Les baisers volent sur la route!

L’amour conduit les voyageurs!

Pour la fillette je redoute

Autre chose que les voleurs.

Les chevaux vont comme le diable!

La nuit est noire comme un four!

Le voyage a l’air agréable….

Hue! donc, beau postillon d’amour!

 

Mais je ne sais à quoi je pense

D’aller vous raconter cela.

S’il en est temps encor: défense

De lire ce chapitre-là!

C’est une affaire scandaleuse

Comme on n’en voit plus à Paris;

Vous devez la trouver affreuse,

Et je suis bien de votre avis.

En vérité, c’est une histoire

Pleine d’une atrocité noire.

 

Pourtant ce fut dans cet état

Qu’un beau soir Patrice emporta

Son amante Léonita.

 

V

 

O vous, pour qui j’écris ces lignes!

—Et qui peut-être les lirez,

Bien qu’elles ne soient pas très-dignes De l’honneur que vous leur ferez;—

Vous, les belles filles de France,

Vous, l’orgueil d’un ciel enchanté, Vous, le sourire et l’espérance!

Vous, la jeunesse et la beauté!

O vous à qui sourit l’Aurore,

A qui tous les bras sont ouverts,

Qui ne connaissez pas encore

Vos printemps d’avec vos hivers!

 

Vous, les vierges! Vous, les charmeuses!

Dont le coeur, peureux et hardi,

A des langueurs mystérieuses

Dans un corps jeune comme lui!

Vous, pour qui la coupe est remplie Et qui vous sentez d’y goûter

Presqu’autant de peur que d’envie!

Vous qui faites aimer la vie

Ou qui la faites redouter!

 

Vous, pour qui les vieillards moroses Ont des regards pleins de regrets!

Vous, pour qui les roses sont roses Et les bleuets bleus tout exprès!

Vous, pour qui chantent les poëtes, Pour qui les étoiles sont faites

Et brillent dans l’azur des soirs!

Vous, pour qui les perles sont rondes!

O vous, les brunes et les blondes!

Vous, les yeux bleus et les yeux noirs!

Si vous avez, par aventure,

Daigné me suivre jusqu’ici,

Laissez-là, je vous en conjure,

Laissez-là ce triste récit

Dont j’ai commencé la peinture,

Car un destin malencontreux

Réserve à nos deux amoureux

Un dénoûment des plus affreux.

 

Adieu le rêve! adieu l’ivresse!

Adieu l’amour et la tendresse

Et les frais soupirs éperdus!

Adieu le bal et ses délires,

Et les parfums et les sourires!

Adieu tous les bonheurs perdus!

 

Chevaux, postillon et berline

Qui, sur le flanc de la colline,

Descendiez si légèrement,

Vos grelots aux notes joyeuses,

Durant les nuits silencieuses,

N’effraieront plus l’écho dormant.

 

Sur le grand chemin solitaire

Vous n’écaillerez plus la terre

Que durcit le givre argentin.

Tout ce passé que je soulève

S’est évanoui comme un rêve

Aux premiers rayons du matin.

 

O gaîté! reste ensevelie.

Mon âme est désormais emplie

D’une sombre mélancolie.

 

Je suis si triste que vraiment

Je ne sais plus du tout comment

Je vais reprendre mon roman.

Et, malgré mon regret sincère,

Je commence à m’apercevoir

Que le dramatique et le noir

Ne sont pas du tout mon affaire.

Mais puisque j’ai, sans m’en douter, Commencé de vous raconter

Une histoire des plus touchantes,

Quoi qu’il puisse m’en advenir,

Je vais tâcher de la finir

En vous priant d’être indulgentes.

Si vous aviez quelque amitié

Pour le héros et l’héroïne

De ce roman très-détaillé,

J’en appelle à votre pitié;

Car leur bonheur s’est effeuillé

Ainsi qu’un bouquet d’églantine.

 

Ma plume hésite à retracer

Le récit d’aussi tristes choses;

Hélas! quittez vos habits roses!

Hélas! vos beaux yeux vont pleurer.

 

VI

 

Donc, autrefois, c’était l’usage:

Pour peu qu’on se fût épousé

Et que l’on fût civilisé,

Il fallait partir en voyage

Le soir même du mariage.

On n’a jamais bien su comment

Ni pourquoi vint cette méthode;

Mais sachez que c’était la mode

Et que vous-même, assurément,

N’eussiez pas fait différemment.

Car, suivant un vieil axiome,

La mode était, dans le royaume,

Aussi puissante que le roi;

Et, pas plus tôt la noce faite,

On se fût fait couper la tête

Plutôt que de rester chez soi.

Le départ était une rage;

On n’épousait pas sans partir.

En raison de votre grand âge,

Vous devez vous en souvenir.

 

Or, voyez si la destinée

Est malignement enchaînée;

Un sourire amène des pleurs.

Cette mode qui vous étonne

Fut pour Patrice et pour Léone

La source de tous les malheurs.

 

A vous dire le vrai, je doute

S’ils étaient mariés ou non.

Ils suivaient bien la même route,

Mais ce n’est pas une raison.

Je n’ai vu ni monsieur le maire,

Ni le curé, ni le notaire,

Ni les voitures d’apparat,

Ni le moindre bout de contrat,

Ni tuteur, ni père, ni mère,

Ni parents, ni gens, ni témoins,

Mais enfin j’ai vu les conjoints,

Et, pour moi, je les considère

Comme bien et dûment unis,

Mariés, prêchés et bénis

Par tous les abbés de la terre.

Dans tous les cas je crois qu’on peut Dire qu’il s’en fallait de peu,

Car, dès le soir, ils s’en allèrent Et, huit jours après, s’embarquèrent, Ce qui, pour ce temps-là, dit-on,

Était le suprême bon ton.

 

S’ils voulaient aller en Turquie,

Ou dans l’île de Bornéo,

Ou simplement en Italie,

C’est ce que je ne sais pas trop.

 

Ce que je sais, c’est qu’un navire

Se perdit vers le lendemain,

Qu’un pêcheur (pas Napolitain,

Mais c’est tout ce que j’en puis dire) Au bord du rivage trouva,

Pâle et blanche, Léonita,

Comme une madone de cire.

 

Elle était sur le sable fin,

Sous le gai soleil du matin

Qui riait dans sa chevelure.

La vague l’effleurait un peu,

Comme une fille qui ne peut

Abandonner une parure.

 

L’eau verte et le soleil joyeux

Mêlaient parmi ses longs cheveux

Des reflets d’or et d’émeraude;

Et les flots qui les déroulaient

Jouaient avec et s’en allaient

Comme des enfants pris en fraude.

 

Un sourire presque effacé,

Dernier vestige du passé,

Entr’ouvrait sa lèvre pudique,

Et l’aurore qui rayonnait

Sur son front pâlissant, formait

Un contraste mélancolique.

Sachez pourtant, si vous l’aimez,

Que ses beaux yeux inanimés

N’étaient pas à jamais fermés.

 

Léone revint à la vie.

Le pêcheur, pas Napolitain,

Qui la trouva sur son chemin,

Jugea qu’elle était endormie.

Ce fut lui qui fut son docteur,

Et qui, chose assez inouïe,

Fut en même temps son sauveur.

Il la prit tout évanouie,

L’emporta jusqu’en son réduit,

Et, sans plus de cérémonie,

Vous la coucha droit dans son lit.

Puis il fallait voir le bonhomme,

Par la chambre allant et venant.

Et soignant Léone tout comme

Si c’eût été son propre enfant.

 

Si bien qu’à la fin, ô prodige!

La belle fille ouvrit les yeux

Et dit, en voyant ce bon vieux,

Les mots sacramentels: «Où suis-je?»

 

Il la rassura de son mieux,

Lui dit comme il l’avait trouvée

Et combien il était joyeux

De penser qu’elle était sauvée.

Alors elle lui raconta

Comment elle, Léonita,

Et son «frère,» et tout l’équipage

Du navire avaient fait naufrage;

Qu’elle et son «frère» avaient pensé Se sauver ensemble à la nage

Et qu’ils avaient bien commencé;

Mais qu’à la moitié du voyage

Les vagues et l’obscurité

Les firent changer de côté;

Qu’alors elle s’était perdue;

Qu’elle était enfin parvenue

Jusqu’à cette plage, mais là,

Tout ce qu’elle se rappela,

C’est qu’elle perdit connaissance.

Puis, comme elle s’inquiétait

De son «frère» qui lui manquait,

Le bonhomme, comme l’on pense,

Lui dit, pour la rasséréner,

Tout ce qu’il put imaginer

De plus propre à la circonstance,

Jurant ses grands dieux qu’on avait, Dans un port voisin, qu’il nommait, Fait le plus complet sauvetage

Du navire et de l’équipage.

Et, tout en lui contant cela,

Près de la belle il mit un plat,

Puis un verre, puis une assiette,

Et je crois même une serviette.

 

Léone avait l’esprit fort gai.

Du moment qu’elle eut distingué

Dans le discours sans queue ni tête Dont le brave homme lui fit fête,

Que Patrice, de son côté,

Etait lui-même en sûreté,

Cette charmante créature,

Sans se désoler plus longtemps,

Prit en riant son aventure.

Et, comme elle avait dix-sept ans,

Elle se mit, à belles dents,

A dévorer en conscience

Le déjeuner que, sur son lit,

L’excellent homme lui servit

Dans ses assiettes de faïence.

 

Ce fut ainsi qu’un beau matin

Léone mangea le festin

D’un pêcheur, pas Napolitain.

 

VII

 

Un mois plus tard elle était nonne: Et la belle, au fond d’un couvent,

Pleurait,—que Dieu le lui pardonne!

Moins sa faute que son amant.

 

Hélas! hélas! ô destinée,

A quoi bon l’avoir épargnée

Pour lui rendre des jours amers?

N’eût-il pas mieux valu pour elle,

A travers la nuit éternelle,

S’en aller morte au sein des mers?

 

On n’avait sauvé du naufrage

Ni passagers, ni matelots;

Victimes d’une nuit d’orage,

Tous avaient péri dans les flots.

Parmi ceux que la marée haute

Vint jeter le long de la côte,

L’oeil éteint et le front blémi,

La pauvre fille n’eut pas même

La consolation suprême

De reconnaître son ami.

C’est en vain qu’on chercha Patrice; La mer avait dû l’engloutir,

Car on ne put rien découvrir

Qui de sa mort fût un indice.

 

Léone le pleura très-fort.

Je crois pourtant qu’on aurait tort De parier qu’elle était veuve;

Et moi, si j’étais esprit fort,

Je ne croirais Patrice mort

Que lorsque j’en aurais la preuve.

 

Quoi qu’il en soit, à qui voudra,

Le suivant chapitre apprendra

Ce que tout ceci deviendra.

 

VIII

 

N’est-ce pas un spectacle étrange

De voir deux pauvres amoureux

Qui, lorsque pour eux tout s’arrange, Et dès qu’ils devraient être heureux, Se vont justement mettre en tête

Qu’ils sont séparés par la mort,

Et se bornent, sans plus d’enquête, A maudire leur triste sort?

 

La chose paraît incroyable;

Pourtant, vous l’avez deviné,

C’est là l’histoire lamentable

De notre couple infortuné:

 

A dire la vérité pure,

Le héros de cette aventure

N’était pas mort dans les flots bleus, Ainsi que l’on se le figure;

Mais il n’en valait guère mieux.

 

Tandis que Léone est au cloître,

Où sa douleur ne fait que croître

Et embellir, en quelques mots

Je vais vous dire tous les maux

Que dut endurer le jeune homme

En trois mois d’un supplice affreux, Et par ainsi vous verrez comme

Les voyages sont dangereux.

 

Durant la nuit de ce naufrage

Où presque tous avaient péri,

Comme Léone et son ami

Tâchaient de gagner le rivage

Et se dirigeaient à la nage

Par un chemin fort encombré

Et surtout fort mal éclairé,

On se souvient, sans aucun doute,

Que Patrice fit fausse route.

Il s’était bientôt égaré;

Si bien qu’au lever de l’aurore

Le malheureux, n’en pouvant plus,

Moitié mourant, moitié perclus,

A peine respirant encore,

Et sur le point de se noyer,

Fut recueilli, sans connaissance,

Par un pauvre petit voilier

Qui longeait les côtes de France.

O douloureux rapprochement!

Cela se passait justement

A l’heure où, loin de son amant,

La belle, ignorant son tourment,

Déjeunait si mignonnement.

 

Le jeune homme, en cette détresse,

N’en fut point, comme sa maîtresse, Quitte pour la peur; car il fit

Une terrible maladie

Qui pensa lui coûter la vie

Et le retint trois mois au lit.

 

Sur ce brave petit navire

Il fut soigné, tant bien que mal,

Du mieux qu’on put. Le principal,

C’est qu’il en revint. Mais le pire, Ce fut le changement moral

Qui s’opéra dans sa nature.

On ne le vit, dans ces trois mois,

Pas sourire une seule fois,

Et cette funeste aventure,

Après même qu’il fut guéri,

Paraissait, à ce qu’on assure,

L’avoir pour toujours assombri.

Il revenait; mais ses idées

Étaient visiblement changées,

Et, de plus, le pauvre garçon

Crut si bien sa maîtresse morte

Qu’il ne tint en aucune sorte

A s’en faire apprendre plus long.

Bref, Patrice, à bout d’espérance,

Le corps vaincu par la souffrance,

Pleurant son rêve inachevé,

Aussitôt de retour en France,

S’en fut tout droit se faire abbé.

Vous me direz: «C’est mal tombé!»

Mais que voulez-vous qu’on y fusse?

Les faits sont là que rien n’efface: C’est tantôt pile et tantôt face.

 

Ce qui m’afflige, c’est de voir

Comme ce roman tourne au noir.

Le malheur est de la partie;

On se demande, en vérité,

Quelle fâcheuse sympathie

Put donner à chaque partie

D’une union bien assortie

Ce penchant pour la sacristie:

C’est comme une fatalité.

 

Mais souffrez que je continue,

Et bientôt la vérité nue

Jusqu’au bout vous sera connue.

 

IX

 

Voilà donc nos deux étourdis

Perdus, comme on disait jadis,

Sur le chemin du Paradis.

 

Un jour vint qu’ils se rencontrèrent, Mais ce ne fut qu’après longtemps!

—Donc, au bout de cinq ou six ans

Voici comme ils se retrouvèrent:

 

Tandis que Léone au couvent,

Moitié priant, moitié rêvant,

Pleurait comme une Madeleine,

Il arriva que son amant,

Bien qu’il fût aussi fort en peine, Oublia très-dévotement

Et sa maîtresse et son tourment.

 

Je ne vais pas, comme on peut croire, Tâcher d’excuser à vos yeux

Ce que peut avoir d’odieux

Une ingratitude aussi noire.

Que suis-je? un pauvre historien

Qui raconte, et n’invente rien.

 

Donc, si ce jeune homme est coupable, Ma lectrice pensera bien

Que je n’en suis pas responsable,

Et que sa conduite sans nom

M’indigne autant que de raison.

 

Patrice était pourtant sincère;

Si rien ne l’eût désespéré,

Jamais il n’eût été curé.

Mais enfin, qu’y pouvons-nous faire?

Son grand désespoir fut l’affaire

De six mois.

 

Le pauvre garçon,

C’est une justice à lui rendre,

Dès qu’il fut en religion,

Sans vouloir d’abord rien entendre, Maigrit de la belle façon.

Sans dormir du soir à l’aurore,

Sans parler de l’aurore au soir,

Tout défrisé, broyant du noir,

Mangeant peu, buvant moins encore,

C’était pitié que de le voir.

 

Et c’est justement là le diable:

Un jeune abbé si languissant

Avait trop l’air inconsolable

Pour ne pas être intéressant.

D’autant que, si l’on considère

Que Patrice fut, en naissant,

Marquis de par ses père et mère,

Et qu’il avait sans contredit

Le pied mince, la mine fière,

De la fortune et de l’esprit:

On conviendra sans trop de peine

Qu’il lui fallait, quoi qu’il advint, Faire très-vite son chemin

Dans la sainte Église romaine.

 

Pour commencer, il eut l’honneur

D’être invité chez monseigneur,

Lequel était un charmant homme

Qui le prit en affection,

Lui donna sa protection

Et, dès ce jour, le traita comme

Il eût fait d’un fils. En un mot,

Grâce à lui, notre ami Patrice

Fut fait prêtre beaucoup plus tôt

Que ne l’est un simple novice.

C’est alors que l’ambition,

Sans être encore la plus forte,

Lentement, par gradation,

Fit sa petite invasion.

Dans son coeur, de si belle sorte

Que sa très-chère passion

En fut sans bruit mise à la porte.

Bref, après un an écoulé,

Ce pauvre amant si désolé

Semblait à peu près consolé.

 

Toutefois je n’oserais dire

Qu’il n’eût point gardé dans son coeur Le souvenir de sa douleur:

Car, même à travers son sourire,

Son visage avait conservé

Je ne sais quoi d’un peu voilé,

Signe d’une douleur profonde,

Qui lui seyait le mieux du monde.

 

Vous remarquerez en passant,

Mesdemoiselles, je vous prie,

Qu’avec cet air intéressant

Ce garçon, malgré son envie,

Ne pouvait pas faire autrement

Que d’avoir de l’avancement.

 

X

 

Or, un certain jour que Patrice,

—Patricius en bon latin,—

Avait justement le matin

Appris, au sortir de l’office,

Que l’on devait, le lendemain,

Le nommer évêque romain,

Il arriva que la nouvelle

De ce rapide avénement

Fit une sensation telle

Que ce fut un événement

Jusqu’au fond du cloître où Léone,

Fidèle comme au premier jour,

Priait le Christ et la Madone

De la guérir de son amour.

 

A cette nouvelle imprévue,

Vous pouvez vous imaginer

A quel point elle fut émue

Et ce qu’elle dut éprouver.

 

D’abord, sans force et sans courage Devant ce fait presque inouï,

La pauvre enfant s’évanouit

Pour être en règle avec l’usage,

Mais, au bout de quelques instants, Lorsqu’elle eut repris connaissance, Oubliant toute obéissance

Et sans attendre plus longtemps,

Tremblante et pourtant décidée,

Les yeux baissés, le coeur battant, Elle sortit de son couvent

Par une porte dérobée;

A pas furtifs et n’emportant

Qu’un petit miroir avec elle;

Et tandis qu’elle trottinait,

Tout le long du chemin, la belle

Furtivement s’y regardait

Pour voir si celui qu’elle aimait.

Allait encor la trouver belle.

 

Ce point-là, seul, l’inquiétait.

Or, à cette époque, Léone

N’avait pas encor vingt-trois ans,

Et l’on sait que, pour bien des gens, C’est le bel âge d’une nonne.

Mais, que l’on pense ou non comme eux, C’est ainsi que notre amoureuse

S’en vint, palpitante et peureuse,

Chez monseigneur son amoureux.

 

Lequel, il faut bien qu’on le dise, Pour se donner avant la prise

Un avant-goût fort délicat

Des plaisirs de l’épiscopat,

Avec un sérieux d’église,

Était en train, pour le moment,

De s’admirer complaisamment

Devant un miroir de Venise

Et posait comme il le fallait,

Du talon jusques au collet,

Dans un bel habit violet.

 

XI

 

J’affirme, de mémoire d’homme,

Que jamais miracle accompli

N’étonna créature comme

Sut être étonné notre ami,

Quand, pareille au lys qui frisonne, Sous son voile, dont chaque pli

Tremblait sur sa blanche personne,

Il vit apparaître Léone.

Le fait est, sans plus d’embarras,

Qu’ils se jetèrent dans les bras

L’un de l’autre, et qu’ils s’embrassèrent De bon coeur, et recommencèrent

Tant et si bien que l’évêché

Lui-même en eût été touché.

 

XII

 

On se retrouve, on rit, on pleure.

On s’aime et le reste n’est rien;

C’est charmant. Bref tout alla bien Pendant près d’une demi-heure.

 

Mais, une fois l’émotion

Du premier moment apaisée,

Quand la froide réflexion

Vint, avec sa morale usée,

Se représenter à l’esprit

Du futur prélat, il se dit

Qu’il avait fait une folie;

Et je crois qu’il s’en repentit.

 

Quoique Léone fût pâlie,

Elle était encor bien jolie

Et Patrice en eût été fou;

Mais l’évêché, quand on y pense,

A bien aussi son importance,

Et Patrice y tenait beaucoup.

 

Lors il s’établit une lutte

Entre sa raison et son coeur,

Et le jeune homme fut rêveur

Pendant une bonne minute.

 

Mais son parti fut bientôt pris,

Et, bien qu’il fût encore épris,

L’évêché lui parut sans prix.

 

Aussi devint-il inflexible.

Et, quand la malheureuse enfant

Ne pouvant le croire insensible,

Le suppliait en étouffant,

A travers sa pâleur mortelle,

Avec ses beaux yeux languissants

Et sa voix aux sons caressants,

De partir encore avec elle:

 

«—Ma chère, je réfléchirai,

Lui dit Patrice, et je verrai

Lorsqu’archevêque je serai.»

 

Devant un semblable langage,

Voyant son bonheur s’écrouler,

Léone sentit s’en aller

Tout ce qu’elle avait de courage.

Et, par un changement subit,

Grave et muette, elle sortit

L’oeil sombre, la démarche lente;

Si bien qu’en la voyant ainsi

Déchevelée et chancelante,

Son amant, un peu tard, hélas!

Lui courut après dans l’allée.

 

Mais, l’ayant en vain rappelée,

Pensif, il revint sur ses pas;

Car elle ne l’entendit pas,

Tellement elle était troublée.

 

Elle rentra dans son couvent

Par la même petite porte

Qu’elle avait franchie en rêvant

Quelques heures auparavant.

Mais la secousse était trop forte,

Et ses soeurs ne la virent plus;

Car, à l’heure de l’Angelus,

Le soir même on la trouva morte.

 

Patrice, en apprenant cela,

Se dit: «Le bonheur était là!»

Et derechef se désola.

 

XIII

 

Quelle apparence recueillie

Offre à l’oeil ce parc ténébreux!

A voir ces vieux troncs vigoureux,

On sent bien la mélancolie

D’une antique forêt vieillie

Dans le voisinage sacré

D’un vaste et puissant prieuré.

 

Ces bois ont un parfum mystique.

La vieille cloche au bruit d’airain Y trouve un écho sympathique,

Et, ce lieu désert est empreint

D’une tristesse monastique.

Ces pins droits et silencieux

Disposent à la rêverie.

Leur ombrage est sombre et pieux,

Comme pour dire: «Ici l’on prie.»

Et les grands tilleuls tortueux

Ont, dans leur air majestueux,

Je ne sais quoi de vertueux,

De respectable et d’immobile

Qui donne à ce séjour tranquille

La solennité des saints lieux.

On dirait des religieux

Rêvant au néant de la vie.

Ce bois triste et mystérieux,

C’est le jardin de l’abbaye.

 

Rien n’est changé dans le couvent.

Les arbres sont verts comme avant,

Et les nonnes du monastère,

Ainsi qu’autrefois, vers le soir,

Viennent promener et s’asseoir

Sous leur ombrage solitaire.

 

Pourtant, derrière ce décor,

Est un jardin plus sombre encor,

Où jamais la fraîche églantine

N’accroche, le long des sentiers,

Aux branches des verts noisetiers

Sa tige odorante et mutine.

 

Là, de vieux arbres en lambeaux

Protégent les pâles tombeaux

Contre le vent et la froidure;

Ce sont des ifs et des cyprès.

La rivière qui passe auprès

Reflète leur sombre verdure.

 

Là, dans un éternel sommeil,

Dort plus d’un front jeune et vermeil, Plus d’une par la mort blémie.

Sous un pin au feuillage épais,

Dans le silence et dans la paix,

C’est là qu’est Léone endormie.

 

Elle dort. Le temps passera,

Et toujours elle dormira

Sous la pierre, immobile et douce,

Et de sa divine beauté,

Hélas! hélas! rien n’est resté

Qu’une tombe où verdit la mousse.

 

Ce marbre, où nul ne doit venir,

Gardera seul le souvenir

De cette figure angélique.

Et seul, dans les tristes échos,

Le vent bercera son repos

D’une plainte mélancolique.

 

Ainsi fut, et non autrement,

L’héroïne de ce roman,

Qui n’ont jamais qu’un seul amant.

 

Et depuis lors le jeune évêque,

En proie au chagrin le plus noir,

Par amour devint … archevêque,

Et cardinal … de désespoir.

 

XIV

 

Vous qui, d’une mignonne main,

Feuilletez ces pages légères,

Et qui les oublirez demain,

 

O vous, lectrices passagères,

Dont la joue au sang de carmin

N’a point de roses mensongères;

Si jamais vous avez pleuré,

Si jamais vous avez aimé,

Si jamais vous avez rêvé:

Parfois, dans la triste soirée,

A l’heure où la lune éplorée,

Viendra, par la vitre nacrée,

Pencher sur nous son front tremblant, Plaignez la nonne en voile blanc

Par la mort tout ensommeillée,

Qui repose au sein de l’oubli,

Là-bas, parmi l’herbe mouillée,

Printemps céleste, enseveli

Sous la campagne défeuillée.

 

Le monde est un juge banal;

On trouve, en ouvrant un journal,

Des nouvelles du cardinal.

Mais Léone? qui parle d’elle?

C’est pourtant un rare modèle

Qu’une amante à jamais fidèle.