Dictionnaire de la langue verte

Alfred Delvau · Chapitre 4 sur 4 · partie 4/5

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Dictionnaire de la langue verte

Supplément

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 5 parties.

PIQUER UNE SÈCHE. Argot des lycéens et des élèves

des Écoles. Avoir un zéro, c'est-à-dire la note très

mal, pour une des parties d'un examen. «Il est

constant que tout pipo qui est sorti sans piquer

une sèche, de ses examens généraux, se croit

parfaitement apte à régenter l'État.» (Gaulois,

mars 1881. V. Delvau: Sec.) PIQUER LE TASSEAU (Se). V. Delvau: Se piquer le nez.

PISSER DESSUS. Pisser sur quelqu'un. Le mépriser,

n'en pas faire cas. «J'en demande pardon à M. le

maire et à mes collègues du conseil: Je les

couvre de mon mépris et je leur pisse dessus.»

(Moniteur universel, 1883.)

PISTOLET A LA SAINDHOMME. Petit crochet avec lequel

le mégottier exerce son industrie.

PISTER. Suivre les voyageurs à la piste lors de leur

arrivée dans une ville et leur offrir un hôtel qu'on

leur vante.

PIVOTER. Argot militaire. Manœuvrer dur et

beaucoup.

PLACÉ. Argot de turf. Un cheval est placé quand il

n'est distancé par le gagnant que de quelques

longueurs.

 

«Si votre patriotisme vous pousse à prendre un cheval gaulois gagnant, gardez-vous à carreau en prenant en même temps les goddems placés.» (Voltaire, juin 1882.)

 

PLANCHE (Faire la). «Ta maîtresse? il y a un mois

qu'elle vient faire la planche dans mon garni!»

(Evénement, 1885.)

PLANTER. Coïre.

PLANTER UN CHOU. Tromper indignement. «Mon ci-

devant m'a planté un chou colossal.» (Réveil,

1882.)

PLAQUER SA VIANDE SOUS L'ÉDREDON. Se coucher. «A

onze heures et demie on a levé la séance. Le fait

est qu'il était bien temps d'aller plaquer sa viande

sous l'édredon.» (Henri IV, 1882.)

PLEIN. Argot des joueurs de roulette. L'un des casiers

sur lesquels se trouvent inscrits les numéros

correspondant à ceux de la roulette. Faire un

plein, c'est placer sa mise en plein sur un

numéro, au lieu de la disposer soit à cheval, soit

d'une façon transversale.

PLEUVOIR. Être abondant.

POCHETÉE. Inintelligence. En avoir une pochetée,

avoir la compréhension difficile.

POIREAUTER. Attendre quelqu'un dans la rue.

POISSEUX. Gandin; fashionable. Le successeur du

petit-crevé. «Ils se réunissent six ou sept viveurs

ou poisseux au café.» (Siècle, 1882.) Poisseuse,

compagne du poisseux. «Dans un boudoir de la

rue des Martyrs, une jeune poisseuse, étendue

sur une chaise longue, lit...» (Henri IV, 1882.)

POIVROTTER (Se). Se griser.

POLKA. «Polka ne veut pas seulement dire danse:

c'est sous ce nom que les photographes et les

dessinateurs désignent certains sujets

décolletés.» (Evénement, 1882.)

POLONAIS. Souteneur.—Sorte de fer à repasser.

Argot des blanchisseuses.

POMPE. Étude. Cours. Argot des Élèves de l'École de

Saumur.

 

«La Pompe! A ce grand mot votre intellect se tend Et cherche à deviner... La Pompe, c'est l'étude, La Pompe, c'est la longue et funeste habitude De puiser chaque jour chez messieurs les auteurs Le suc et l'élixir de leurs doctes labeurs.»

(Nos farces à Saumur.)

 

POMPIER. Membre de l'Institut de France. «Des

jeunes gens riaient en apercevant là-bas le profil

de quelque professeur de l'Institut. Au feu! au

feu! Voilà un pompier.» (J. Claretie: Le Million.)

POMPIER. Dans l'argot spécial des marchands de vin

le pompier est une boisson apéritive composée

de vermouth et de cassis.

POMPIER (Faire). Cette expression s'applique à toutes

les compositions littéraires et artistiques où le

convenu, le lieu commun et la formule sont

substitués à l'inspiration originale et à l'étude de

la nature. C'est ainsi qu'on peut être nouveau et

moderne dans l'interprétation d'un sujet emprunté

à l'Iliade et qu'on peut, au contraire, faire pompier

en représentant une scène de la vie réelle qui

s'est passée hier. (V. Le Gil Blas du mois de

novembre 1880.)

PONT (Faire le). Cette expression est surtout usitée

chez les employés d'administration. Quand un

jour non férié se trouve entre deux jours de fête

et qu'on ne vient pas à son bureau le jour de

travail, on fait le pont.

PORTE-CRÈME. Vidangeur.

PORTEUR DE CAMOUFLE. Souteneur.

POSE (Être à la). Afficher de grandes manières, des

prétentions de grand seigneur. «Elle est

bonapartiste, la famille à papa; c'est pas à la

pose du tout.» (Vie parisienne, 1882.)

POSER UN RAMOLL. Argot des voyous non

conformistes qui désignent ainsi la mise en action

de certaine pratique honteuse dont parle le livre

du D r Tissot, et sur laquelle il est inutile d'insister.

Cette expression, véritablement imagée, fait

songer au ramollissement du cerveau ou de la

moelle épinière dont finissent par être atteints la

plupart du temps les disciples d'Onan.

POTEAU. Chef de bande,—dans l'argot des voleurs. POTIRON. Argot des élèves de l'Ecole de Saint-Cyr. Ils

appellent ainsi les jeunes gens qui, bien que de

nationalité étrangère, sont admis à suivre les

cours de l'Ecole.

 

«Shérif-Bey vient de recevoir sa nomination d'élève de Saint-Cyr, à titre d'étranger. Les élèves de cette catégorie sont appelés à l'Ecole des Potirons.» (Paris, octobre 1885.)

Pouce! Exclamation que poussent les enfants dans leurs jeux en tenant le bras levé et les doigts fermés, moins le pouce. Les gamins indiquent ainsi avec cette sorte de drapeau parlementaire qu'ils cessent momentanément de jouer et qu'on n'a aucune prise sur eux. Ils disent aussi trèfle, par corruption de trêve.

 

POULAINE. Cabinets d'aisance. Argot du bagne. «On

s'entassait à la poulaine (lieux d'aisance) où une

pompe, installée tout exprès, fournissait en

grande abondance l'eau nécessaire à ces

ablutions.» (Humbert: Mon bagne.)

POUR CHIQUER! Allons donc! Plaisanterie! Argot du

bagne.

POURLICHE. Pourboire. Jargon du peuple.

POUSSER LA GOUALANTE. Chanter. (V. Delvau:

Goualer.)

POUSSER DANS LE CORNET, L'ESCARCELLE, LE FUSIL

(S'en). Boire, manger. (V. Delvau: S'en pousser

dans le battant.)

POUSSER UNE BLAGUE. Fumer une pipe. Argot de

l'Ecole Polytechnique.

POUSSIÈRE (Faire de la). Faire des embarras.

POUVOIR SIFFLER. Ne pas obtenir ce qu'on demande;

se passer de quelque chose.

PRÉFECTANCE. Préfecture de police. «Sans doute,

tant qu'il y aura une préfectance et un préfet de On dit aussi Joséphine.

police, on cognera...» (J. Vallès.) Delvau donne

Préfectanche.

PREMIER, ÈRE. De qualité supérieure. «Puis ils

inaugurèrent l'argot, parlèrent nègre et

proposèrent aux dîneurs une douzaine, une

chablis première, au lieu de dire: une douzaine

d'huîtres, du vin de Chablis, première qualité.»

(G. Claudin.)

PRENDRE. Terme de turf. Parier. Prendre un cheval à

6 contre 1 en admettant que le pari soit de 10

louis, signifie; si le cheval perd, je vous donnerai

10 louis, s'il gagne vous me donnerez 60 louis.

PRENDRE QUELQUE CHOSE A LA BLAGUE. S'en moquer;

la tourner en ridicule. «C'est dans le pauvre

peuple qu'on l'a prise (une pièce de théâtre) tout

d'abord à la blague.» (F. Sarcey.)

PRENDRE SES DRAPS. Prendre le chemin de la salle

de police. Argot des élèves de l'Ecole Saint-Cyr.

«Le bazof court le long des lits secouant de la

phrase sacramentelle: Prenez vos draps, les

malheureux qui n'ont pas eu le temps de

rapporter leurs matelas.» (Maizeroy: Souvenirs

d'un Saint-Cyrien.)

PRIME. Premier. Argot des enfants.

PRINCESSE. Nom que donnent les employés de l'Etat

à l'administration à laquelle ils appartiennent.

«Un employé du ministère, qui fait une course

pour le service du ministère et qui profite de la

voiture pour faire une visite pour son propre

compte, peut passer pour avoir malversé des

fonds de l'Etat en faisant payer à la princesse

(c'est comme cela qu'on dit dans les

administrations) 2 fr. 25 de fiacre.» ( e XIX Siècle,

avril 1887.)

PROCHAINE (La). La prochaine Commune. Argot des

partisans de la Révolution sociale qui désignent

ainsi la revanche à laquelle ils aspirent depuis

1871.

PROLO. Prolétaire, ouvrier. «M. Jules Ferry, qui est un

riche bourgeois, confie aux gendarmes la garde

de sa caisse et la surveillance des prolos.»

(Journal de l'Instruction publique 1882.)

PSCHUTT. «Le chic est mort, vive le pschutt.»

 

Qu'est-ce que le pschutt? On ne le sait pas exactement, et c'est ce mystère qui en fait tout le mérite. Le pschutt, c'est le chic ou à peu près. Il y avait trop longtemps qu'on disait: «M. de un tel a du chic.» On a imaginé de dire: «M. de un tel a du pschutt.» (Gaulois, janvier 1883.)

 

PUBLIC. Dans le langage des bureaux, un public est

la première personne venue qui se présente dans

ces bureaux pour y traiter une affaire. «L'individu

qui se présente au Mont-de-Piété, pour

emprunter, s'appelle un public.» (Max. du Camp:

Paris, ses organes.)

PUR. Elégant, dandy. «Vous ignorez complètement

que de ne pas mettre de pardessus constitue

actuellement ce que nous appelons être pur, ou,

si vous aimez mieux, le chic anglais.»

(Evénement, 1882.)

PURÉE DE CORINTHE. Vin.

 

Q

 

QUATRE A SIX. Réception. Argot des gens du monde.

«Il croyait même parfois qu'Olga avait deviné son

désir, et lorsqu'à ces quatre à six de Mme de

Barberine.» (F. Coppée.) Actuellement le quatre à

six a fait place au cinq à sept; c'est toujours la RATEAU. Gendarme, agent, dans l'argot des

même chose; il n'y a que l'heure de changée.

«Les soirées du reste ne sont pas difficiles à

passer; dès qu'arrivent les cinq à sept on a maint

salon accueillant et mainte potinière mondaine.»

(Illustration, janvier 1888.)

QUITOURNE. Fenêtre.

 

R

 

RABATTEUSE. Petite voiture qui va chercher des

voyageurs dans les communes avoisinant Paris.

RABIAU. Bénéfice. «Les pourboires cachés;... les

rabiaus sur le fourrage...» (Huysmans; Sœurs

Vatard.)

RADIS NOIR. Gardien de la paix.

RAMASSER UNE PELLE. Tomber. Jargon des voyous.

«M... alors...; j'ramasse une pelle... C'est c'cui-là

qui m'a poussé.» (R. Ponchon.)

RAFRAÎCHIR (Se faire). Se faire couper les cheveux,

la barbe. «L'autre soir, j'étais entré chez un

coiffeur du boulevard, avec l'intention de me faire

rafraîchir...» (Gil Blas, 1881.)

RANCART. Objet de peu de valeur. «La plupart des

volumes entassés dans les caisses étaient des

rancarts de librairie, des rossignols sans valeur;

des romans mort-nés...» (Huysmans: A vau-

l'eau.) Mettre au rancart, abandonner, jeter dans

un coin. C'est le synonyme de mettre au cabinet,

d'Alceste.

RAMONER (Se faire). Se confesser.

RANCKÉ. Pièce de deux francs.

RASSEMBLER (Se faire). Argot militaire. Se faire

réprimander, punir.

malfaiteurs. «Le terme est nouveau; veuillez ne

pas l'oublier et remarquer toute la justesse de

l'expression. L'agent de police en effet nous

ratisse et nous englaise dans la piaule.» (A.

Belot: Le Roi des Grecs).

 

«Faut suriner les pantres

A coups d'couteaux dans le ventre

Et crever d'coups d'marteaux

La cervelle aux rateaux.»

(Chanson, 1884.)

 

RATISSÉ. Gandin, fashionable. Ç'a été le nom à la

mode en 1885 pour désigner le continuateur du

poisseux, du genreux. «Les jeunes ratissés (le

terme est nouveau pour dire gommeux ou petit

crevé), les ratissés ont couru et courent encore,

comme un seul homme, lorgner, applaudir,

rappeler La Goulue et Grille d'Egout... Pourquoi

les ratissés? Est-ce parce que le jeu, le baccarat,

les petits-chevaux des bords de la mer ou les

steeple-chases leur vident à la fois la bourse et la

cervelle et les ratissent comme le rateau du

croupier? Est-ce au contraire parce que le

coiffeur sue sang et eau à les épiler, les coiffer,

les brosser et leur ratisse les favoris, la

moustache et la chevelure (quand ils en ont),

comme le jardinier ratisse les allées d'un jardin

bien entretenu?

 

«Je n'en sais rien; le fait est que les petits crevés sont devenus les ratissés.

«Le ratissé a son féminin: la ratissée. Et je m'imagine qu'aussi bien que le croupier, la ratissée ratisse le ratissé. Le nouveau nom doit venir de là.» (Illustration, octobre 1885.)

 

RAVINE. Plaie. Cicatrice. «Est-elle bête de suivre un

homme qui la bat! C'est moi qui le ficherais en

plan! Et elles-mêmes arrivaient avec un pochon

ou des ravines sur le visage...» (Huysmans:

Sœurs Vatard.)

RÉCENT (Avoir l'air). Marcher droit, avoir l'air de

pouvoir se tenir sur ses jambes, quand on a trop

fêté Bacchus. «Allons Ringuet, faut être sérieux;

v'là qu' t'approche de ta turne; faut qu' t'aies l'air

récent.» (Monde plaisant, 1880.)

RÉFEC. Réfectoire. Argot de Polytechnique.

RELANCEUR DE PLEINS. Variété de grec. «Plus

nombreux encore ceux qui n'ont jamais

soupçonné l'existence du relanceur de pleins.»

(Henri IV, 1881.)

RELEVER LE CHANDELIER. Argot de souteneurs. Vivre

de la prostitution d'une fille.

RELEVEUR DE FUMEUSE. Souteneur.

REMUER LA CASSEROLE. Faire partie de la préfecture

de police. Argot des voleurs.

RENACLE. Police de sûreté.

RENDU. «Petit ou gros, cher ou bon marché, l'objet

qui déplaît au public rentre dans le grand bazar,

et le caissier qui a reçu l'argent rend cet argent...

Dans le sous-sol on appelle ces objets les

rendus.» (Giffard: Les grands bazars.)

RENIFLETTE. La police. Argot des malfaiteurs. Le mot

est joli, imagé et rend bien l'idée de l'agent qui

renifle, donne du nez comme le chien en quête

de gibier.

RENIQUER. Être de mauvaise humeur, rager. Argot de

barrières.

RENIFLER. Aspirer, prendre l'eau. «La plus jeune

avait... des bottines qui renifflaient l'eau.»

(Goncourt: La Faustin.)

RENOUVELLEMENT. Argot de café-concert. Dans ces

établissements, le prix de la place occupée

donne droit à une «consommation» gratuite. Si

vous désirez prendre de nouvelles

consommations vous les payez suivant le tarif

des cafés ordinaires. Ce sont ces nouvelles

consommations oui prennent le nom de

renouvellement.—«Au dedans, la salle était

comble... les garçons ne savaient où donner de

la tête; les renouvellements pleuvaient. Les

bocks et les flacons vides s'amoncelaient sur les

comptoirs...» (Gaulois, 1882.)

RÉPARER. Argot des collèges et pensions. Réparer,

c'est apprendre à nouveau une leçon qui n'est

pas suffisamment sue.

REPOSOIR. Hôtel garni. Argot des voyous. «Les

garnis sont le plus bel ornement de la rue. Ils ont

aussi leurs noms: reposoirs ou assommoirs!»

Henri IV, 1882.)

REPOUSSER DU GOULOT. V. Delvau: Repousser du

tiroir.

RESPECTER SES FLEURS. Garder sa virginité. «Ma

sœur ne peut pas respecter ses fleurs jusqu'à la

fin du monde...» (Huysmans: Sœurs Vatard.)

REQUINQUAGE. Mise, accoutrement ridicule. «Elle ne

songeait pas le moins du monde à lui reprocher

son requinquage qui n'avait rien à voir avec la

dernière mode.» (Barot: Le fort de la halle.)

RESSORTS. Parties génitales de la femme.

RETAPER LE DOMINO (Se faire). Se faire arranger la

denture. On dit aussi Se faire repaver la rue du

bec.

REVERS (Faire un). Argot de Grecs. Perdre

volontairement en taillant une banque et céder la

place à un compère auquel on a le soin de

donner des séquences.

REVOLVER A DEUX COUPS. Arc rot des voyous. Le

membre viril.

REVOYURE (A la). Expression parisienne synonyme

de: Au revoir. «Les opinions sont libres... Comme

tu voudras... adieu... à la revoyure.» (Job:

L'homme à Toinon.)

REZ-DE-CHAUSSÉE (Petit). «On appelle petits rez-de-

chaussée les jeunes gens à la mode qui ont, en

quelque coin de Paris, un rez-de-chaussée, la

plupart du temps meublé avec un grand goût et

où les jolies visiteuses peuvent entrer. Les petits

rez-de-chaussée sont les élégants et les

gommeux du moment.» (Illustration, juillet 1887.)

RICHE (Être bien). Se griser.

RIGADE. Soulier.

RIGOLADE (Être à la). S'amuser. «Le vieux

ronchonnait contre les jeunes gens qui sont trop

à la rigolade, et pas assez à l'étude.» (Réveil du

Père Duchêne,1881.)

RIGOLO. Revolver. Argot du peuple. «Les expulsés

furieux cherchèrent à enfoncer la porte (du

cabaret). Vacheron sortit armé d'un bâton pour

les repousser. A ce moment, l'un des agresseurs

dit à Gauthier (un inculpé): Prends ton rigolo.»

(Le Droit, avril 1886.)

RINCER L'ŒIL (Se). Regarder complaisamment

quelque chose ou quelqu'un. «Depuis notre

arrivée, vous n'avez cessé de vous rincer l'œil de

toutes ces créatures éhontées...» (Chavette.) RINCLEUX. Avare. Terme d'atelier.

ROGNURE. «Quand le concours (du Conservatoire)

est achevé, quand le dernier élève a fini

d'envoyer son morceau, sa rognure, comme

disent ces jeunes gens dans leur argot, alors

vient se placer l'instant pénible et douloureux de

la délibération.» (Figaro, juillet 1884.)

ROND DE CUIR. Vieil employé. Fonctionnaire

inintelligent. S'endormir sur son rond de cuir, ne

pas faire son chemin.

RONDE DES GUEUX. «La police, en son argot

pittoresque, appelle ronde des gueux le voyage

circulaire qu'accomplissent autour de la capitale,

en bande organisée, les sans-logis de la

banlieue.» (National, janvier 1888.)

RONDIER. Surveillant. Il fait des rondes. Argot du

bagne.

RONGEUR. Voiture de place prise à l'heure.

ROSSIGNOLISER. Vendre des objets défraîchis, sans

valeur, des rossignols.

ROUEN (Faire un). Argot des commis de nouveauté.

Id est faire l'article à un client qui part sans

acheter; le Rouen c'est le client. «Ça paraît

vouloir s'allumer un peu, dit Hutin à Favier; je n'ai

pas de chance, il va des jours de guignon, ma

parole. Je viens encore de faire un Rouen; cette

tuile ne m'a rien acheté.» (Zola: Au bonheur des

Dames.)

ROUFLAQUETTE. Souteneur de bas étage.

ROULANTE. Fille publique. On dit plus communément

rouleuse.

ROULER LA BROUETTE A BIRIBI. Être envoyé dans un

régiment de discipline. Argot de caserne. «Il

amassa un nombre incalculable de jours de

consigne et de salle de police, et vint enfin,

comme disent les troupiers, rouler la brouette à

biribi, c'est-à-dire qu'il fut envoyé aux

compagnies de discipline.» (Triboulet, mars

1884.)

ROULIER. V. Delvau. Roulottier.

ROUPION. Commis de nouveautés. Il tient le milieu

entre le commis vendeur et le bistot.

ROUPILLON. V. Delvau. Roupilleur.

ROUPIOU. Dans les hôpitaux de Paris, étudiant en

médecine qui remplace bénévolement un externe

dans son service.

ROUSTONS. Le scrotum.

ROUTIÈRE. Prostituée qui exerce son métier sur les

grandes routes.

 

S

 

SAC (En avoir son). Ne plus pouvoir supporter

quelqu'un ou quelque chose. «Entre nous, le mari

d'Emma! j'en ai mon sac!» (Cadol: La colonie

étrangère.)

SAC A CHARBON. Prêtre,—dans l'argot des voyous.

«Le prêtre qui tout à l'heure leur a fait entrevoir

(aux enfants) la douce figure du Jésus

évangélique, ils le rencontrent; du coin d'un

carrefour, ils crieront: couac, l'appelleront

corbeau ou, d'un mot plus à la mode en ce

moment: sac à charbon.» (Figaro, août 1884.)

SACHET. Bas, chaussette.

SALBINET. Argot de l'Ecole Polytechnique. «Salbinet!»

crie un tambour, en ouvrant la porte d'une salle

où travaillent une dizaine d'élèves. Cela veut dire:

Le capitaine prie le sergent de la salle de passer

au cabinet du chef de service pour y entendre

une communication du commandant de l'école et

la transmettre à ses camarades.

SALÉ. Mordant, violent. «Le lendemain, M.

Cassemajou écrivait à M. Ventéjoul une lettre un

peu salée.» (Armand Silvestre.)

SALER (Se faire). Contracter une maladie vénérienne.

SALIR LE NEZ (Se). Se griser.

SALOPER. Argot des élèves de l'école des Beaux-

Arts. «La seule chose qui soit interdite, c'est de

saloper. Ne vous effarouchez pas de ce mot,

c'est le mot usuel, adopté. M. Dubois (le directeur

de l'école) met son nom au bas d'un avis dans

lequel on lit: Il est formellement interdit de saloper

avant tel jour. Qu'est-ce donc que saloper? C'est

entrer dans la loge les uns des autres pour y

formuler son appréciation sur l'œuvre du voisin.»

(Liberté, août 1883.)

SANDWICH. Le mot date de 1884, époque à laquelle

on vit à Paris, pour la première fois, de pauvres

diables se promener, moyennant une modique

rétribution, sur les boulevards et dans les

endroits les plus fréquentés avec deux grandes

pancartes, fixées l'une sur la poitrine et l'autre sur

le dos, pancartes sur lesquelles sont collées des

réclames de maisons de commerce. Le mot est

assez bien trouvé et la comparaison serait

encore plus juste si les malheureux qui exercent

cette industrie n'étaient haves et déguenillés et

ne rappelaient qu'approximativement le gros

jambon placé entre les deux tartines beurrées

qu'aimait si fort le comte Sandwich. «On s'amusa

d'abord des sandwiches qui déambulaient

mélancoliquement, à la file indienne, enserrés

dans des espèces de carapaces couvertes de

réclames bariolées.» (Dix-neuvième siècle,

décembre 1886.)

SANG DE BŒUF. Saladier de vin chaud. Argot du

peuple. «Assise à une table graisseuse, vis-à-vis

d'un homme en accroche-cœurs, elle aspire les

parfums grossiers d'un saladier de vin chaud,

d'un sang de bœuf, comme cela s'appelle là-

bas.» (Evénement, septembre 1885.)

SANSONNET. Gendarme. Argot des rôdeurs de

barrière.

SANTARELLE (Faire une). Argot des grecs. Lancer à

son partenaire les cartes aussi haut que possible

afin de pouvoir jeter un coup d'œil en dessous,

ce qui permet de les voir et de jouer en

conséquence.

SATISFAIRE (Se). Aller à la selle.—Copulare. «Sa faim

charnelle lui permettait d'accepter les rebuts de

l'amour. Il y avait même des soirs où, sans le

sou, et par conséquent sans espoir de se

satisfaire...» (Huysmans: A vau-l'eau.)

SAUMURIEN. Elève de l'Ecole de Saumur. «Tout

Saumurien qui se respecte ne lit que le Figaro,

l'Union et la Gazette de France.» (Nos farces à

Saumur.)

SAUVETTE. Argent.

SAVONNER. Argot de chanteurs. Faire des ports de

voix. «Mademoiselle S... a de l'habileté

quoiqu'elle ait savonné certains traits.» (Liberté,

1882.)

SCHNAPPS. Eau-de-vie.

SCOLO. C'est ainsi que le peuple, à Paris, appelle

l'enfant qui fait partie d'un bataillon scolaire.

Scolo est d'un usage courant. «Vous connaissez

les scolos, n'est-ce pas? C'est ainsi que l'on

nomme en langage populaire, les bataillons

scolaires.» (Liberté, février 1886.)

SCORPION. «On appelle ainsi, paraît-il, à l'école de la

rue des Postes, les minorés qui suivent les cours

des élèves.» (Figaro, avril 1887). Il a paru, en

1887, sous ce titre: Le Scorpion, un roman de M.

Marcel Prévost.

SÉCHER. Boire. «Sa plus grande privation était de ne

plus pouvoir sécher une douzaine de bocks

chaque soir.» (Figaro, 1882.)

SECOUER LE PETIT HOMME. Polluer.

SECOUSSE (N'en pas f... une). Argot militaire.

Paresser, ne rien faire. On dit plus

communément: N'en pas f... un coup.

SECOUER SES PUCES. Danser. «Elle s'était

trémoussée dans un ballet de la Porte-Saint-

Martin; maintenant, elle secouait ses puces,

comme elle disait élégamment, dans tous les

bastringues voisins.» (Gaulois, 1881.)

SEMAINE. Expression empruntée au service des

caporaux et des sous-officiers. Ex.: C'est à moi

que tu contes cela? je ne suis pas de semaine.—

Moyen expéditif de faire rompre un fâcheux.

(Ginisty: Manuel du parfait réserviste.)

SEMPERLOT. Tabac.—«Eh! Rocambole, par ici! Un

cornet de semperlot.» (Humbert: Mon bagne.)

SÉNATEUR. On appelle ainsi les malheureux qui, dans

les garnis du dernier degré, ont des planches

particulières au lieu de coucher à la corde. Ce

sont les richards de l'hôtel. La planche coûte un

sou par jour. (Voltaire, 1882.)

SERGENT DE CROTTIN. Sous-officier à l'Ecole de

Saumur. «Quant aux malheureux sous-officiers,

baptisés du nom poétique de sergents de

crotin...» (Nos farces à Saumur.)

SHOOTER. Qui fait partie d'une société de tir aux

pigeons. Shooting, tir aux pigeons. Encore

l'anglomanie. «Aucun des shooters qui

fréquentent le Gun Club n'a quitté Paris.» (Bien

Public, 1882.)—«Mon devoir de chroniqueur

m'oblige à signaler les épreuves internationales

qui viennent d'avoir lieu dans les deux grands

centres de shooting d'Outre-Manche.» (Union,

1882.)

SIBIGEOISE. Cigarette. «Parmi eux, pas une pipe;

c'est trop commun! La sibigeoise (cigarette), à la

bonne heure.» (Humbert: Mon bagne.)

SILOS. Punition infligée aux soldats des compagnies

de discipline.

SIPHON (Faire). Argot du peuple. Vomir.

SLAZE. Ivrogne.

SOCE. Société.

SOIRÉE BLANCHE. Soirée où il n'y a que des intimes,

où se trouve banni l'apparat des grandes

réceptions. «Chaque hiver, elle donnait plusieurs

grandes fêtes...; entre temps, elle conviait ses

intimes à des soirées blanches.» (H. Tessier:

Madame Vidocq.)

SOIREUX, SOIRISTE. Nous avions déjà les lundistes et

les salonniers, voici maintenant les soireux et les

soiristes (l'un et l'autre se dit ou se disent), c'est-

à-dire, dans le jargon du jour, les journalistes

chargés de faire ce genre d'articles, qu'Arnold

Mortier inventa dans le Figaro sous cette

rubrique: La Soirée parisienne. C'est, je crois, à

M. E. Bergerat que revient la paternité de ces

deux nouveaux vocables. «Quelles patraquées

petites femmes que vos confrères éminents, les

soireux sympathiques!» (France libre, janvier

1886.)

SOIXANTE-SIX. Variété de souteneur.

SOMMIER DE CASERNE. Fille à soldats.

SONNETTE. Auxiliaire, femme de service, chargée, à

la prison de Saint-Lazare, de se tenir à la

disposition des employées et des sœurs et de

répondre à leur appel. Les sonnettes vont

chercher dans les cours, dans les préaux, dans

les bâtiments et amènent dans les bureaux les

détenues dont on a besoin pour un service

quelconque.

SOUBROCHE. Souteneur. Argot des voyous.

SOUPER DE. Avoir assez de quelque chose. Argot

militaire.

SOURDE. Prison.

SOURNOISE. Dans le langage spécial des employés,

qu'ils appartiennent à une administration publique

ou particulière, la sournoise est ce que leurs

chefs et eux-mêmes appellent en style correct la

feuille de présence, feuille traîtresse sur laquelle

on doit plusieurs fois par jour et à des moments

imprévus apposer sa signature de façon à

prouver qu'on est bien à son bureau et non au

café voisin. Le plus souvent par une malchance

fréquente la sournoise passe quand la plupart

des employés sont illégalement absents.

SOUS-DERN. Argot des écoliers. Avant-dernier.

STARTER. Argot de courses. Celui qui donne aux

jockeys le signal au départ.

STRAPONTIN. Petit matelas en galette, étroit et plat.

STRAPONTIN. Ce mot, en langage très familier,

désigne l'objet de toilette que les femmes

appellent du nom de tournure. «Grande bataille!

Entre qui? Entre les strapontinistes et les

antistrapontinistes. On appelle strapontin en

langue fantaisiste, l'appendice proéminent que

les dames portent en ce moment au-dessous de

la taille.» (Monde illustré, novembre 1885.) (V. les

mots nuage et tapez-moi ça dans le

Supplément.)

SUBLIMEUR. Bon écolier.

SUBURBAIN. Le public qui suit les courses de chevaux

appelle ainsi dans son jargon particulier tout

champ de courses situé dans la banlieue de

Paris; celui de Saint-Ouen, par exemple. «Elle ne

manquait pas une journée de courses; oh! à

Longchamps et à Chantilly, tout au plus à

Vincennes; elle ne se commettait pas dans les

suburbains, là où l'écurie n'était pas

représentée.» (Vie Parisienne, septembre 1887.)

SUIFFARD. Argot de cercles, de tripots. Le suiffard est

un grec qui fréquente des établissements

borgnes, des tripots, des claque-dents. Suiffard

est en quelque sorte un diminutif de graisseur

(filou en argot) le suif étant fait avec de la

graisse.

SURFINE. Femme qui s'introduit chez les personnes

âgées et les vole sous prétexte de quêter en

faveur des pauvres.

SURMENEUSE. C'est ainsi qu'on désigne maintenant

les les filles à la mode. Elles surmènent de toutes

façons les heureux mortels qu'elles ont daigné

distinguer. Allusion au surmenage intellectuel

dont on parle tant aujourd'hui. «Une voiture

emportant une de nos surmeneuses connues

croise une victoria où sont deux de ses

collègues.» (Charivari, nov. 1888.) SURNU. Surnuméraire. Argot des employés

d'administration, en général.

 

T

 

TABLEAU DES IDIOTS (Être sur le). Être pourvu d'un

conseil judiciaire. Jargon des clercs de notaire.

On sait que dans chaque étude se trouve à la

disposition du public, un tableau ou un livre sur

lequel figurent les interdits, les prodigues, tous

ceux enfin qui ne jouissent pas de la plénitude de

leurs droits.

TALA. Elève de l'Ecole normale ayant des principes

religieux et pratiquant.

TAMBOUILLE. Delvau donne à ce mot le sens de

ragoût, de fricot, ce qui est exact; tambouille

s'emploie aussi chez les soldats d'Afrique qui

appellent ainsi leur gamelle.

TAPEZ-MOI ÇA. Le tapez-moi ça, désigne dans le

langage plus que familier cet objet de toilette

qu'on nomme une tournure. «Voici que nous

sommes toutes contraintes de porter la tournure,

l'ajustement qu'on a appelé irrévérencieusement

le tapez-moi ça.» (Gil Blas, octobre 1885.) On dit

aujourd'hui nuage; v. Supra.

TAMPONNER LE COQUILLARD. (Se). Se moquer de.

TAMPONNER. Rudoyer. «Ah! tu me tamponnes,

s'écrie-t-il, je te reconnaîtrai à la prochaine.»

(Figaro, 1880.)

TAPE-CUL. Argot militaire. Manœuvre sans étriers.

TAPER (Se). Se voir refuser quelque chose; s'en

passer.—Se masturber.

TAPEUSE. Prostituée qui, sans faire payer ses

services, emprunte aux clients des sommes plus

ou moins élevées qu'elle ne rend bien entendu

jamais. (Réveil.)

TATEUR. Fausse clef.

TAUPINER. Assassiner.

TÉLÉGRAPHE (Faire le). «A cette énumération il faut

ajouter le truc du télégraphe qui s'emploie pour

tous les jeux de cartes. Faire le télégraphe,

envoyer le duss ou le sert (V. Delvau, Sert), c'est

faire connaître au complice qui tient les cartes, le

jeu de la victime derrière laquelle on se tient à cet

effet en paraissant prendre un grand intérêt à sa

partie.» (Henri IV, 1881.)

TENIR. Argot théâtral. Tenir l'affiche, se dit d'un auteur

qui a du succès et dont les pièces reparaissent

souvent sur l'affiche. «Voici maintenant dix-sept

ans bien comptés qu'il (M. V. Sardou) tient

l'affiche, comme on dit dans le familier langage

des coulisses.» ( er Revue des Deux-Mondes , 1

mars 1877.)

TÉNOR. Argot de journaliste. Ecrivain qui rédige

habituellement l'article de tête du journal.

TERRASSE. La partie du trottoir envahie par les tables

et les chaises de MM. les cafetiers.

TÊTE A L'HUILE. Chef de la figuration dans un théâtre.

TÊTE DE PATÈRE. Variété de souteneur.

TÊTE DE PIPE. Idiot. La variante est: moule à chenets.

TIERCE. Argot de bagne. Bande d'individus.

TIFFES. Cheveux.

TOMBAGE. Critique, éreintement. Mot très familier. (V.

Tomber dans le corps du Dictionnaire.) «On

s'attendait à un rapport de M. M... et à un

tombage du préfet et l'on s'est perdu dans des

broutilles.» (Gil Blas, juillet 1886.) TOMBER DANS LA DÈCHE. (V. Delvau au mot Dèche.)

«Certains naïfs libidineux se laissent duper par

les macettes qui ont la spécialité de fournir aux

bons jeunes gens tout ce qu'il y a de mieux en

fait de femmes du monde tombées dans la

dèche.» (Figaro, mars 1887.)

TOMPIN. Tompin qui, en 1882, n'était qu'un adjectif a

passé depuis au rang de substantif argotique et

est devenu synonyme d'homme élégant, à la

mode. Au féminin on dit, ou plutôt on a dit (car le

mot n'est plus usité) tompinette. «Le vrai bel air

est aujourd'hui de s'étudier à paraître simple et

de laisser aux tompins et aux tompinettes les

exhibitions de quatre ou cinq toilettes par jour.»

(Figaro, août 1885.)

TOPO. Circulaire; proposition, motion. Argot des

élèves de l'Ecole polytechnique.

TOQUARD. Argot de courses. Cheval sur lequel on a

placé son argent, d'inspiration, sans savoir

pourquoi. «Il y a trois manières de jouer très en

usage. L'inspiration, c'est-à-dire prendre un

toquard, parce qu'il porte le nom de la personne

aimée, celui de votre chien ou le numéro d'un

cabinet particulier...» (Vie parisienne, juin 1884.)

TORCHÉE. Coups. Rixe.

TORCHER. Faire vite et mal.—Manger. Torcher les

plats. Avoir appétit.

TORCHON. Argot de cabotins. La toile, le rideau.

TORTILLER LE CARTON. Jouer aux cartes. «Parfois

deux sociétés font alliance pour tortiller le carton.

C'est l'expression consacrée par les joueurs de

besigue, de piquet à quatre, ou de rams.»

(Réveil, 1882.) V. Delvau: Carton. TORTILLER LA VIS. Étrangler. «Je l'avais prévenu que

s'il faisait un mouvement, j'allais lui tortiller la

vis.» (Gazette des Tribunaux, 1864.)

TORTORAGE. Nourriture.

TOUPIE. Dame d'un jeu de cartes.

TOUR (La). La Préfecture de Police.

TOUR DE CLEF (Se donner un). Se reposer, se refaire,

se mettre au vert. «Apollinaris est venu passer

cinq ou six semaines à Aix-les-Bains, histoire de

se redonner un tour de clef.» (Raoul Nest: Les

mains dans mes poches.)

TOURLOUSINE (Administrer une). Battre, rouer de

coups. Argot des rôdeurs. «Les inculpés

reconnaissent qu'ils ont été chargés par l'inconnu

de frapper M. P..., de lui administrer une

tourlousine, dit Zulpha (un des inculpés).»

(Autorité, janvier 1888.)

TOURNÉE PASTORALE. Tournée qui a lieu en bande, le

soir, après un bon dîner, dans des maisons

hospitalières. La tournée pastorale implique

ordinairement la flanelle.

TOURNE-VIS. Gendarme. Argot des malfaiteurs. «Le

gendarme est naturellement l'obsession du repris

de justice; il le voit partout et l'a baptisé d'un nom

caractéristique; le tourne-vis.» (Figaro, février

1885.)

TRAIN (Être dans le). Suivre les caprices de la mode;

accepter toutes les innovations. Nous avions déjà

dans la langue familière: être dans le

mouvement, suivre le mouvement, cela ne suffit

plus et, le progrès aidant, il faut être aujourd'hui

dans le train!—«Je crois devoir avertir Monsieur

qu'il n'est plus dans le train.—...?—Encore un

progrès, Monsieur, les voyages n'ont rien à faire

ici; être dans le train veut dire: suivre le progrès.»

(National, décembre 1886.)

TRAIN JAUNE. «Elles (les femmes de mœurs faciles)

commencent à persiller dans les trains de

chemins de fer; il y en a même qui ne font

qu'exploiter les trains jaunes qui emmènent

chaque samedi de Paris, pour les ramener le

lundi, les commerçants dont les femmes sont aux

bains de mer.» (Figaro, 1882.)

TRAINARDS (Faire les). Argot des cercles, des tripots.

C'est ramasser les masses, les jetons oubliés sur

les tables de jeux.

TRANCHE (En avoir une). Être inintelligent.

TRANSVERSALE. Argot de joueurs. On joue la

transversale, quand, à la roulette, on place son

enjeu transversalement, c'est-à-dire sur la ligne

qui sépare deux numéros entre eux.

TRAVAILLEUR. Voleur.

TRÈFLE! Argot des enfants. (V. Pouce.)

TRÈFLE. Argent monnayé. Argot des gavroches.

TREMBLEUSE. Sonnette électrique.

TRIMARDEUR. Voleur de grand chemin. (V. Delvau:

Trimar.)

TRIMBALLEUR DE ROUCHIES. Souteneur.

TRINQUER. Ce verbe, qui, dans l'argot, a le sens

propre de être battu, s'emploie aussi au figuré

comme synonyme de: être malmené, être tancé.

«Il faut que M. B... (qui a fortement trinqué dans

cette séance) et les actionnaires résilient leurs

baux.» (Intransigeant, sept. 1888.)

TRIPATOUILLER. Manier maladroitement quelque

chose; mêler, embrouiller, rendre confus, tripoter.

N'en déplaise à M. Bergerat qui a lancé ce verbe

au commencement de cette année 1888, ce mot

est un barbarisme, barbarisme voulu, je le veux

bien, mais enfin barbarisme. Que ne se servait-il

pour exprimer sa pensée, du mot touiller, inusité

aujourd'hui, sauf dans le centre de la France, où

il signifie crotter, salir. Touiller a ses quartiers de

noblesse puisqu'au temps de Charles VII, c'est-à-

dire au e XV siècle, on l'employait aux sens de

salir et brouiller. Il y avait même le substantif

touilleur, brouillon, qu'on trouve dans Cotgrave et

qui est aujourd'hui remplacé par tripatouilleur. On

a même inventé tripatouille et tripatouillage.

 

«Il (M. Bergerat) a accusé M. Porel, directeur du théâtre de l'Odéon, d'avoir voulu tripatouiller dans sa comédie. Notez le verbe, il est pittoresque.» (Illustration, janvier 1888.)

 

«C'est à vous, Caliban, à qui je veux parler. Vous avez un défaut que je ne puis céler.

Vous créez chaque jour quelque néologisme Qui n'est, le plus souvent, qu'un affreux barbarisme. Ainsi tripatouillage est votre enfant nouveau; Tripatouille est de mode. On ne sait ce qu'il vaut Mais on s'en sert......

On dit: je tripatouille et nous tripatouillons. Tripatouiller est donc le vocable à la mode.»

(Événement, janvier 1888.)

 

TROIS-PONT. Casquette en soie assez haute; à

l'usage de MM. les voyous. «Je les (les

Alphonses) rencontre encore qui rôdent en

bande, les cheveux effilés, en corne de bœuf, sur

les tempes obscurcies par le trois-pont.»

(Huysmans: Une goguette.)

TROLIER. Individu, commissionnaire qui va offrir de

porte en porte aux marchands de meubles le

travail de l'ouvrier qui est à son compte. Dans

l'argot du faubourg Saint-Antoine on appelle cet

ouvrier un choutier.

TRONC D'ARBRE. Nervure de la feuille de tabac que

l'on trouve dans le scaferlati non trié. (V.

Peuplier.)

TRUC (Faire le). Argot des filles. Raccoler.

TRUQUEUR. Individu du troisième sexe qui vit de

son... industrie.

TUILER. Regarder quelqu'un d'un œil soupçonneux.

TURBAN (Valeur à). Valeur turque. «Les valeurs à

turbanrésistent difficilement.» (Presse, 1882.)

TUTOYER. Dérober; on dit aussi effaroucher.

TUYAU. Argot de sport. Renseignement. «De plus,

sportwoman passionnée et renseignée

admirablement. Elle possède, comme on dit, les

meilleurs tuyaux.» (Gazette de Cythère, journal,

1882.)—En argot financier, avoir un tuyau signifie

avoir reçu confidence d'un mouvement préparé

par les banquiers, maîtres du parquet.

«Rachetons, avait dit Léontin.—Pas encore, avait

répondu le fils Marleroi. Ça n'est pas fini. La

panique gagne les départements. J'ai un tuyau.

Nous pouvons racheter plus bas encore.» (Cadol,

La colonie étrangère.)

 

U

 

UN, DEUX, TROIS, etc... Argot théâtral. Acte premier,

deuxième, troisième, etc... d'une pièce. «A partir

du quatre, mademoiselle Sarah Bernhardt est

supérieure à elle-même.» (Evénement, 1882.) «Il

suffit d'obtenir un engagement de M. Montrouge

et de venir annoncer à la fin du deux que le dîner

est servi.» (Evénement, 1881.) C'est le deux, le

trois, qui marche. C'est le deuxième, le troisième

acte que l'on joue.

URBAINE. Fiacre; voiture de place appartenant à la

Compagnie dite l'Urbaine. «Une Urbaine accoste,

une tête de femme paraît à la portière.» (Vie

Parisienne, 1882.)

 

V

 

VACHARD. Paresseux, fainéant; qui s'étend

paresseusement comme une vache au lieu de

travailler.

VACHE. Qui se vend à la police, mouchard.

VACHER. Paresser.

VALSER DU BEC. Avoir l'haleine fétide.

VANDALE. Poche vide.

VAUTOUR. Grec. «Tous les joueurs ont commencé par

être d'honnêtes joueurs; ils ont été pigeons avant

d'être vautours.» (Henri IV, 1881.)

VELOURS (Jouer sur le). Cette expression fait aussi

partie de l'argot du turf. «En Angleterre, les

grandes écuries ont presque toutes une

personne de confiance qui s'occupe

spécialement des paris à faire sur leurs chevaux.

Ces spécialistes ont besoin d'aides, car si l'on

donne de gros ordres, il faut qu'ils soient

exécutés simultanément dans les divers cercles

de Londres.

 

De cette façon, on écrème le marché dans une matinée et quand le cheval sur lequel on fonde des espérances arrive en bon état au poteau, on peut le rendre à une cote très inférieure et, de cette façon, gagner beaucoup en ne risquant guère. C'est ce qu'on appelle en argot du turf: jouer sur le velours.» (Charivari, avril 1884.) VENDÔME. «Il est défendu (à Nouméa) de jouer à des

jeux de hasard. Cependant, toutes les nuits, dans

l'une de ces chambrées, on joue le vendôme,

sorte de lansquenet spécial.» (Nouvelle Revue,

1 er avril 1884.)

VENTRE D'OSIER. Homme maigre. On dit aussi sac

d'os.

VERRE EN FLEURS (Donner un beau). Donner de

belles cartes à son adversaire. «Cette locution

n'a cours que dans les tripots et parmi les joueurs

qui les fréquentent. «Je vous ai relevé par un

beau verre en fleurs,» c'est-à-dire que je vous ai

distribué de belles cartes pour vous donner du

courage, vous allumer, vous faire augmenter

votre enjeu.» (Belot: Le Roi des Grecs.)

VERSEUSE. «Il fréquente les établissements dits cafés

à femmes, où les garçons sont remplacés par

des demoiselles appelées verseuses.»

(Frondeur, 1880.)

VÉSUVE (Faire son). Faire des manières, des

embarras; poser. «Plantin, rappelle-toi que le vol

conduit aux plus grandes fautes et même au vice!

—Plantin: Fais donc pas ton Vésuve!...» (Petit

Journal.)

VÉSUVER. Donner largement, libéralement. «Tu as un

nourrisseur qui te vésuve des jaunets quand tu lui

dis: Mon Prince.» (Huysmans: Sœurs Vatard.)

VEUVE. Non conformiste qui se prête... aux plus

bizarres exigences.

VIATIQUE. «Littré appelle viatique l'argent qu'on donne

aux religieux pour leurs dépenses de voyage.

Enlevez les religieux, expulsez-les, remplacez-les

par des joueurs et vous aurez la véritable

signification du mot en langage monégasque.»

(Revue politique et littéraire, 1882.) VIATIQUE VERT. Absinthe. «Le commandant Monistrol

se versant, au moment d'expirer, le viatique

vert.» (Th. de Banville.)

VIDER. Assommer, tuer. «On dut s'interposer; la mère

Teston perdant toute mesure, ne parlait de rien

moins que de le vider. (Huysmans: Sœurs

Vatard.)

VIGOUSSE. Vigueur, entrain. «Ça ne va pas, mais ça

ne va pas du tout aujourd'hui... pour l'amour de

Dieu, Mesdames et Messieurs, un peu de

vigousse, donc!...» (De Goncourt: La Faustin.)

VIEILLISSEUSE. «J'ai fait la connaissance d'une vieille

femme qui exerce aujourd'hui la profession de

vieillisseuse... nos boulevards, vous le savez,

sont sillonnés de petites marchandes d'amour

que leur extrême jeunesse expose souvent aux

indiscrétions de la police... A l'aide de certains

onguents, elle (la vieillisseuse) parvient à donner

aux traits trop tendres des gamines l'expression

d'un visage de 18 à 25 ans.» (Figaro.)

VINAIGRETTE. Argot des voyous et des malfaiteurs. La

vinaigrette est cette voiture, peinte en vert foncé,

que nous avons vu circuler par les rues et qui va

prendre dans les différents postes de police, pour

les conduire au Dépôt près la Préfecture, les

personnes qui, après avoir été arrêtées, sont

retenues par le commissaire de police ou le chef

de poste.

VINASSE. Vin.

VINGT-HUIT JOURS. Soldat faisant la période

d'exercice exigée de ceux qui font partie de la

réserve de l'armée active, parce que cette

période dure vingt-huit jours. On dit aussi

réservoir.

VISQUEUX. Souteneur de bas étage. VITRINE (Faire). Se parer, se faire beau,

s'endimancher.

V'LAN. «Au temps où le Grand-Seize s'emplissait

chaque soir, au café Anglais, d'une société qu'on

ne remplacera pas, car les gens d'esprit d'alors

ont été remplacés par des imbéciles, on avait

trouvé mieux que pchutt. On disait de quelqu'un,

homme ou femme, qui se distinguait par une

attitude, par un parti pris, un laisser-aller, une

originalité tranchée: Il a du v'lan! Elle a du v'lan.

C'était net, cassant, absolu.» (Evénement, 1883.)

—Ce terme, abandonné depuis longtemps, vient

de reprendre faveur.—«Soirée dansante très

réussie, très animée et très v'lan hier, chez la

comtesse de L.» (Gil Blas, 1883.)

VOLAILLE. Terme de mépris à l'adresse d'une femme

quelconque.—Etudiant, dans le jargon des

écoles. «Des collégiens et quelques étudiants;

des volailles, comme on dit sur la montagne

Sainte-Geneviève.» ( e XIX Siècle.)

VOYANTE. «Un autre type amusant (à la roulette de

Monaco) c'est la Voyante. Elle indique les

numéros qui vont sortir et se loue moyennant 20

francs par heure.» (Revue politique et littéraire,

1882.)

VOYAGEUR SEC. Voyageur qui ne fait aucune dépense

dans l'hôtel où il est descendu.

VOYAGEUSE. Femme galante qui travaille (?) sur les

paquebots et les lignes de chemin de fer.

VRIGNOLE. Viande.

 

W

WATERLOO (Avoir son). «Il (M. Ad. Belot) lui restait à

étudier pour la dernière partie de son drame le

grec en liberté. Il s'adressa pour cela à un ancien

inspecteur du service des jeux... Cet inspecteur

lui apprit, entre autre révélations étonnantes, qu'il

y avait, à Paris seulement, plus de deux mille

grecs, parfaitement connus et classés à la

Préfecture et que malgré la vigilance la plus

excessive, il y avait bien peu de cercles, même

parmi les plus grands, qui n'eussent eu leur

Waterloo. Un cercle qui a son Waterloo, en

langage technique, est un cercle où l'on prend un

grec la main dans le sac. (Figaro, 1883.)

WATRINER. Tuer, assassiner et, par extension,

détruire, renverser par force. Allusion au meurtre

que commirent, au mois de février 1886, les

mineurs de Decazeville sur la personne de leur

sous-directeur, M. Watrin, dont ils prétendaient

avoir à se plaindre.

 

«Il ne manque dans ma boutique

Que le tonnerre et les éclairs

Pour watriner toute la clique

Des exploiteurs de l'univers.»

(Gazette anecdotique, février 1887.)

 

«En avant! et watrinez les obstacles qui entravent votre mouvement. (Grève sociale, février 1886.)

De watriner on a fait watrinade qui, pour les révolutionnaires, est synonyme de vengeance, de représailles et qui, pour les honnêtes gens, signifie tout simplement crime, meurtre, assassinat. «Hier encore, un ouvrier jugeait à propos de tirer sur son patron. Le Cri du Peuple, naturellement, exalte le courage de l'assassin et qualifie de watrinade ce qui est un crime.» (Parti national, mars 1887.)

Z

 

ZINGUOT. Hangar, préau. Jargon de l'Ecole de Saint-

Cyr.

ZUTANT. Ennuyeux. «C'est rien zutant d'n'être pas

libre.» (Evénement, août 1885.)

Continuer : partie 5 sur 5