Dictionnaire érotique moderne
Aux Esprits Libres
DICTIONNAIRE ÉROTIQUE
MODERNE
PAR
UN PROFESSEUR DE LANGUE VERTE
(Alfred Delvau)
Nouvelle édition, revue, corrigée
considérablement augmentée par
l’auteur et enrichie de nombreuses
citation
BALE
IMPRIMERIE DE KARL SCHMIDT
AUX ESPRITS LIBRES
Quand nous sommes entre nous, en petit comité, nous
n’avons pas besoin de nous gêner; aussi arrive-t-il
souvent, comme dit Gresset dans son Vert-Vert, que les
f., les b. voltigent sur notre bec. Quand quelqu’un nous
ennuie, nous lui disons: Tu m’entrouducutes, va te faire
foutre. Quand nous voulons dire qu’un individu témoignait
le désir de se comporter avec une femme de la manière
la plus satisfaisante pour elle, au lieu de faire toute cette
longue périphrase, nous disons: Il bandait comme un
carme. Quand nous voulons exprimer tout le contraire,
nous disons que c’est un vit mollet, un bande-à-l’aise. Un
homme qui a du courage est un homme qui a des couilles
au cul, etc.
Pour un étranger, tout cela est de l’hébreu. Il faut un
dictionnaire pour comprendre les mots en usage; mais ne
comptez pas sur celui de l’Académie, 6me et dernière
édition; MM. les académiciens n’ont pas assez de couille
pour avouer de pareils termes. Il faut quelques hommes
d’esprit supérieur qui se dévouent.
Pour la langue française, nous avions déjà le
dictionnaire intitulé: Erotica verba de M. de L’Aulnaye; ce
dictionnaire se trouve à la suite de l’édition de Rabelais
publiée par Desoer en 1820. Il est certainement très utile,
mais il ne donne pas beaucoup d’expressions contenues dans d’autres auteurs contemporains de Rabelais ou plus
modernes que lui. M. Auguste Scheler, l’érudit distingué,
le savant bibliothécaire du roi des Belges, crut devoir,
pour ce motif, refaire à nouveau ce dictionnaire, et il
publia en 1861, sous le pseudonyme de Louis De
Landes, son Glossaire érotique de la langue française
(Bruxelles, pet. in-8o de XII 396 p.).—Notre excellent et
spirituel ami Alfred Delvau voulut aussi refaire à nouveau
ce travail; car lui, il avait eu le courage de descendre
dans les bas-fonds sociaux, dans les bordels, dans les
bastringues, dans les halles. Là, il avait recueilli nombre
d’expressions pittoresques inconnues à ses devanciers. Il
publia la première édition de son Dictionnaire en 1864.
Tirée à petit nombre, elle fut promptement enlevée. Elle
donna lieu à de nombreuses contrefaçons et à de fort
mauvaises imitations. Delvau cependant avait préparé
une seconde édition de son œuvre, plus châtiée et plus
complète que la première, lorsque la mort nous l’enleva,
en 1867. Nous recueillîmes ses épaves avec soin, et
nous en faisons faire aujourd’hui, à petit nombre, une
impression soignée pour les esprits libres et éclairés.
Delvau n’a pas eu le temps de faire une nouvelle
préface pour sa nouvelle édition; nous allons, en
conséquence, reproduire simplement la judicieuse
Introduction de sa première édition. Nous la ferons suivre
du remarquable Avant-propos placé par M. Auguste
Scheler à la tête de son Glossaire érotique. Enfin, nous
ajouterons, rivalisant avec les deux précédentes, la
préface placée par Moncrif à la tête du Recueil du
Cosmopolite; c’est l’une des plus spirituelles pièces de cet ingénieux écrivain, et en même temps une des plus
rares et qui a rapport au sujet dont nous nous occupons:
la petite révolte de la liberté de l’esprit contre les préjugés
plus encore que contre les conventions sociales.
Un mot encore, et nous terminons. Dans la nouvelle
édition, on remarquera que l’auteur s’est réellement borné
cette fois au langage moderne et qu’il n’est pas remonté
plus haut que Marot et Rabelais.
Il a négligé beaucoup de fantaisies niaises,
prétentieuses et inusitées de quelques auteurs modernes,
comme Nerciat, Rétif, la Tour du Bordel, ou d’argots de
voleurs, de chiffonniers, etc.; par exemple, les mots inir
(de Nerciat) hubir (de la Tour), pante, sinve (qui se
trouvent dans le dictionnaire d’argot de Larchey), etc.
Enfin, il a supprimé quelques mots qui se retrouvent
dans les dictionnaires français usuels: libidineux, lascif,
impudicités, tendron, autel de la volupté, calice, etc.
C’était superflu à répéter.