Dictionnaire érotique moderne

Alfred Delvau · Chapitre 2 sur 4

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Dictionnaire érotique moderne

Avant-Propos

 

(du Glossaire érotique)

 

Il faut avoir un certain courage pour faire un livre

comme celui-ci; car, tout d’abord, la plupart des

personnes qui l’ouvriront s’empresseront de le rejeter

comme un tissu d’obscénités, qu’un homme qui se

respecte n’aurait jamais dû mettre au jour. Pour

beaucoup de gens, sans doute, la première impression

sera telle; mais pour ceux qui voudront un peu réfléchir,

ils reconnaîtront bientôt qu’il y a un but utile dans cette

publication; qui n’est faite ni pour les jeunes filles, ni pour

les écoliers.

 

Pendant plusieurs siècles, on n’attacha aucune idée

malhonnête à une multitude de mots et d’expressions qui

sont actuellement bannis de la bonne compagnie, et les

hommes les plus graves les employaient sans que

personne y trouvât à redire. Peu à peu, on a trouvé que

certains mots devaient être bannis de la langue, et on les

a remplacés par d’autres, ou bien par des périphrases qui

expriment, il est vrai, la même idée, mais en bannissant le

scandale. C’est sans doute une singulière manière de voir

que de regarder un mot comme obscène, et non pas ce

qu’il veut dire; car il semblerait raisonnable de ne blâmer

dans un écrit que les pensées qui y sont reproduites, et

de ne taxer qu’elles seules d’immoralité, sans s’attacher aux mots, qui ne sont que le moyen de rendre les idées

palpables. Mais, enfin, la coutume est ainsi établie, et il

faut s’y soumettre, sous peine d’être honni. Un auteur qui

ne se conformerait pas à cet usage ne serait pas lu, et,

de plus, il irait faire un tour en police correctionnelle.

Aussi n’avons-nous point le projet de vouloir réformer le

monde et de changer sa manière de voir sur un sujet qui

a été traité par Bayle beaucoup mieux que nous ne le

pourrions faire.

La manière actuelle d’écrire ne doit cependant pas faire

proscrire la littérature du XIIe e au XVII siècle, et empêcher

de lire des écrivains distingués, qui n’ont commis d’autres

fautes que d’employer dans leurs écrits des mots dont on

se servait dans toutes les classes de la société. Tous les

dictionnaires ayant soin de bannir de leurs colonnes les

mots réprouvés, il arrive que bon nombre d’expressions

employées autrefois deviennent inintelligibles pour les

lecteurs, qui ne les entendent pas dans la conversation.

Cet inconvénient se fait surtout sentir pour les étrangers,

car les nationaux ont parfois occasion de les entendre

employés par le peuple. Il semble donc que la publication

d’un glossaire érotique doit être accueillie favorablement

par tous ceux qui veulent lire notre ancienne littérature, et

qui sont désireux de bien comprendre les écrivains qui

n’ont eu d’autre tort que d’appeler un chat un chat, et qui,

sous des obscénités apparentes, ont souvent caché des

leçons de morale et de philosophie, que les persécutions

religieuses les empêchaient de publier ouvertement.

 

C’est donc à la partie sérieuse des gens lettrés que

nous nous adressons, notre unique but étant de rendre plus familière la lecture d’écrivains d’un grand mérite.

Certains d’entre eux, il est vrai, ont été publiés avec un

glossaire spécial; mais, en général, il est fort incomplet,

surtout en ce qui regarde les termes érotiques. Et puis

ces explications manquent presque toujours dans les

anciennes éditions, qui sont actuellement fort

recherchées.

 

Dans cet ouvrage, tous les mots sont imprimés en

entier, aucune lettre n’étant remplacée par des points; car

cette coutume semble s’éloigner tout à fait du but qu’elle

se propose. Que veut-on, en effet? Que l’attention ne se

fixe pas sur des mots qu’on regarde comme

déshonnêtes. Et, de bonne foi, est-il meilleur moyen de l’y

fixer que de ne pas imprimer le mot tout entier,

puisqu’alors on est forcé de faire des efforts d’imagination

pour retrouver ce qui a été omis, tandis que s’il en était

autrement on n’y ferait que fort peu d’attention, l’examen

ne se portant que sur la pensée exprimée dans la phrase

qu’on lit. On croirait vraiment que ce moyen a été inventé

par quelque libertin.

 

Quant à l’orthographe, nous avons suivi en général

celle qui est adoptée actuellement, celle des temps

anciens étant si variable, même dans le même auteur,

que nous n’aurions su laquelle choisir. Seulement, nous

avons indiqué toutes les manières diverses

d’orthographier le même mot, en renvoyant pour les

explications et les citations à celui qui est écrit à la

moderne.

L’A