Dictionnaire érotique moderne
Avant-Propos
(du Glossaire érotique)
Il faut avoir un certain courage pour faire un livre
comme celui-ci; car, tout d’abord, la plupart des
personnes qui l’ouvriront s’empresseront de le rejeter
comme un tissu d’obscénités, qu’un homme qui se
respecte n’aurait jamais dû mettre au jour. Pour
beaucoup de gens, sans doute, la première impression
sera telle; mais pour ceux qui voudront un peu réfléchir,
ils reconnaîtront bientôt qu’il y a un but utile dans cette
publication; qui n’est faite ni pour les jeunes filles, ni pour
les écoliers.
Pendant plusieurs siècles, on n’attacha aucune idée
malhonnête à une multitude de mots et d’expressions qui
sont actuellement bannis de la bonne compagnie, et les
hommes les plus graves les employaient sans que
personne y trouvât à redire. Peu à peu, on a trouvé que
certains mots devaient être bannis de la langue, et on les
a remplacés par d’autres, ou bien par des périphrases qui
expriment, il est vrai, la même idée, mais en bannissant le
scandale. C’est sans doute une singulière manière de voir
que de regarder un mot comme obscène, et non pas ce
qu’il veut dire; car il semblerait raisonnable de ne blâmer
dans un écrit que les pensées qui y sont reproduites, et
de ne taxer qu’elles seules d’immoralité, sans s’attacher aux mots, qui ne sont que le moyen de rendre les idées
palpables. Mais, enfin, la coutume est ainsi établie, et il
faut s’y soumettre, sous peine d’être honni. Un auteur qui
ne se conformerait pas à cet usage ne serait pas lu, et,
de plus, il irait faire un tour en police correctionnelle.
Aussi n’avons-nous point le projet de vouloir réformer le
monde et de changer sa manière de voir sur un sujet qui
a été traité par Bayle beaucoup mieux que nous ne le
pourrions faire.
La manière actuelle d’écrire ne doit cependant pas faire
proscrire la littérature du XIIe e au XVII siècle, et empêcher
de lire des écrivains distingués, qui n’ont commis d’autres
fautes que d’employer dans leurs écrits des mots dont on
se servait dans toutes les classes de la société. Tous les
dictionnaires ayant soin de bannir de leurs colonnes les
mots réprouvés, il arrive que bon nombre d’expressions
employées autrefois deviennent inintelligibles pour les
lecteurs, qui ne les entendent pas dans la conversation.
Cet inconvénient se fait surtout sentir pour les étrangers,
car les nationaux ont parfois occasion de les entendre
employés par le peuple. Il semble donc que la publication
d’un glossaire érotique doit être accueillie favorablement
par tous ceux qui veulent lire notre ancienne littérature, et
qui sont désireux de bien comprendre les écrivains qui
n’ont eu d’autre tort que d’appeler un chat un chat, et qui,
sous des obscénités apparentes, ont souvent caché des
leçons de morale et de philosophie, que les persécutions
religieuses les empêchaient de publier ouvertement.
C’est donc à la partie sérieuse des gens lettrés que
nous nous adressons, notre unique but étant de rendre plus familière la lecture d’écrivains d’un grand mérite.
Certains d’entre eux, il est vrai, ont été publiés avec un
glossaire spécial; mais, en général, il est fort incomplet,
surtout en ce qui regarde les termes érotiques. Et puis
ces explications manquent presque toujours dans les
anciennes éditions, qui sont actuellement fort
recherchées.
Dans cet ouvrage, tous les mots sont imprimés en
entier, aucune lettre n’étant remplacée par des points; car
cette coutume semble s’éloigner tout à fait du but qu’elle
se propose. Que veut-on, en effet? Que l’attention ne se
fixe pas sur des mots qu’on regarde comme
déshonnêtes. Et, de bonne foi, est-il meilleur moyen de l’y
fixer que de ne pas imprimer le mot tout entier,
puisqu’alors on est forcé de faire des efforts d’imagination
pour retrouver ce qui a été omis, tandis que s’il en était
autrement on n’y ferait que fort peu d’attention, l’examen
ne se portant que sur la pensée exprimée dans la phrase
qu’on lit. On croirait vraiment que ce moyen a été inventé
par quelque libertin.
Quant à l’orthographe, nous avons suivi en général
celle qui est adoptée actuellement, celle des temps
anciens étant si variable, même dans le même auteur,
que nous n’aurions su laquelle choisir. Seulement, nous
avons indiqué toutes les manières diverses
d’orthographier le même mot, en renvoyant pour les
explications et les citations à celui qui est écrit à la
moderne.
L’A