Figures et choses qui passaient
Chapitre IV
Pendant le retour – forcément mélancolique, parce que la promenade était finie, parce que je voyais de nouveau poindre pour demain matin la narration latine avec l'insecte en fureur – j'insinuai à l'oreille de ma petite amie de venir me chercher encore une fois avant la rentrée si prochaine, ce qu'elle voulut bien me promettre.
IV
Oh ! misère ! il faudrait déchirer ce soir le dernier feuillet des jours en papier rose !…
Et j'étais là, après le déjeuner, peinant sur cette composition latine, guère plus avancée qu'au lundi de Pâques, lorsqu'on m'avertit que la petite Jeanne m'attendait en bas pour m'emmener dans son jardin du faubourg.
Mais mon père survint, qui regarda mon cahier, avec consternation et s'opposa à la promenade :
– Qu'il finisse d'abord sa narration, dit-il ; après, il ira la rejoindre.
Mon Dieu !…Et c'était le dernier jour !… A l'idée de manquer cette occasion, qui ne s'offrirait plus, de passer une après-midi avec Jeanne, dans son grand jardin pourtant si triste, je me sentais en révolte et en désespoir.
Donc, je m'y attelai avec rage, à ce canevas ; j'y introduisis des zéphirs, des papillons, des roses purpurines et des fleurs d'un rouge punique. Puis, j'en arrivai à la phrase presque finale : « Et l'insecte en fureur… » Se débattre, dans mon gros dictionnaire latin, ça se disait : Jactare corpus (jeter son corps de côté et d'autre.) L'expression me paraissant bien énorme pour une abeille, j'ajoutai à corpus l'ingénieuse épithète : tenue (ténu), et,
- 22 - pour maintenir l'insidieux infinitif de mouvement, j'écrivis : tenue corpus jactare, furens.