Friends - tome 2 (French Edition)
Chapitre 65
J’ai eu beaucoup de mal à calmer Cameron et il s’est finalement endormi épuisé d’avoir pleuré sur mes genoux. Je l’ai réveillé il y a peu car nous devons partir. Nous n’avons pas mangé ce midi et je dois dire que c’est le dernier de mes soucis.
« Je t’attends en bas », je lance un peu froidement à Cameron.
Il hoche la tête et je descends précipitamment.
Pauline regarde la télé un plaid sur les pieds malgré la chaleur, mon père et Pierrick sont dans la cuisine. Je suis passé par ma chambre où j’ai pu récupérer mon mobile afin de prévenir les filles de la situation et que ça va être compliqué de se voir.
Je rejoins Pauline qui sursaute en me voyant, elle se tord le cou.
« Ça va ? »
Je hausse les épaules et elle me tire pour que je m’asseye à côté d’elle.
« Tu vas faire quoi ? »
Je prends une grande inspiration.
« Je ne sais pas, je vais l’aider.
— Tu es sûre ? » Elle me dévisage.
Je ne sais pas si elle va comprendre alors je ne perds pas mon temps à le lui expliquer et je lui dis simplement.
« Nous n’étions pas ensemble quand ça s’est passé, il a besoin de moi. »
Elle me presse la main.
« Jade ne te néglige pas s’il te plaît, je te connais par cœur et là tu ne vas vraiment pas bien, pense à toi aussi d’accord. »
Je me lève avec un petit sourire.
« T’en fais pas. »
Des pas me font tourner la tête et Cameron descend les yeux encore rouges, il ne croise pas mon regard et Pierrick ne lui adresse pas la parole. Il prend simplement ses clés de voiture.
« Je vous accompagne », je décrète.
Pierrick et mon père semblent surpris.
« Quoi ? s’étonne mon père.
— Je vais avec eux. »
Ils ne semblent pas comprendre, je vois juste Pauline me sourire faiblement. Elle me soutient même si je sais qu’elle n’aurait jamais fait ce que je fais. Je glisse timidement ma main dans celle de Cameron et mon cœur s’accélère.
« On discutera ce soir papa. »
Il pose un regard consterné sur nos mains liées et Pierrick soupire.
« Tu ne devrais pas Jade…
— Et le laisser tout seul ? Tout le monde lui crit dessus et personne n’est là pour le rassurer. C’est mon rôle. »
Il fronce les sourcils par mon ton un peu brusque et mon père est prêt à me réprimander. On ne touche pas à ceux que j’aime.
« On y va », conclut alors son père.
Le mien nous regarde partir et je sais qu’il désapprouve, mon portable ne cesse de sonner dans ma poche mais je l’ignore délibérément.
Je ne lâche pas la main de Cameron même si je ne me sens pas à l’aise, je le tiens même dans la voiture et son pouce caresse ma paume. Personne ne dit rien dans la voiture, et Pierrick nous jette de petits regards dans le rétroviseur que j’ignore. Cameron a attrapé mon tic et se ronge les ongles. Je le laisse faire. Il a de quoi avoir peur.
La maternité se trouve en périphérie de la ville et il nous faut bien une demi-heure pour y arriver. Je dois tirer sur la main de Cameron pour qu’il descende tandis qu’il secoue la tête. Je réussis tant bien que mal et il plisse ses yeux fatigués à la lumière du soleil. Ma tête tourne, je suis brisée tout comme lui mais je dois me charger de nous deux, je vais devenir folle. Je prends un grand bol d’air tandis que nous marchons d’un pas mal assuré. Pierrick ne semble pas à l’aise non plus, mais il pose tout de même une main sur l’épaule de son fils et je vois celui-ci vaciller, je sais qu’un grand soulagement l’envahit. Il a surtout besoin de son père pour le conseiller.
On arrive à la réception et j’avoue avoir une horrible envie de faire demi-tour.
« La chambre de Lucie Preston, s’il vous plaît. »
La secrétaire tape rapidement sur son clavier et annonce rez-de-chaussée, chambre 6.
« Par là. Elle nous désigne d’un doigt. »
Une boule se loge dans mon estomac et je ne sais pas si je vais pouvoir y aller et apparemment, je ne suis pas la seule à me dire pareil.
« Je vais pas y arriver », secoue la tête Cameron en me tirant par la main.
J’ouvre la bouche mais je ne sais pas trop comment le rassurer car moi-même je n’y arrive pas, mais c’est monsieur Kent qui prend la parole.
« Mais si fils. C’est maintenant qu’il faut créer le contact sinon tu ne le feras jamais. Tu ne peux pas nier son existence, tu n’as pas le choix. »
Il serre le bras de son fils avec une espèce de petit sourire.
« Soit un homme. »
Cameron souffle un coup et hoche lentement la tête. Pierrick se remet en route et on le suit le long de ces murs aux couleurs et aux dessins d’enfant ornés de stickers sur les portes. On s’arrête finalement devant une porte et Pierrick hésite à frapper lui aussi. Mon cœur s’accélère considérablement et j’ai peur qu’il m’échappe pour de bon, le sang bat tellement dans mes temps que j’ai presque du mal à y voir. La porte s’ouvre et on découvre les parents de Lucie et Louis qui contrairement à ce que j’aurai pensé, offre un sourire à Cameron. Ils s’éclipsent rapidement préférant nous laisser. Ils restent cependant derrière la porte en cas de problème.
Je lâche la main de Cameron tandis qu’on découvre Lucie sur son lit en train d’utiliser son téléphone. Elle tourne paresseusement la tête vers nous. Son teint n’est plus aussi parfait et des cernes ont creusé ses yeux.
« Tu es venu. »
Cameron semble reprendre du poil de la bête.
« Je suis là pour lui. Pas pour toi. »
Elle ricane.
« Allons nous sommes ses parents, on va devoir s’entendre. »
Pierrick serre les dents lui aussi et semble excéder par cette blonde.
A côté d’elle, dans un landau typique des maternités, une petite chose gigote avec des petits gazouillis.
« C’est ton portrait craché. »
Je pose discrètement une main dans le dos de Cameron pour le pousser à aller voir. La scène est surréaliste et je suis presque à deux doigts de m’évanouir. J’ai tellement mal.
Il hésite en me lançant un petit regard puis réagit. Il s’avance prudemment.
« Je peux le prendre ? »
Lucie lève les yeux au ciel.
« C’est ton fils. »
Je vois ses mains trembler et bientôt il les place dans le landau pour récupérer un petit corps.
Son père l’assiste et lui montre comment le tenir. Je m’approche aussi un peu. Lucie avait raison, c’est Cameron en miniature, le même nez, la même bouille d’ange, même bouche. C’en est troublant.
« Il est si petit. »
L’enfant reste très calme dans ses bras, Cameron lui caresse d’un doigt sa petite main. La vision est tellement belle que j’en oublie que la mère n’est autre que Lucie et que ce n’est pas notre enfant. Une réalité qui fait mal.
« Trois kilos, rigole Lucie, tu le sens passer. »
Cameron lui lance un regard noir.
« Comment il s’appelle ? »
Elle hausse les épaules.
« Il n’a pas encore de prénom, je voulais que tu choisisses entre Maël ou Noah. »
Cameron berce doucement l’enfant, il a l’air à l’aise, il réfléchit un instant et je sais déjà ce qu’il va choisir.
« Noah »répond-il en me donnant raison.
Il regarde son fils longuement et celui-ci chouine un peu, Cameron murmure un « chut » en le berçant un peu plus fort.
Cette scène est si belle et si tragique à la fois. Les larmes me piquent les yeux, j’ai l’impression d’être de trop ici, Cameron prend ses marques petit à petit, épaulé par son père, et moi je suis dans mon coin à contempler ce bonheur que je ressens comme une trahison. Je me mordille la lèvre en essuyant rageusement une larme qui coule. Lucie le voit et me fait un grand sourire.
« Il ne voulait pas sortir ce petit bonhomme mais maintenant il peut enfin rencontrer ses parents. » me nargue-t-elle.
C’en est trop.
« Excusez-moi. » je murmure en poussant la porte.
Il faut que je parte le plus loin possible d’ici. Cameron paraît surpris et tente de refiler le bébé à son père pour me courir après mais il n’est pas assez rapide et le petit se met à pleurer. Moi, je passe devant les parents de Lucie en larmes et en furie, je cours si bien que j’entends.
« Mademoiselle, ne courez pas dans les couloirs ! »
Je l’ignore et rejoins la sortie où l’air frais m’accueille. Je suffoque en sanglotant. Tout est fichu jamais ne pourrais me relever de ça. Je pleure ne sachant pas où aller. Je remarque une station de bus alors je baisse la tête et m’y précipite. Je ne consulte pas la ligne et y monte précipitamment loin d’ici.
OceanofPDF.com