La Mare au Diable

George Sand · Chapitre 23 sur 33

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La Mare au Diable

Le Fossoyeur

Hélas! mes bonnes gens, mes chers paroissiens, pour l’amour de Dieu, ouvrez-moi la porte.

 

LE CHANVREUR

Qui êtes-vous donc, et pourquoi prenez-vous la licence de nous appeler vos chers paroissiens? Nous ne vous connaissons pas.

 

LE FOSSOYEUR

Nous sommes d’honnêtes gens bien en peine. N’ayez peur de nous, mes amis! donnez-nous l’hospitalité. Il tombe du verglas, nos pauvres pieds sont gelés, et nous revenons de si loin que nos sabots en sont fendus.

 

LE CHANVREUR

Si vos sabots sont fendus, vous pouvez chercher par terre; vous trouverez bien un brin d’oisil (osier) pour faire des arcelets (petites lames de fer en forme d’arcs qu’on place sur les sabots fendus pour les consolider).

 

LE FOSSOYEUR

Des arcelets d’oisil, ce n’est guère solide. Vous vous moquez de nous, bonnes gens, et vous feriez mieux de nous ouvrir. On voit luire une belle flamme dans votre logis; sans doute vous avez mis la broche, et on se réjouit chez vous le cœur et le ventre. Ouvrez donc à de pauvres pèlerins qui mourront à votre porte si vous ne leur faites merci.