La Mare au Diable

George Sand · Chapitre 26 sur 33

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La Mare au Diable

Le Chanvreur

Et qui nous prouvera que, cette fois-ci, vous soyez ce que vous dites? car voilà déjà un mensonge que vous n’avez pas pu soutenir.

 

LE FOSSOYEUR

Si vous voulez nous ouvrir, nous vous montrerons une belle pièce de gibier que nous avons tuée.

 

LE CHANVREUR

Montrez-la tout de suite, car nous sommes en méfiance.

 

LE FOSSOYEUR

Eh bien, ouvrez une porte ou une fenêtre, qu’on vous passe la bête.

 

LE CHANVREUR

Oh! que nenni! pas si sot! Je vous regarde par un petit pertuis! et je ne vois parmi vous ni chasseurs, ni gibier.

 

Ici un garçon bouvier, trapu et d’une force herculéenne, se détacha du groupe où il se tenait inaperçu, éleva vers la lucarne une oie plumée, passée dans une forte broche de fer, ornée de bouquets de paille et de rubans.

—Oui-da! s’écria le chanvreur, après avoir passé avec précaution un bras dehors pour tâter le rôt; ceci n’est point une caille, ni une perdrix; ce n’est ni un lièvre, ni un lapin; c’est quelque chose comme une oie ou un dindon. Vraiment, vous êtes de beaux chasseurs! et ce gibier-là ne vous a guère fait courir. Allez plus loin, mes drôles! toutes vos menteries sont connues, et vous pouvez bien aller chez vous faire cuire votre souper. Vous ne mangerez pas le nôtre.