La Vedette
Les lauriers de Petrus l’empêchaient positivement de…
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 4 parties.
Les lauriers de Petrus l’empêchaient positivement de dormir. Lui, Fernand, peut-être? qui sait? serait un jour le sauveur attendu? Et il ne disait pas non à cette idée. N’était-il pas déjà, après tout, l’homme le plus populaire de France?
Quand il remuait ces pensées, secrètement, il plissait le front, pinçait la bouche, jetait ses deux bras derrière son dos et se mettait à arpenter le parquet d’un pas saccadé.
Mésange, alors, souriant doucement, lui lançait, légèrement moqueuse:
—Bon! voilà que tu fais ton Bonaparte!
Elle ne croyait pas si bien dire.
A part cette innocente toquade, Fernand ne se plaignait point de la vie, la petite humiliation de n’avoir pas encore renversé le gouvernement ne troublant que peu son sommeil et nullement son appétit.
On citait ses mots que Lourbillon, logé à l’hôtel et commensal assidu du maître, allait colporter dans les journaux où on les insérait avec gaîté.
Un jour qu’un attaché d’une ambassade étrangère venait de louer une avant-scène pour un prince de la puissance qu’il représentait, de passage à Paris, Fernand, qui sortait de la répétition, fut salué par le diplomate, qui le prit à part dans un coin, le priant d’intercéder auprès de sa direction afin que le prince ne fût pas le point de mire du public, grâce à la marche nationale qu’on lui servait généralement en pareil cas. On désirait l’incognito le plus absolu.
—Mais certainement, répliqua Fernand… à une condition pourtant.
—Laquelle?
—C’est que, lorsque j’irai chez vous, on ne me jouera pas la Marseillaise!
Une autre fois, présenté à un chroniqueur notoire, membre de l’Académie-française, chargé d’ans et d’honneurs, il avait, désireux d’être aimable et de trouver la phrase et le terme de comparaison les plus propres à chatouiller au bon endroit son interlocuteur, émis ce compliment:
—Je sais, monsieur, vos mérites et quelle place vous occupez. Vous êtes, si j’ose m’exprimer ainsi, «le Fernand du journalisme».
Et il avait ajouté, dans l’oreille de Lourbillon:
—S’il n’est pas satisfait avec ça! Je crois que je lui en passe, de la pommade!
Mais il surgit un événement qui mit le comble à son orgueil, car il allait lui permettre, cet événement inattendu quoique cependant bien à prévoir, d’emplir une fois de plus, de sa personnalité, les échos parisiens.
Un matin, Blanche Mésange, très pensionnaire et toute confuse, lui confia, non sans inquiétude,—car enfin, elle ne l’avait pas fait exprès et on ne sait jamais comment les hommes prendront cela!—que selon tant de probabilités qu’elles en devenaient une certitude, elle était enceinte! Voilà!
Blanche avait bien tort de craindre. Fernand fut ravi. Il embrassa la future maman en clamant:
—Il aurait été dommage, en effet, que je m’éteignisse sans postérité!
Car il soignait son langage, depuis qu’il fréquentait les journalistes, et même, usait de l’imparfait du subjonctif plus souvent qu’il n’était nécessaire.
Il ajouta avec élan:
—Et aussi bien, puisqu’il en est ainsi, je veux que la fête soit complète! Pas de baptême sans noce. Fais venir tes papiers, ma chère; je t’épouse!
Mésange en resta sans voix, la bouche bée, les yeux écarquillés, avec seulement un «oh!» de stupeur, qui s’acheva dans une crise de larmes délicieuses et dans une telle défaillance nerveuse que Fernand dut la prendre dans ses bras, poupée inerte et sanglotante, pour l’empêcher de choir sur le tapis.
Le mariage! le mariage légitime! avec le maire et le curé! l’alliance en or, pour de vrai! Le «oui» éternel avec l’homme qu’on aime! Le mariage bourgeois, ce rêve de toutes les cabotines, petites ou grandes! ce hâvre de grâce vers lequel cinglent en vain tant de voiles lasses des libres vents du large! Elle y entrait, elle, Blanche Mésange, ancienne «corbeille» aux Ambassadeurs, ex-petite femme de beuglant! Ce n’était pas un rêve, c’était la réalité, c’était la vie! sa vie à elle!
—Ah! mon chéri, mon chéri! hoqueta-t-elle dans un spasme. Fernand, digne et indulgent, souriait avec l’affabilité d’un roi qui élève jusqu’à lui une bergère, touché sincèrement, pourtant, dans la partie profonde de son être que n’avait pas encore cuirassée l’induration professionnelle.
—Et tu verras si ce sera chic! nous aurons nos portraits dans les illustrés! reprit-il, ressaisi déjà par le métier.
Mésange, qui n’était pas du bâtiment pour rien, se redressa:
—Le mien aussi, dis?
—Parbleu!
Et ce fut en effet «très chic!»
La chose fut pompeuse et fort bien ordonnée. Le mariage civil, à la mairie du dixième, fut célébré dans une stricte intimité, devant les quatre témoins, le grand Petrus et l’inimitable Charlin pour l’épousée, et Mariol avec Lourbillon pour Fernand; les deux conjoints n’ayant plus ni pères ni mères, la présence des familles, parfois compromettantes, ne gâta point l’admirable correction de la cérémonie. Le maire prononça une courte allocution sur les devoirs conjugaux, les vertus des artistes et les privilèges du talent. Après quoi l’on alla luncher.
Mésange, nerveuse, luttait pour paraître calme: mais, depuis la minute du OUI solennel, à la mairie, une émotion intense la tenaillait… elle aurait voulu en finir vite de ce déjeuner et se trouver seule avec Fernand… Un besoin qu’elle ne s’expliquait pas la poussait à exprimer à Fernand des sentiments subits et neufs qui la préoccupaient depuis le matin. Enfin les invités partirent et les mariés se trouvèrent seuls, après avoir bien recommandé à leurs témoins de ne pas les faire poser le lendemain, à l’église Saint-Laurent.
Une fois rentrés, Blanche dit tout à coup:
—C’est drôle comme cette petite cérémonie de ce matin m’a bouleversée. Je me sens tout à coup des responsabilités, vois-tu, mon chéri. Des devoirs, jamais avant je n’y avais pensé, est-ce drôle! Demain, après l’église, nous serons tout à fait mariés… tu seras «mon mari». Non, mais, est-ce que ça ne te fait pas quelque chose, cette histoire de mariage? Moi, j’en suis bouleversée, mon chéri, j’ai en moi une espèce d’impression «sérieuse,» «grave;» dame, c’est pour toujours, mon chéri… pour toujours… Quel bonheur! Comme on va être heureux, dis? Nous aurons un beau petit gosse… tu verras, après la visite à l’église, j’enlève mon corset pour qu’il pousse mieux! Et en avant la bosse!
Et le soir, à l’heure du dîner, la façon dont Mésange s’assit à table et servit Fernand, prouva que c’était «madame Fernand» qui donnait ses ordres au valet de chambre, et non plus «Mésange, des _Ambassadeurs_»; non pas, grands dieux, qu’il y eût de la pose dans sa tenue, oh! non! mais une sorte de façon réservée, une dignité correcte dans son maintien de femme très aimante, qui veut faire honneur à «son mari,» et mériter son titre de femme mariée; épousée au grand jour, choisie devant tous par l’homme qu’elle aime. Ah! oui! c’est bon! Le rêve des rêves!
La paix du cœur jusqu’à la fin de la vie! Une vie d’amour certain, une communauté des joies et des peines, un partage de tout!
Fernand serait fier d’elle; sûr qu’elle serait une femme modèlement fidèle, dévouée à lui et à son enfant! Et pendant qu’en dînant elle pensait à tout cela, Fernand, lui, pensait à faire le soir même reporter des notes dans les journaux afin que nul n’ignorât que c’était bien demain la cérémonie religieuse à Saint-Laurent!...
—Quand on pense, dit tout à coup Mésange, qu’il y a de si mauvais ménages et que nous allons être si heureux! Nous penserons ensemble, nous travaillerons ensemble, nous voyagerons ensemble, notre métier à tous les deux nous aidera à ne jamais nous quitter, puisque tu exiges toujours mon engagement quand tu signes un contrat? Et, vois-tu, c’est la base solide du bonheur d’amour cette perpétuelle vie à deux, sans aucune raison de séparation; quand on s’aime bien, comme nous, les séparations, fussent-elles très courtes, sont autant de petites morts. Il faut, pour éviter de s’habituer à l’absence de l’un, ne pas se quitter… et se donner un tel besoin l’un de l’autre, qu’il semble douloureux de ne pas être ensemble. Cela n’a l’air de rien, n’est-ce pas? Eh bien! c’est d’une extrême importance. C’est une sorte de garantie contre l’indifférence tueuse de l’amour.
—Il y a des gens—répondit Fernand—qui trouvent justement la fatigue de l’amour dans le perpétuel tête-à-tête…
—Allons donc! sursauta Mésange, ce sont des êtres inférieurs, qui aiment mal. Crois-tu que tous les hommes soient capables d’amour? Alors, pourquoi y a-t-il tant de mauvais amants et tant de mauvais maris? C’est un don, un art, aussi difficile sinon plus qu’un autre, et si tout le monde «en fait,» très peu y sont artistes. C’est une science bigrement subtile! La moitié du monde soigne mieux son commerce que son bonheur; est-ce qu’on ne voit pas des familles prendre moins de renseignements sur leurs futurs gendres que sur leurs caissiers?
—Je ne crois pas, dit Fernand, que les individus soient créés assez noblement pour vivre ensemble… les égoïsmes séparent tout, on est si piteusement faibles!
—C’est pour cela, dit Mésange, que, lorsqu’on s’aime, bien entendu, il faut vouloir vivre l’un pour l’autre, il faut vouloir ne songer qu’à cela, et la joie de rendre heureux vous donne des trésors d’indulgence et de force. Je le sais bien, moi… depuis que je t’aime, dit-elle rieuse. Vois-tu, Fernand, la conquête du bonheur, c’est comme celle de la fortune, il faut la désirer, il faut en être l’artisan: est heureux qui veut!
—Tu vas loin, chérie; j’ai dans ma famille de braves femmes bien dignes, bien dévouées qui ont été des martyres en ménage, malgré toute leur tendresse et leurs devoirs remplis…
—Possible, répliqua Mésange, mais c’est qu’elles avaient mal fait leur choix. Avaient-elles choisi seulement, les pauvres! Elles avaient «accepté,» très probablement. Du mauvais choix vient tout le mal!
—N’empêche, ma chérie, que tout cela est bien difficile, va… Quant à nous… nous verrons!
—Tu verras, tu verras, dit la jeune femme, tu verras qu’on s’aimera de mieux en mieux, mon bien-aimé, parce que tu es un brave garçon et que je suis une brave femme… pas vrai, dis?
—Oui, bonne Mésange, lui souffla-t-il dans le cou, interrompant sa cigarette pour l’embrasser follement, les larmes aux cils… oui… tu es vraiment une brave petite femme! et on s’aimera dur!
On quitta la table, après avoir bavardé encore un peu. Fernand proposa d’aller dormir afin d’être frais et dispos pour la grande journée du lendemain; et puis c’était si rare une soirée sans concert, une soirée de liberté, chez soi, dans l’intimité… que vite ils se mirent au lit. Fernand s’endormit vite. Mésange, elle, ne ferma les yeux que tard dans la nuit… émue délicieusement et pourtant inquiète. «Ma fille, se disait-elle, c’est entre tes mains qu’est remis le bonheur d’un homme, il va falloir être à la hauteur de la tâche…»
A leur réveil on remit à Mésange et à Fernand un paquet énorme de correspondance. Tout à coup Fernand, qui depuis cinq minutes relisait pour la dixième fois un petit bleu, laissa tomber un juron énergique:
—Salaud! hocha-t-il de la tête. Tiens, lis, Mésange.
Le petit bleu «anonyme» disait:
«Mon cher Fernand, »En ce jour de fête, je viens, au nom d’un groupe d’admirateurs de votre grand talent, féliciter surtout votre femme de l’habileté qu’elle a déployée pour se faire épouser par un homme qui gagne cent mille francs par an… alors qu’elle ne l’a pas pris pour mari quand il était inconnu et pauvre… Nous la croyions simplement jolie, elle est mieux que cela! Sa roublardise, ses calculs de femme l’ont amenée à faire une excellente affaire. Elle, petite grue sans le sou, va maintenant avoir son avenir assuré. Mais c’est égal, quand on s’appelle Fernand, on épouse une femme riche, comme cela on est certain qu’on n’est pas pris seulement que pour sa galette. Enfin il sera dit que sur la scène, comme dans la vie, vous serez une poire, une vraie poire!»Suivait une signature gribouillée, illisiblement barbouillée.
Pendant la lecture du petit bleu, Mésange ouvrait des yeux stupéfiés. Qui, qui pouvait être assez sot, assez vil pour prendre la peine vulgaire d’écrire une pareille chose!
—Nous allons en avoir, des jaloux! Ça va pleuvoir, dit-elle tranquillement. Ça va être gai! Si tu veux, on va collectionner toutes les lettres rosses, pour voir à la fin de l’année combien il en sera venu. J’ai là une petite malle qui fera notre affaire. Tout de même, dit Mésange en se levant, c’est révoltant, hein, de penser qu’un être pauvre, homme ou femme, ne puisse unir sa vie à celle d’un autre, fortuné et heureux, sans que tout le monde le soupçonne de calculs! Ça devient du courage héroïque pour un homme pauvre, qui aime une femme riche, de l’épouser! Misère!
—Les deux tiers des gens pensent, respirent et agissent comme des mufles, dit Fernand; tu ne peux pas demander à l’autre tiers d’être le plus fort, s’il est le plus distingué. Mais quand un être est sain, dévoué, bon, aimant et intelligent comme toi, ma Mésange, il peut se permettre, même sans le sou, d’espérer la richesse en échange d’un amour unique et admirable.—On lui redoit encore, et fameusement! L’amour, vois-tu, quand il est vraiment honorable, digne et profond, ne s’arrête pas plus devant un porte-monnaie plein qu’il ne passe dédaigneux devant un porte-monnaie vide. Il est avec ou sans argent. Si on est pauvre, tant pis! Si on est riche, tant mieux! Et que la bourse soit à homme ou à la femme, quand ils s’aiment, leur bourse n’a pas de nom. Leur lit est bien commun. La sécurité du bonheur demande-t-elle moins de précaution que celle de la caisse? Fi donc! Fi donc! Haut les âmes!
Mésange, radieuse de le voir si joliment aimant, radieuse aussi de lui sentir l’âme au-dessus du vulgaire, lui prit la main qu’elle embrassa dévotement.
—Nous serons de braves gens… articula-t-elle très lentement, et nous laisserons les mufles essayer de cracher sur notre bonheur. Ils ne l’atteindront pas.—Pas vrai, mon grand?
Elle s’aperçut qu’avec tout ça il était dix heures. Vite, vite, il fallait se dépêcher, la messe était à midi.
XIX
Et c’est à la paroisse Saint-Laurent que le spectacle fut magnifique.
Depuis huit jours, les notes des courriers théâtraux ne tarissaient point sur l’union du délicieux ténor Fernand, «la plus charmante voix du monde,» avec la ravissante divette Blanche Mésange, du Colorado. Des détails de toilette, des indiscrétions intimes habilement ménagés, avaient tenu, toute la semaine, le public en éveil. De sorte que lorsqu’à onze heures du matin, le cortège déboucha du boulevard de Strasbourg, une foule compacte de badauds—tant Paris aime ses guignols!—était massée devant l’église.
De la première voiture descendit Blanche Mésange, en robe bleu pâle. Son premier témoin, le grand Petrus, glabre, gras, tondu, la face napoléonienne, lui donnait le bras. Et avant qu’ils eussent pénétré sous le porche, ce furent dans l’agglomération tassée aux alentours des acclamations joyeuses:
—Vive Petrus!
—Bravo, la mariée!
Même, une voix ayant entonné: En revenant de la Revue, cet air connu fut repris en chœur par l’assistance mise en gaieté.
Mais déjà du second carrosse émergeait pesamment la rotondité somptueuse de Madame Langlet, au bras de Fernand. Plus couverte de panaches blancs et de bijoux qu’un dais et qu’une châsse, la grosse dame provoqua sur son passage un silence effaré que rompit seule cette exclamation d’un télégraphiste qui attendait là, depuis une bonne heure, des dépêches plein sa sacoche:
—Mâtin, y en a!
Fernand, élégamment moulé dans une longue redingote grise, l’œil aimable, la moustache en croc, produisit la meilleure impression.
—Il est chic!
—Bonne nuit, hé!
—Il n’a pas l’air d’un cabot!
—C’est un auteur, ma chère!
—T’ennuies pas, ce soir!
Ensuite, ce fut, pour l’allégresse et l’admiration du populaire, le défilé de toutes les étoiles des concerts, music-halls, Olympias, Édens et Élysées de la capitale: faces rasées et mentons bleus, le pardessus de demi-saison jeté sur la manche; le huit-reflets impeccable!
—Mince alors! dit une voix sonore, on m’étouffe!
Alors s’avança une masse inouïe! énorme, immense, roulante et débordante en tous les sens. En avant, en arrière, à gauche, à droite, la chair s’entassait en des couches épaisses, inconcevables!
Un épouvantable et gigantesque sac de graisse humaine, duquel dépassait par le haut la tête (relativement restée très petite) d’une femme au teint laiteux, aux cheveux délicieusement dorés…
Le gros sac de graisse humaine avançait, narguant du nombril, ce qui faisait remonter fortement au-dessus du sol la jupe qui le cachait, et donnait à la chanteuse, car c’en était une, l’aspect d’un phénomène monstrueusement enceinte de cinquante enfants!
A sa vue, des oh! des ah! prolongés indéfiniment se firent entendre, férocement moqueurs… comme à ses entrées en scène. Alors la chanteuse, hydropiquement comique, eut une fois de plus l’occasion de déchaîner le rire, en précipitant dans son cou, d’un mouvement d’enfoncement, sa tête de naine emplumassée d’autruche à n’en plus finir, et qui donnait à son chapeau des airs de reposer sur une orange dorée, en équilibre sur une invraisemblable citrouille! Bravo, la grosse Cloch! Bravo, la grosse Cloch! clama la foule, ahurie et mise en belle humeur par cette bravade de clown affligé.
De famille israélite, les Cloch, d’aînées en plus jeunes, étaient toutes au concert, sous des noms différents. Mais, seul, derrière elle était son frère, mince et brun, la taille encore fine du corset de la veille… il imitait les femmes en vogue, depuis Thérésa, Amiati, jusqu’aux dernières agréées—qu’il chantât les Sapeurs, le mouchoir de l’Empire en main, ou qu’il meublât de ses bras les tamtamistes gants noirs, il était toujours décolleté, poudré et maquillé, si bien que les messieurs en mal d’Étoiles lui envoyaient des fleurs et des billets doux pour les fossettes de son dos, et la cambrure de ses ceintures… C’était un charmant jeune homme de femme, dont les Cloch étaient fières.
Comme il avait des habits masculins, la foule ne le reconnut pas. A cette minute il aurait donné je ne sais quoi pour être une femme comme tout le monde… saluée et reconnue de la foule… comme venait de l’être sa sœur, sa popularité clochait comme son sexe… dame!
Il en était là de ses réflexions, quand un homme immensément long, et maigre autant qu’il était grand, lui tapa sur l’épaule amicalement.
C’était Prunin retour d’Amérique, des articles plein ses poches relatant son inimaginable ossature dépouillée; ami de Fernand et de Mésange, il était venu les féliciter. A sa vue des cris, des hurlements partirent d’un groupe de gamins.
—Pige-moi cet oiseau déplumé. C’qu’il est haut sur pattes!
—C’est un pélican.
—C’est un jeu d’osselets!—Y doit boutonner ses souliers sans se baisser… quels bras!—Est-ce que t’as tout long comme ça, dis, Prunin? hurlèrent les gosses mis en joie.—Fais le fichu avec tes abatis, Prunin, cria un tout petit.
Alors Prunin, docile et bon enfant, croisa très vite devant sa poitrine ses interminables bras qui vinrent se rencontrer derrière son dos, et gratter ses omoplates; cela fut fait si vite, avec tant d’aisances, que ce geste passa presque inaperçu de ceux qui n’étaient pas tout près de lui. Il en fut remercié par des bravos joyeux!
—Comment va ta femme? lui demanda le jeune Cloch.
—Bien, merci.
—Tu l’embrasses toujours, le soir, avant ton entrée en scène?
—Oui, toujours!
Et Prunin fila se mêler aux autres invités.
Ils passèrent tous avec cette correction et cette raideur officielle qu’ont seuls les queues-rouges quand ils la font au sérieux.
—Tiens, voilà Charlin! Mets-lui une soutane, il aura l’air d’un curé de campagne avec sa bonne grosse balle rouge attendrie et béate. Est-il gras l’animal! il en plisse!
—Et Claudis! Zut, il a chipé le profil à la Lune!
—Et Cermadier! C’est sa femme, cette jolie blonde? Mazette! il a bon goût, le frère!
—Et Anna Bithaud, moulée dans une gaine de point de Venise qui fait l’admiration des petites couturières venues voir les toilettes des artistes.
—Marguerite Duclore! sinistre, avec ses cheveux noirs, ses yeux noirs, ses sourcils noirs, ses vêtements noirs, tout une gamme sombre violentée par une fente sanglante, sa bouche, au milieu d’une figure de cire, blafarde et mate, une tête de mort, maquillée, la croupe maintenue dans une résille de chenille, rappel des Ollé! Ollé! des soirs d’été aux Champs-Elysées.
—Willat! le chanteur classique dont les jambes dansent dans le pantalon noir, l’air croque-mort ou charpentier mal habillé, les yeux injectés de sang. On crie à son passage: bravo!
Brave Willat! on chuchote qu’il a bigrement du talent, celui-là! Plus que Fernand pour sûr…
—Oui, mais, ajoute une bonne âme, il n’a pas payé la presse lui, pour se lancer!... Et aïe donc!
—Stellaire! oh! regardez-la donc, quelle toilette! C’est pas un chapeau, c’est un canapé qu’elle a sur la tête!
Et tous les titis de se tordre, on lui crie le refrain qu’elle chante tous les soirs:
P’stt, p’stt… écoutez-moi donc!—Tas d’idiots! riposte Stellaire fâchée et froufroutante, la taille guêpée d’une ceinture ciselée et incrustée de turquoises, mais entrant pieuse et recueillie dans l’église où elle demande à la Vierge la «veine» pour des choses impures…
A sa suite venaient d’autres femmes, toutes plus belles les unes que les autres, des teints un peu vannés mais ravivés au rouge, des yeux brillants de fard, des bouches en as de cœur saignant, d’un arrangement que la lumière du soir atténue, mais que le jour cru rend d’une inutilité absolue, hélas! exagérant encore des ans l’irréparable outrage!
L’orgue attaquait la marche nuptiale et derrière les derniers invités, la foule envahit le sanctuaire.
En un instant, la nef, les bas-côtés, les chapelles latérales, tout fut plein! Quel succès! pensait Fernand, qui d’un coup d’œil avait estimé très vite le nombre des curieux:
—«Une belle salle», murmura-t-il étourdiment à Mésange.
Et en dépit de la destination du lieu, ce fut, à l’instant même, craquetant sous les arceaux, se mêlant aux répons du plain-chant, un caquetage strident, tant de bouches ayant tant de choses à dire à tant d’oreilles. Dames! toutes les cigales de Paris n’étaient-elles pas rassemblées là?
A la sortie, il y eut un tumulte jovial et charmant. Au seuil de l’église, Fernand et Blanche, entourés de camarades, entourés de la foule, salués par le clair soleil de midi qui éblouit cordialement leurs jeunes figures, goûtèrent comme l’impression d’une apothéose royale. Le ciel était bleu; tout leur souriait, les gens, la saison et l’heure. Fernand, pressant le bras de sa femme, lui murmura tendrement:
—Quel beau jour!
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Oui, ce jour est un beau jour, pauvre Fernand! Emplis-en tes yeux, garde-le dans tes prunelles, afin de t’en faire des souvenirs pour plus tard! Car il marque l’apogée de ta fortune. Il est le point culminant de tes bonheurs! La vie n’est pas bâtie sur terrain plan. Tu as monté; tu vas descendre. Oui! c’est un beau jour! Emplis-en tes yeux; garde-le bien dans tes prunelles.
XX
Depuis trois ans, la mère Langlet, à l’instigation de Mariol, avait fait les choses plus que bien!
Jamais dans cette maison, de mémoire du plus vieux lyrique, on n’avait fait une pareille publicité, ni à Petrus ni à Kam-Hill: qu’avait donc la patronne?
Une sympathie violente pour Fernand, voilà tout!
Faire plus que le maximum ne devenait plus une plaisanterie de courriériste. On refusait du monde, après avoir empilé les spectateurs comme harengs en caque. Et c’étaient des bravos, des acclamations sans fin.
Tous les autres numéros du spectacle disparaissaient, se diluaient dans ce cyclone du succès.
Chose étrange: ses camarades, hommes et femmes, hypnotisés, sidérés, trouvaient cela naturel; ils entraient, d’instinct, dans la grande farandole du succès.
En vérité, je vous le dis, Mariol était un rude barnum et Grandsec un faiseur d’hommes admirable!
Grandsec! chaque soir, dans un coin de la salle, la cigarette pendante à la lèvre inférieure, quasiment extatique, il dégustait ses vers et sa musique comme un mets délicieux. C’est lui qui avait fait cela: les rythmes savants et charmants; c’est son cerveau d’alcoolique qui avait ourlé ces rimes mignardes et imprévues, faites pour stupéfier, dans ce milieu habitué aux assonances à la va-comme-je-te-pousse.
Il trouvait cela très rigolo, très rigolo. Sa barbe de bouc en frémissait d’aise. Il en resta trois mois sans s’enivrer! Jamais il n’avait eu conscience de son mérite; bien entendu il n’ignorait pas son savoir; mais vrai, là, il s’épatait. C’est que c’était très bien, ses histoires. Il ne se montait pas le bourrichon! comme avait coutume de dire Courteline, il en avait fichu du joli dans l’existence! avoir ça dans la peau et crever de misère; être le poivrot dont on se gausse à Montmartre! Non, non, minute! Il allait reprendre du poil de la bête. On allait voir ce qu’on allait voir! Il en avait des rêves en réserve, il allait leur donner la volée, aux pauvres captifs!
Pour son malheur, un mauvais soir, après la représentation du Colorado, en ascendant la Butte, il se heurta au «Marquis,» un camarade des jours de cuite.
Reproches, amers comme du bitter, de l’ami lâché, révolte du vieil Orphée:
—Tu me dégoûtes, je t’ai assez vu. Je me suis ressaisi, je suis un homme nouveau; disparais de mon orbe, marquis de malheur, gentilhomme de la cour du roi Misère.
—Ah! mon pauvre vieux, qu’est-ce qui t’a versé ça? questionna avec anxiété le noble poivrot.
—Marquis, tu t’abuses: je ne suis point ivre, ainsi que tu te le vrilles dans l’imaginative. Je suis vierge de Picon et de Pernod depuis trois jours.
—C’est ce qui explique que tu déraisonnes.
—Erreur profonde, monseigneur de la Biture; je suis l’homme neuf qui va vers de nouvelles destinées. Foin des errements défunts! J’oblitère d’un trait noir les amitiés anciennes, les relations néfastes. Je vous ai assez vu, ô compagnons de la sainte fainéantise et du levage de coude! J’ai soupé de vos fioles, gonflées de spiritueux. Regarde, marquis de la Mistoufle, comment est architecturé un homme qui va au labeur.
—Je considère surtout avec tristesse un pauvre bougre qui s’achemine vers les pires louphoqueries et imbécillités, fit sur un ton lugubre le descendant des preux. Il acheva sa pensée:
—La vie est une plante rare qui veut être arrosée avec fréquence. Si tu échappes à cette loi, Grandsec, ami de mes nuits et de mes ennuis, tu vogues vers l’île du marasme et des désespoirs. Crois-en la parole d’or d’un Coupeau qui se doublerait d’un Chrysostome: tout est vain, hormis la joie qu’un humain peut éprouver à boire: Donc buvons!
Ils burent.
Épouvantablement même, puisque le soir, ils allaient échouer dans un commissariat de police sous l’inculpation de tapage nocturne et d’injures aux agents.
Grandsec était repincé par sa passion et, cette fois, de façon irrémédiable. L’événement n’avait rien de bien extraordinaire en soi. Le cas était prévu. La mauvaise chance guette nos bonheurs comme un assassin sa victime.
XXI
—Et moi, je vous dis que les auteurs récitent leurs vers ou chantent leur musique comme des fourneaux!
Grandsec, parfaitement ivre d’ailleurs, et gesticulant de ses longs bras, affirmait ainsi ses convictions sur le coup de deux heures du matin, en plein Rat-Mort. Une aimable société de bohèmes faisait cercle autour de sa table où des piles de soucoupes babélisaient.
Quelqu’un dit:
—Il y a pourtant dans les cabarets de Montmartre des types qui débitent très bien leur camelote.
—Parce que, justement, c’est de la camelote, jeune homme; vous l’avez déclaré vous-même! professa Grandsec. Qu’est-ce que la chanson de Montmartre, je vous prie? Des idées volées, sur des airs démarqués! Des chroniques de journal mises en mauvais vers! La clef du Caveau devenue rossignol de cambriolage! Ça n’est pas plus des œuvres que les fabricants ne sont des auteurs. Ne parlez pas de cette chose devant moi!
—Mais enfin, insista l’obstiné contradicteur, abandonnons à votre mépris la chanson montmartroise, puisque vous ne l’admettez pas; il n’en demeure pas moins qu’il existe des auteurs qui, devant des salles combles, interprètent fort congrûment leurs histoires. Tenez! pour n’en citer qu’un: le nommé Fernand, du Colorado, par exemple!
Grandsec vida son verre, haussa les épaules et éclata de rire.
—Fernand!
—Eh! oui, Fernand! Trouvez-moi beaucoup de cabots professionnels capables de détailler comme lui ce qu’il compose lui-même!
L’approbation fut unanime. En effet, Grandsec était cloué. Le préopinant, satisfait de son avantage, poursuivit:
—Celui-là ne s’en tire pas comme un fourneau; et ce qu’il fait est original et joli!
Grandsec n’était pas content. Il n’aimait pas à avoir tort, et la contradiction l’exaspérait. A jeun, pourtant, sans doute eût-il mis un bœuf sur sa langue, car la combinaison, soigneusement tenue secrète, qui le liait à Fernand, lui rapportait maintenant de sérieux bénéfices. Malheureusement il avait bu plus que son compte, et il cria:
—Fernand, Fernand! Vous me désolez par votre stupidité! Alors, vous coupez dans ce godant-là? Peuple! on te trompe! et on a raison, car tu le mérites!
Et tirant de la poche de sa redingote un papier plié en quatre:
—Mesdames et messieurs, voici le plus récent chef-d’œuvre du poète-musicien Fernand! Cela s’appelle «les Yeux menteurs» et cela a été créé, il y a une quinzaine, au Colorado, quand l’auteur a eu le loisir d’en prendre connaissance et de l’apprendre par cœur! Je ne sais pas si je m’abuse, mais il me semble que la calligraphie de ce petit morceau, les mots et les notes sont d’un certain Grandsec, votre serviteur bien humble. Voici l’objet, on peut toucher!
Le manuscrit des «Yeux menteurs» passa de mains en mains. Il n’y avait pas à dire mon bel ami, l’écriture de Grandsec était assez caractéristique pour être reconnue, et de loin.
—Mais alors… Fernand?
—Fernand est un cabot, rien qu’un cabot, un petit cabot! Et s’il était auteur, il chanterait comme un fourneau! Et j’ai raison, comme toujours!
Grandsec était lancé; et il raconta tout, cédant à une poussée de vanité un peu basse: sa rencontre, voici quatre ans, avec Fernand, tout déconfit d’une première tape, son idée de monter le coup au public en fabriquant de toutes pièces un nouveau joujou parisien, l’auteur-chanteur, numéro sensationnel et inédit! Stupide, il termina en recommandant aux quinze colporteurs de cancans qui l’avaient écouté religieusement:
—Maintenant, je vous en prie, que ceci reste entre nous! N’allez répéter ça à personne.
—Comment donc?
A une table voisine, soupait un jeune homme, qui n’avait pas perdu un mot de cette intéressante communication. Il avait même noté certains détails sur un calepin. Vers trois heures et demie, Grandsec se leva, serra des mains et s’en alla, titubant. Il avait vraiment gagné sa soirée!
Deux jours plus tard, tous les journaux, dans leur revue de la presse, reproduisaient le filet que voici:
«_Du Cri de Paris_:
»Sait-on qui est le véritable Fernand, du Colorado, le poète-compositeur à la mode? Le seul, l’authentique auteur, justement applaudi, des Feuilles Sèches, du Dernier Baiser, de la Mort Jolie et de tant d’autres bijoux de grâce légère, s’appelle de son nom Grandsec, et n’a jamais quitté Montmartre.
»Mais alors, qui est donc ce garçon brun, à moustache agressive, qui chaque soir, nous sert, comme étant de lui, depuis quelques années, ce répertoire à succès?
»Mystère.»
C’est Mésange qui, levée de meilleure heure que Fernand, lut, la première, ce petit morceau de littérature acide. Consternée, elle courut éveiller son amant et lui poussant le journal sous les yeux:
«Tiens! regarde un peu, les sales mufles!»
Elle constatait successivement dans les autres feuilles la présence de la note. Fernand était devenu rouge de colère. Il murmura, entre ses dents serrées:
—Qui donc a pu?...
Et soudain:
—Parbleu, ça ne peut être que Grandsec, lui-même. Ah! le gredin, qu’il ne me tombe pas sous la main!
A ce moment, la sonnette de l’appartement tinta. Des portes battirent. Grandsec parut au seuil de la chambre.
—Mon cher Fernand… commença-t-il. Mais Fernand, subitement dressé dans son lit et écrasant d’un poing rageur ses oreillers, lui cria:
—Ah! vous voilà, vous! vous arrivez bien! M’expliquerez-vous ce que signifie l’article que voici?
Et il brandissait le journal avec fureur.
Grandsec n’avait pas l’air précisément à la noce. Ses interminables cheveux s’agitèrent d’une façon triste. Un instant, il sembla un saule pleureur secoué par la brise. Il balbutia:
—Mon bon ami, je vais vous expliquer… Je…
—Ainsi, c’est bien vous qui avez été raconter nos affaires à des journalistes! Me voilà propre!
Blanche regardait le calamiteux musicien avec des yeux farouches. Grandsec protesta:
—Je n’ai rien raconté à des journalistes! Je ne sais comment cela s’est fait.
—Enfin! vous avez parlé! Vous avez dénoncé notre pacte! pourquoi? comment? et comme c’est bête! Ça vous ennuyait donc bien de gagner beaucoup d’argent?
—Je ne puis arriver à y rien comprendre! se défendit Grandsec. C’est vrai! j’ai eu tort; j’ai commis l’indiscrétion. Mais il n’y avait là que des amis. C’était au Rat-Mort.
—Quand vous êtes saoul, tout le monde, c’est des amis! Vous étiez saoul! articula Blanche, durement.
Grandsec eut un réveil de fierté sous l’injure. Il répondit:
—Ce serait en tous cas une circonstance atténuante. Je vous félicite, madame, si vous n’avez jamais eu que des vertus. Moi, j’ai des vices, je le reconnais humblement.
Il reprit, s’adressant à Fernand:
—Écoutez, je vous fais toutes mes excuses, et je vous apporte le moyen de tout réparer. Je vais vous écrire une lettre que je vous autorise à communiquer aux journaux, et où je m’inscrirai moi-même en faux contre mon stupide bavardage de l’autre nuit! Je ne peux pas mieux faire, voyons, et la pénitence rachètera le péché.
Mais Fernand n’était pas en état de rien entendre.
Il cria:
—Hé! je me fiche de vos lettres! Vous pouvez les garder pour vous! La seule chose que je constate, c’est que vous m’avez odieusement trahi, moi qui ai tant fait pour vous, et que vous avez une singulière façon de me remercier de vous avoir tiré de la dèche et de la crotte!
Grandsec, à cette phrase, changea brusquement d’attitude. Ce cabot dépassait vraiment les bornes! La riposte fut nette:
—Pardon, mon petit! Je ne sais pas si vous m’avez tiré de la dèche et de la crotte, mais je sais que je vous ai tiré du néant. J’ai fait de vous, la nullité même, une manière de personnalité! Vous n’êtes qu’une baudruche que j’ai gonflée de mon souffle! Service pour service, vous m’avez, en effet, fait gagner un peu d’argent; mais c’est grâce à moi que vous en avez gagné beaucoup! Et maintenant, serviteur! J’ai assez soufflé comme cela. Je vous laisse à vos moyens propres. Je vous souhaite bien du talent et beaucoup de succès!
Et Grandsec sortit sans attendre de réponse.
Mésange et Fernand échangèrent un regard stupéfait. Le dur choc de la vérité leur avait martelé le crâne. Et la première parole prononcée fut celle-ci, dite avec désolation par la jeune femme:
—Maintenant, il va répandre cela partout!
Le soir de ce même jour, le Tsar de toutes les Russies, en personne, n’aurait pu, après neuf heures, trouver une place dans la salle du Colorado.
—Je n’ai même plus un strapontin! déclarait d’un visage épanoui la buraliste aux survenants dont se renfrognaient aussitôt les figures.
Dans sa loge, Fernand, nerveux, causait avec Antonin Mariol.
—Qu’est-ce que c’est que cette histoire?
—C’est cet ivrogne de Grandsec qui a vendu la mèche!
—Vous auriez bien dû savoir si cet homme était sûr, avant de m’engager avec lui, grinça Mariol, cela peut nous faire un tort considérable…
—Mais c’est surtout moi que cela atteint! sursauta Fernand outré.
—Pardon, rectifia Mariol. Moi, j’ai démoli deux excellentes vedettes de la maison… Petrus et Chérie Chéron… pour que rien ne vous gêne… et vous devez, cher ami, comprendre dans quel embarras vous me mettez si vous vous démolissez vous-même… Petrus était encore excellent!!! et pouvait encore aller des années!
—Enfin nous verrons comment cela va tourner, dit Mariol sortant sec, cassant et raide.
Il conclut:
—Ça va bientôt être à vous. Tenez vous bien.
Se bien tenir! Fernand ne songeait qu’à cela. Déjà, il lui avait fallu composer son attitude pour ses camarades, qui l’un après l’autre, étaient venus lui serrer la main avec des grimaces condoléantes sous lesquelles se percevait parfaitement l’envie de rire. Une grande vedette qui se ramasse, c’est toujours drôle.
L’avertisseur l’appelait en scène. Il entra, salua et commença à chanter. Comme il finissait sa première romance, les applaudissements crépitèrent.
—Allons! il avait eu tort de craindre. Tout irait bien. Mais comme il s’inclinait pour remercier, tout à coup, du fond de la salle, une voix demanda:
—L’auteur?
Et ce fut comme une traînée de poudre. De fauteuil en fauteuil, de loge en loge, en haut, en bas, à droite et à gauche, le même cri fit explosion:
—L’auteur? l’auteur? l’auteur?
Fernand sentit le plancher du plateau tourner sous ses pieds. Pourtant, il espéra que son prestige—le prestige de l’homme le plus populaire de France!—viendrait peut-être à bout de la cabale et d’un doigt dirigé vers sa poitrine, il se désigna.
Mais alors, une clameur unanime:
—C’est pas vrai! lui jaillit à la face de tous les points de la salle, et une bordée de sifflets le mitrailla. Effaré, il recula d’un pas. Il ne voyait plus rien. Ses tempes bourdonnaient. Il allait tomber.
—Rideau! cria le régisseur et le rideau, s’abaissant entre lui et l’affreux tumulte déchaîné, mit fin miséricordieusement à son supplice.
Dès lors, irrémédiablement, le bruit courut que Grandsec s’était vanté en disant être le seul fournisseur mystérieux de Fernand… ils étaient, paraît-il, dix ou douze!—Oui, ma chère… puisque Machin et Chose déclaraient eux aussi dans les cafés d’artistes, et cela avec des petits airs entendus, qu’il n’y avait pas que Grandsec qui eût contribué au succès de Fernand.
Hum!... Et les toussottements de marcher… C’était un truc imaginé par Machin et Chose pour attraper les gogos cabots, lesquels immédiatement acceptèrent toutes les inepties rimaillées par les deux faiseurs, qui, depuis toujours, voyaient leurs couplets refusés par tout le monde!
Et du moment que Machin et Chose «travaillaient» pour Fernand, c’était réglé: ils devaient «faire bien». On s’arracha leurs chansons! Et voilà comment s’équilibrent certaines fortunes et se déforment les légendes… et les vérités.
XXII
Le lendemain matin, arrivait à Fernand une lettre de Mariol:
«Cher Monsieur Fernand, »Après ce qui s’est passé hier, et craignant qu’un scandale pareil ne se renouvelle aux représentations suivantes, la direction du Colorado a décidé de vous accorder un congé temporaire. Voici bientôt du reste la saison finie et le moment de la clôture annuelle. Il convient, croyons-nous, de laisser l’oubli se faire sur cet incident qui pourrait, si on y insistait à présent, compromettre votre succès et le nôtre, à la rentrée d’octobre. »Croyez-moi d’ailleurs, en tout état de cause, »Votre toujours dévoué, »Antonin MARIOL.»Fernand sauta sur un porte-plume, et répondit, poste pour poste:
«Cher Monsieur Mariol, »Vous êtes mille fois trop bon d’avoir compris que j’avais besoin d’un peu de repos. Mais ne vous mettez pas en peine du plus ou moins de succès que je pourrais obtenir chez vous à la rentrée. L’engagement qui me lie à vos établissements prend terme justement cette année et je compte ne point le renouveler. Des propositions autrement avantageuses me sont faites d’autre part, et je vous serais fort obligé d’aviser madame Langlet de ma décision qui est irrévocable. »Recevez mes salutations. »FERNAND.»Cette missive expédiée, Fernand se sentit un peu soulagé. Sa colère avait trouvé un exutoire.
—Tas de saligauds! comme ils le lâchaient tous! au moins, de cette façon, personne ne pourrait se vanter de l’avoir débarqué! C’est lui qui repoussait la boîte du pied.
Mais il restait désespéré, malgré tout. Qu’est-ce qu’on allait penser? Que disait-on dans Paris?
Heureusement, Blanche Mésange était là. Elle avait usé sa nuit à lui procurer un peu de sommeil en le forçant à avaler une potion au chloral. Et, devant cette inquiétude de la contemption publique, naïvement exprimée, elle le rassura:
—Mais on ne dira rien, mon chéri. Paris a tout de même à penser à autre chose. Parce qu’une séquelle d’oisifs et de malveillants a imité les cris d’animaux dans un café-concert, tu ne vas pas te figurer que tout est perdu! Les plus grands artistes ont été sifflés! Ils n’en sont pas morts!
Ainsi s’ingéniait l’amie sincère mais l’adversité fait rentrer l’homme en lui-même et déboulonne les orgueils les plus solides. Fernand hocha la tête et avoua:
—Oui! mais toute mon affaire à moi reposait sur un mensonge! C’est drôle, je le reconnais aujourd’hui parfaitement, et je ne m’en rendais pas bien compte hier. Dis donc, Blanche, je crois bien que j’étais en train de devenir un imbécile!
—Toi? protesta Blanche avec feu, jamais! D’ailleurs, crois-tu sérieusement, que tu n’aurais pas été capable d’en faire autant que ce Grandsec, cette espèce de dépendeur d’andouilles, toujours saoul et mal embouché?
—Oh! oh! comme tu y vas! C’est un poète, en somme, et moi…
—Toi! tu serais aussi poète que lui, si tu voulais! Penses-tu par exemple que cette chanson que tu avais écrite pour moi, toi-même et tout seul, au premier temps de nos amours ne valait pas les rengaines de Grandsec?
—Quelle chanson?
—Si tu ne te la rappelles plus, moi je m’en souviens encore. Je suis moins ingrate que toi. D’ailleurs je l’ai toujours gardée, je vais te la chercher.
Elle sortit un instant et revint, en agitant triomphalement une feuille de papier jauni qu’elle passa à Fernand:
—Relis-les tout haut. J’aimais tant cela!
Fernand lut les couplets, avec une vague émotion ressurgie du passé. En effet, ils n’étaient pas si mal, ces vers!
—Tu vois bien! clama Blanche, ravie; et flattant du doigt le menton de Fernand:
—Je te dis que nous mettrons tous les Grandsec dans notre poche quand il te plaira!
—Mais la musique? Je ne sais pas écrire la musique, moi?
—Mais, moi, je sais! J’ai étudié mon solfège, moi! J’ai des diplômes! Tu me fredonneras tes airs ou tu me les joueras avec le pouce sur le piano, et je les écrirai sous ta dictée. Crois-tu que les Belmot, que les Naquet et tous les maîtres du concert écrivent leur musique eux-mêmes?
Les choses bien convenues ainsi, le couple examina la situation que lui faisait le malheur des temps. Il s’agissait de prendre des mesures pour vivre sans trop déchoir jusqu’à la rentrée.
Elle n’était point trop brillante, la situation! Habitué à laisser couler sans compter l’argent dont la source paraissait inépuisable, Fernand n’avait pas retenu un sol des sommes qui avaient passé dans la maison. Lourbillon, appelé en conseil, indiqua la solution la plus raisonnable.
—Mes petits enfants, puisque vous avez perdu, il faut payer. Vendez la voiture, vendez les chevaux, donnez congé de l’hôtel et louez un appartement dans un quartier pas trop cher! Quant aux domestiques et aux invités, voici assez longtemps qu’ils volent leurs gages et piquent vos assiettes! Du balai! du balai! Vous me garderez seulement mon rond de serviette à moi, qui suis un vieux camarade, dont vous auriez mieux fait d’écouter la voix prophétique que les flagorneries de tous vos olibrius qui vous ont rendus à moitié fous!
Lourbillon était devenu grognon, et non sans cause. C’est en vain que durant les trois années d’apothéose, lorsque Fernand planait au firmament des étoiles, il avait, de plus en plus édenté, prodigué les avertissements. Fernand, qui ne touchait plus la terre, ne l’entendait pas, et Mésange, entraînée dans l’orbe du triomphateur, avait, elle aussi, un peu perdu le juste sentiment de la proportion des choses, des êtres et des faits.
L’idée adoptée par Fernand de continuer à chanter des œuvres de lui, n’eut pas l’heur de sourire à Lourbillon.
—Pourquoi toujours vouloir sortir de son métier! ronchonna-t-il. Est-ce qu’un bon ténor ne vaut pas mille fois un mauvais poète? Tu vas encore te faire emboîter!
Mais Fernand, pris d’enthousiasme et saisi du «sacré délire,» avait acheté un traité de prosodie française, et rimait à tour de bras—le tout, corrigé par Mésange!
L’hôtel trouva facilement un acquéreur de la suite du bail, et la liquidation des écuries et du mobilier produisit de quoi largement assurer, pour un an ou deux, la tranquillité du ménage.
Fernand et Mésange s’installèrent, boulevard Poissonnière, dans un appartement de 2,000 francs, au quatrième sur le devant. Ils n’avaient conservé qu’une cuisinière et une femme de chambre, la nécessité prochaine d’une nourrice s’imposant… Pour cette même raison, il avait été décidé que Blanche ne chercherait pas d’engagement cette année, le futur citoyen qu’elle allait offrir à la France lui arrondissant déjà visiblement la taille.
Cependant, le mois d’août touchait à sa fin. Fernand reçut un matin une lettre des frères Yselo, directeurs des deux grands music-halls, Luteciana et Adelphia, qui le mandaient à leur cabinet.
Ces messieurs lui demandèrent s’il était dégagé de tout traité avec les établissements Langlet, et, sur sa réponse affirmative, lui proposèrent de signer chez eux, pour une série de trente soirées, renouvelable en cas de réussite.
Les conditions pécuniaires étaient bien meilleures encore qu’au Colorado (huit cents francs par jour!) et Fernand, enchanté, se mit à bûcher son nouveau répertoire.
Il était certain du succès. Des journalistes, qu’il avait vus, lui avaient affirmé que nul ne songeait plus à sa mésaventure. En outre, et sentant bien, à présent que le vertige de l’amour-propre l’éblouissait moins, que le plus sûr atout de son jeu était sa voix, simplement, il avait résolu de n’intercaler qu’avec modération ses romances à lui, entre d’autres numéros demandés aux fournisseurs les plus en vogue.
Toutefois, il eut une légère déception, lorsque quelques jours avant l’ouverture de l’_Adelphia_, communiquant son programme aux frères Yselo, il constata de quelle façon ses nouveaux directeurs accueillaient sa prétention d’interpréter quelques-unes de ses œuvres personnelles.
Ces deux messieurs eurent simultanément et parallèlement le même haussement d’épaules et des sourcils et déclarèrent ensemble:
—Oui, l’auteur-chanteur! c’est bien usé. Et qui est-ce qui vous fabrique vos machines, cette fois-ci?
Ils n’y mettaient point la moindre méchanceté, les frères Yselo; ils parlaient, d’après une conviction faite, inébranlable. Fernand se cabra:
—Mais messieurs, cette fois-ci, comme vous dites, c’est bien moi qui serai le véritable et unique auteur de ce que je présenterai sous mon nom!
—C’est entendu, concéda Yselo l’aîné; c’est entendu! D’ailleurs nous n’avons pas à entrer dans ce détail. Mais êtes-vous bien sûr que, désormais, il n’y aura plus d’indiscrétion commise?
—Mais par qui voulez-vous?... puisque je vous répète…
—Bon! bon! enfin, c’est votre affaire! l’interrompit Yselo cadet, de l’air de quelqu’un qui préfère ne pas laisser un interlocuteur s’empêtrer dans une imposture.
Fernand les quitta furieux.
C’est qu’elles n’étaient pas loin d’être tout à fait charmantes, ces œuvrettes dont il était vraiment le père, et qu’il allait, ce coup-ci, en toute authenticité, jeter au jugement de la foule. D’où sa rage contre les sceptiques.
Il s’était, l’ancien ouvrier socialiste, rédacteur de manifestes de grève, retrouvé un bout de plume élégant, et telle de ses inspirations intitulée: Feu de paille, et qui commençait par ces vers:
Ton amour est feu de paille, Tôt allumé, vite éteint…dépassait certainement la moyenne des poésies de salons littéraires. Et les mélodies, bien à sa voix, valaient, et au-delà, les plus soignés spécimens du genre.
L’Adelphia rouvrait le 1er octobre. Des notes fort élogieuses annonçaient dans les feuilles l’engagement de Fernand, et son nom, de nouveau, éclatait en lettres énormes sur les affiches. Pourtant Lourbillon ne se déridait pas. Cassandre incorrigible, il gardait le front plissé d’angoisses. Le matin de la première représentation, il dit à Fernand avec autorité:
—Donne-moi de l’argent.
—Pourquoi?
—Parce que je vais m’occuper de te faire soigner ton entrée en scène. Aide-toi, le ciel t’aidera, c’est un proverbe. Et un peu de claque fait grand bien!
C’est ainsi que le soir, l’apparition de Fernand à la rampe fut saluée d’une salve de bravos d’une énergie toute romaine.
Il commença par chanter, en prenant la précaution de proclamer à l’avance les noms des divers auteurs, trois mélodies inédites.
Les bravos redoublèrent. Peu à peu la salle partait. Le charme vocal opérait.
C’était le tour du quatrième morceau, le dernier. Fernand annonça:
«Feu de paille!» paroles et musique de moi.
Il s’inclinait. Alors un imperceptible murmure bourdonna et tout à coup, d’un fauteuil d’orchestre, cette exclamation jaillit:
—Ah non! faut pas nous la faire!
Des rires pouffèrent. Mais le silence se rétablit assez vite. On écoutait. En somme, nulle hostilité. Un égaiement plutôt. Hilarité contenue. Ce n’était pas vilain, ce Feu de paille! Mais quelle santé ils ont, ces cabots!
A la fin, quelques applaudissements se risquèrent, peu nombreux. Seulement, comme à la sortie de Fernand la claque reprenait son exercice de battoir, plusieurs spectateurs se fâchèrent et crièrent: «Chut!»
Énigme des destinées! Les trois quarts des gens qui étaient là avaient oublié l’anicroche de Fernand ou ne l’avaient pas connue. Fernand était en pleine forme et n’avait jamais été meilleur, S’il avait jamais mérité les acclamations de jadis, c’était bien maintenant. Et rien! Faut-il croire qu’en toute la vie humaine, une heure sonne où la chance tourne.
L’engagement de Fernand, le mois fini, ne fut pas renouvelé par les frères Yselo.
XXIII
—Laisse-moi tranquille! Va te promener. Ça m’agace de te voir tournailler sans rien faire de tes dix doigts. Descends au café, puisqu’il n’y a que là que tu t’amuses!
—C’est bon! Parfait! Pas besoin de t’énerver, ma chère. J’y cours!
Fernand se dirigeait vers l’antichambre. La main sur le loquet de la porte, il cria:
—Si je ne rentre pas dîner, ne m’attends pas! C’est agaçant, à la fin! La vie n’est plus tenable!
Le ménage passait en effet par une crise. L’échec de l’Adelphia n’avait pas été sans aigrir le caractère du ténor en disponibilité; d’un autre côté, l’état de grossesse de Blanche Mésange rendait celle-ci agressive, grincheuse et exigeante, Elle avait sans cesse les «nerfs en pelote,» comme disait Lourbillon, rabroué, lui aussi, plus souvent qu’à son tour. L’ennui de se voir devenir laide, le corps déformé, la démarche lourde, la claustration forcée, le régime imposé transformaient momentanément la plus douce des épouses en la plus intraitable des mégères. Chaque jour amenait sa scène de reproches ou de jalousie, terminée invariablement, et noyée dans un flot de larmes charriant pêle-mêle des excuses et des baisers de repentir.
—Ce n’est pas de ma faute si je suis comme cela. C’est plus fort que moi! hoquetait Mésange après trois heures de férocité déchaînée.
—Et on appelle ça une position intéressante! philosophait Lourbillon.
Fernand, chassé de chez lui par cette atmosphère continuelle de tempête, avait, en désespoir de cause, pris l’habitude de sortir le plus possible, et pour tuer le temps, il usait ses journées à changer de cafés, enfilant des chapelets de bocks jusqu’à l’heure de l’absinthe, l’heure verte où
Vénus S’allume dans le ciel vert-pâle,De sorte qu’il rentrait généralement juste pour se mettre à table, sinon gris, au moins très surexcité. Et les querelles recommençaient aussitôt, à propos de tout et de rien, pour la soupe trop froide ou le café trop chaud. Là-dessus, mauvaises paroles, cris, menaces, bris de vaisselle. Un enfer!
Ce jour-là, Fernand dégringola son escalier, au pas de charge, quatre à quatre et bouillant de colère.
Il avait des désirs d’aller loin, loin, au bout du monde, presque à Asnières! Quelle existence, bon Dieu de bon Dieu!
Il prit le faubourg Montmartre, la rue Notre-Dame-de-Lorette, la rue Fontaine. Il montait, montait toujours, pour fatiguer son exaspération, mâchonnant de vagues récriminations, sans regarder personne.
Comme il débouchait place Blanche, il tomba tout à coup dans les bras d’un individu qui marchait en sens inverse et dont il venait, tête baissée, de heurter la large poitrine.
—Eh bien quoi! camarade Fernand! on veut défoncer les amis, à présent! tonna une grosse voix gaie.
—Tiens! ce vieux Galigant! Ah! par exemple! depuis le temps qu’on ne s’est vu! s’exclama Fernand, cordialement.
Galigant était un ancien compagnon de travail du ténor, au temps où ils étaient ouvriers tailleurs.