L’arrache-Cœur
Chapitre XIII
7 octembre.
Ils jouaient sur la pelouse devant les fenêtres de leur mère. De moins en moins elle tolérait qu’ils s’écartent.
Pour l’instant, elle les regardait, suivant leurs gestes et tentant de deviner leurs yeux. Joël paraissait moins vif que d’habitude et restait à la traîne, suivant le mouvement tout juste. Un moment il se leva, tâta sa petite culotte et regarda ses frères. Ils se mirent à danser autour de lui comme s’il leur avait dit quelque chose de très drôle. Joël frotta ses poings sur ses yeux et il pleurait, c’était visible.
Clémentine sortit de sa chambre, descendit l’escalier et gagna la pelouse en quelques instants.
– Qu’est-ce qu’il y a, mon petit chou ?
– Mal au ventre ! sanglota Joël.
– Qu’est-ce que tu as mangé ? C’est cette idiote qui t’a encore donné quelque chose de pas bon, mon pauvre ange.
Joël, debout, les jambes écartées, rentrait le ventre et sortait le derrière.
– J’ai fait dans ma culotte ! hurla-t-il effondré.
Citroën et Noël prirent un air méprisant.
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– C’est un bébé ! dit Citroën. Il fait encore dans sa culotte !
– Quel bébé ! dit Noël.
– Allons ! dit Clémentine. Voulez-vous être gentils avec lui ! Ce n’est pas sa faute. Viens, mon chéri, viens, je vais te mettre une belle culotte propre et tu auras une bonne cuillerée d’élixir parégorique.
Citroën et Noël restèrent frappés d’envie et d’étonnement.
Joël suivit Clémentine en trottant, tout consolé.
– C’est dégoûtant, dit Citroën, il fait dans sa culotte et on lui donne des lixirs paracoliques.
– Oui, dit Noël. J’en veux aussi.
– Je vais essayer de pousser, dit Citroën.
– Moi aussi, dit Noël.
Ils poussèrent de toutes leurs forces, les joues violacées, mais rien ne venait.
– Je ne peux pas, dit Citroën. J’ai juste fait un tout petit peu pipi.
– Tant pis, dit Noël, on n’aura pas des lixirs. Mais on va cacher l’ours de Joël.
– Tiens ? dit Citroën, surpris d’entendre Noël faire une si longue phrase.
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– C’est une bonne idée, mais il ne faut pas qu’il puisse le trouver.
Le front de Noël se plissa douloureusement. Il cherchait. Il tourna la tête de droite et de gauche, en quête d’inspiration. Citroën n’était pas en reste et faisait fébrilement travailler ses neurones.
– Regarde ! dit-il. Là-bas !
Là-bas, c’était l’espace libre où la bonne accrochait son linge à de hauts fils de fer. Au pied de l’un des poteaux blancs qui supportaient les fils se dessinait la silhouette de l’escabeau.
– On va le cacher dans un arbre, dit Citroën. On va prendre l’escabeau de Blanche. Vite avant qu’il ne revienne !
Ils coururent de toute la force de leurs jambes.
– Mais, haleta Noël tout en courant, il pourra le reprendre…
– Non, dit Citroën. Tu comprends, à nous deux, on peut soulever l’escabeau, mais lui tout seul ne pourra pas.
– Tu crois ? demanda Noël.
– Tu vas voir, dit Citroën.
Ils arrivèrent à l’escabeau. Beaucoup plus grand qu’il n’en avait l’air de loin.
– Il faut faire attention de ne pas le faire tomber, dit Citroën, sans ça on ne pourrait plus le remettre debout.
Cahin-caha, ils s’éloignèrent, traînant l’objet.
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– Ouille, c’est lourd ! dit Noël au bout de dix mètres.
– Dépêche-toi, dit Citroën. Elle va revenir.
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