Le château de Coucy

Eugène Amédée Lefèvre-Pontalis · Chapitre 9 sur 14

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Le château de Coucy

Chapitre IV

TOURS D’ANGLE

 

=Tour nord-est.=—A côté de la porte du château s’élève une grosse tour ronde O dont le diamètre extérieur est de dix-neuf mètres. La salle circulaire du sous-sol, voûtée par six ogives aux arêtes abattues qui retombent sur des consoles, est enclavée par deux archères à linteaux superposés. On y accédait par une porte en plein cintre au bout du souterrain déjà signalé, qui longe la courtine du nord. Au rez-de-chaussée, une porte à linteau précède une voûte en berceau brisé qui vient buter contre deux grandes dalles. Dans ce couloir venait déboucher l’escalier à vis, dépourvu de marches, qui conduisait directement à la plate-forme supérieure[22]. La salle hexagone est recouverte par six nervures en amande qui se réunissent autour d’une clef à feuillage et qui s’appuient sur de courtes colonnettes. Les crochets de leurs chapiteaux se recourbent sous des tailloirs à bec moulurés. Les formerets à claveaux nus encadrent de larges niches en tiers-point. A l’ouest, une fenêtre de la même forme, avec glacis en escalier, s’ouvre dans le mur, épais de 4m,80. Un couloir coudé, éclairé par une archère, conduit à des latrines dont la fosse, très profonde, se compose d’un puits rond surmonté d’un puits carré.

 

[22] Viollet-le-Duc a mal planté les latrines de cette tour.

 

[Illustration:

A Ventre del.

CHAPITEAU DE LA TOUR NORD-EST]

Au premier étage, la voûte s’est écroulée; mais on voit l’amorce de l’une des six ogives à tore aminci. Cette salle, à six pans, communiquait par une porte avec la courtine du nord. Ses grandes niches en tiers-point, ses cinq archères, sa cheminée et ses latrines sont encore intactes. Le dernier étage, hexagone, n’était pas voûté: ses niches au nombre de six, ne correspondaient pas aux précédentes pour donner plus de solidité à la maçonnerie. La toiture reposait sur un mur circulaire percé de baies à linteau, et les hourds de bois prenaient leur point d’appui sur de gros corbeaux de pierre, dont le profil est formé de quatre quarts de rond, comme au sommet du donjon.

 

[Illustration:

Photo Lefèvre-Pontalis.

COURTINE ET TOUR NORD-EST]

 

=Musée lapidaire.=—Le déblaiement des ruines a permis de recueillir, dans la salle du rez-de-chaussée de cette tour, des sculptures très intéressantes, comme un chapiteau du XIIe siècle, à larges feuilles recourbées en volutes, qui devait orner une salle du château roman, et qui couronnait une colonne isolée. Une large clef de voûte, du XIIIe siècle, dont le trou central est entouré d’une guirlande de feuillages, provient de la chapelle gothique, comme le prouvent les amorces de ces quatre branches d’ogives, tandis que deux clefs à six nervures faisaient partie des voûtes dans les grosses tours. Deux grosses gargouilles, à tête d’animal et des débris des quatre pinacles terminés par un fleuron sortant d’un cercle de boules, qui se trouvaient jadis au sommet du donjon, méritent d’attirer l’attention avec un personnage assis, les jambes croisées, qui décorait un sommier de la voûte d’ogives du rez-de-chaussée.

 

[Illustration:

Photo Lefèvre-Pontalis.

MUSÉE LAPIDAIRE.—SCULPTURES DU XIVe SIÈCLE

A droite, têtes d’un Preux et d’une Preuse provenant des cheminées.]

Trois lions mutilés du XIIIe siècle, dont l’un dévorait un enfant et l’autre un chien, portaient sur leur dos une table de pierre qui servait de siège à un autre lion assis. C’était l’ancien perron dessiné par Androuet du Cerceau, où les vassaux des sires de Coucy juraient foi et hommage à l’entrée du château. «Devant ladite figure, dit-il, se paye certain tribut par les voisins du lieu, scavoir est qu’ils sont tenus envoyer tous les ans un rustique, ayant en sa main un fouet, pour sonner d’iceluy trois coups: avec ce une hotte pleine de tartres et gasteaux qu’il fault qu’il distribue aux seigneurs de là». La redevance de quarante rissoles par l’abbé de Nogent donnait lieu à une bizarre cérémonie.

Une petite gargouille, des chapiteaux à crochets, des carreaux vernissés, des boulets de pierre et de fonte complètent cette collection ainsi que les têtes d’un Preux et d’une Preuse qui ornaient au XIVe siècle les cheminées des salles du même nom; des figurines et des chapitaux de la même époque; la tombe plate d’un bourgeois de Coucy, mort en 1596. Enfin, il faut signaler une couleuvrine en cuivre à six pans.

 

[Illustration: