Le château de Coucy

Eugène Amédée Lefèvre-Pontalis · Chapitre 3 sur 14

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Le château de Coucy

La Face Opposite Facies Ingressvi

DE LENTREE OPPOSITA

Androuet du Cerceau del.

LE CHATEAU EN 1576

Vue prise à l’ouest.]

INTRODUCTION HISTORIQUE

LES SIRES DE COUCY

L’origine de Coucy-la-Ville (_Codiciacum villa_) en Laonnais, dans l’ancienne cité des Rémois, date certainement de l’époque gallo-romaine. Ce lieu est d’ailleurs situé à proximité de la voie romaine de Soissons à Saint-Quentin. La plus ancienne mention de Coucy ne remonte cependant qu’au IXe siècle: on la rencontre dans la Vie de saint Rémi, par Hincmar, qui fait remonter au temps de Clovis la donation de ce domaine à l’église de Reims[1]. Au début du siècle suivant, l’archevêque de Reims, Hervé, fit construire un château fort (_municio_), à l’extrémité de la colline allongée qui domine Coucy-la-Ville: ce fut l’origine de Coucy-le-Château[2].

 

[1] Monumenta Germaniæ historica, Scriptores, t. III, p. 256,

307, 322 et 343.

 

[2] Flodoardus, Historia ecclesiæ Remensis, lib. IV, c. 13 (_M.

G. hist., Scriptores_, t. XIII, p. 576).

Herbert II, comte de Vermandois, père de l’archevêque Hugues, ne tarda pas à s’en emparer. Après avoir été concédé comme fief à Anseau de Vitry, vassal de Boson, frère du roi Raoul (930), Coucy passa successivement à Bernard de Senlis et Thibaud le Tricheur, vassaux de Hugues le Grand, duc de France. C’est là que, selon Dudon de Saint-Quentin, le jeune duc de Normandie, Richard, fut caché par son fidèle Osmond, à la suite de son évasion de Laon (vers 944).

En 950, la garnison de Coucy qui, l’année précédente, avait passé au parti de l’archevêque de Reims, Artaud, revint à celui de Thibaud le Tricheur. Celui-ci s’établit solidement dans le donjon roman, et en confia la garde à son vassal Harduin. Les hommes d’armes du roi et de l’archevêque essayèrent en vain de l’en déloger. En 958, cependant, les partisans d’Artaud pénétrèrent par surprise à l’intérieur de la forteresse. Le châtelain Harduin se réfugia dans le donjon, déjà presque inexpugnable. Pour le réduire, il fallut que le roi vînt en personne l’assiéger, en compagnie d’Artaud et de bon nombre de comtes et d’évêques. Le siège dura deux semaines environ. Harduin donna ses neveux comme otages, et l’armée assiégeante se retira. Thibaud parvint cependant à y rentrer, on ne sait comment, quelque temps après, puisqu’en 964 nous le voyons consentir à rendre de nouveau Coucy à l’archevêque pour être absous de l’excommunication, mais il exigeait que Coucy fût inféodé à son fils Eudes Ier. Celui-ci mourut en 995, et on ignore entre les mains de qui passa l’héritage de Coucy.

 

[Illustration:

Photo Neurdein.