Le chemin des écoliers
Chapitre III
Le professeur d’histoire 1 parlait des Girondins avec une sympathie qui ne s’avoue plus guère depuis vingt ans. Dans la deuxième demi-heure de son cours, il n’en était plus à formuler un jugement ou une critique et laissait aller son cœur
1 Le professeur d’histoire Gustave Bon avait épousé en
1925 une jeune fille prénommée Irma, d’un caractère autoritaire, d’une intelligence courte et aiguë. Elle avait un sentiment juste des réalités utiles, une grande méfiance des idées et un génie organisateur et inquisiteur auquel son existence d’épouse de fonctionnaire n’offrait que des occasions médiocres. Comme elle n’était pas tentée par les plaisirs de l’adultère, ces dispositions pesaient lourdement sur l’existence du professeur, lequel aimait les fleurs, les prés, le socialisme, l’accordéon, les cols Claudine et les plaquettes de poésie. À force de subir l’humeur d’Irma, il en était venu à distinguer dans l’histoire de l’humanité deux grands courants d’évolution qu’il appelait l’irmaïsme et le gustavisme. En 1936, il avait cru au triomphe du gustavisme, en mai 40 à celui de l’irmaïsme, en août 44 au retour définitif du gustavisme. Aujourd’hui, le professeur est triste. Il essaie courageusement de ne pas désespérer du gustavisme.
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meurtri par la défaite, l’occupation et l’impuissance des hommes sensibles. Il s’échappait librement vers la romanesque aventure de cette belle jeunesse bourgeoise grouillante et verbifiante comme un tas de carabins. Dans ce temps-là, il n’y avait pas besoin de vaincre pour fleurir dans la mort comme dans la vie. Quoique attentif, l’auditoire ne communiait pas. Les élèves suivaient avec intérêt, mais l’air froid, et un peu comme on écoute une histoire de cocu.
Antoine, fidèle à une habitude déjà ancienne, n’écoutait pas la leçon d’histoire et lisait Tartufe. Malgré lui, la prose du professeur se mêlait aux vers de Molière et, parfois, une cafarderie de Tartufe semblait répondre à l’éloquence sublime d’un Vergniaud ou d’un Barbaroux. L’élève Michaud Antoine n’avait pas d’antipathie pour les Girondins, mais pensait que la science historique est une écœurante absurdité qui gâte le plaisir de vivre aux générations héritières en leur ôtant les joies de découvrir la vie dans leurs propres élans ; que c’était comme si on préparait les hommes aux joies de l’amour en leur
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apprenant dès l’école maternelle le mécanisme du coït dans un abécédaire illustré de vagins, de prostates et autres saletés. Il n’aurait pas osé le dire à son père qui était naturellement très friand d’histoire (les vieux s’embêtent dans la vie), mais la seule histoire qui, à la rigueur, lui parût valable était celle qu’on enseigne dans certains pensionnats de jeunes filles, une histoire peuplée de saints Louis, de Bayards et de sergents Bobillot, à part quoi, tout le reste était à ses yeux excrément cafardeux, bavure du passé sur le présent. Il aurait pu d’ailleurs faire les mêmes observations sur Tartufe. Pourquoi nous flanquer cette charogne sous le nez quand la vie est si belle et si doux l’amour ? Et plus généralement, pourquoi faut-il que nos existences, au lieu de s’élancer de leurs propres matins, se règlent sur les cogitations de vieilles gens décorés ? L’élève Michaud Antoine se demandait ce qu’il fichait au lycée.
Au premier rang des élèves, Pierre Tiercelin, l’ami le plus intime d’Antoine, ne quittait pas des yeux le professeur d’histoire. Très bien vêtu, très beau garçon, il était toujours d’une correction et
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d’une politesse distantes qui lui valaient généralement la considération hostile de ses camarades. On gardait encore le souvenir d’une raclée qu’il avait flanquée, deux ans plus tôt, à un élève de philosophie qui l’avait provoqué à la sortie du lycée. Fils d’un restaurateur de la rue de La Rochefoucauld, le barman du sous-sol, dans un esprit swing, l’avait surnommé Paul à cause de son prénom de Pierre, et il était Paul pour son ami Antoine Michaud. Bien qu’il fût à peu près imperméable au romanesque sublime et au romanesque en général, Paul Tiercelin ne nourrissait aucune prévention à l’égard de l’histoire. La vie des grands hommes l’avait toujours intéressé. Il suivait sans distraction la leçon du professeur et éprouvait pour les Girondins le même sentiment de sympathie distante que lui inspiraient, au bar paternel, les puceaux de bonne famille promis à la voracité des filles.
À la sortie du lycée, les deux amis firent un peu de chemin ensemble. Les hautes branches des arbres se perdaient dans un ciel bas et blanc de brume, qui mouillait la chaussée et les trottoirs du
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boulevard de Clichy. Parmi les passants déambulaient, guettés par les filles, des soldats allemands habillés en réséda, en kaki et en aubergine. À l’approche du soir, les cafés commençaient à se peupler et de certains bars s’échappaient, à plein bouton de radio, des bouffées de musique beuglante auxquelles se mêlaient des cris et des rires de putains. Attentives aux policiers, des négresses embusquées jouaient des hanches et des prunelles pour essayer de troubler des guerriers racistes. Un vieux monsieur haut colleté, qui avait peut-être encore l’estime de sa concierge, tendait la main en chantant le grand air de Lakmé. Ce mouvement des trottoirs, Paul l’observait comme un turfiste un champ de course et, grâce à l’expérience acquise au bar de son père, en apercevait les ressorts secrets.
Les femmes regardaient avec intérêt, parfois insistance, ce grand garçon élégant, mais Paul accueillait les œillades avec une indifférence parfaite qui n’avait rien d’affecté. De temps à autre, il reconnaissait une cliente de l’établissement paternel. Il la saluait d’un sourire,
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mais son beau visage restait sérieux. Vêtu d’un pardessus râpé qui avait appartenu à son frère, Antoine, à côté de ce camarade cossu, faisait figure de collégien pauvre, peu soigné, et n’attirait pas les regards des passantes. Paul le remarquait presque sans y penser. Il savait depuis longtemps que le cœur des femmes bien habillées ne bat pas pour les garçons pauvres et croyait même que chez elles l’instinct sexuel est si averti des catégories sociales, qu’il leur sert de boussole pour se diriger dans le monde. Antoine ne prêtait d’ailleurs pas attention aux passantes. Une joie légère faisait paraître plus jeune encore son visage d’adolescent et à plusieurs reprises, Paul jeta de son côté un regard furtif, curieux de l’espèce de sourire intérieur dont le reflet éclairait les yeux de son compagnon. Comme ils arrivaient au coin de la rue Germain-Pilon, Antoine s’arrêta, mais Paul le poussa et dit :
« Non, pas ce soir.
– Tu es en froid avec Flora ? demanda Antoine.
– Non. Mais tu sais, les femmes... J’y pensais
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tout à l’heure au cours d’histoire. Je me disais, faire l’amour, on se déshabille, ça prend du temps, et puis quoi, quand c’est fait, on n’a vraiment pas fait grand-chose. »
Paul se tut, attendant de son compagnon une approbation qui ne vint pas.
« Faire l’amour, ça peut aller pour occuper des loisirs de retraité, mais quand on a nos âges, tu avoueras qu’on pourrait trouver à mieux employer son temps.
– Ça n’a jamais empêché de faire autre chose.
– Justement si, ça empêche. Tu n’as qu’à voir toi. Tu ne penses plus qu’à ça. Toujours les yeux noyés. Entre nous, ce n’est pas ce qui te donne l’air très intelligent. »
Antoine rougit et murmura :
« Je l’aime, je ne m’en suis jamais caché.
– Le résultat, c’est que toi, le brillant élève de l’année dernière, tu es devenu un élève moyen dans mon genre et juste l’année du bac. Pour moi, les diplômes, la culture, c’est sans importance. Mais toi, tu es une petite nature délicate. Tu as
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besoin de t’orner l’esprit, de te faire un petit musée dans la tête pour le montrer aux connaisseurs. C’est avec ça que tu te défendras dans la vie et pas autrement.
– Je ne vois pas bien à quel métier tu peux penser.
– Mais tu comprends ce que je veux te dire. Et à cause d’Yvette, tu es en train de perdre ce qui t’est le plus nécessaire. Crois-moi, l’amour, c’est comme la pipe. Quand on a un tuyau de pipe entre les dents, on croit qu’on fait quelque chose d’important. Je le sais. Un soir, cet été, au bar, je parlais avec un type intelligent, et tout d’un coup, je me suis vu dans la glace. La mâchoire en avant, les yeux plissés, j’avais la tête à claque du monsieur qui se figure que sa pipe a réponse à tout. Je me suis supprimé la pipe. Et les femmes, je vais me les supprimer aussi. Pour ça, je n’ai pas besoin de me voir dans la glace, je n’ai qu’à te regarder. Tu te figures qu’en couchant avec Yvette, tu fais quelque chose de très important.
– Je ne me figure rien, je suis heureux, c’est tout. Je ne me pose pas de questions. Mais toi,
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qu’est-ce que tu peux avoir à faire de si important que Flora soit un empêchement ?
– Rien, répondit Paul, mais j’ai besoin de me sentir en forme.
– En forme pour quoi ? »
La question d’Antoine resta sans réponse. Ils arrivaient au carrefour de la place Blanche. Avant de se séparer, Paul sortit une enveloppe de sa poche et la remit à son compagnon.
« Ta part de la semaine dernière. À propos, ne va pas t’imaginer que tu es un homme d’affaires parce que tu gagnes trente mille francs par mois à ce petit jeu là. C’est à la portée du premier venu, il suffit d’être dans le circuit. Encore un truc que j’ai bien envie de me supprimer, tiens. Bonsoir. »
Antoine s’élança en courant dans la montée de la rue Lepic. Sur les trottoirs, des agents maintenaient les longues et épaisses colonnes de clients qui faisaient la queue à la porte des magasins d’alimentation. Rue Durantin, il s’engagea dans un couloir noir qu’emplissaient des relents de cuisine et de pourri et monta trois
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étages dans une demi-obscurité. Au coup de sonnette, une jeune femme, qui avait entendu son pas dans l’escalier, vint ouvrir la porte et se jeta contre lui. Ils étaient à peu près de la même taille, mais pour Yvette qui allait sur ses vingt-six ans, le temps de grandir était passé. Jolie, un visage finement modelé, des cheveux coiffés en crête et tombant en cascade sur la nuque, elle avait une grâce un peu alanguie et chacun de ses gestes et de ses regards semblait exprimer un regret de ne pouvoir s’attarder. Dans ses yeux passait un reflet d’eau lourde et paresseuse. Enlacés, ils traversèrent un vestibule miteux aux murs gondolés dont les boursouflures avaient fait éclater le papier déteint, et entrèrent dans une petite pièce claire aux tentures de couleur crème, qui tenait du boudoir par l’ameublement moderne et de la salle de bains par la profusion des glaces et des nickels où brillait l’argent du marché noir. Yvette entraîna le garçon sur le divan et, le regard lourd, lui prit la tête entre ses mains. Il répondait avec emportement aux cent questions qu’elle lui faisait chaque soir : s’il l’aimait, s’il l’aimait autant qu’au début de l’année, s’il avait pensé à
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elle cet après-midi.
Enfiévrée par ses propres paroles, Yvette regardait poindre une lueur de folie dans les yeux agrandis du garçon, lequel ne perdait d’ailleurs pas de vue qu’il s’agissait d’un jeu ou au moins d’une broderie.
« Je ne peux rester qu’une demi-heure. Je vais voir maman à la clinique. Tu as écrit à ton mari ? »
Yvette sourit avec un faux air de contrition, mais Antoine ne riait pas.
« Voyons, Yvette, il y a plus de huit jours que ta lettre devrait être partie. Je t’assure, tu n’es pas raisonnable. Ce pauvre homme, il ne vit que pour tes lettres, pense à ce que doit être la vie d’un prisonnier. C’est déjà assez triste.
– Pourquoi dis-tu ça ?
– C’est la vérité.
– Mais si mon mari n’était pas prisonnier, je ne t’aurais jamais connu ? Tu vois bien, chéri. Heureusement qu’il est prisonnier. Heureusement aussi qu’il y a eu la guerre et qu’on a été vaincus.
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Heureusement que tout, dis ?
– Tais-toi, je veux que tu écrives aujourd’hui. »
Antoine avait la douceur d’une fille et l’autorité d’un homme.
« Bon, je vais lui écrire. Mais je ne sais pas quoi lui dire, moi. Antoine, fais-moi un brouillon.
– Tu es folle. Je ne peux tout de même pas, moi...
– Tu ne m’aimes pas.
– D’ailleurs, je te l’ai dit, je suis pressé. Pense que je n’ai pas trouvé le temps de faire mon devoir de français pour demain.
– Pourquoi ne demanderais-tu pas à Coutelier de te le faire ? J’irai le chercher tout à l’heure. Et même, tiens, j’y pense, il pourrait aussi bien me faire ma lettre.
– Ah ! non, protesta Antoine. Mille fois non. C’est moi qui la ferai. »
Il alla s’asseoir à un petit bureau d’angle, près de la fenêtre, et resta une minute à rassembler ses idées. Allongée à plat ventre sur le divan, Yvette
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le contemplait.
« Ne me regarde pas. Ça m’empêche d’écrire. »
Il déplaça sa chaise pour lui masquer la vue du papier et commença à écrire : « J’ai bien reçu ta chère lettre du tant et mon cœur a battu très fort en l’ouvrant. J’ai toujours l’espoir que tu vas m’annoncer ton retour prochain et c’est ce qui m’aide à vivre en comptant les jours déjà si nombreux de notre séparation. Cette nuit encore, j’ai rêvé que je me glissais dans ton stalag et que tu m’attendais sur le seuil de ton baraquement. Comme j’étais heureuse, Jean, et combien j’ai eu de chagrin en m’éveillant d’un si beau rêve. Cela n’a pas d’importance, car je suis sûre qu’un jour, la réalité sera encore plus belle et que nous serons réunis pour de bon, comme nous n’avons pas cessé de l’être en pensée. »
Il écrivait sans gêne ni remords, comme il se fût acquitté d’un exercice de style, avec une conscience qui comportait autant de sincérité que de sympathie.
« Chou n’est pas rentrée ? demanda-t-il sans
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lever la plume.
– Si, mais je l’ai envoyée en commission.
– Elle a goûté ?
– Je ne sais pas... non. La voilà. Je vais lui donner son goûter. »
Une petite fille entra, jolie comme Yvette, mais dans l’œil, une lueur vive et franche.
« Chou, lui dit sa mère, je t’ai défendu d’entrer sans frapper. Combien de fois encore... »
Antoine s’était retourné et lui tendait les bras. Chou y courut et ils se mirent à rire et à jouer.
« Laisse Antoine tranquille, dit Yvette. Il écrit à papa.
– Pourquoi ?
– Viens goûter. »
Antoine se remit à écrire : « Chou est vraiment une bonne petite fille qui a beaucoup de cœur et, pour ses six ans, une intelligence très éveillée. Tu peux être fier d’elle. Toutes les deux, nous parlons très souvent de toi. »
Chou revint de la cuisine avec une épaisse
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tranche de pain beurrée dans chaque main.
« Il y en a une pour toi.
– Tu es gentille, Chou, mais je te donne ma part. Je ne goûte jamais, moi, tu sais bien. »
Devinant qu’il était tenté, Chou insista et lui mit les tartines sous le nez. Antoine eut besoin de faire un grand effort de volonté pour ne pas céder. Sur le chapitre de la nourriture, il ne voulait pas profiter des possibilités que lui offraient les trente ou trente-cinq mille francs par mois qu’il gagnait au marché noir et s’interdisait de rien manger au-dehors qui l’avantageât sur sa famille à cet égard. La lutte était souvent difficile, mais jusqu’alors, il ne s’était pas écarté de sa ligne de conduite, sauf obligation, et connaissait les mêmes fringales que ses frère et sœur. Yvette introduisit un homme à cheveux blancs, manchettes, faux col dur et ruban rouge.
« Monsieur l’Inspecteur, dit Antoine, après salutations et préambules, j’ai une rédaction à remettre demain soir et je n’ai pas le temps de la faire. Si vous pouviez me faire quatre pages, je les recopierais ce soir. »
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M. Coutelier, inspecteur primaire en retraite, sentit à cette proposition se cabrer sa conscience d’éducateur, et son sourire, qu’il avait voulu aimable, s’effaça de son visage. Dans le moment, il oubliait ses quatre petits-enfants qui se trouvaient, du fait de la guerre, entièrement à sa charge, la mère tuée pendant l’exode de 40 et le père, juif, interné à Drancy. N’ayant de revenus que sa retraite de fonctionnaire et son grand âge ne lui permettant pas d’accéder à un emploi régulièrement rétribué, il gagnait un peu d’argent à se rendre utile aux voisins et à quelques commerçants du quartier, recevait des pourboires, faisait des courses, prenait la queue à la porte d’une boutique ou à un guichet de mairie, collait des tickets pour un épicier de la rue Lepic et gardait parfois la loge d’une concierge. Admirable de dévouement, il se trouvait lui-même d’une grandeur antique et vivait constamment avec la pensée du plaisant contraste entre les besognes auxquelles il lui fallait descendre et sa haute sagesse d’inspecteur.
« Monsieur, répondit-il de cette voix glacée qui faisait transpirer les instituteurs en 1920, vous me
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demandez de vous rendre un bien mauvais service. »
Antoine, rougissant, s’excusa sur la maladie de sa mère. Il n’en sortait pas, ce que voyant, Yvette trancha :
« Deux cents francs, monsieur Coutelier.
– Croyez bien, Madame...
– Trois cents. »
À ces mots, l’inspecteur se représenta vivement l’état dans lequel il avait vu le matin même les culottes de ses deux petits-fils. Sans compter l’usure du tissu, qui était déjà alarmante, elles cachaient à peine la moitié de leurs cuisses.
« Exceptionnellement, étant donné les circonstances... De quoi s’agit-il ?
– Voilà le sujet : expliquez comment se forme et grandit en nous l’idée de patrie et pourquoi, loin de nous détourner de l’amour de l’humanité tout entière, elle nous y conduit naturellement.
– Beau sujet. Admirable sujet. La patrie. L’humanité. Seule, la France possède le secret de ces harmoniques. C’est pourquoi elle est
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éternelle, monsieur.
– C’est évident, dit Antoine. Je vous demanderai de ne pas faire un devoir trop long. J’aurai très peu de temps pour le recopier.
– Tant pis, je me bornerai à l’essentiel, mais il y a beaucoup à dire.
– Si vous voulez bien, monsieur l’Inspecteur, je vais vous régler. »
Il tira de sa poche l’argent que lui avait donné Tiercelin. Considérant cette poignée de billets de mille entre les pattes d’un gamin, le vieillard flaira un commerce suspect entre la jeune femme et Antoine. À son estime, le garçon était trop jeune pour qu’il s’agît d’une complicité d’amants, mais tous deux pouvaient être des rouages dans une organisation de marché noir. Il voyait là une explication relativement honorable des toilettes élégantes d’Yvette, et du clinquant coûteux de son boudoir. À ses yeux, le marché noir était un phénomène régi par la loi de l’offre et de la demande, presque une survivance héroïque de l’économie libérale faisant échec au fascisme oppresseur, et son illégalité n’était pas
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un grief qu’on pût lui faire sérieusement dans une époque où les interdits portaient tous plus ou moins la marque de l’occupant.
« Vous êtes bien jeune pour manier d’aussi grosses sommes », ne put-il néanmoins s’empêcher de faire observer.
Antoine ne trouvait rien à répondre, honteux et gêné comme un enfant surpris par une grande personne en train de fumer une cigarette. Yvette lui prit des mains trois billets de cent francs et dit en les donnant à l’inspecteur :
« Voilà votre compte. Mais j’y pense. Antoine, tu pourrais peut-être employer ce pauvre homme qui a besoin de gagner sa vie. Tu lui donnerais à placer du café ou des cigarettes. »
Elle passa ses bras autour du cou d’Antoine et lui baisa la bouche avec un emportement ostentatoire.
« Hein, chéri, tu essaieras de l’employer ?
– Madame, riposta le vieillard, je vous sais gré de votre bonté, mais je me sens peu de disposition pour ce genre d’activité et je
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craindrais de décevoir monsieur votre fils. »
Il inclina la tête et se dirigea vers la porte qu’Yvette claqua derrière lui. Antoine, accablé par la confusion, s’assit sur le divan. L’étonnement manifesté par le vieil homme au sujet des billets de mille lui avait paru des plus légitimes. Lui-même ne pensait jamais sans un déchirement de conscience à l’énormité de ses gains. Ce n’était pas qu’il eût scrupule de faire du marché noir, mais il avait appris dans sa famille à considérer l’argent superflu comme le péché du monde, et les dizaines de mille francs gagnés sans effort et dépensés par Yvette avec une puérile légèreté lui semblaient insulter à la peine et aux soucis quotidiens de ses parents. Son désir de trouver un biais pour améliorer les menus de la famille était même traversé par certaines hésitations et par la crainte que cette pieuse supercherie ne fût, à tout prendre, qu’une trahison.
« Qu’est-ce que tu as ? Je t’ai fâché. Tu m’en veux d’avoir remis le vieux à sa place ? C’est de sa faute. Il n’avait qu’à être plus discret. Pour un
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peu, il t’aurait accusé d’avoir volé l’argent.
– Il s’est étonné de me voir tant d’argent dans les mains. Le fait est que c’est étonnant. Et encore, il ne savait pas que ces huit mille cinq cents francs, j’ai mis une semaine à les gagner. Mon père, lui, met un mois entier. Et il a beaucoup plus de mal que moi.
– C’est regrettable pour lui, mais tout ça ne regarde pas Coutelier.
– Il aurait pu ne pas en parler. Un homme plus habile et moins honnête n’aurait rien dit. Maintenant que tu lui as fait comprendre ce que nous sommes l’un pour l’autre, il a de quoi s’étonner un peu plus.
– La tête du vieux quand il nous a vus bouche à bouche. »
Au souvenir, Yvette se mit à rire. Antoine lui-même, malgré sa mélancolie et son inquiétude, ne put s’empêcher de rire aussi, mais presque aussitôt, son visage d’adolescent retrouvait son expression de tristesse sérieuse. En repensant à l’incident et à la riposte du vieillard, l’idée lui
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venait que l’amour d’Yvette avait été aussi facile que l’argent du marché noir, lequel avait joué dans l’aventure et jouait encore un rôle peut-être plus important qu’il ne semblait à première vue. Antoine ne doutait pas des sentiments de la jeune femme, mais il se rappelait avoir entendu dire à Tiercelin que les sentiments des femmes, voire les plus spontanés, se décident presque toujours sur des considérations raisonnables et que l’argent fait partie du sexe-appel masculin. Comme toujours, Tiercelin avait affirmé là une certitude intime, car il ne cherchait jamais à se rendre intéressant. En admettant même que son expérience fût limitée à un certain milieu, c’était précisément dans ce milieu, celui du bar de la Pomme d’Adam, qu’Antoine avait rencontré Yvette. D’ailleurs, il venait d’en avoir la révélation, une intimité d’amants, même heureuse, n’implique pas nécessairement des accords bien profonds, ni des points de contact très nombreux.
« Chéri, tu es triste, je veux savoir pourquoi. »
La gorge serrée, Antoine ne répondait pas,
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craignant de livrer quelques-unes des pensées qui l’agitaient. Il avait posé sur le divan sa liasse de billets de mille francs qu’il considérait d’un œil hostile. Yvette s’assit à son côté et, lui prenant la tête entre ses mains, chercha son regard. Il résistait, d’un effort immobile, et tenait les paupières baissées. Enfin, il cessa de se raidir et, leurs regards s’étant rencontrés, elle déclara d’une voix altérée, avec une exaltation qui enflammait son visage :
« Antoine, je ne veux plus que tu fasses de marché noir. C’est fini, tu vas me le jurer. Demain, je chercherai du travail. L’inspecteur a raison, tu es trop jeune pour t’occuper d’argent et de trafic. Plutôt que de te laisser continuer, j’aimerais mieux ne plus te voir, chéri. Mais je travaillerai, et nous serons plus heureux. Entre nous, il n’y aura plus cet argent qui nous fait peur et qui dénature tout. Si tu savais comme je m’en veux de ne pas t’avoir dit ça plus tôt !
Honteux des mauvaises pensées auxquelles il venait de se laisser aller, mais rassuré et heureux, Antoine se sentait de nouveau enveloppé par le
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tendre brouillard de l’amour, qu’une désobligeante réalité avait un moment dissipé et où semblaient maintenant se fondre deux êtres et deux volontés. Il s’accusa d’avoir ruminé de monstrueuses inepties et fondit dans les bras d’Yvette qui mêla ses larmes aux siennes. Chou, une fois de plus, entra sans frapper. Ce n’était pas la première fois qu’elle voyait sa mère embrasser Antoine et le palper. Elle-même avait plaisir à lui sauter au cou et à le chatouiller, mais elle trouvait que pour une femme, c’était un jeu bête. Comme elle s’approchait pour considérer leurs jeux, ils se déprirent et, lentement, tournèrent de son côté des regards lourds et des faces abruties, d’une gravité animale. Un peu effrayée, Chou les regardait, bouche bée, la mine ahurie, en sorte qu’ils semblaient s’éveiller tous les trois d’un même sommeil. Yvette sourit, amusée. Antoine se souvint à haute voix qu’il était tard et, gêné par le regard de Chou, s’affaira à chercher ses livres et son pardessus.
« Chéri, j’ai oublié de te dire que Marco a téléphoné tout à l’heure pour demander si tu avais encore des anglaises.
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– Pas une, mais j’en aurai sûrement demain. Ce sera soixante-dix francs. Il n’a pas parlé non plus de chocolat ?
– C’est moi qui lui en ai parlé, mais il a tout de suite parlé d’autre chose. Ça m’a paru drôle. Je me demande si le barman de Paul ne te détourne pas des clients. Tu devrais demander à Paul de te donner la marchandise. Comme elle ne tient pas beaucoup de place, on la caserait dans la chambre de Chou.
– Ce serait un risque pour nous deux. Même s’il y a quelques inconvénients, j’aime mieux n’être qu’un simple commissionnaire. C’est plus simple et plus sûr.
– Mais tu gagnes moins d’argent. Je t’assure, réfléchis. »
Dans la rue, Antoine souriait encore de la charmante inconséquence d’Yvette. Sans savoir comment il y était amené, il se prit à songer à certaine espèce de menteurs dont chaque mensonge est un enchaînement d’authentiques accès de sincérité. Il avait, parmi les élèves de sa classe, un camarade qui pratiquait couramment ce
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genre de mensonge cordial et il avait appris très vite à voir clair dans son cas.
Pierrette et Frédéric étaient auprès de leur mère. Assis à son chevet, dans un silence gêné, ils la regardaient souffrir et se raidir contre les douleurs qui la tenaient au ventre. Pâle, le visage défait, les yeux enfoncés dans un cerne bleuâtre, Hélène Michaud tournait parfois vers ses deux enfants un regard brillant de douceur et d’amour, que la souffrance ternissait aussitôt. Pierrette s’étudiait à lui offrir un visage compatissant, mais discrètement optimiste, qui répondît de ses bons sentiments tout en rassurant la mère sur son état. Peu capable de se composer des mines, Frédéric, le visage inexpressif, trouvait le temps long, mais n’éprouvait pas moins que sa sœur le remords que cette souffrance si proche n’éveillât pas en lui de résonances plus directes. L’arrivée d’Antoine fut pour eux un soulagement. Entre sa mère et lui existait une intimité particulière due à une affinité de cœur et d’esprit, à un sentiment des nuances qui leur permettait de se comprendre
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d’un regard et de souffrir ensemble d’une attitude ou d’un propos maladroit échappé en leur présence. Depuis qu’Antoine était devenu un adolescent, leur mutuelle confiance allait jusqu’à une espèce de complicité pour le bien de la famille, mais ces ententes à demi-mot n’avaient jamais rien de concerté et semblaient être des rencontres. Dans le jeu discret de ces échanges, il était de beaucoup le plus pénétrant. Hélène Michaud, par exemple, n’avait presque rien deviné des amours de son fils alors qu’il avait compris depuis longtemps de quelles incompatibilités résultait le secret désaccord qui, sous l’apparence d’une bonne entente, existait entre ses parents. Antoine avait une subtile intelligence des êtres qui, en ce qui concernait les siens, était servie par une affection attentive. Il était le premier qui eût soupçonné la gravité d’un mal que sa mère s’efforçait de cacher et, averti par sa tendresse, le seul à en avoir suivi les progrès sur son visage. C’était aussi sur ses instances qu’elle avait consenti à se faire soigner et, finalement, à entrer dans une clinique. Hélène Michaud savait mieux que personne apprécier les
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dons de ce fils un peu préféré, mais s’alarmait parfois de voir en lui une indulgence au-dessus de son âge et une acceptation trop raisonnable de la réalité, qui lui paraissaient peu compatibles avec le goût des disciplines morales vraiment robustes. Elle en voulait du reste à son mari de l’avoir détourné, en même temps que ses autres enfants, de toute pratique religieuse.
Antoine s’assit auprès de sa mère et parvint à la distraire un peu de ses souffrances en l’intéressant à la vie du foyer. Il s’appliquait moins à la rassurer sur la bonne marche de la maison qu’à lui représenter combien son absence lui était préjudiciable, sachant bien qu’en son for intérieur et malgré son inquiétude de sentir les siens abandonnés à eux-mêmes, elle craignait par-dessus tout que sa présence s’avérât comme n’étant aucunement indispensable. En l’instruisant ainsi des difficultés ménagères, il n’oubliait pas de faire valoir les initiatives de Pierrette, de Frédéric et du père, et de prêter à chacun un rôle avantageux. Il avait le souci constant de maintenir au sein de la famille la concorde et l’harmonie, excellant à calmer les
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amours-propres et à voiler décemment les égoïsmes. Depuis qu’il était là, Hélène s’abandonnait, malgré ses souffrances, au doux bonheur de se sentir appelée au foyer avec tant de ferveur. Comme Antoine évoquait le repas de midi, Pierrette parla d’un vieux plat ébréché, et le souvenir de cet objet familier émut si vivement la mère qu’elle eut une crise de larmes. Croyant à quelque funeste pressentiment, les enfants, bouleversés, penchèrent leurs visages en pleurs sur celui de la malade. Frédéric, d’un naturel peu sensible, se trouva surpris par l’émotion et se mit à sangloter comme un saxophone, sur quoi, prise de panique, Pierrette sanglota aussi en appelant sa mère qu’elle tenait embrassée.
« Taisez-vous ! protestait Antoine. Vous êtes idiots. »
Michaud, qui venait d’arriver à la clinique, entendit derrière la porte d’Hélène ce concert de hauts sanglots. Il entra, blême de peur, vit ses enfants abattus sur le chevet de leur mère qu’ils lui dissimulaient.
– Qu’est-ce qu’il y a ? s’écria-t-il d’une voix
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tremblante.
Hélène, écartant Pierrette, tourna vers lui son visage encore mouillé de larmes et lui expliqua comment elle s’était laissé surprendre par un attendrissement hors de propos. Frédéric, qui n’avait pu s’apaiser sur-le-champ, s’était levé et pleurait encore à coups d’épaules. La peur de Michaud se changea en colère. Prenant à partie son fils aîné, il l’appela grand cornichon et lui dit : « Fiche-moi le camp et emmène ta sœur. » Antoine resta encore un moment, seul avec ses parents. Michaud regardait sa femme avec une sollicitude pleine de tendresse et de compassion, s’informant si elle souffrait beaucoup, si elle avait assez chaud et retapant son oreiller. Hélène lui en était reconnaissante et savait le lui témoigner. Mais cette minute fervente ne comblait ni ne leur dissimulait la distance qui les avait toujours séparés. Antoine s’était souvent demandé pourquoi, lorsqu’ils s’entretenaient de l’objet le plus banal, ses parents ne semblaient jamais parler d’une même chose. C’était un peu comme si l’un était myope et l’autre presbyte. Pour Michaud, la famille, le mariage, le travail,
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l’entrecôte n’étaient que les agencements ou les matériaux de vastes ensembles toujours plus ou moins présents à son esprit et qu’il n’avait jamais fini de reconstruire et de retoucher. Dans cet univers mouvant, il n’y avait de place immuable pour rien et l’ordre et la valeur des choses étaient au gré de sa pensée. Dans un ménage, c’est agaçant. Michaud vivait en outre avec la nostalgie d’un bonheur dont la réalisation était peu concevable et les données, essentiellement changeantes, dépendaient des mouvements de son imagination. Pour Hélène, l’univers se développait à partir du foyer familial et le bonheur était une citadelle solidement assise dont elle avait entrepris le siège avec une volonté patiente, sans espoir déraisonnable, et en regrettant que l’époux n’y prît presque point de part.
En regardant ce gros homme doux et fort et généreux, cette femme au visage amaigri sous les cheveux presque blancs, si forte, elle aussi, et avide de donner aux siens, Antoine pensait une fois de plus au fossé infranchissable creusé à jamais entre deux êtres qui s’aimaient d’étroite
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tendresse. À vrai dire, il sentait vivement ce désaccord essentiel sans pouvoir en préciser la nature et ne faisait qu’en reconnaître au passage les manifestations. Toutefois, depuis qu’il connaissait Yvette, une explication, qui avait le mérite d’être simple, s’était peu à peu imposée à son esprit. Il avait découvert que son père était un homme et sa mère une femme, tous les deux d’une bonne étoffe solide et bon teint, n’étant pas de ces époux dont chacun fait la moitié du chemin pour s’enliser dans la paix d’un juste milieu.
« Antoine t’a parlé de ce camarade qui l’a invité à la campagne ? demanda Michaud.
– Non, pas encore, dit Antoine. C’est Tiercelin, un camarade de classe, qui voudrait que j’aille passer quelques jours avec lui en Bourgogne pendant les vacances de Pâques.
– Ce serait bien, répondit Hélène. Tu en as sûrement besoin. Je trouve que tu as maigri.
– Il faut que je vous demande quelque chose,
dit Michaud en souriant. Quand vous rêvez, est-ce que vous voyez les choses en couleur ? »
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