Le Fils de Coralie: Comédie en quatre actes en prose

Acte Deuxième

 

Même décor.

Il fait nuit. Les lustres sont allumés.

 

SCÈNE PREMIÈRE

CORALIE, DANIEL.

Au lever du rideau, Coralie est assise songeuse.

 

DANIEL, entrant au fond et allant embrasser Coralie.

Je viens te tenir compagnie.

CORALIE.

Merci, mon enfant.

DANIEL.

Je regrette que tu n'aies pas voulu faire un tour de jardin, comme tout le monde, en sortant de table.

CORALIE.

Je suis un peu fatiguée.

DANIEL.

En effet, tu es pâle; tu m'as paru inquiète, et même absorbée pendant le dîner. Tu n'es pas malade, au moins?

CORALIE.

Non, merci, cher enfant.

DANIEL, souriant.

Comment trouves-tu Édith?

CORALIE.

Ravissante.

DANIEL.

Alors, elle te plaît?

CORALIE.

Infiniment. Mais ce que j'aime le plus en elle, c'est son regard, doux et pourtant ferme, loyal et sincère. Il illumine son visage. Que de femmes jolies paraissent laides! C'est qu'elles ne sont point animées par le rayon des yeux. Une belle figure doit être bien éclairée, comme une toile de maître.

DANIEL.

Tu me rends bien heureux.

CORALIE.

Mais parle-moi un peu des habitués de la maison. Tu sais, je désire être au courant. Depuis que j'habite la campagne, je suis devenue une vraie paysanne: je ne veux pas commettre une maladresse. Ce M. de... de... Montjoie, y a-t-il longtemps qu'il habite Montauban?

DANIEL.

Je sais qu'il a quitté Paris depuis douze ans.

CORALIE, à part.