Le moyen de parvenir, tome 1/3

Béroalde de Verville · Chapitre 24 sur 38

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Le moyen de parvenir, tome 1/3

XXI. Occasion.

O .

 

 

XXI. Un jour, Denost dînoit avec son prélat. On commença à proposer. Il y avoit une belle langue de carpe, que monsieur donna à Denost & à son prochain assis; & dit: je vous la donne à tous deux. Denost dit à l'autre: Cornu, jouons à croix ou à pile, qui l'aura. C'est bien dit, dit Cornu; il ne faut pas la diviser. Denost tire un douzain, & dit: que prens-tu, Cornu? Cornu dit: je prens la croix. Et l'autre dit: & moi la langue; & la mangea. Un médecin, qui étoit de ceux qui savent tout, considéroit cet homme qui avoit le nez fort rouge; & comme il eut divisé avantageusement de sa science, Denost va dire à ce médecin: monsieur, vous qui êtes si expert, me feriez-vous bien partir ces rougeurs que j'ai au visage & au nez? Oui dà, monsieur: j'en ai bien effacé de plus maculées. Et combien me demanderiez-vous, pour ce faire? Deux cents écus. Par le saint sabre du castud, vous êtes un affronteur, monsieur le docteur. Vous ne sauriez pour si peu, d'autant qu'il m'en a coûté plus de mille, à le rendre ainsi de haute couleur. Ecrivez ceci, vous autres petits écoliers, en parchemin vierge.

G . C'est une pitié que d'être tant de monde; on se ravit le

propos de la bouche les uns des autres? Tantôt on en parloit, & on me le fait oublier: mais encore, sur le renouement de propos, qu'est-ce que vierge?

C . Virgo est puella intacta, vierge est une fille à qui on n'a rien fait; mot à mot, une fille non touchée.

G . Ha, ha, hé, appelez-vous cela intacta? Une dame de Blois ne l'entendoit pas ainsi. On parloit d'un sien cousin qui étoit décédé, & sa femme étoit demeurée intacta. Cette femme l'ouit, & dit que ceux qui le disoient avoient menti; que son cousin n'étoit point ladre; qu'il ne tenoit point du tactac.

H . Venez çà, beaux conteux. S'il avoit neigé un demi-

pied d'épais, & qu'à l'autre côté de la cour, sous ce relais, il y eût une pucelle qu'il vous fallût amener ici, & la conduire huze à huze, comme monsieur de la Hunaudaye, & le roi, comment feriez-vous, afin que les pas de la pucelle ne parussent point?

C . Je ferois comme fit l'autre.

H . Et quel autre?

C . Fils baise cul.

P . Cela vous est aussi bien employé, que fievre en corps

de moine: c'est tout un. Je ne lairrai de vous dire ce que je ferois.

V . Et quoi?

P . Je la dépucelerois toute vive, ainsi que fit notre valet à

la fille de notre métayer. Revenue au soir avec ses moutons, fut tancée de ce qu'elle en avoit égaré un; & sa mere la voulant battre, lui dit! va, méchante, va chercher ton ouaille. La pauvre fille, qui ne savoit où la prendre, s'en alla pleurant, & se mit sous un arbre. Ainsi qu'elle musoit trop, sa mere dit au valet: Jean, va-t'en quérir cette fille; va. Il y alla, & la trouva; il lui dit: Michelle, reviens à la maison, ta mere le dit. Non ferai. Viens, viens. Aga, non ferai: je n'irai pas quand tu me devrois tuer. Si tu ne viens, je te tuerai. Je ne m'en soucie pas. Adonc il la prend, la renverse sur l'échine, lui écarquille les jambes, se jette sur elle, & lui fiche au bas du ventre son couteau naturel, & la tue de la douce mort. Or çà, dit-il, je disois bien: oh viens à cette heure. Non ferai. Et viens, Michelle, viens. Tue-moi donc encore un coup.

V . C'est donc ainsi que tu ferois? Si tu as bons reins, je le

quitte.

P . Ne sais-je pas faire de la poudre à grimper?

H . S'il est ainsi, tu serois propre à juger en hiver, qui

sont les chênes mâles & femelles.

P . Dis-moi comment cela, je te prie.

H . Quand il gélera le plus fort, mettez-vous tout nud

contre un arbre; & si vous arsez contre, ce sera une femelle.

P . Va, la gorge te coupe le col.