Le ranch de l'espoir
Prologue
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 4 parties.
J’enfile mes vêtements et je descends les rejoindre. Des éclats de rire me parviennent depuis l’escalier.
Je vois Gabrielle, le regard pétillant soufflant sur sa tasse fumante. Elle vient juste de se réveiller mais j’ai l’impression qu’elle est encore plus belle qu’hier. Son teint rosé resplendit à la lumière du jour. Je craque complètement. Soudain, comme si elle avait senti ma présence, elle m’offre un magnifique sourire auquel je ne peux que répondre.
— Venez boire un café, ça va vous faire du bien après la nuit que nous avons passée.
Des yeux bleus me fusillent. Jonathan interprète mal ce que vient de dire son amie alors je reprends :
— Oui, entre la tempête qui nous réveille et cette porte qui nous enferme dehors, nous avons eu une soirée difficile.
Jonathan semble enfin se détendre. J’aurais bien aimé lui faire croire à des choses indécentes, mais je ne suis pas d’humeur taquine.
— Cela ne risque pas de s’arranger ! Regardez par la fenêtre, dit-elle dépitée.
Le vent semble souffler encore plus fort qu’hier et la neige continue de tomber par gros flocons.
Je m’approche et remarque qu’une énorme couche blanche s’est installée dans la nuit. Mince ! Noël est dans deux jours et mes parents m’attendent pour le déjeuner. Il va vraiment falloir que je les appelle pour leur expliquer que ce n’est pas encore aujourd’hui que nous pourrons les rejoindre.
— C’est pas vrai ! je grogne frustré.
— Je crois que je vais devoir prolonger la réservation de vos chambres un peu plus longtemps que prévu. Ce ne serait pas raisonnable de repartir avec cette épaisseur de neige.
— Vous avez raison.
Je m’installe à leurs côtés et je rumine. Moi qui voulais visiter un peu la région pour étendre mon entreprise, je crois que c’est raté ! Je bois mon café rapidement puis nous prenons congé.
— Je te remercie de nous avoir hébergés cette nuit, sans toi je ne sais pas ce qu’on serait devenu !
— C’était avec plaisir Gabi, tu reviens quand tu veux, lui répond Jonathan tout en la serrant dans ses bras.
J’ai l’impression d’être de trop.
— Dis-moi, ça te dirait de passer Noël avec maman et moi ?
— Oui, j’en serais ravi.
— Alors à bientôt, dit- elle en claquant la porte derrière nous.
C’est dans un lourd silence que se fait le retour vers l’hôtel. Moi qui d’ordinaire déteste les imprévus, pour le coup, je suis gâté. J’espère que la tempête va rapidement se calmer sinon nos vacances seront gâchées. Je crois que je ne suis pas prêt de les oublier celles-ci.
Nous arrivons à destination peu après huit heures.
Je me précipite voir si Julia va bien laissant Gabrielle en compagnie de sa mère. Je me rends jusqu’à sa chambre et toque doucement, tant pis si je la réveille un peu plus tôt que prévu.
— Julia ?
Après avoir frappé à plusieurs reprises elle m’ouvre enfin.
— Qu’est-ce qu’il te prend ? dit-elle toute ensommeillée.
— Je voulais voir si tu allais bien. Tu as bien dormi ?
Je reste sur le pas de la porte pour respecter son intimité comme je le fais à la maison.
— Oui très bien, mais que fais-tu debout à cette heure-ci ? Tu ne devais pas me réveiller dans trente minutes ?
Je pénètre finalement dans la pièce, m'installe sur son lit et décide de lui raconter notre mésaventure, ce qui, pour mon plus grand plaisir, l’a fait éclater de rire. La voir de nouveau si enjouée me fait un bien fou, même si c'est à mes dépens.
Je rejoins ma chambre et me glisse sous la douche pour oublier cette nuit étonnante et pour me réchauffer car je suis mort de froid. Malheureusement, l’électricité n’est toujours pas revenue et par conséquent l’eau chaude n’est pas au rendez-vous. Je crois que non seulement je vais partir d’ici plus tard que prévu, mais en plus, je crois que j’ai attrapé un rhume.
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Chapitre 6
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Gabrielle
— Alors tu as dormi avec cet homme ?
— Maman, je viens de te dire que je n’avais pas eu le choix ! Si tu avais répondu à mon appel, je n’aurais pas été obligée de faire cela.
— Je me demandais quand tu allais enfin trouver quelqu’un ! Me voilà soulagée, Gabi !
— Mais non enfin ! Ce n’est pas ce que j’ai dit. Nous avons passé la nuit ensemble mais pas pour ce que tu imagines, en plus nous étions chez Jonathan. D’ailleurs en parlant de lui, je l’ai invité à passer Noël avec nous, tenté-je pour faire diversion.
— Ne change pas de sujet, veux-tu ? Bon sérieusement que penses-tu de cet apollon ?
Et voilà nous y sommes… Ma mère dans toute sa splendeur ! J’aime me confier à elle, mais là, elle est beaucoup trop curieuse. Ce n’est pas vraiment le moment de parler de ça alors que j’ai un tas d’autres choses à faire.
L’électricité n’est toujours pas revenue et si je ne trouve pas une solution rapidement, je risque de perdre le peu de clients venus séjourner ici.
J’enfile mon uniforme sans prendre la peine de retourner dans ma chambre, je sais déjà que je ne pourrai pas prendre de douche. J’esquive les questions de ma mère et je pars faire le ménage dans les étages comme chaque matin.
Normalement, je devais uniquement reprendre la gérance de l’hôtel, à la mort de mon père, mais au vu des finances catastrophiques j’ai dû me séparer du cuisinier puis de fil en aiguille de la femme de ménage ainsi que de la personne qui s’occupait du ranch. Alors, souvent je commence mes journées à sept heures trente pour les finir aux environs de vingt-deux heures, si ce n’est plus. Je suis exténuée, je n’en peux plus de ce rythme infernal.
Tandis que je prépare mon charriot de nettoyage, je croise Florian et sa fille qui descendent pour le déjeuner. Julia affiche un grand sourire tandis que Florian a l’air épuisé. Pas étonnant après la nuit que nous venons de vivre. Il arbore de nouveau sa coiffure des années 40, ce n’est pas péjoratif, au contraire ça lui va parfaitement bien. Il s’est changé, il porte désormais un jean bleu foncé et un pull en laine blanc qui le rend terriblement… enfin passons. Je me demande dans quelle branche il travaille, mon esprit s’égare.
— Je vais nettoyer vos chambres si cela vous convient, vous avez besoin de quelque chose en particulier ? Des serviettes propres peut-être ?
J’essaye de rester professionnelle, mais quand je vois cet homme si beau devant moi, avec qui j’ai passé la nuit, dont j’ai respiré le délicat parfum, j’ai du mal à garder mon sang froid. Pourtant, lui, est redevenu arrogant et distant comme quand je j’ai rencontré la première fois. Peut-être est-il comme ça en présence de sa fille ? Ou alors il est bipolaire mais sérieusement, je ne pense pas, il a l’air plutôt équilibré si on fait abstraction de ses sautes d’humeurs.
— Des serviettes, oui, bonne idée.
— D’accord je vous apporte ça.
— Gabrielle ?
— Florian ?
— Vous voulez que je regarde ce qu’il se passe au niveau de l’électricité ?
Je sens le rouge me monter aux joues, j’ai envie de lui sauter au cou rien qu’à l’idée qu’il puisse m’aider, mais je suis embarrassée, car ce n’est pas à un client de faire ça. Il pourrait se rendre compte que je n’ai pas les moyens d’appeler un professionnel, et mes difficultés financières ne le regardent pas.
— C’est très aimable à vous, mais je vais appeler Jonathan, il a l’habitude de remettre le courant chaque année en hiver.
Je le vois froncer les sourcils avant de se reprendre.
— Ça dure depuis combien d’années ces soucis de coupures ?
Je n’aime vraiment pas parler de ça, mais que puis-je faire d’autre ? Je décide donc d’être franche avec lui.
— Ça arrive lors de fortes tempêtes comme en ce moment, mais ce n’est pas grave, vraiment, je vais me débrouiller.
— D’accord, comme vous voulez.
Je le vois porter sa fille dans ses bras, merde ! C’est vrai que les ascenseurs sont en panne. Sans hésiter, je lui demande s’il a besoin d’un coup de main pour transporter le fauteuil.
— Vous avez déjà assez de travail comme ça, je vais me débrouiller.
Il disparaît dans les escaliers. Sa remarque m’a touchée. Il a remarqué que je cumulais plusieurs tâches à la fois. Cela me met mal à l’aise, alors que lui n’a pas l’air d’avoir de problèmes d’argent. Je me sens rabaissée.
Après avoir nettoyé presque un étage entier, je retourne à l’accueil et reçois la visite d’un homme vêtu d’un bleu de travail. J’observe le badge disposé sur sa poitrine sur lequel je peux lire « Fernando, électricien » ainsi que le nom de sa société.
Le fameux Fernando se présente et me serre la main.
— Pouvez-vous me montrer où se trouve le tableau électrique s’il vous plait, me demande-t-il avec son accent espagnol.
— Je… heu… je suis désolée, vous devez vous tromper d’adresse, Monsieur, je n’ai appelé personne…
— J’ai reçu un appel il y a une heure, Madame. On m’a demandé de venir à cette adresse, pour un problème de coupure de courant. Je suis bien au ranch de l’espoir ?
— Oui c’est bien ici effectivement mais… bon il faut que nous descendions au sous-sol.
Je l’emmène pour qu’il puisse regarder cette fameuse panne et remonte au rez-de-chaussée pour y retrouver ma mère. Comment a-t-elle pu me faire ça, elle sait pourtant que je n’ai pas les moyens de payer un professionnel !
Je la retrouve finalement en cuisine, déjà en train de préparer le repas du midi.
— Maman ! Qu’est-ce qui t’a pris d’appeler cette société ? Je ne sais même pas de combien sera la facture, ni comment je vais pouvoir la payer !
— De quoi parles-tu ?
— De ce… Fernando… l’électricien, dis-je en faisant de grands gestes tellement je suis énervée.
— Je ne vois pas de quoi tu parles, ma fille. Je ne sais pas ce qui te met dans cet état, mais détends-toi un peu.
— Alors ce n’est pas toi qui l’as appelé?
— Je te répète que non !
Bon, alors si ce n’est pas elle, ça ne peut être que Florian ! Nous en avons discuté plus tôt dans la matinée, alors c’est évident. Pourquoi a-t-il fait ça ? Je ne lui ai rien demandé, on se connaît à peine. En une seule journée il veut réparer ce qui ne va pas depuis des années.
Je ne sais pas trop quoi en penser… alors je le cherche dans tout l’hôtel pour lui exprimer ma gratitude mais aussi pour lui faire comprendre qu’il n’avait pas à faire ça.
Après quelques minutes, je le trouve dans le salon, en pleine conversation téléphonique.
— Oui maman, ne t’en fais pas je reprendrai la route dès que la neige sera dégagée.
— …
— Je te rappelle demain c’est promis. Bisous à vous deux.
À peine a t-il raccroché que je m’approche de lui et lui lance un salut timide. Devant son joli sourire, je fonds oubliant mes bonnes résolutions.
— Je voulais vous remercier pour l’électricien que vous m’avez envoyé mais ce n’était pas la peine, vraiment. Je n’ai pas… enfin…
Parler de mes finances ne m’enchante guère surtout avec un homme que je connais à peine.
Je finis par me taire, de toute façon je sais qu’il a compris.
— Il n’y a pas de quoi, c’est ma façon de me faire pardonner de vous avoir enfermée dehors cette nuit. Et puis vous n’alliez pas passer les fêtes de Noël sans électricité. Considérez que c’est mon cadeau, me dit-il.
— Je ne sais pas comment vous remercier, vraiment c’est trop, je ne peux pas accepter…
Puis je lui lance spontanément :
— Venez dîner avec nous pour le repas de Noël.
C’est bien moi qui ai dit ça ?!
— C’est très généreux de votre part Gabrielle, mais je dois vraiment repartir. Je suis ici parce que je rends visite à mes parents et je devrais déjà y être depuis hier.
Mon cœur vient de redescendre d’un étage. Comment est-ce possible d’être déçue à ce point ? C’est certainement mon orgueil qui parle, c’est juste ça, il n’y a rien d’autre derrière.
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Chapitre 7
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Gabrielle
l’esprit en nettoyant les salles communes. Tout est déjà propre car je suis Après une seconde nuit agitée à cause de cette foutue tempête, je me lève aux aurores et m’occupe assez maniaque, mais j’aime que chaque recoin brille et sente bon le frais.
Mon manque de sommeil met mes nerfs à rudes épreuves et je suis à fleur de peau depuis ce matin.
Mon regard scrute les environs et malgré l’épaisseur des vitres, j’entends les hurlements du vent. La ville a disparu sous une épaisse couche de poudreuse. Heureusement, le courant est revenu grâce à Florian et je passerai les fêtes soulagée de ce poids en moins.
Après avoir passé la matinée à faire le ménage et accueillir les nouveaux clients de l’hôtel, tout en évitant Florian, je me dirige vers le ranch pour profiter enfin des chevaux que j’ai délaissés ces dernier temps. C’est ma mère qui s’en est occupée pendant mes absences.
— Salut !
Je me retourne vivement, surprise, tombant nez à nez avec Julia, la fille de Florian. Mince, moi qui voulais les éviter jusqu’à ce qu’ils quittent cet endroit… Je suis étonnée de voir que son père ne l’a pas suivi. Pour une fois elle est seule.
— Bonjour, Julia, bien dormi ?
— Bonjour, oui super ! Vous avez vu ce temps, la tempête est encore bien présente. Papa m’a dit que ce n’est pas encore aujourd’hui que nous pourrons repartir.
Quoi ? Il m’a pourtant dit que ses parents l’attendaient et qu’il devait prendre la route coûte que coûte.
— Oh ! Je ne savais pas, lui répondis-je simplement en dissimulant mon étonnement.
— En plus, il devait visiter un entrepôt aujourd’hui pour son travail, mais je ne sais pas si ça va être possible.
Je me souviens de notre conversation, celle où il m’a laissé entrevoir une partie de son passé. Sa femme aimait beaucoup les chevaux et je me demande si je pourrais emmener Julia pour qu’elle découvre le ranch. Après tout, elle doit s’ennuyer ici, il n’y a pas grand-chose à faire l’hiver, surtout avec un temps pareil.
Je lui propose donc de m’accompagner à condition qu’elle demande l’autorisation à son père. Je lui conseille de l’appeler depuis le standard pour éviter tout déplacement inutile.
— Papa, c’est Julia.
— …
— Oui tout va bien, ne t’inquiète pas, répond-elle en levant les yeux au ciel. Écoute, j’aimerais visiter le ranch avec Gabrielle, si ça ne te dérange pas ?
— ….
— Très bien je reviens avant la tombée de la nuit, promis, fais-moi confiance un peu.
— …
— À tout à l’heure.
Puis elle raccroche rageusement.
— Tout va bien ? je lui demande inquiète.
— Oui, c’est juste qu’il a tendance à me surprotéger et que je n’en peux plus. Il a quand même accepté pour le ranch.
Je peux comprendre le comportement de Florian, il est arrivé quelque chose à Julia et il veut la protéger c’est normal, mais Julia est en pleine adolescence et elle a sûrement besoin de son indépendance. Je vais partager un peu de mon temps avec elle, j’en saurai peut-être davantage sur ce qu’il s’est passé.
J’enfile mon blouson et aide Julia à rouler avec son fauteuil dans la neige. Chose qui n’est pas aisée mais nous y arrivons à la force des bras.
Je vois enfin Julia sourire en arrivant devant les box. Noisette, Olympe, Volcanic et Diego, nous accueillent avec enthousiasme.
Bien que je ne leur aie pas rendu visite depuis deux jours, je suis heureuse de retrouver mes animaux. Ils sont une vraie bouffée d’oxygène pour moi, et pour rien au monde je ne changerais ma vie.
Tout en caressant Olympe, la curiosité me pique et je décide de poser quelques questions à Julia. Peut-être sera-t-elle plus enclin à discuter que Florian.
— Ton père m’a dit que ta mère était décédée il y a quelques années, est-ce en rapport avec ton handicap ? osé-je enfin.
— Papa vous a raconté l’accident ? s’étonne-t-elle.
— Non, il l’a juste mentionné quelques secondes quand je lui décrivais le ranch. Mais je n’en sais pas plus. Tu n’es pas obligée d’en parler si cela te gène tu sais, je comprendrais.
— C’est étonnant car il ne se livre jamais comme ça. C’est un sujet tabou entre nous, je n’ai jamais l’occasion d’évoquer le peu de souvenirs qu’il me reste de maman. Ça ne me dérange pas d’en discuter avec vous.
— Est-ce que tu veux bien me tutoyer, je crois que je suis à peine plus âgée que toi.
— Quel âge avez… as-tu ?
— J’ai vingt-deux ans et toi ?
Tout en discutant, elle s’approche des chevaux qui lui lèchent la main. Ils l’adorent, ça se voit. Le plus difficile est Volcanic, je n’ai même pas le temps de l’en informer que je constate qu’elle l’a apprivoisé d’une simplicité étonnante. Je n’en reviens pas !
— J’ai treize ans. J’avais cinq ans quand c’est arrivé, commence-t-elle. D’après ce que mon père m’a dit, puisque j’étais trop jeune pour m’en souvenir, nous avons percuté un arbre sur la route qui mène jusqu’ici. C’est lui qui conduisait à ce moment-là. Il s’en est sorti sans une égratignure, ma mère est morte sur le coup et moi je suis devenue paraplégique.
Son récit me fait monter les larmes aux yeux. Mon Dieu ! Je ne m’attendais pas à une chose pareille !
Je me détourne afin qu’elle ne puisse pas voir mon chagrin. Mes mains tremblent, j’imagine cette petite fille de cinq ans dont la vie n’a été que drames. Comment peut-on survivre à ça ? Julia répond à ma question silencieuse.
— Papa s’en est toujours voulu, et il croit que je lui en veux aussi, mais c’est faux. Je sais bien que ce n’était pas de sa faute, c’était un terrible accident, mais personne n’est coupable dans cette histoire.
— Pourquoi le laisses-tu penser cela alors ? Peut-être qu’il aimerait que tu lui fasses part de ce que tu ressens.
Elle hausse les épaules, puis me répond :
— Par égoïsme je crois, c’est plus facile comme ça. En endossant cette culpabilité, il s’occupe beaucoup de moi. Il remplace le rôle de ma mère, en quelque sorte. Mais en grandissant, j’ai réalisé que ce n’était pas bien ce que je faisais. Après toutes ces années, je ne sais pas comment revenir en arrière en lui avouant tout ça. Aujourd’hui, j’ai compris que je l’empêche d’avancer, et ça me fait de la peine.
Pauvre Julia, elle ne sait pas comment gérer cette situation, ce qui est compréhensible pour son jeune âge. Malgré tout, je la trouve très mature pour avoir pris conscience qu’il fallait qu’elle cesse ce tourbillon de mensonges. Je ne les connais pas assez pour me représenter leur quotidien, mais à ce que j’ai pu voir ces derniers jours, ils ont l’air d’avoir une relation difficile. Ils ont beaucoup de mal à communiquer, j’ai pu le remarquer tout à l’heure au téléphone. Ils se sont parlé une minute à peine, pourtant, j’ai vu l’agacement de Julia et deviné l’inquiétude de Florian.
— Tu sais, Gabi, mon père est un homme bien. Il s’est simplement perdu en chemin, il ne sait plus comment agir avec moi et on ne peut pas dire que je lui facilite la tâche. Il a l’air arrogant comme ça, mais au fond, c’est juste qu’il ne veut plus s’attacher que ce soit en amitié ou en amour.
Avec l’aide de Julia, je commence enfin à percer le secret de la personnalité du beau Florian. Il suffit juste de gratter à la surface pour que la solide carapace se fissure. Comment l’aider à passer ce cap ? J’aimerais tellement qu’ils retrouvent une complicité, mais ce n’est pas mon rôle, je ne suis qu’une étrangère pour eux.
— Tu ne le sais probablement pas, Gabrielle, mais tu l’as déjà beaucoup aidé. Il a l’air de bien t’apprécier puisqu’il t’a parlé de maman.
Je me sens rougir. J’ai bien remarqué qu’il était assez hostile quand Jonathan était proche de moi, mais je ne m’imaginais pas une chose pareille. Enfin c’est l’avis de Julia, elle se trompe peut-être.
Puisque le sujet est lancé, j’en profite pour lui poser d’autres questions sur son père. J’apprends qu’il a trente-cinq ans (nous avons donc une sacrée différence d’âge), qu’ils vivent à coté de Paris, qu’ils sont venus rendre visite aux parents de Florian (ça, je le savais déjà, mais je ne dis rien). Elle m’informe aussi qu’il possède sa propre entreprise de lingerie féminine. Original. Puis elle se remémore sa maman disparue, dont il ne lui reste que quelques minuscules souvenirs.
J’ai passé un super moment avec Julia et ça m’a fait plaisir de la découvrir. C’est une jeune fille au grand cœur, elle est très peu sûre d’elle et est très complexée. Je connais un remède très efficace pour reprendre confiance en soi mais il faut que j’en parle d’abord à Florian. Il me faut son approbation et son aide pour mettre en place ce que j’ai en tête. Je préfère avoir son avis au préalable afin de ne pas décevoir Julia.
Comme prévu, nous finissons notre travail en fin de journée, les box sont propres. Les chevaux ont eu leur nourriture et si tout va bien et que la météo s’améliore, ils iront se balader prochainement. Julia m’a aidée plus qu’elle ne le croit. À voir le sourire qui ne quitte plus son visage, je suppose qu’elle aussi a passé une bonne journée.
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Chapitre 8
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Florian
téléphonique avec le propriétaire de cet entrepôt, nous avons finalement Voilà enfin le premier rendez-vous professionnel que je n’attendais plus. Après un entretien convenu de nous rencontrer aujourd’hui plutôt qu’hier, à cause de la tempête très puissante.
Au lever du matin, j’ai pu apercevoir la neige qui commençait à fondre sous un grand soleil qui pointait le bout de son nez. Il en reste encore une épaisse couche, mais apparemment les routes sont enfin dégagées. Je vais pouvoir reprendre mon itinéraire sereinement.
J’aimerais demander à Gabrielle de m’accompagner à mon rendez-vous, elle doit connaître la région mieux que moi, et puis égoïstement, j’aimerais passer un peu de temps avec elle avant de lui avouer que je pars dès aujourd’hui.
Étrangement, j’ai un pincement au cœur à la pensée de quitter ce lieu. Bien que ce ne soit qu’un hôtel, je m’y sentais comme chez moi. Mais ce ne serait pas très honnête vis-à-vis de mes parents de leur faire faux bond le jour de Noël. À moins que… non très mauvaise idée, je ne peux pas imposer mes parents à ce repas, ce serait malvenu. Pourtant, il n’y aurait que cette solution pour que je puisse rester quelques jours de plus ici.
Je crois que Julia serait enchantée, elle a l’air de bien s’entendre avec Gabi.
Hier soir, quand elle est rentrée du ranch, elle était si enthousiaste, si joyeuse ! Je ne me souviens pas l’avoir vu si rayonnante.
Laura lui a transmis sa passion pour les chevaux et j’ai le sentiment que cette journée auprès de Gabi la métamorphosée.
Si j’acquiers cet entrepôt ce matin, nous pourrions peut être revenir quelques fois ici, pour faire plaisir à Julia. Et à moi aussi par la même occasion, je l’avoue.
Je prends une douche rapide et chaude, heureux d’avoir pu rendre service à Gabrielle pour les réparations.
J’enfile mon costume, quitte ma chambre et me dirige ensuite vers celle de Julia. Je lui laisse un mot sur la table pour la prévenir de mon absence de ce matin. J’espère qu’elle arrivera à se débrouiller seule. Ce sera un bon moyen de voir comment elle s’en sort sans moi.
Je descends les escaliers à grandes enjambées, un peu de sport ne me fera pas de mal.
Une fois en bas, je rejoins le salon pour prendre mon petit déjeuner. J’ai l’impression de connaître cet endroit par cœur.
Marie est déjà aux fourneaux, elle m’accueille avec un grand sourire. J’aime beaucoup cette femme, elle est aussi gentille que sa fille. Elles sont toutes les deux courageuses et se ressemblent beaucoup physiquement.
— Bonjour, Florian, comment allez-vous ce matin ? me demande-t-elle.
— Je vais très bien merci et vous ?
— Le soleil est enfin de retour, alors je ne peux qu’aller bien.
— J’ai pu le remarquer effectivement. Je dois prendre la route aujourd’hui, alors ça ne peut que m’arranger.
— Oh ! Vous partez déjà ?
— Ce soir très probablement car ce matin j’ai un rendez-vous professionnel.
— Je vous apporte la même chose qu’hier ?
— Avec plaisir, Marie, merci.
Quelques minutes plus tard, Marie revient un plateau chargé de gourmandises. Un café noir, un jus d’orange, quelques viennoiseries et des tartines de pain frais accompagnées de confitures faites maison. Un vrai régal.
Il faut à tout prix que j’aborde le sujet du repas de Noël avant ce soir, sinon il sera trop tard. Je dois également trouver un moment pour le proposer à mes parents. Mais avant tout, je dois d’abord attendre que Gabi me donne son feu vert. C’est son hôtel, je ne peux pas me permettre d’inviter des gens sans son consentement.
Après avoir pris mon petit déjeuner, je regagne la sortie. Des souvenirs de ma nuit passée aux côtés de Gabrielle me reviennent en mémoire.
Jonathan est venu réparer la baie vitrée hier soir. Je les ai trouvés tous les deux en train de rire comme des gamins. Je me demande pourquoi Gabrielle n’a pas encore succombé à ses avances, ils ont pourtant l’air si proches. Ils me font penser à Laura et moi quand nous étions plus jeunes, excepté que ma femme est tombée amoureuse de moi rapidement, alors qu’en ce qui concerne Gabi… je ne connais pas la nature de ses sentiments pour ce type.
— Florian…
Je reconnais cette voix, c’est celle de Gabi. Je ne l’ai même pas entendue arriver, alors que j’étais complétement perdu dans mes pensées.
— Bonjour, vous partez ?
— Vous voulez venir avec moi, je lui demande de but en blanc.
— Je… vous allez où ?
— Je vais visiter un entrepôt pas très loin d’ici en prévision d’un agrandissement de mon entreprise. Je me demandais si par hasard vous pourriez m’accompagner afin de m’indiquer la route, mais c’était une erreur, vous avez déjà beaucoup de travail, oubliez ça.
— Non, vous avez bien fait, ce sera avec plaisir, mais il faut que je voie avec Marie si elle peut me remplacer. Vous en avez pour combien de temps ?
— Environ une heure ou deux, je pense. Je vous aiderai à rattraper vos heures perdues, cela va de soi.
— Je reviens tout de suite, attendez-moi là.
Je la regarde partir, elle est tellement belle. C’est la première fois depuis Laura, que je m’intéresse à une femme, que j’ai envie d’apprendre à la connaître. Elle est bien trop jeune pour moi. Julia a beaucoup parlé avec elle hier et elle m’a informé qu’elle n’avait que vingt-deux ans. Nous avons une énorme différence d’âge et probablement des attentes différentes. Mais pourquoi je pense à ça ?
Gabi me rejoint très vite avec toujours son magnifique sourire aux lèvres.
— Ma mère va se débrouiller seule, mais nous devons absolument rentrer pour midi sinon elle ne pourra pas assurer la cuisine et le service.
— Marché conclu.
Je lui tends la main pour sceller notre pacte et lorsque la sienne touche la mienne, j’ai du mal à la relâcher. Gabi rougit instantanément alors je la libère
— Je vais me changer, vous êtes bien trop classe comparé à moi, dit-elle en partant.
Elle est de retour quelques minutes plus tard vêtue désormais d’une jupe classique noire, et d’un chemisier rose pâle. Ses longs cheveux sont attachés en queue de cheval. Elle s’est légèrement maquillée, ce qui la rend très élégante. Mes yeux pétillent, elle est encore plus ravissante que tout à l’heure et mes lèvres rêvent de se joindre aux siennes.
Je lui tends mon bras pour qu’elle s’y accroche. Je ris intérieurement, nous serions parfaits pour aller au bal de promo.
— Vous êtes très jolie, ne puis-je m’empêcher de lui avouer.
Elle hoche la tête sans prononcer un mot de plus.
Je lui ouvre la porte côté passager et m’installe ensuite derrière le volant.
Je lui indique l’adresse et elle me guide sans difficulté.
Dix petites minutes se sont écoulées lorsque nous arrivons devant un immense entrepôt. Il paraissait bien plus petit en photo. Il a l’air en très bon état, il pourrait correspondre à ce que je recherche, tout va dépendre du prix que je pourrais en tirer. La façade a été rénovée récemment, son toit est en tôles noires ultra modernes. Sur le côté, je remarque une grande porte d’accès qui serait pratique pour les livraisons par camion. Devant, un parking a même été aménagé. C’est idéalement situé, entre une station de ski et une autoroute très fréquentée qui pourrait me faire venir un grand nombre de touristes et par conséquent d’éventuels clients. J’ai un très gros coup de cœur sans même avoir vu l’intérieur.
Je regarde Gabrielle du coin de l’œil, elle aussi a l’air ravie par le lieu. Alors je lui demande :
— Comment le trouvez-vous ?
— C’est un bel endroit et son emplacement est parfait, ça je peux vous le confirmer.
— C’est aussi ce que je pense.
Avant que nous puissions en discuter d’avantage, le propriétaire arrive. Papiers en main et costume de couturier, il se dirige dans notre direction et nous serre la main.
— Monsieur Castillo, ravi de vous rencontrer, me dit-il.
Il salue également Gabi.
— Moi de même. Vous avez ici un bien qui pourrait me plaire, lui avoué-je sans cacher ma joie.
Ce monsieur nous énumère les caractéristiques de la construction, les matières qui ont servi à la fabrication, les aménagements qui peuvent être effectués. De nombreuses possibilités s’offrent à moi et j’imagine déjà comment je pourrais le décorer. Je pourrais en faire le siège social, puisque c’est bien plus grand que celui de Paris. Mais serais-je capable de déléguer mes responsabilités à Jérôme, mon collaborateur le plus fidèle ? Cela impliquerait aussi de déménager dans cette région. Ne serait-ce pas trop compliqué pour Julia ? J’aurais peut-être dû y penser plus tôt avant de visiter ce local…
— J’ai déjà beaucoup de personnes intéressées et je suis pressé de vendre. Le prix est de 550 000 euros ferme. Cela peut rebuter, mais c’est un bien rare dans cette région.
Effectivement, le prix est assez élevé et dépasse légèrement mon budget. J’ai besoin de réfléchir pour faire le meilleur choix.
— Monsieur, si je peux me permettre, nous interromps Gabi, le prix de l’immobilier est bien moins onéreux dans cette partie de la région. Je suis moi-même propriétaire d’un établissement ici et je peux vous dire que ce n’est pas le prix du marché actuel. Vous voulez vendre rapidement, c’est ce que vous avez dit n’est-ce pas ? Je vous propose donc de baisser légèrement le prix et mon mari et moi pourrions envisager de devenir les nouveaux acquéreurs.
Je la regarde curieusement. Je ne sais pas à quoi elle joue, mais j’espère qu’elle sait ce qu’elle fait. Je ne voudrais pas perdre cette opportunité parce qu’elle a pris le risque de faire baisser les enchères. Je ne l’ai jamais vue aussi sûre d’elle qu’à cet instant. C’est elle la femme d’affaires, pas moi.
Je pose également mon regard sur l’entrepreneur qui semble réfléchir à cette proposition et je croise les doigts.
— Très bien, vous m’avez convaincu Madame Castillo, je vous propose mon bien à 515 000 euros, à condition d’avoir une réponse d’ici demain.
Nous nous serrons la main et je confirme à ce monsieur que je lui donnerai ma réponse demain dans l’après-midi.
Gabrielle retourne à la voiture nous laissant seuls.
— Vous avez là une femme dure en affaires cher Monsieur, gardez-la bien précieusement, me confie-t-il.
— Je vous remercie, Monsieur, à demain.
Ma femme, quelle idée a-t-elle eu de se présenter comme cela. N’empêche qu’elle a fini par le charmer par son audace, tout comme elle a réussi à me captiver par son naturel…
Je rejoins ma pseudo-femme en affichant un sourire ravi.
— Alors, j’ai bien fait de venir vous ne trouvez pas ?
— Je vous remercie, Madame Castillo, lui dis-je en riant.
— J’espère que cela ne vous a pas gêné, j’ai pensé que cela faisait plus « sérieux ».
— Il a été très impressionné par votre charisme. Grâce à vous, je vais peut-être pouvoir réaliser un rêve.
— Disons que nous sommes quittes désormais, je vous devais un service pour avoir payé les réparations de l’électricité.
— Vous ne me devez rien, Gabi. Je l’ai fait parce que cela me faisait plaisir de vous venir en aide.
Nos regards se fondent l’un dans l’autre et l’atmosphère devient plus lourde. J’ai une folle envie de l’embrasser depuis qu’elle est sortie de sa chambre vêtue de cette manière. J’ai l’impression que c’est réciproque, mais nous ne devons pas succomber à cette attirance, alors que je pars bientôt.
Je mets fin à cet échange avant que nous ne puissions plus nous contrôler et démarre la voiture. Le silence est beaucoup plus pesant qu’à l’aller. Heureusement, la route n’est pas longue et nous retrouvons l’hôtel très rapidement.
Je la remercie une nouvelle fois pour ce qu’elle a fait et pour sa compagnie car elle n’était pas obligée.
Puis nos chemins se séparent. Elle va rejoindre sa mère dans les cuisines tandis que je cherche Julia pour lui parler de mon futur projet.
Ma fille a une importance capitale dans ma prise de décision, je ne ferai rien sans son approbation.
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Chapitre 9
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Florian
petite, c’est moi qui lui ai transmis cette passion. Je retrouve ma fille au salon plongée dans un livre qu’elle avait emporté de la maison. Elle adore lire depuis toute
Elle lève le nez en me voyant arriver.
— Salut, alors ce rendez-vous ?
— C’était super, je dois te parler à ce propos.
J’appréhende un peu de lui demander son avis. Je sais qu’elle se plaît bien à Paris puisqu’elle y vit depuis toujours, mais elle n’a pas beaucoup d’amis là-bas, alors probablement qu’un changement d’horizon lui ferait le plus grand bien.
— Dis-moi, je t’écoute.
— Voilà, j’ai eu un gros coup de cœur pour cet endroit et c’est une très belle opportunité qui se présente. Mais si j’achète ce bien, ça implique que nous devrons quitter Paris.
— Pourquoi ? me demande-t-elle.
Je m’attendais à cette question, alors je lui réponds :
— Premièrement ce local est bien plus grand que celui de Paris et deuxièmement, j’aurai besoin d’être sur place pour mettre certaines choses au point.
— Alors tu veux savoir si j’accepterais de déménager c’est ça ?
— En gros, oui, c’est ça, j’ai besoin d’avoir ton avis sur la question.
— Je ne peux pas prendre cette décision papa, c’est toi l’adulte pas moi et puis depuis quand tu t’intéresses à ce que je pense ? s’emporte-t-elle.
— Je veux juste ton avis, Julia, pourquoi est-ce qu’il faut toujours que tu t’énerves lorsqu’on discute.
— Tout va bien ici ? nous interrompt Gabrielle.
Julia furieuse, quitte la pièce sans un regard. La discussion est terminée. Comme d’habitude, nous n’arrivons pas à communiquer sans nous disputer.
Je lève les mains en l’air tellement je suis frustré.
— Je voulais juste savoir si la situation lui convenait concernant mes projets, mais elle se braque, je ne sais même pas pourquoi.
Je m’installe dans l’un des canapés du salon et Gabi me rejoint.
— Je crois savoir ce qui lui arrive, on a en effet un peu discuté toutes les deux, mais ce n’est pas à-moi de vous en parler, Florian. Vous avez besoin de vous retrouver tous les deux. Vous savez, cela ne se fera pas en un claquement de doigts, il va falloir vous armer de patience pour retrouver votre complicité d’autrefois.
Je sais qu’elle a raison, mais le temps file et je suis en train de perdre ma petite fille. Je ne sais plus quoi faire pour qu’elle me pardonne. Je décide de changer de sujet puisque de toute façon on tourne en rond.
— Gabrielle, j’ai quelque chose à vous demander, mais je ne sais pas si cela est raisonnable.
Mon cœur palpite et mes lèvres deviennent sèches, je ne sais même pas pourquoi j’ai si peur de lui reparler de passer les fêtes ici. Après tout, c’est elle qui me l’a proposé en premier.
— Vous avez un réel problème de communication, rit-elle. Je ne vais pas vous manger, lancez-vous !
— Très bien,… je voulais savoir si vous seriez d’accord que Julia et moi restions passer Noël ici et… si mes parents qui ont sûrement prévu un repas gargantuesque, pouvaient se joindre à nous ?
— Ce n’est que ça ? Vous m’avez fait peur. Évidemment que je suis d’accord, plus on est de fous, plus on rit ! J’adore les fêtes de fin d’années et ça me fait plaisir que vous acceptiez enfin mon invitation, dit-elle les joues légèrement rosies.
— Je suis enchanté, il y a longtemps que Julia et moi n’avons pas passé les fêtes en bonne compagnie.
— Ce sera peut-être l’occasion de vous réconcilier. Je suis certaine qu’elle n’attend que ça. Vous êtes un père formidable, il n’y a pas de raison pour que cela se termine mal, faites-moi confiance.
— Je vous remercie, Gabi. Vous êtes quelqu’un de bien.
Gabrielle retourne à ses occupations tandis que j’appelle mes parents pour savoir s’ils sont d’accord. Mon père répond immédiatement.
— Allô ?
— Papa, c’est Florian.
— Tout va bien ? Tu vas bientôt te mettre en route ?
— En fait non, j’ai une autre proposition à vous faire.
— Ah bon ? s’étonne-t-il.
— Vous savez que je me suis arrêté dans un hôtel à cause de la tempête. J’y suis resté plus longtemps que prévu. Bref, il se trouve que j’aimerais passer les fêtes ici. Julia et moi on s’y sent bien.
J’ignore pourquoi, mais je me sens obligé de me justifier.
— Est-ce que vous aimeriez vous joindre à nous ?
— Florian ?
— Oui ?
— Il y a une femme derrière tout ça ?
— Tu sais bien que non, dis-je attristé.
— Florian, tu as trente-cinq ans maintenant, je comprendrais que tu veuilles refaire ta vie. Ta mère et moi désespérons que tu retombes amoureux un jour.
Une boule se forme dans ma gorge et je me retiens de craquer. Je suis fort, enfin j’essaye de l’être la plupart du temps, mais entendre mes parents s’inquiéter pour moi me fait de la peine. Je sais que je devrais tourner la page, c’est ce que Laura aurait voulu pour moi, mais ce drame a laissé des traces et j’ai du mal à me dire que jamais elle ne reviendra. Je suis pathétique.
Je décide alors de me confier à mon père.
— Il y a bien une femme, enfin rien d’important. C’est juste que… c’est une belle personne. Elle est gentille, jolie, intelligente et drôle, mais je la connais à peine et puis tu sais très bien ce que je ressens encore pour Laura.
— Laura n’est plus là, fiston. Julia et toi avez survécu, il faut que vous tourniez la page. Je sais que ce n’est pas facile et que je ne peux pas comprendre la peine que tu ressens puisque je n’ai jamais été confronté à une telle chose, mais la vie est bien trop courte pour vivre avec un fantôme. Je suis persuadé que si tu finis par ouvrir ton cœur, tu trouveras une femme qui te conviendra.
Une larme roule sur ma joue tandis que je l’essuie rapidement. J’ai l’impression d’être un gamin qui se fait gronder. Je sais qu’il a raison, mais je suis têtu et la douleur est encore trop profonde pour que je réalise la portée de ses propos.
— Vous n’avez qu’à apporter le repas que vous aviez prévu pour demain, dis-je pour changer de sujet.
— D’accord fils, à demain. Ta mère et moi avons hâte de vous revoir.
— À demain, embrasse maman pour moi.
Lorsque je raccroche j’aperçois Gabi dans un coin de la pièce. Que fait-elle encore ici ? Je pensais qu’elle était déjà partie. Depuis combien de temps est-elle là ? Est-ce qu’elle m’a vu pleurer ?
— Gabi ?
Elle s’avance et je discerne le chagrin au fond de ses yeux, alors elle a tout entendu.
— Je ne voulais pas vous espionner, me rassure-t-elle. Je ne suis là que depuis peu, j’ai oublié de vous demander quelque chose moi aussi.
— Je vous écoute.
— Je voulais savoir si Julia peut monter sur l’un de mes chevaux, avant que vous ne repartiez. J’ai vu un reportage à la télévision sur l’importance de cette expérience avec les enfants paraplégiques et je me suis dit que c’était une bonne idée puisqu’elle adore les animaux.
Elle parle tellement vite que j’ai du mal à suivre.
— Je ne sais pas quoi vous dire, c’est une grande décision à prendre.
— Vous savez, j’ai pensé qu’en passant ce moment tous les deux, cela vous aiderait certainement à vous rapprocher. C’est juste mon point de vue, vous n’êtes pas obligé d’y adhérer.
— Je trouve que c’est une bonne idée, mais c’est la perspective qu’elle puisse se blesser qui me fait peur. Si elle chute…
— Je pourrais vous encadrer, mes chevaux sont dressés ne vous inquiétez pas. Il n’y a que Volcanic qui est un peu « sauvage » mais je ne la ferai pas monter sur lui.
— Vous êtes sûre qu’il n’y a aucun risque ?
— Vous pouvez me faire confiance, tout se passera bien, me dit-elle, grand sourire aux lèvres.
— Alors c’est d’accord.
Gabrielle sautille de joie avant de me prendre dans ses bras et de me relâcher aussi vite. Elle a l’air si jeune à ce moment-là.
— Oh, pardon ! Je suis tellement contente que vous ayez accepté ! Je voulais vous le demander avant d’en parler à Julia. Mais vous devriez lui annoncer vous-même en lui précisant que l’idée vient de vous, elle sera touchée que vous fassiez un premier pas vers elle.
— Merci pour tout, Gabi. Au fait, mes parents viennent demain, ils apportent le repas.
— Je crois que nous aurons de quoi faire cette année. Ma mère a concocté de quoi nourrir un régiment. John me ramène lui aussi quelque chose et j’ai invité Madame Bonvarlet, une de mes vieilles voisines également.
Je passe le reste de la journée à lire mes mails n’ayant pas eu de connexion ces derniers jours.
Je n’ai pas revu Julia de l’après-midi. Pourtant, il va falloir qu’on parle elle et moi, puisque demain, je dois appeler le propriétaire de mon futur investissement. J’espère qu’elle sera plus calme et que nous pourrons envisager une nouvelle vie.
Si j’arrive à la convaincre, il faudra que j’informe Jérôme, pour lui faire part de cette grande nouvelle. Je pense qu’il va être surpris, mais surtout ravi de pouvoir enfin savourer la promotion qu’il mérite. Il sera mon nouveau sous-directeur. Il est digne de confiance et il travaille dur.
Vers vingt heures, je descends pour dîner et retrouve enfin Julia. Elle s’installe en face de moi et après plusieurs minutes, elle me lâche enfin :
— Je suis désolée pour tout à l’heure, je me suis emportée bêtement.
— C’est moi qui devrais m’excuser, j’aurais dû te parler de mes projets bien avant.
— Je m’en fiche de déménager, ce n’est pas le problème. Ce que je ne veux pas c’est que tu me demandes la permission avant de prendre une grande décision. J’aimerais que tu fasses comme tous les pères, que tu me disputes quand j’ai fait une connerie, que tu m’interdises certaines choses, et surtout que tu penses enfin à toi. Tu ne t’en rends peut-être pas compte, mais ça me pèse de te voir me surprotéger comme ça.
Au moins, ça a le mérite d’être clair ! Je crois que c’est ma journée aujourd’hui… Après le sermon de mon père, voilà que ma gamine de treize ans me fait la morale. Le pire c’est qu’ils ont raison, j’ai laissé ma vie entre parenthèses depuis huit ans, je me suis laissé porter bien trop longtemps, je dois changer.
Je décide d’être aussi franc qu’elle l’a été avec moi.
— Très bien, alors je vais acheter ce local y installer mon entreprise et dans quelques mois, nous viendrons vivre ici. Je vais également inviter Gabrielle à dîner avant que nous rentrions sur Paris. Ah et avant notre départ, prépare-toi pour une balade à cheval, je lui déballe le tout en quelques secondes.
— Oh mon Dieu, papa ! Je t’adore. Je rêvais tellement que tu me dises tout ça avant notre départ. Tu ne pouvais pas me faire un plus beau cadeau !
Je me lève de ma chaise et prends enfin ma fille dans mes bras. Pour une fois, elle ne me repousse pas. Je profite de cet instant magique avant qu’on ne reprenne nos mauvaises habitudes. Elle me murmure un merci au creux de l’oreille.
Après toutes ces émotions, je retourne m’asseoir à table
Marie vient prendre notre commande rapidement. Nous optons tous les deux pour le menu du jour : des ravioles fourrées au fromage de Savoie accompagnées d’une salade.
— Au fait, je savais que tu allais craquer pour Gabi.
Je ne réponds pas, mais moi aussi je savais que ce petit bout de femme me plaisait plus que de raison. Reste à savoir si Gabi acceptera de sortir avec moi.
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Chapitre 10
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Gabrielle
plus seules, maman et moi. Nous serons bien entourées par nos amis. Le traditionnel repas de Noël arrive à grands pas. Cette année il sera diffèrent. Nous ne serons
J’ai toujours adoré cette fête, mais je n’ai jamais réussi à rassembler autant de monde qu’aujourd’hui. Seul papa nous manquera, mais je sais que parmi les étoiles, il veille sur nous. À cette idée, les larmes me montent aux yeux.
J’appréhende la rencontre avec les parents de Florian. Je ne sais pas vraiment ce que nous sommes l’un pour l’autre alors que dire à ces gens que je ne connais même pas. Comment dois-je me présenter ? « Bonjour je suis Gabi, la gérante de l’hôtel ? Ou encore « bonjour je suis Gabrielle, une amie de Florian ? » J’espère que ce sera lui qui se chargera de faire les présentations, comme ça, j’éviterai de me tracasser toute la journée avec ce genre de détail. Je suis certaine que lui, ne pense même pas à tout ça, il n’y a que moi pour me préoccuper avec des futilités pareilles.
Je regarde la neige qui tombe de nouveau sur le ranch, tandis que mon esprit divague vers le futur départ de Florian et Julia.
Je ne sais même pas quand il a décidé de partir exactement. Est-ce qu’il va quitter l’hôtel une fois le dessert fini ? Va-t-il rester encore quelques jours ? Il m’a promis d’accompagner Julia pour sa balade à cheval alors il y a encore peut-être un espoir… Pourquoi je parle d’espoir tout à coup ? Pauvre idiote, me sermonne ma conscience c’est parce que je désire qu’il reste auprès de moi… Je commence à éprouver de drôles de sentiments pour cet homme que je croyais aigri au départ et qui s’avère être une personne très prévenante au final.
Pour une fois que je pense enfin à ma vie sentimentale, manque de chance, c’est impossible entre nous. Il aime une femme qui est décédée depuis longtemps, et qui apparemment ne pourra jamais être remplacée. Il a une fille qui a besoin de lui et qui peine à trouver sa place auprès de son père.
Nous avons une dizaine d’années d’écart ce qui n’est pas négligeable. Je n’ai que vingt-deux ans et nous n’avons certainement pas les mêmes objectifs dans la vie.
J’espère un jour fonder ma propre famille, j’aimerais avoir au moins deux enfants, mais lui a déjà la sienne. Qui sait s’il voudra encore des bambins a plus de trente-cinq ans ? Je pense déjà à tous ces détails avant de me mettre en couple avec lui.