Les Affres d'un défi

Frankétienne · Chapitre 6 sur 6

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Les Affres d'un défi

Glossaire établi par Frankétienne

 

ACASSAN Sorte de bouillie préparée avec du maïs pulvérisé.

AGAMAN Saurien qui rappelle un peu le caméléon. Comme celui-ci, il peut

changer de couleur sous l’influence de certaines conditions extérieures.

AGAROU Dans le panthéon vodou, il correspond au dieu du tonnerre.

AGOUÉ Loa protecteur des marins ; il domine les océans. La mythologie

vodou le représente sous la forme d’un blanc aux yeux couleur de la mer

gouvernant un navire. Cette référence anthropomorphique est liée au fait

historique que les conquérants viennent toujours de la mer et sont

toujours de race blanche.

AMATEUR S’emploie ici pour désigner le professionnel passionné des

combats de coqs. Il fréquente régulièrement les gallodromes,

accompagné de coqs de race sur lesquels il mise parfois de très fortes

sommes.

ANOUS Petit saurien de la famille des iguanidés. Il est généralement vert,

avec la gorge rouge. Sa forme est svelte.

ANTOINE-DES-GOMMIERS Célèbre houngan qui aurait vécu dans le sud

d’Haïti, à l’endroit dénommé : « Plaine des Gommiers ». Il aurait été

doué de facultés de divination et de clairvoyance extraordinaires.

ASSON Hochet sacré préparé à l’aide d’une calebasse courante (calebasse

présentant la forme d’une grosse poire) entourée de colliers fabriqués

avec des perles de porcelaine (de toutes couleurs) et des vertèbres de

serpent. C’est l’attribut rituel du houngan. L’asson est toujours utilisé

avec une clochette. Au cours des cérémonies, l’asson est tenu entre le

pouce et l’index de la main droite, tandis que la clochette est placée entre

l’annulaire et le majeur.

ASSÔTOR C’est le plus gigantesque et le plus puissant des tambours vodou.

Sa hauteur dépasse souvent deux mètres. Son poids varie entre cent et

sept cents kilos. Généralement, ce sont les adeptes possédés par les loas

qui en jouent. Le tambour est parfois si grand que le tambourinaire est

obligé de grimper sur un arbre pour le battre.

AVALASSE Masse d’eau boueuse en furie dévalant les pentes, les rigoles et

les ravins, et causant parfois d’innombrables dégâts sur son passage. Les

avalasses sont produites par des pluies abondantes.

ÂVÉ Plante dont les racines sont utilisées comme insecticide, en particulier

contre les punaises de lit. Les racines d’âvé seraient douées de propriétés

abortives.

AYIBOBO ! Exclamation qui exalte, coupe ou termine les chants rituels dans

le culte vodou.

BAKA Personnage mythologique représenté par un gnome attaché à une

personne pour la protéger comme démon familier. Il peut se loger, croit-

on, dans une chambre, dans un arbre ou dans une pierre. Généralement,

le baka est assimilé à une force maléfique ; à une sorte de génie du mal.

Les croyances populaires le représentent tantôt sous la forme d’un animal

(serpent, chat noir, cabri) tantôt sous la forme humaine d’un nain aux

yeux de braises, traînant toujours une chaîne.

BANDA Danse qui consiste à faire mouvoir ses hanches en conservant tout le

reste du corps dans une espèce d’immobilité. Elle se caractérise surtout

par la rotation des hanches ponctuée de violents coups de pubis. Par son

caractère érotique allié à des gestes d’immobilisme cadavérique, c’est la

danse de la sexualité et de la mort. On l’appelle aussi « danse guédé ».

BARBOUQUETTE Sorte de muselière pour les ânes et les chevaux, faite à

l’aide d’une corde que l’on noue autour des mâchoires de l’animal.

BARON SAMEDI Chef des loas guédés. Sa demeure est au cimetière. Il dirige

le royaume des mystères de la mort. Sa présence est signalée par une

grande croix plantée à l’intérieur du cimetière.

BÂTON-MONTÉ Bâton qui, soumis à un traitement magique, donnerait à

celui qui le porte protection, puissance et invincibilité. Le moindre coup

de ce bâton est foudroyant.

BAYAHONDEArbre couvert d’épines qui croît surtout dans les zones arides.

BIGAILLE Variété de moustique très petit.

BIZANGO Société secrète appartenant au groupe des sectes dites « rouges »

ou sectes criminelles pratiquant le rite sanguinaire. Ce sont des sectes

d’extermination rituelle. Elles sont connues sous d’autres appellations :

zobop, vlingbinding et sans-poils. Réunis en bandes, les adeptes

parcourent la nuit les campagnes et les rues de certaines villes en

exécutant des danses macabres, à la recherche d’éventuelles victimes à

sacrifier, dit-on.

BŒUF-CHAÎNE Homme de peine attaché au service d’un camion de

transport. Il est chargé de l’arrimage des bagages (malles, provisions et

denrées). Cette appellation péjorative se justifie par le fait que ce

malheureux est obligé de manipuler une chaîne en fer pour ouvrir et

fermer le coffre arrière du camion, chaque fois qu’un voyageur monte

dans la voiture ou en descend.

BOIS-NOUVEAU Cette expression désigne toute personne qui aurait cessé

d’être un zombi, après avoir retrouvé sa lucidité grâce à l’absorption du

sel.

BÔKOR D’après la tradition, c’est un houngan malfaiteur qui étend souvent

ses pratiques à la sorcellerie, aux maléfices. Le bôkor est reconnu comme

un spécialiste des empoisonnements.

BORLETTE Loterie populaire qui s’est étendue à travers tout le pays. Elle

fonctionne à partir d’un système de trois numéros gagnants tirés parmi

les cent premiers nombres, de zéro à 99.

BOSSALE Se dit d’un loa qui chevauche un néophyte et qui n’a pas encore

été dompté par le baptême vodou. Il se manifeste alors par des culbutes

susceptibles de causer des dommages à la personne « possédée ». Le mot

« bossale » s’appliquait, à l’époque coloniale, au Nègre fraîchement venu

d’Afrique ; inhabitué à la férocité du système esclavagiste, il a été fort

souvent un insoumis, un rebelle.

BOUMBA Sorte de pirogue, d’origine indienne, constituée par un tronc

d’arbre creusé de manière appropriée. On l’appelle également « bois

fouillé ».

BOUSILLETTE Plante dont la sève laiteuse, appliquée sur la peau, provoque

de graves brûlures.

CACHIMAN Fruit charnu dont la pulpe fournit un jus légèrement jaunâtre.

CACHIMBO Pipe en terre cuite, d’origine indienne, que l’on rencontre

surtout dans les milieux paysans.

CALALOU-GOMBO Bouillon préparé avec du calalou. Le gombo est un

légume qui fournit une substance visqueuse.

CATCHAPICA Sorte de gros poignard.

CASSAVE Galette préparée avec la fécule de manioc.

CERCUELL-MADOULEUR Cercueil fabriqué grossièrement avec des planches

brutes.

CHABINE Négresse à la peau et aux cheveux roux.

CHARLES OSCAR Personnage politique de triste mémoire, responsable du

massacre de nombreux prisonniers à Port-au-Prince en 1915, alors qu’il

était le commandant de la Grande-Prison. Il fut assassiné en même temps

que le président Vilbrun Guillaume, lors des émeutes qui s’ensuivirent.

Cette affreuse tuerie a servi de prétexte aux Nord-Américains pour

débarquer en Haïti des troupes d’occupation. Charles Oscar a été

transformé, avec le temps, en personnage de carnaval, représenté sous la

forme d’un général bouffon armé d’un nerf-de-bœuf.

CHEF-DE-SECTION Agent de police dans les milieux ruraux.

CHOUQUET-DE-LA-ROSÉE Auxiliaire du chef-de-section.

CLAIRIN Eau-de-vie fabriquée avec les mélasses, les gros sirops et les

débris du sucre de canne, qu’on fait fermenter et que l’on distille.

COCOBÉ Infirme, paralytique.

CORALLIN Frêle embarcation à fond plat.

COROSSOL Fruit charnu à pulpe sucrée fournissant un jus blanchâtre.

CORRIDOR Passage étroit entre deux rangées de maisons, conduisant

généralement à un bidonville.

COUI Récipient fabriqué avec une moitié de calebasse évidée.

DAMBALA Dans la mythologie, ce loa est inséparable de Aïda-Ouèdo, son

épouse. Ils forment un couple de loas blancs représentés par deux

couleuvres et l’arc-en-ciel. Dambala passerait pour le loa de la sagesse et

de la bonté. Tout ce qui touche au rituel de ce loa doit être blanc, en

particulier la couleur des vêtements cérémoniels. Sa principale offrande

consiste en un œuf posé dans un récipient de farine de froment. On le

considère comme le loa symbolisant la fécondité.

DESSOUNIN C’est une cérémonie pratiquée au moment de la mort d’un

hounsi-kanso, ou quelques heures plus tard. C’est un rite de dégradation

symbolique, qui consiste à récupérer les secrets qui avaient été confiés au

défunt lors de son initiation. Le houngan trace sur le cadavre une grande

croix avec de la farine de maïs, et prélève de la tête une touffe de

cheveux, et des poils du pubis. Le cadavre est recouvert d’un drap blanc

sous lequel s’introduit le houngan qui se met à califourchon sur le ventre

du cadavre. Sonnant la clochette et secouant l’as son, il invoque le loa

« maître-tête » du défunt. Le houngan déclare sentir le contact s’établir

entre lui et le mort qui, après avoir remué légèrement la tête, retombe

dans l’inertie. À partir de ce moment, le houngan est certain que le loa

s’est retiré de la tête du défunt. Et, au même instant, le loa manifeste sa

présence dans la tête d’un membre de la famille du défunt. Enfin, le

houngan emporte le « pot-de-tête » qui, selon les croyances, contiendrait

à la fois l’âme du défunt et le loa « maître-tête » unis dans une sorte de

symbiose mystérieuse.

DÉZAFI Sorte de foire organisée dans certaines provinces haïtiennes ; à côté

des fêtes orgiaques, les combats de coqs en constituent l’attraction

principale. Le mot dézafi, dans un sens plus large, signifierait : grand

rassemblement ; mouvement populaire ; brassage de foules.

ERZULIEDéesse de l’amour, dans le panthéon vodou. Ardente et jalouse, elle

exige que son serviteur lui consacre un jour de la semaine (mardi, jeudi

ou samedi) pendant lequel il observera l’abstinence sexuelle. La sanction

la plus courante qu’elle applique contre les serviteurs infidèles, c’est

l’impuissance sexuelle chez l’homme et la frigidité chez la femme. Ce

sont là des cas d’inhibition qui s’expliquent par des causes

psychosomatiques liées à la transgression du tabou et au sentiment de HOUANGA Préparation magique active, mise au point par le houngan au

culpabilité. Le culte d’Erzulie offre un exutoire à la libido. On a

d’ailleurs remarqué que bon nombre des serviteurs d’Erzulie avaient des

tendances homosexuelles.

FÔKSÉLI Plat qui, pour des raisons économiques, constitue la nourriture

quotidienne de certaines populations pauvres. Selon les régions, le fôkséli

est préparé soit avec le maïs moulu, soit avec le millet.

FRESAIE Oiseau rapace nocturne dont le hululement remplit d’effroi les

gens superstitueux. Sa présence, aux alentours d’une maison, est souvent

interprétée comme un présage de malheur.

FRESCO Glace râpée, puis sucrée à l’aide d’une liqueur aromatisée.

GALLIÈRE Gallodrome. Arène où se déroulent les combats de coqs.

GOVI Sorte de récipient en terre cuite recouvert d’un morceau de tissu,

utilisé dans le culte vodou pour recueillir l’âme d’un disparu. C’est par le

truchement du govi que les loas et les morts transmettent souvent leurs

messages aux adeptes du vodou.

GRANDE-BRIGITTE Épouse de Baron Samedi. Il y en a qui prétendent qu’elle

serait plutôt la mère de Baron Samedi. Sa demeure est au cimetière.

GRANDOUX Cerf-volant de très grandes dimensions, réalisé avec du papier

épais.

GRAND-GOÛT Faim.

GRIDAPE Lampe à kérosène, en fer blanc. De fabrication artisanale, elle est

munie d’une mèche faite de coton qui présente l’aspect d’un minuscule

buisson rabougri.

GRILLOT Friture constituée par de la viande de porc préalablement

assaisonnée.

GUÉDÉ Divinité de la mort qui se manifeste de manière bruyante et

extravagante dans les cérémonies vodou organisées aux environs

du 2 novembre. Les guédés exécutent une danse érotique (la danse

banda) en mimant l’acte de copulation et en débitant des propos

orduriers.

profit de quelqu’un qui désire réussir dans une entreprise quelconque.

HOUNFOR Temple vodou comprenant le péristyle et les chambres des loas.

Un hounfor constitue un patrimoine familial ; et les pouvoirs de grand-

prêtre sont transmis d’une génération à l’autre. Un houngan qui se sent

mourir désigne comme successeur un membre de la famille, le plus

souvent un de ses enfants.

HOUNGAN Prêtre du vodou, chef rituel des voix mystérieuses, guérisseur,

devin et magicien. C’est la centralisation de toutes ces attributions qui

fait du houngan un personnage aussi important et influent du point de vue

social. Du point de vue économique, il se range d’ordinaire dans cette

catégorie de bourgeoisie rurale, la classe des paysans aisés. Du point de

vue politique, l’exercice de sa profession lui donne une énorme puissance

électorale ; il est souvent consulté par les personnages politiques ; et, de

plus, il est bien placé pour remplir le rôle d’agent informateur.

HOUNGUÉVÉ Rangée de perles, de verroterie et de vertèbres de couleuvre

décorant l’asson. Grand collier fait de pierres et de bigarrures que porte

l’officiant au cours de certaines cérémonies.

HOUNGUÉNIKON Membre de la hiérarchie vodou, auxiliaire du houngan ; il

est le chef du chœur rituel ou chef des chantres.

HOUNSI Adepte qui assiste le prêtre vodou au cours des cérémonies ; il est

attaché au service du hounfor.

KALINDA Danse caractérisée par la rotation des hanches, entrecoupée de

coups de pubis, de sauts périlleux, de culbutes et de contorsions

épileptiques. Elle serait surtout dansée par les zobop au cours de leur

évolution nocturne.

KANDJANROUN Ensemble de cérémonies vodou organisées en l’honneur des

loas. Un kandjanroun peut s’étendre sur plus d’une semaine ; il comporte

plusieurs phases rituelles. Il se caractérise surtout par de nombreux

sacrifices d’animaux, et par une orgie de nourritures et de boissons.

KANZOHounsi initié au feu. L’initiation du hounsi-kanzo est constituée par

des rites de purification qui préparent à une nouvelle vie : exercices de

piété et de mortification, réclusion, discipline, rupture de tout contact

avec l’extérieur. L’épreuve du feu consiste à marcher sur des braises

ardentes, à tremper sa main dans un mélange d’huile, de vin et d’infusion

chaude, à la plonger ensuite dans une bouillie de maïs brûlante avant de

la refermer avec la pâte.

KENNEDY Se dit des vêtements et des chaussures usagés en provenance des

États-Unis d’Amérique, la plupart du temps envoyés à titre de dons aux

populations pauvres du tiers monde. Mais, ces objets, détournés de leur

fin, rentrent très souvent dans le circuit commercial.

LAMBICoquillage marin utilisé en guise de cor. Signal sonore de ralliement

des Nègres rebelles, il a joué un rôle important à l’époque des guerres de

libération dans la colonie de Saint-Domingue.

LANCEUR Selon les croyances populaires, se dit du malfaiteur qui, armé

d’une corde, parcourt les rues en pleine nuit à la recherche de victimes à

capturer.

LANGAGE Manière de parler de certains initiés possédés par un loa ; elle

consiste en une suite inintelligible de sons, tantôt nasillards, tantôt

gutturaux. Le langage vodou comporte en majeure partie des mots

africains ; il est utilisé le plus souvent par le houngan, lorsqu’il invoque

un loa.

LAPLACE Hounsi qui donne le signal d’ouverture des cérémonies, en faisant

sortir les drapeaux du hounfor. Il est armé d’un sabre ou d’une machette

rituelle comme personnification des mystères d’Ogoun. Il rythme les

services avec son sabre et conduit les processions rituelles.

LASIGOÂVE Animal mythologique que l’on imagine avec une tête de loup et

un corps en métal. Ce monstre, au cours de ses incursions nocturnes,

s’attaquerait au bétail et aux animaux domestiques.

LEGBA Ce loa est le gardien des passages, attribution qui lui vaut d’être, en

même temps, le maître des carrefours, c’est-à-dire l’esprit qui règne sur

les chemins et tous les croisements de routes. Dans les cérémonies, il doit

être invoqué le premier, et il reçoit les prémisses des offrandes. Dans sa

représentation, il est associé à un énorme phallus symbolisant la

fécondité. Souvent, le phallus est remplacé par un bâton en forme de

crosse, car, affirme-t-on, Legba est un vieillard fatigué par d’incessants

voyages.

LINGLESSOU Loa violent si avide de sang qu’on l’appelle Linglessou

bassin-sang. L’adepte, « possédé » par ce loa, s’acharne généralement à

manger des bouteilles et des verres, pendant tout le temps que dure la

crise de possession.

LOA Appellation des dieux dans la religion vodou. Les loas sont en

relations étroites avec les hommes. Ces relations s’expriment par des

symboles qui permettent aux hommes de vivre leurs mythes. Dans la

religion vodou, la crise de possession est recherchée comme l’étape

culminante de toute cérémonie. Et alors les loas parlent aux humains par

la bouche des adeptes « chevauchés ». La crise de loa est un phénomène

nerveux d’ordre suggestif. La suggestion se réalise par l’émotion

religieuse créée chez l’initié par l’ambiance (tambours, chants sacrés et

battements de mains). Dans certains cas, la crise de loa produit une

véritable catharsis et plonge l’initié transfiguré dans une zone de lumière,

de transcendance et de voyance.

MABOUYA Petit lézard gris au corps tacheté de différentes couleurs ; il vit

surtout dans les halliers.

MACHINE-DE-MINUIT Véhicule qui, selon les croyances populaires, parcourt

les rues en pleine nuit à la recherche de victimes à sacrifier. La machine-

de-minuit serait alors au service des lanceurs qui se servent de corde pour

capturer les piétons et les noctambules imprudents. Au fond, il s’agit

d’une véritable légende qui rentre dans le contexte des manœuvres

politiques traditionnelles en Haïti, visant à créer un climat d’insécurité

susceptible d’entraîner la chute d’un gouvernement.

MADAME BRUNO Personnage carnavalesque qui représente une dame

d’énorme corpulence portant sur son dos un mannequin mâle aux jambes

suspendues. Ce mannequin, selon la tradition populaire, symboliserait la

faiblesse de l’époux cocufié.

MADICHON Malédiction. Mauvais sort.

MAÎTRESSE-DES-EAUX Personnage mythologique qui rappelle un peu la

Sirène. On l’imagine comme étant une femme d’une grande beauté. Ses MOUNDONG Loa excessivement violent, qui réclame souvent des sacrifices

cheveux sont si longs qu’ils descendent jusque sur ses fesses. Et celui-là

qui aurait la chance de s’emparer de son peigne deviendrait très riche. Le

royaume de la maîtresse-des-eaux est tapissé de soie et de velours, pavé

de pièces d’or, décoré de lumières multicolores. La légende prétend que

toute personne emmenée de gré ou de force à son palais, situé au fond

des eaux, est traitée royalement mais n’a aucune chance d’en sortir.

Après un séjour plus ou moins long, le séquestré ne parvient à fuir sa

prison dorée qu’en absorbant du charbon en cachette pour pouvoir

simuler la maladie du charbon. Et, la maîtresse-des-eaux, affolée par la

coloration noirâtre des selles de son hôte, indique aussitôt à ce dernier les

méandres, les corridors et les nombreuses portes qui conduisent hors de

son palais somptueux.

MALDIOCRE Mauvais sort qui s’abat brusquement sur quelqu’un qui, selon

les croyances populaires, serait provoqué paradoxalement par trop

d’éloges et d’admiration. Le mot maldiocre est également employé dans

le sens de : amulette.

MALFINI Oiseau rapace diurne, de la famille des éperviers ; il est réputé

pour son agressivité contre les poussins.

MAMBA Beurre d’arachide.

MAPOU Arbre géant à tronc énorme, considéré comme un arbre sacré par

les adeptes du vodou. Très souvent, le mapou joue le rôle d’arbre-

reposoir (arbre consacré aux loas).

MARASSAS Jumeaux. Dans le panthéon vodou, dieux gémeaux.

MÂT-SUIFFÉ Mât de cocagne.

MAYAMBA Jeu pratiqué par les enfants des milieux populaires et ruraux avec

des tessons de porcelaine.

MAZETTE Se dit de quelqu’un qui ferait montre de très peu d’aptitude dans

un domaine donné.

MÉLLASSINE Longue machette.

MIGAN Sang d’animaux sacrifiés, mélangé à des ingrédients divers et offert

aux fidèles en manière d’hostie.

humains.

NAGO Danse vodou dont les mouvements miment la guerre et expriment la

fougue, l’intrépidité et le courage dont sont réputés les nagos originaires

d’Afrique.

ODÉIDE Vêtements et chaussures usagés destinés à la vente.

OGOUN Le loa de la guerre comme en Afrique où il est surtout associé aux

travaux de forge. Par extension, tout ce qui touche aux fers est du

domaine de sa puissance.

ORGINE Caractérise, dans la légende, la bourrique muette de naissance. On

l’appelle également « bourrique souris ».

OUARI Graine dure provenant d’une gousse produite par un arbuste. De

forme ovoïde, d’un rouge vif, la graine d’ouari sert parfois d’amulette.

Elle aurait, croit-on, l’étrange vertu de blanchir l’épidenne en diminuant

le taux de mélanine du tissu épithélial. Cette croyance traduit un des

aspects de l’aliénation des populations noires qui ont subi les méfaits de

la colonisation blanche. En effet, certains noirs, dépersonnalisés, écrasés

sous le poids du système colonial, en arrivent souvent à envier la peau

blanche.

PÉRISTYLE À de rares exceptions, le péristyle, de forme rectangulaire est

situé devant le hounfor. C’est sous le péristyle que se déroulent les

cérémonies publiques du culte vodou. Le péristyle sert de refuge à tous

les adeptes qui vivent dans le giron du hounfor. La plupart du temps,

c’est sous le péristyle qu’on fait coucher les malades en traitement. Le

péristyle est toujours de terre battue ; il est bordé généralement par un

muret dont la hauteur ne dépasse pas celle de la poitrine d’un homme.

PERLIN Sorte de piège.

PÉTRO Catégorie de loas dont l’élément est le feu. Les cérémonies, en

l’honneur des loas pétros, s’accompagnent toujours de sacrifices

d’animaux. Les loas pétros sont violents et sanguinaires. Dans leurs

transports de férocité, ils peuvent exiger des sacrifices humains. En

pareille conjoncture, le savoir-faire du houngan est mis à rude épreuve ; il

devra, en effet, s’évertuer à amadouer la redoutable divinité pour qu’elle

accepte, en échange de la victime convoitée, une ou plusieurs têtes de

gros bétail.

PICHON Ce mot désigne un insecte de très petite dimension qui s’attaque

par milliers à certains arbustes, provoquant une maladie qui se manifeste

par l’apparition de plaques blanchâtres privées de sève. Elle entraîne la

chute des feuilles, le dépérissement des branches et souvent la mort de

l’arbre. Par extension, le mot pichon signifie : déveine persistante qui se

traduit par une accumulation de maux ou une succession d’événements

malheureux dans la vie de quelqu’un.

PINGA-SEREIN Boisson alcoolique préparée avec la moitié d’un citron qui

serait restée attachée à la branche du citronnier pendant une nuit entière

pour y subir l’action de l’air. Cette boisson constitue un poison violent

pour celui qui, après en avoir bu, s’exposerait à l’humidité ou à la

fraîcheur de la nuit. D’où son nom de pinga-serein, c’est-à-dire : prends

garde au serein.

PINTADINE Désigne le métis du coq et de la pintade. Il passe pour être d’une

férocité telle qu’il est exclu des gallières.

POINT Talisman, don surnaturel que confère le houngan. Le point donne à

son possesseur un pouvoir infaillible qui lui permet, selon la nature de ce

point, de réaliser le but visé. Ainsi, le « point de l’anguille » permet à son

détenteur de disparaître de la vue de ses ennemis aussitôt que ses pieds

auront touché l’eau d’un ruisseau. Le « point-pas-prend », très prisé à

l’époque des révolutions sanglantes, confère l’invulnérabilité. Le « point-

attirance » permet à certaines femmes d’avoir du succès auprès des

hommes. Mais, les points les plus recherchés sont ceux qui assurent la

réussite dans les affaires, la fortune en un mot.

POTEAU-MITAN C’est une sorte de mât-rituel. Il est, comme son nom

l’indique, placé au milieu du péristyle. Il est généralement enchâssé dans

un socle de maçonnerie circulaire symbolisant la matrice. Le poteau

représenterait le phallus ; et il constitue l’axe rituel de toutes les

cérémonies.

RARA Sorte de carnaval rural organisé pendant la saison qui s’étend du

mercredi des Cendres au lundi de Pâques. Il s’agit avant tout de groupes TOLALITO Sorte de ronde enfantine qui se caractérise par des chassés-

de danse ambulants fonctionnant pour le divertissement de leurs

membres et des populations environnantes.

RAS-BORDAGE Bande carnavalesque dont la musique se caractérise par le

rythme coloré d’un jeu de vaksines agrémenté d’un roulement continu de

baguettes sur une caisse sonore de moyenne dimension.

RIGOISE Nerf-de-bœuf.

ROROLI Arbuste dont les tiges fournissent une infinité de petites graines

comestibles qui portent le même nom.

ROUE-LIBRE Transport d’une ou de plusieurs personnes à titre gracieux. Ce

mot caractérise également le fait par un véhicule de rouler au neutre,

c’est-à-dire avec le moteur éteint (sans consommer de carburant).

SAMBA Poète, musicien, chanteur, il improvise souvent ses compositions à

l’occasion des manifestations populaires qui marquent la vie de son

village.

SOBAGUI L’une des chambres sacrées du hounfor.

TASSOT Viande de bœuf séchée au soleil pendant plusieurs jours.

TATÉZOFLANDO Personnage légendaire, réputé pour sa méchanceté. Il

battait chaque jour sa malheureuse épouse. Personne ne connaissait son

nom. Il maltraita impitoyablement sa femme, jusqu’au jour où celle-ci lui

révéla qu’il s’appelait : Tatézoflando. Alors, il éclata comme une bombe

et son corps déchiqueté disparut dans les airs. Le nom Tatézoflando

renvoie à une symbolique des sons : tâtez les os des flancs et du dos

(démarche consistant à sonder avec patience les mystères de la vie, à

remuer les éléments enchevêtrés de la réalité jusqu’à la découverte de la

vérité).

TERRINE Vase de terre cuite de forme arrondie. Remplie d’eau, elle serait

utilisée par certains houngans comme une sorte de miroir magique dans

lequel apparaîtrait l’image de la personne qu’on veut atteindre à distance.

TÊTE-SANS-CORPS Personnage mythologique constitué par une grosse tête

affreuse privée de corps. Remarquable par sa voracité, ce personnage

hante les greniers, dévore les récoltes et cause des ravages dans les

basses-cours.

croisés.

TROIS-DÉGOUTTES Poison foudroyant préparé, dit-on, avec la bave et le

liquide céphalo-rachidien des cadavres.

VAKSINE Tige de bambou utilisée comme instrument à vent dans les bandes

carnavalesques et surtout dans les raras.

VENTAILLÉ Se dit d’une off rande (poulet ou tout autre animal sacrificiel)

mise en contact avec les différentes parties du corps de quelqu’un.

Ventailler un animal, c’est l’exposer aux quatre points cardinaux et le

passer tout le long du corps du néophyte, avant de le sacrifier.

VÊVÊ C’est un dessin tracé sur le sol, au pied du poteau-mitan ; il

représente l’emblème de la divinité que le houngan désire invoquer. Ces

figures sont réalisées avec de la farine de blé ou de maïs, ou avec de la

cendre appelée, en terme vodou, farine de Guinée. Cette farine est prise

par petite quantité entre le pouce et l’index ; et on la laisse tomber à la

manière d’un sablier. Au cours des cérémonies, les vêvês constituent de

véritables manifestations d’art.

VINGT-QUATRE-HEURES Gros insecte noir à ailes rouges qui doit son

appellation à la croyance qui voudrait que sa piqûre entraîne la mort de la

victime après vingt-quatre heures.

VLINGBINDING Société secrète appartenant au groupe des sectes dites

« rouges » ou sectes criminelles pratiquant le rite sanguinaire. Ce sont

des sectes d’extermination rituelle, connues sous d’autres appellations :

zobop, bizango, sans-poils. Les adeptes du vlingbinding portent une

curieuse bague en argent pur surmontée d’une tour au sommet de laquelle

est soudée une petite chaîne composée de trois anneaux (cette tour

correspond à celle de Siloé où l’on pratiquait des sacrifices humains). Le

terme vlingbinding proviendrait, par déformation phonétique, de

l’agglutination des mots suivants : vin (sang) – pain (chair humaine) –

ding (excréments). Réunis en bandes, les adeptes parcourent la nuit les

campagnes et les rues de certaines villes en exécutant des danses

macabres, à la recherche d’éventuelles victimes à sacrifier, dit-on.

VONVON Gros insecte vrombissant d’un noir luisant.

YANVALOU Danse vodou mimant les mouvements ondulatoires de la

couleuvre qui est le symbole zoomorphique central de la religion vodou.

En dansant le yanvalou, on rend hommage aux loas Dambala et Aïda

symbolisés par deux couleuvres qui se complètent dans le sens de

l’éternel masculin lié à l’éternel féminin. La danse yanvalou sert

également, dans certaines cérémonies, à rendre hommage au loa Agoué

(dieu de la mer) et à sa femme Erzulie. En effet, le yanvalou évoque aussi

les mouvements des vagues marines.

ZOBOP Voir le mot « Vlingbinding ».

ZOMBI Mort-vivant, asservi et utilisé comme main-d’œuvre gratuite. C’est

un être apathique qui végète dans une zone brumeuse entre la vie et la

mort. Il se meut, mange, entend, parle, travaille pour son maître ; mais, il

n’a aucun souvenir et il n’est nullement conscient de son état. On

reconnaît un zombi à son air absent, à ses yeux vitreux et à l’intonation

nasale de sa voix. La docilité du zombi est absolue à la condition qu’on

ne lui donne pas de sel. S’il goûte d’un plat contenant ne serait-ce qu’un

grain de sel, le brouillard qui enveloppe son cerveau se dissipe d’un

coup. Le brusque réveil de sa conscience le transforme aussitôt en un

nouvel être plein d’énergie et de détermination. Récupérant son passé,

gonflé de colère, emporté par un incoercible besoin de vengeance, il

devient ce que l’on appelle un « bois-nouveau ». Le processus de la

zombification comporte trois étapes : 1re) l’empoisonnement par des

drogues préparées empiriquement à partir de certaines plantes. Le coma

provoqué est si profond qu’il ne se différencie presque en rien de la mort

véritable. La victime passe donc pour morte et elle est inhumée dans les

vingt-quatre heures, d’autant plus que les zones rurales sont pratiquement

dépourvues de médecins équipés d’appareils qui auraient pu déceler les

faibles manifestations de la vie, dans de pareils cas. 2e) La réanimation

de la victime exhumée de la tombe, quelques heures après son

inhumation. À la faveur de la nuit, le bôkor pénètre dans le cimetière, il

déterre le corps, puis il verse quelques gouttes d’un liquide, dont lui seul

a le secret, dans les oreilles, les narines et la bouche du sujet, pour

réactiver les centres vitaux qui fonctionnaient au ralenti. La victime, une

fois réveillée, est giflée, cravachée et conduite chez son maître pour y

subir une exploitation à vie. 3e) Le maintien de l’état d’hébétude et

d’abêtissement. Le zombi continue à vivre dans une sorte d’inconscience

et d’apathie. Cette forme d’amnésie est entretenue par des méthodes

barbares de dépersonnalisation. En effet, le zombi est une bête de somme

que son maître exploite sans merci, le forçant à travailler dans ses

champs, l’accablant de besogne, ne lui ménageant pas les coups de fouet

et ne le nourrissant que d’aliments insipides. D’ailleurs, le sel est exclu

de l’alimentation du zombi. Cela nous éclaire quelque peu sur le

phénomène de la zombification, lorsque nous nous rappellons le rôle et

l’importance de l’osmose dans les principales fonctions vitales.

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Frankétienne

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